‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 86 sur 282 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

fin le crime s'est dressé à lui-même le piège où il doit tomber.

A Tépo [ue où nous sommes arrivés , c'est-à-dire en 576 , Valens , délivré des conseils et des remontrances de son frère, éprouvait une recrudescence de fanatisme et de cruauté. Mais dans cette guerre acharnée qu'il faisait aux Athanasiens (c'est ainsi qu'il appelait les catholiques), il eût voulu surtout en finir par une mesure radicale avec les solitaires, dont les maisons étaient un fover d'éducation religieuse et de propagande orthodoxe. Il ordonna donc de les enlever de leurs monastères à main armée, de les enrôler bon gré mal gré dans les légions , et , en cas de résistance , de les immoler sans pitié » . Nous avons vu comment cet ordre s'exécutait en Egypte. En Syrie , la présence du maître , qui tenait sa cour à Antioche , donnait plus d'insolence aux valets. C'était après la Pâque de cette année 376. On envoya des tribuns avec des troupes dans les montagnes peuplées d'ascètes. Comme d'ordinaire, les soldats traînaient à leur suite ces bandes d'oisifs, de vagabonds, de faméliques, parasites des grandes villes dont ils sont la lèpre, qui flairent de loin le désordre, toujours prêts à jeter la boue à quiconque tombe , .à vanter tout ce qui dégrade la dignité humaine, parce qu'ils croient ainsi se venger et s'absoudre de leur propre dégradation. Les monastères furent envahis et saccagés, les cellules abattues , les moissons incendiées « , les solitaires roués de coups , chargés de fers, traînés en prison. On en massacra plusieurs ; d'autres , en grand nombre , ne durent leur salut qu'à la fuite. La plume se refuse, dit Théodoret , à retracer les excès de toute espèce ,

1 Paul. 0ro8., 1. 17, c. 33. — S. Hier, in chrome, — S. Bas., ^. 200, aliàa 250.

2 Socr., 1. -4, c. 14, 19, 27— Sozom., 1.6, c. 17. — S. Bas., fp. 200, aliàt 250.

les brutalités, les atrocités qui accompagnèrent cette exécution ^ .

S. Basile avait succédé à S.Athanase dans la confiance et l'admiration des catholiques de TOrient ; il en était Toracle et le guide. Les regards se tournaient vers lui dans la tourmente, comme sur un pilote familier avec les tempêtes, habile à les manier. Valens d'ailleurs n'osait plus se mesurer avec cette grande personnalité devant laquelle il s'était senti vaincu. Le saint pontife espéra donc que les pieux fugitifs viendraient s'abriter sous sa houlette , à Césarée , et qu'il aurait la consolation , en les embrassant , de recueillir leurs meurs pour s'en faire un titre devant Dieu, un baume contre ses propres souffrances « . Trompé dans son attente , il écrivit deux lettres aux proscrits de la foi , moins pour les consoler que pour les féliciter et recommander à leurs prières la paix des Églises , qu'il ne désespérait pas de voir bientôt rétablie , quoique troublée alors plus que jamais 3. 11 y a dans l'humanité , à côté des plus nobles instincts , je ne sais quoi de lâche et de misérable qui attriste et dégoûte. Le despotisme le plus brutal trouve toujours des hommes disposés, ceux-ci par poltronnerie, ceux-là par calcul et par intérêt, à l'approuver dans tous ses excès. Le coup qui frappe les autres leur semble sagesse et justice , jusqu'au moment où la main qu'ils ont encouragée se tourne contre eux et les écrase à leur tour. Les choses en étaient là à Antioche : Ariens et païens battaient des mains aux fureurs de Valens contre les moines , et ne songeaient pas au lendemain. De mauvais orthodoxes s'associaient à ces hideux sentiments ^ , croyant se venger, par de lâches quolibets et des railleries cruelles , du reproche tacite que la vertu des

* Theod.,1. i, c. 20.

3 S. Bas., ^.200.

> Id.,ibid.

* Chrys., l. 1, p. 47, adv, oppugn, vit, monûit., n. 2.

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