CHAPITRE VI
de la parole et celle de la prière, et jusqu'à la liberté de la pitié. Néanmoins, on n'y sent ni frayeur ni colère: cette plume n'a pas un soubresaut. La pensée de Dieu enveloppe Fécrivain d'un nuage qui le rend invisible à ses ennemis , inaccessible à leurs passions. La paix du ciel est passée de son cœur dans son livre .
Chrysostôme alla plus loin : il publia , à la même époque et sous la même impression , un petit écrit travaillé avec soin portant ce titre : Comparaison d'un roi et d'un moine. Il met en présence l'un de l'autre un monarque sous la pourpre et un moine sous la bure. Celui-là, aux yeux du vulgaire, est le plus heureux des hommes : il a des flatteurs, il a des gardes ; dès qu'il paraît quelque part , tous les yeux se tournent vers lui, il est entouré d'hommages. Celui-ci, au contraire , a l'air d'un misérable auquel personne ne voudrait ressembler. La pensée du vulgaire n'est pas celle de Chrysostôme. Pour lui, il n'y a rien au-dessus du philosophe chrétien , c'est ainsi qu'il désigne le solitaire , et il s'efforce, daus un parallèle prolongé , de justifier sa prédilection évidente. «Le roi commande aux peuples, dit-il, au sénat , aux armées ; l'autre commande à ses passions frémissantes et subjuguées , empire pTus sûr et plus beau. Si l'un remporte des victoires sur les barbares, l'autre met en déroute les démons, adversaires les plus redoutables de l'homme. Si l'un combat pour des frontières, pour de l'argent, pour l'orgueil, pour l'injustice, pour l'usurpation, l'autre ne tire le glaive que pour Dieu , pour la vertu , pour arracher des villes ou des hameaux à Terreur. Si l'un n'a pour entourage que des courtisans ou des soldats dont il prend les mœurs corrompues , l'autre vit dans la société de Paul, de Moïse, d'Isaïe, des Prophètes et des Apôtres, et, plein de leurs pensées, il imite leur conduite. Si l'un est à charge aux peuples par les impôts qui ravagent comme un torrent le petit domaine du pauvre, s'il se met souvent
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au-dessus des lois pour exiger ce qu'il veut, s'il accable de mille maux ses sujets, également funeste à leurs intérêts dans les voyages et dans le repos , dans la guerre et dans la paix , par les victoires et par les défaites , l'autre , autant qu'il le peut , se rend utile à tout le monde ; et tandis que les commis de l'impôt , sans égard pour la veuve , sans pitié pour l'orphelin , traitent en pays ennemi leur propre pays , réclament du laboureur désespéré ce que la terre ne produit pas , le philosophe chrétien est le protecteur dévoué des pauvres et des petits. Le roi ne peut donner que de lor, le solitaire donne la grâce du Saint-Esprit. Le premier, s'il est bon , peut bannir la pauvreté de ses états , le second délivre les âmes de la tyrannie de Satan. L'infortuné que possède l'esprit mauvais , ne s'adresse pas au roi pour être guéri , mais il court à la demeure du moine ; et le monarque lui-même, sous le coup du malheur, vient implorer l'homme de Dieu, comme le pauvre en temps de famine implore le riche. Le roi tombé de son trône ne trouve qu'abandon, il a besoin de tous et tous s'éloignent ; l'ascète porte avec lui son salut , car TÉvangile a dit : Le royaume de Dieu esi au -dedans de nous^. Mais c'est la mort surtout qui met une grande distant entre l'un et l'autre. Le soUtaire qui méprise les richesses , les plaisirs , tout ce qui attache l'homme à la vie , la quitte sans regret et s'élance radieux au-devant de son juge pour recevoir la couronne. La mort , au contraire , est redoutable au roi ; car , s'il a gouverné avec justice et bonté , ce qui est rare , il sera récompensé , mais sa gloire sera inférieure à celle de l'humble et fervent disciple de Jésus-Christ ; s'il a été le fléau de ses peuples, qui pourrait dire les supplices qui l'attendent!... Donc, conclut le pieux écrivain, quand vous verrez un homme puissant , richement vêtu , resplendissant d'or,
< Luc, 17.