‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 78 sur 282 · CHAPITRE V. iM · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. iM

premier homme quand il fut placé dans le paradis pour y travailler? Comme lui, ils sont sans sollicitude ; comme lui, leur conscience pure parle à Dieu et même avec plus de liberté que lui , car ils ont reçu du Saint-Esprit une grâce plus grande » . »

Hâtons-nous de le remarquer, Jean n'était pas seulement un homme de contemplation et de prière. L'esprit toujours plongé dans la pensée de Dieu , il s adonnait au travail des mains, cette prescription essentielle de la vie monastique, et, comme S. Jérôme 2, il gagnait à la sueur de son front le pain des pauvres et le sien. Peut-être tressait-il des nattes depalmieret des corbeilles de jonc? Peut-être était-il attaché à la culture du jardin? Mais toujours, aux travaux manuels il unissait ceux de l'intelligence. Exténué par le jeûne, par rinsomnie , par des fatigues auxquelles son corps était peu préparé, il écrivit, sur la montagne, ses admirables dialogues sur le sacerdoce.

Les deux livres sur la componction sont de la môme époque ^ . Ils sont adressés l'un à Démétrius, l'autre à Stéléchius, personnages obscurs , dont nous ne savons autre chose sinon qu'ils furent les amis et les admirateurs de Chrysoslôme, et qu'ascètes eux-mêmes, ils avaient prié le jeune ascète d'écrire en leur faveur sur la componction , afin d'allumer dans leur âme , à l'aide de sa parole , le feu sacré qui brûlait la sienne. Jean ne céda qu'à leurs instances réitérées, en exaltant la piété de ses amis, en déplorant sa tiédeur. Il écrivit d'abord à Démétrius.

« Quand je te vois , bienheureux Démétrius , me demander avec tant d'instance quelques mots sur la componction ,

« Chns., hom. 68 in Math., n. 3, t. 7, p. 673.

^ S. Hier., ep. 15, t. 4, ait. part., p. 21.

3 Baronius, Hcrmant , Montfaucon , etc., sont unanimes à cet égard. Le texte, lu avec attention, ne permet pas de penser autrement. Tillemont seul a élevé contre cet avis des objections qui ne sont pas fondées, et qu*il n*a pas cru lui-même assez fortes pour le déterminer à l'opinion contraire.

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j'admire la pureté de ton âme. Ce désir, en effet, ne peut venir qu a un homme déjà puriflé des souillures du vice et supérieur aux pensées du siècle. Il est facile de te convaincre que ceux qu'enflamme un semblable désir, dégagés des sollicitudes, affranchis des liens d'ici-bas, ont pris leur essor vers le ciel comme vers le terme naturel de leur être. Ce bonheur est rare dans la vie ; mais toi , tête bien-aimée, je sais que tu brûles toujours de ce feu sacré de la componction. J'en prends à témoin tes nuits sans sommeil, tes larmes intarissables, ton amour croissant pour la solitude. La preuve de ta ferveur, c'est ThumiUlé même avec laquelle tu t'accuses de n'être qu'une âme rampante , quand déjà tu t'es placé au faîte de la vertu ; une âme de pierre , quand des ailes puissantes t'emportent dans les plus hautes régions. Souvent prenant ma main, la couvrant de baisers et de larmes: Brise, me dis-tu, ce cœur endurci. Si c'est de ta part une ruse pieuse pour m'arracher à ma tiédeur , j'admire ta sagesse. Si c'est dans ton intérêt que tu parles, je ne sais comment on pourrait mieux prouver que lu n'as pas besoin de moi. Je t'obéirai cependant; mais aide-moi de tes prières , afin que je puisse à la fois corriger ma propre vie et concourir à relever les âmes abattues , à enflammer celles qui sont tièdes * . »

Après cet exorde si modeste, le pieux écrivain entre en matière , et prenant pour texte ces paroles du Sauveur: Malheur à ceux qui rient! Heureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés'^! il fonde la nécessité de la componction sur ce que le péché règne partout sur la terre, et que les plus sages eux-mêmes, s'aveuglant sur leur état, vivent dans un contraste déplorable avec l'esprit et les préceptes de l'Évangile.

Jetant un rapide coup - d'œil sur la scène du monde , il

* Chrys., l. 1, p.. \±i 3 Math., c. 6.

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