‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 87 sur 282 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

solitaires adressait à leur vie. Us se vantaient du mal qu'ils n'avaient pas fait : C'est moi , disait l'un , qui ai découvert la cellule d'un tel. — J'ai été le premier, disait l'autre, à mettre la main sur lui. Je l'ai traîné à la prison et recommandé aux juges. — N'est-ce pas indigne , ajoutait un troisième , que des hommes libres , d'une condition élevée , pouvant vivre comme tout le monde , choisissent un genre de vie si humiliant? Cela seul ferait renoncer à la foi.— Tels étaient les propos tenus à toute heure , même par des Chrétiens, dans les galeries de la ville , sur la place publique, dans les pharmacies * , partout où les désœuvrés d'alors avaient l'habitude de s'assembler. Le malheur des ascètes bafoués, traqués , égorgés par les soldats de Valens et la canaille d'Antioche , n'excitaient qu'une brutale hilarité. Les vrais fidèles gémissaient et n'osaient parler, car un mot en faveur des proscrits entraînait les peines les plus sévères « .

L'invasion n'avait pas atteint encore la retraite reculée de Chrysostôme. Tout entier à l'étude et à la prière , il ne se doutait nullement de ce qui se passait à deux pas de lui ni de son propre péril , quand les tristes nouvelles apportées par un de ses amis vinrent Tarracher tout- à- coup au cakne profond de sa vie. « Est-ce vrai? s'écria-t-il ; est-ce possible? Quoi ! sous des empereurs chrétiens , dans une ville chrétienne , à la face du jour et des lois , comme si nous vivions au milieu des barbares !» Et sa douleur indignée éclata en larmes. « Larmes vaines ! répliqua le pieux visiteur : tes larmes n'éteindront pas l'incendie qui dévore tout ; elles ne rendront pas la vie à ceux qu'on a tués ou qu'on égorge tous les jours . Il faut du courage et non des sanglots. Élève la voix, et qu'elle soit entendue au loin ^ ! »

Jean se dévoua , et , sans se préoccuper ni des rescrits de

* Chrys., adv. oppugn. vit, monast,^ l. 1, p. 47. 3 td.,ibid., p. 56.

3 Id.^ibid., p. 45,46.

Valens ni de ses menaces , il prit la plume et se mit à écrire d'un trait les trois livres contre les ennemie de la vie monastique ; noble protestation d'une âme généreuse et convaincue , où , à défaut de cette fermeté de parole et de style qui flt de lui plus tard le premier des orateurs chrétiens , on trouve au moins cette intrépidité de cœur qui n'a pas défailli une seule fois dans sa vie.

Dès le début , Tavocat des ascètes annonce qu'il écrit dans l'intérêt des persécuteurs, bien plus que dans celui des victimes. « Celles-ci , dit-il , à leurs souffrances gagnent le ciel ; le succès de ceux-là ne leur présage que l'enfer. Comparez S. Paul à Néron , Néron qui inventa de nouvelles impudicités , Paul à qui il reprochait les mêmes torts qu'on impute aux cénobites ; car il avait arraché au vice et gagné à la vertu une femme aimée du tyran , ce qui lui valut la prison et la mort. Quel mal en est-il advenu au supplicié? Quel bien à celui qui ordonna le supplice ? Tout le bénéfice de cette mort n'a-t-il pas été pour S. Paul , tout le mal pour Néron ? A ne parler que de la vie présente , l'un par tout l'univers est loué comme un ange de Dieu, l'autre exécré comme un infâme et un démon > On me dira, poursuit-il, que pour éviter l'enfer, nul n'a besoin de quitter sa maison. Et plût à Dieu qu'il en fût ainsi! Plût à Dieu que les monastères cessassent d'être une nécessité publique , et que les lois et la vertu prévalussent si bien dans les villes que personne n'eût à demander à la solitude protection et abri ! Mais , puisque tout est sens dessus dessous , puisque les villes , malgré les tribunaux et les lois , regorgent d'injustices et de crimes , et que la vraie sagesse fructifie au désert , faut-il blâmer ceux qui s'efforcent d'arracher quelques âmes à ce grand naufrage pour les conduire au port ? Blâmez , au contraire , ceux qui rendent les villes

' Chryft., p. 48, 49, adv, oppugn. vil. monait,, n. 3.

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