‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 77 sur 282 · CHAPITRE V. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. U

santé aux malades. Au milieu de la contrée que ravage un lion , il fait dresser une croix, et la bête féroce vient tomber morte au pied de la croix *. Mais, pour admettre de tels récits , il faudrait une autre autorité que celle de George. Ce qui est plus certain, c'est que nul, entre les ascètes qui l'entouraient, ne goûta mieux que Jean le charme ineffable de cette vie libre et sainte , en présence de la nature , dont le sentiment était si profond chez lui , et de Dieu, dont la pensée remplissait son cœur 2.

Il est aisé de comprendre , d'ailleurs , qu'un homme de cette trempe , avec sa foi vive , avec sa belle imagination , et cette âme de feu dont toutes les ardeurs s'étaient toujours concentrées sur un seul objet , dut aspirer à Dieu plus que jamais dans la soUtitude, se porter à Dieu avec plus d'énergie à mesure qu'il s'arrachait plus complètement aux influences terrestres et que l'atmosphère des hommes pesail moins sur lui. Immatérialiser son corps , ne pouvant s'en affranchir , c'était son ambition ; et il put croire parfois qu'elle avait atteint son but. Aux triomphes remportés sur ses sens, au silence prolongé des passions , à l'essor brûlant de sa prière , il put croire que la montagne touchait auxiel, et que , mêlé déjà aux pures Intelligences , il commençait

' Georg., ibid. — Suri., 27 janv. — Ribadeneyra, 27 janv. — Le P. Slilting écarte ces faits comme dénués de fondement. {Boll.j t. i, sept., p. 435, n. 163.)

'^ llumboldt a remarqué, avec raison, que le Christianisme, occupé à l'affranchissement civil de la race humaine et à la réhabilitation des classes inférieures, affranchissait aussi la nature en élargissant ses horizons. « Les yeux , dit-il , n'étaient plus constamment fixés sur les formes des divinités païennes.... Les esprits, autrement disposés, cherchaient dans Tordre du monde et dans la beauté de la nature le témoignage de la grandeur et de

l'excellence du Créateur Cette tendance à glorifier la Divinité par lu

contemplation entliousiaste de ses œuvres, amena chez les chrétiens le goût des descriptions poétiques.... Il cite un passage de Chrysostôme , et il ajoute : 11 semble que Téloquence , retrempée à la source de la nature , eût retrouvé son élément, la liberté, dans les contrées boisées et montagneuses de la Syrie et de TAsie-Mineure.» ( Cosmos, trad. franc. » t. 2 , p. 26 et 32.)

à vivre de leur vie , il avait saisi , il possédait , comme elles, le Dieu dont la soif sublime le dévorait. Aussi s'enivrait-il sans fin du bonheur de penser à lui , de n'aimer que lui , de ne plus vivre que pour lui. Sa vie n'était qu'un hynme , une flamme , un délire , chaste et doux délire digne du ciel et des séraphins ; et , plus d'une fois , il dut s'écrier avec le Prophète : Ceux que vous aimez, ô mon Dieu! vous les abreuvez au torrent de vos voluptés « .

Le reflet de ce bonheur est visible sur toutes les pages tombées de sa plume à cette époque. Il en emporta le parfum , imprégné pour ainsi dire dans ses vêtements , partout et toujours après avoir quitté la montagne. On le sent, on le respire dans ces paroles écrites beaucoup plus tard :

«Comparez, dit-il, la vie de ces hommes qui se sont crucifiés eux-mêmes , à celle des hommes du monde , la plus douce même et la plus délicate. L'une est la mer avec ses tempêtes; l'autre , le port avec sa sécurité. Loin dea villes et du forum , loin de tout bruit , les solitaires mènent sur la montagne une vie qui n'a rien de commun avec la vie d'ici-bas; ils ne sentent plus les passions humaines. Plus de ^llicitudes de la fortune, plus de soucis ni de douleurs: plus de trahison , ni de jalousie , ni d'attachements criminels, ni rien de semblable. A l'ombre des bois, au bord des fontaines, au sommet des montagnes, dans une paix profonde, ils pensent au ciel, ils s'entretiennent avec Dieu. Leur toit est à l'abri de toute agitation , leur âme exempte de souillure et de maladie , hbre de toute chaîne , affranchie de tout fardeau, plus pure que l'or le plus pur. Leur travail est celui d'Adam dans l'état primitif, avant le péché, lorsque , vêtu de gloire , il vivait dans l'intimité de Dieu , et que sa demeure était pleine d'une parfaite félicité. En quoi , en effet , leur condition est-elle inférieure à celle du

* Ps. 35.

Page 1