‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 79 sur 282 · CHAPITRE V. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. i

n'y voit que désordre et confusion. A peine quelques traces de vertu. Les hommes se conduisent en insensés. Les lois de Jésus-Christ sont foulées aux- pieds par ses propres enfants. Jusque dans le sanctuaire du désert, l'ascète cherche son repos plus que son Dieu » . Parcourez les différents préceptes de l'Évangile , et comparez-en la teneur avec la vie de la plupart des chrétiens. Que de médisances et de calomnies ! Que de parjures ! Quelle fureur de vengeance ! Que d'orçueil, d'égoïsme, de sensuahté! Quelle horreur dessacrifices ! Quel peu d'estime des intérêts éternels ! Quelle lâcheté dans tout ce qui tient à la vie à venir ! Les bonnes œuvres elles-mêmes sont souillées par la vanité ! « A cette vue , pouvons-nous contenir nos larmes ? La perte de tant d'âmes et la nôtre peut- elle nous laisser sans douleur? Qu'y a-t-il pour un croyant de plus naturel que la componction? Elle est le contre-poids nécessaire aux égarements du monde, l'expiation et le remède de nos propres erreurs 2. »

Après avoir établi le devoir de la componction , Chrysostôme s'indigne de ne la trouver nulle part. «Que de gens je connais , dit-il , que la perte de leurs proches jette dans une immense douleur! Tout ce qui leur avait plu, leur devient odieux. La fortune perd ses enchantements, le monde ses attraits. Ils n'ont qu'une pensée, ils ne voient qu'une im^^e. Us se nourrissent de leur deuil. Et nous , nous perdons notre âme et le ciel sans y songer! Et quand nous avons tant de torts à expier , tant de vices à corriger , tant de larmes à répandre , tant de grâces à implorer , tant de vertus à acquérir , nous vivons dans une indifférence aussi criminelle qu'inexplicable 3 . »

licite ensuite l'exemple de S. Paul: «Épris de la beauté du ciel, il ne pensait plus à la terre. Son amour pour

» Chrjs., t. 1, p. 124-132.

'^ Ibid.f p. 133 et passim.

' Ibid., p. 139 et poitim.

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Jésus-Christ était si ardent , que si pour lui plaire il eût fallu souffrir des tortures éternelles , il n'eût pas hésité à s'y dévouer. Ce n'était pas un sentiment comme le nôtre , mercenaires que nous sommes , toujours mus par la crainte des châtiments et l'espoir des récompenses. Plein d'un amour plus noble et plus heureux , il faisait tout , souffrait tout , pour le seul motif de plaire à Jésus ; pour lui il eût renoncé au ciel , au bonheur ; il eût consenti avec plaisir à être anathëme à jamais. Entendez-le s'écrier : Qui nous séparera de t amour de Jésus-Chrisl ? L'affliction, la persécution , la nudité , la faim, le péril, le glaive * ? Et ne comptant pour rien les épreuves d'ici-bas , il ajoute : Ni les Anges, ni les Principautés, ni les Puissances, ni les clioses présentes ni les futures , ni ce qui est au plus fiaut des deux ni ce qui est au fond des enfers , nulle créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus- Christ a .

Chrysostôme termine ainsi sa lettre à Démétrius : « Je pouvais m'étendre davantage sur ce sujet; mais comme l'obéissance seule et non le besoin de ton âme m'a engagé à. écrire, il n'est pas nécessaire d'aller plus loin. J^ finis donc et te conjure de m'accorder en retour tes prières , afin que je puisse non-seulement bien parler de la componction, mais la pratiquer. Car la doctrine sans les œuvres n'est pas seulement inutile , elle est funeste , dans ce sens qu'elle prépare une condamnation éternelle à celui qui aura vécu dans la lâcheté. En effet, il est écrit: Ce ne sont pas ceux qui disent : Seigneur, Seigneur ! qui seront sauvés , mais ceux qui auront fait la volonté du Père qui est au ciel 3 .

Cette lettre , répandue dans le désert parmi les sohtaires , y fit une grande impression. L'auteur, pressé de tous côtés

* Ad Rom., c. 8.

3 Ad Bom. , ibid. — Chrys. , t6td., p. 135 et 13G.

3 Math., 5, 19. — Chrys. , ibid. p. 140.

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