‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 84 sur 282 · CHAPITRE VI. 4C · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 4C

d'embrasser rarianisme , ils dédaignèrent promesses et menaces , et se déclarèrent inébranlablement orthodoxes. Digne émule des fureurs de son maître , le proconsul les fil passer par les verges et par le chevalet ; puis ils furent entassés sur une vieille barque et déportés à Héliopolis, ville entièrement idolâtre, où l'accueil des habitants devait aggraver la situation des martyrs. Des femmes osèrent pleurer : la police impériale s'indigna de cette audace ; elle saisit les malheureuses , les fit flageller en place publique par la main du bourreau ; après quoi , on les envoya aux travaux forcés. Des solitaires vénérés , des vieillards consacrés à Dieu furent égorgés sur les marches de Tautel ou pendus à la porte de leurs éghses. On n'épargna pas même les enfants. Les cadavres , jetés à la mer et rejetés sur la plage , furent réclamés en vain par les familles désolées, auxquelles on défendit de couvrir d'un peu de terre ces restes mutilés et sanglants. Quiconque était convaincu de pitié payait de sa tête ce crime nouveau « .

Lucius, à la tête d'une troupe de soldats, alla poursuivre dans les déserts de Nitrie les Pambon , les Héraclide , les Isidore , la nombreuse famille de S. Antoine dont les vertus et le travail étaient l'édification et la providence visible de la contrée. Au moment où les sbires de Thérésie se jetaient sur la demeure des solitaires , on apportait un pauvre perclus qui venait demander aux saints de Dieu sa guérison ou l'hospitalité jusqu'à la mort. Un des cénobites, ayant pris de l'huile d'une lampe qui brûlait devant l'autel , toucha le malade et dit : Au nom de Jésus - Christ , que Lucius blasphème, lève-toi et retourne à ta maison. Le malade , guéri instantanément , se leva et partit a . Mais l'impiété des envahisseurs ne fut ni guérie ni émue. Tout entiers à l'œuvre d'extermination, ils traînaient les moines

» Theod., 1. -4, c. 22. — Greg. Naz., ora<. 25, n. 12. ^ Soc. , 1 . 4 , c. 24. — Sozoïn . , 1 . 6 , c. 20.

i64 S. JEAN GHRYSOSTOME.

par les cheveux, les frappaient, les foulaient aux pieds. Lés victimes n'essayaient pas de se défendre , ne levaient pas la main pour écarter le glaive ; elles courbaient la tôte et mouraient en priant Dieu pour leurs bourreaux > .

Les païens eux-mêmes s'indignèrent de ces horreurs. L'un d'eux , Thémistius , ne prenant conseil que de la pitié , osa parler en faveur des opprimés. Dans un discours d'apparat prononcé à Antioche en présence de Valens , il lui représenta qu'il ne fallait pas s'étonner de la diversité de sentiments parmi les Chrétiens, puisqu'elle était plus grande chez les Hellènes ^ , qui comptaient plus de trois cents opinions différentes. La harangue du philosophe parut modérer un peu le tyran ; mais sa nature et son fanatisme le poussèrent bientôt à de nouvelles fureurs. 11 ne s'était radouci que pour se déchaîner avec plus de rage. On put se croire aux beaux jours de Domitien et de Galérius; on regretta JuUen. Les rescrits de l'empereur, modèles d'arbitraire et de tyrannie , étaient exécutés par ses agents avec des raffinements de violence et de cruauté qui charmaient le maître. Lui-même , il excitait leur zèle , et s'emportait contre une velléité de clémence , au point de souffleter le préfet du prétoire en présence de ses soldats , pour n'avoir pas exécuté rigoureusement des ordres impitoyables.

Venu à Édesse , il apprend que les orthodoxes chassés des églises s'assemblent dans les champs. Ordre aussitôt de faire marcher des troupes sur la paisible Synaxe, de la cerner et de l'écraser. Le préfet Modestus, qui est arien , mais qui est homme , avertit secrètement les catholiques du sinistre projet formé contre eux , et les conjure de ne pas se réunir le lendemain. Mais le péril exaltant le courage, les fidèles accourent de bonne heure au pieux et terrible rendez-vous : ils étaient plus nombreux que jamais. Modestus hésite:

* Soc, 1. i, c. 17 et 19. — Theod., lib. 4, c. 22. 3 Soc, 1. i, c. 32. — Sozoïn., 1. 6, c. 36.

Page 1