‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 95 sur 282 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

victoires sur les Sarmâtes , se retira en Espagne > , son pays natal , et il y vivait dans une obscurité splendide , gouvernant en sage et en chrétien sa fortune immense. A la mort de Valens, Gratien, resté maître du monde et trouvant le fardeau trop lourd pour une tête de vingt ans , tourna les yeux vers celui dont il avait tué le père ; et , bourreau de Fun, il voulut partager Tempire avec lautre.

Théodose, rappelé de Texil, eut à gouverner Constantinople, rOrient, la Mésie , TÉpire, la Grèce et les îles adjacentes. L'histoire, dit un écrivain, n'offre pas un second exemple d'une élévation si pure et si honorable 2. Sans doute, la pénurie d'hommes, les périls publics, la situation extrême , pesèrent sur les délibérations de Gratien , et le poussèrent à celte résolution nécessaire mais courageuse qui mettait son orgueil et son sceptre à la merci d'un homme qu'il avait mortellement offensé. 11 fallait cependant quelque chose de plus; il fallait que le caractère de l'illustre disgracié commandât une assez haute estime pour lui livrer ainsi, avec le suprême pouvoir, l'instrument d'une vengeance qui pouvait sembler légitime , dont peut-être il épiait l'occasion. Théodose pouvait-il s asseoir sans arrière -pensée sur un trône croulant, à côté du meurtrier de sa famille, et mettre sa main dans les mains qui fumaient encore du sang de son père ? Pouvait-il oublier qu'avant cet oripeau qu'on lui jetait sur les épaules en un jour de détresse , l'empereur l'avait décoré d'une autre pourpre ? La pourpre de Théodose , c'était le sang de son père versé par Gratien : il avait à l'honorer celle-là, et à la venger! Gratien crut à la magnanimité de son futur collègue : il eut raison. Le noble espagnol ne voulut pas jouir de l'humiliation d'un maître emmené à ses pieds par l'imminence des événements >.

1 Âmn. Marc, 1. 29, c. 6. -^ Theod., 1. 6, c. 5.

2 Gibbon, c. 26.

S Themist., orat, 16. — Zosim., 1. A,

Au lieu de voir dans ce retour étonnant et forcé ce que tout le monde y voyait , une vengeance du Ciel , il n'y vit qu'un grand devoir à remplir, un grand dévouement à la cause publique et à la civilisation en péril : il accepta sans orgueil comme sans hésitation.

Du reste , il portait au rang suprême , avec le sang impétueux de sa race, une intelligence vaste et cultivée, un cœur intrépide et ferme , Théroïsme et les talents d'un grand capitaine , les mœurs et le caractère d*un sage , l'âme d'un grand homme et la foi pure d'un chrétien. Il avait trente-trois ans ; sa figure était noble , sa taille imposante , son regard profond et doux ; son profil rappelait celui de Trajan sur les médailles. L'empire et le catholicisme lui criaient d'une même voix : Sauvez-nous, et il les sauva. Du moins sa main puissante retarda la chute de l'empire , et l'Église , sous ce règne protecteur, se dédommagea des épreuves et de l'oppression du règne précédent. A peine avait-il saisi les rênes de l'État , qu'il força les Goths à demander la paix , les Huns et les Scythes à repasser le Danube. Le monde respira et se crut sauvé. Mais il ne s'agissait plus de contenir, par des digues désormais impuissantes, ce flot de barbares qui se changeait en déluge. Il n'y avait qu'à purifier ces eaux chargées d'immondices et de sang, à les rendre limpides et vivifiantes, et c'était l'œuvre réservée aux apôtres de l'Évangile. Théodose le comprit ; et cette pensée inspira sa poUtique vis-à-vis des barbares , sa conduite dans les rapports de l'Église avec l'État. Se déclarant hautement pour l'orthodoxie, il rendit le célèbre édit du 28 février, où il établit que ceux-là seuls sont réputés chrétiens, qui sont attachés à la foi de S. Pierre.

Revenons à Chrysostôme. Cette vie, utilement et saintement occupée, parut trop douce et presque mondaine à cette âme enthousiaste , altérée de pénitence et d'immola-

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