CHAPITRE VI
vertu , à quoi sert-elle? A bouleverser la société , à la mettre en question, à la déchirer. N'est-ce pas le manque d'une saine philosophie, c'est-à-dire d'instruction chrétienne, qui a tout gâté, tout perdu? D'où viennent donc les séditions, la guerre civile, la convoitise du bien des autres, les meurtres, l'esclavage» et ces voluptés contre-nature, et la rigueur nécessaire des lois , et tous les fléaux qui dégradent et désolent Thumanité, si ce n'est d'une fausse éducation « ? Cette croyance au destin , à l'influence des astres, au hasard, cette guerre faite à la Providence, ces propos insensés de l'homme contre son Dieu , n'est-ce pas de la même source que sort tout cela 2 ? >
De là, suivant Chrysostôme , l'utilité des monastères comme école pour former la jeunesse à la vertu sous une discipline sévère et sainte, et propager, avec la connaissance des lettres sacrées , les enseignements de l'Évangile , Tesprit de dévouement et de charité. Les familles chrétiennes l'avaient compris , et l'usage d'envoyer leurs enfants passer cinq ans , dix ans dans ces gymnases de la piété , était généralement établi. L écrivain approuve cet usage ». Selon lui, l'enfant est capable, dès l'âge de dix ans, d'un travail sérieux sur lui-même. On ne peut donc commencer de trop bonne heure à l'habituer aux pratiques de la vertu , à faire pénétrer la vérité dans sa conscience ^ . Les objections élevées contre ce système d'éducation « ne doivent pas empêcher les pères de famille de l'adopter avec confiance, ni de laisser leurs fils le plus long-temps possible dans cette atmosphère pure de la solitude où l'air est si vital , où leur tempérament prendra plus de vigueur, d'où
« Chrys., t. 1, p. 91, 92.
2 /6id., p. 92.
3 Ibid., p. i09.
4 /6irf., p. 107.
* Ibid,, p. 95 cl 99, n. 12.
176 S. JEAN GHRYSOSTOME.
ils sortiront prémanis contre la contagion du siècle , pleins des trésors de la piété, qu'ils verseront autour d'eux. Ils seront , dit-il , les flambeaux de leurs frères , la joie de leurs parents , et ceux-ci n'auront plus à regretter une séparation momentanée ; car, heureux et Gers de tels fils , ils admireront en eux les fruits d'une divine philosophie ^ .
Enthousiaste de cette vie de recueillement, de fraternité , d'extase , loin des hommes , aux portes du ciel , lean s'abandonne volontiers à l'admiration qu'elle lui inspire , et en décrit le bonheur avec complaisance. « C'est le port, dit-il , où les fureurs de la mer ne peuvent vous atteindre , où vous vivez comme au ciel, au milieu des anges. Entre ces esprits célestes point d'inégalité : même paix , même joie, même gloire. Ainsi, dans la soUtude; nul n'y est humilié par la pauvreté, nul ne s'enorgueilUt de la richesse. Le tien et le mien en sont exclus. Tout est commun à tous, la table, la demeure, le vêtement. Que dis-je? Il n'y a entre tous qu'une seule et même âme. Tous sont nobles de la même noblesse , esclaves de la même servitude , libres de la même liberté ; même richesse pour tous, la vraie richesse ; même gloire pour tous , la véritable gloire ; mêmes voluptés, mêmes désirs, même espoir; tout est balancé et pondéré admirablement dans leur existence ; tout y est ordre , accord parfait , harmonie , affection réciproque , source intarissable de joie ; ils ne font rien , ils ne souffrent rien qui ne soit propre à leur procurer du plaisir : la peine partagée entre tous est légère à chacun ; mais le bonheur de chacun contribue au bonheur de tous ^. »
Tel est , en substance , cet ouvrage écrit d*entraînement et à la hâte , sous la pression de douloureuses nouvelles , et comme un défi jeté au tyran bigot qui eût voulu déshonorer les victimes en les frappant , et tuer du même coup la liberté
« Chrys., t. 1 , p. 109.