‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 92 sur 282 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

porté sur un magnifique char , entouré d'une suite imposante , ne vous hâtez pas de dire que cet homme est heureux; car son bonheur d'un jour cesse avec la vie. Mais lorsque vous rencontrerez le philosophe chrétien , à la démarche modeste , en qui tout respire l'humilité , la mansuétude , qui porte sur ses traits la paix de son âme , dites que celui-là est heureux et souhaitez de lui ressembler < . »

Le sentiment de la dignité humaine ne pouvait que gagner à de pareils enseignements qui contrastaient si fort avec le servilisme de Tépoque , et cette adoration universelle de la richesse et du pouvoir, si abjecte dans les uns, si insolente dans les autres. Il y avait aussi quelque courage à dire à ces grands , à ces puissants du siècle , habitués aux prosternements de la multitude , que la bure du moine valait plus à bien des égards qae cette pourpre et ces titres étalés avec tant d'orgueil ; à percer à jour ces fausses grandeurs ; à rabaisser au niveau de leur néant ces faux dieux rongés et souillés sous leur manteau d'or; à élever jusqu'à eux, dans leur arrogance, cette pauvreté odieuse et méprisée où ils affectaient de voir le signe d'une infériorité de race et une dégradation native. Cette glorification des insignes delà pauvreté relevait dans leur conscience , réhabilitait à leurs propres yeux les classes inférieures. Avec moins de bruit , cela faisait plus pour elles que tant de déclamations débitées depuis sur l'égaUté.

Cependant un bruit formidable, venu des confins de l'empire, arracha Valens à sa guerre contre les moines. Les Goths venaient de remporter sur les Romains une de ces victoires dont l'effet moral est plus funeste aux vaincus que le désastre matériel. Us marchaient sur Constantinople. Alains et Huns grossissaient ce sauvage torrent. L'Hémus était franchi, Andrinople assiégée. Toute là Thrace, du

I Chrys., t. 1, p. 119, etc.

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Danube jusqu'à la Propontide , n'était plus qu'un théâtre de massacres et d'horreurs. Les chemins étaient couverts de femmes , de filles , que les barbares traînaient enchaînées à la selle de leurs chevaux , ou qu'ils chassaient devant eux à coups de fouet comme des troupeaux. Ivres de sang et de débauche , les hordes dévastatrices inondaient le plat pays , et n'étaient plus qu'à trois marches de la seconde Rome. La ville menacée s'indignait contre un chef sans cœur, qui faisait assassiner des moines dans le désert, et laissait l'empire, démantelé, envahi, déshonoré, devenir la proie des barbares.

Il partit enfin d'Antioche et parut dans sa capitale , d'où les clameurs de la foule l'obligèrent bientôt de sortir. Sur la route , un solitaire nommé Isaac s'avança vers lui , et , saisissant la bride de son cheval: «Empereur, lui dit-il, tu fis la guerre à Dieu , et Dieu t'abandonne ; ni toi , ni ton armée , vous ne reviendrez. — Faux prophète , dit le César, je reviendrai et te punirai. » Il ne revint pas *. Les malédictions de Constantinople l'accompagnèrent , et il était résolu , s'il y rentrait vainqueur, de la détruire de fond en comble pour se venger de son insolence .

Cependant , à l'approche de l'empereur, les Goths se replièrent à la hâte , non sans subir plus d'un échec. Enivré de ces succès partiels , Valens s'avança jusqu'à Andrinople, prit position dans un camp retranché sous les murs de la ville , le quitta bientôt , et , de peur d'avoir à partager avec Gratien, qui accourait à la tête de forces imposantes , une victoire dont il se croyait sûr, il se hâta de marcher sur l'ennemi , qui l'attendait à douze milles de là dans une attitude formidable. La bataille, engs^ée témérairement, fut perdue 2. Les légions, abandonnées de la cavalerie, enveloppées, égorgées sans pouvoir se défendre , restèrent en monceaux sanglants sur le champ du combat. Ce fut le Cannes de

* Theod , Hist. eccl., l. -4, c. 30.

^ Amn. Marc, 1. 31, c« 12.

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