I.o décret du 18 décembre 1789, supprimant les anciennes
municipalités et ordonnant leur remplacement par rôlection en vertu duquel il fut procédé le 29 janvier 1790, à la constitution de la municipalité angérienne, semblait devoir mettre un terme aux divisions de la ville. Mais, pendant toute la durée des élections, les deux partis adverses ne reculèrent devant aucun moyen pour assurer le succès de leur candidat. Pendant le scrutin, les partisans de Normand au nombre d'environ deux cents, armés de sabres, de bâtons et de perches, ayant à leur tête les sieurs de Jauvelle, de Sainte- Même et de Courpôteau, se présentèrent à réglise des Jacobins^ où se tenait rassemblée d'une des sections de la ville, criant sur leur chemin qu'ils enfonceraient les portes et entreraient malgré la garde, devraient-ils employer la hache. La première sentinelle, effrayée de ces propos, rentra dans la salle du vote, dont elle ferma la porte ; la cohue se présenta alors h la porte principale, et^ l'entrée lui ayant été refusée par ce motif (jne ceux qui se présentaient étaient électeurs d'une autre circonscription, votant au couvent des capucins, de Jauvelle, l'un d'eux, frappa la sentinelle d'un coup de sabre, tandis qu'un autre, Brillouin, lieutenant de volontaires, engageait les soldats de son bataillon, qui étaient de garde à se retirer, les assurant qu'il n'en serait rien pour eux, qu'il répondait de tout, puis se mêlant à la foule tumultueuse, il criait que, s'il y en avait vingt comme lui. ils emporteraient quelques têtes.
Le scrutin ayant été favorable à Valentin, le parti Normand protesta contre l'élection, se fondant sur des illégalités et des irrégularités commises, pendant cette opération, par Valentin et ses amis. De son côté, ce dernier répondit à ses accusateurs, en relevant contre eux des faits aussi graves que ceux qui lui étaient imputés, et commença même des poursuites judiciaires contre les sieurs de Jauvelle, Brillouin, Perraudeau, de Saint-Martin et de La Sauzaie, principaux instigateurs des troubles pendant les opérations électorales.
Ces divers rapports, renvoyés au comité de constitution par rassemblée nationale, renfermaient des faits si graves
que rassemblée, sur la proposition de sa commission, crut devoir charger le maire de La Rochelle de se transporter à Saint-Jean-d'Angély pour faire une enquête.
Goguet, maire de La Rochelle, se rendit à Saint-Jeand'Angély avec deux des officiers municipaux de la même ville, Collet et de Baussay, pour remplir la mission qui lui était confiée ; Tinformation dura deux mois, tant il fut difficile aux commissaires de démêler la vérité au milieu des intrigues qui s'agitaient dans la ville, et ce ne fut que le 27 mai suivant que Rabaud Saint-Etienne, rapporteur du comité de constitution, fit connaître le résultat de Tenquête aux représentants du pays.
Suivant le procès-verbal du maire de La Rochelle, les sections électorales n'avaient pas été formées par quartier, en sorte que les électeurs d'un même quartier se trouvaient dans des sections différentes. Plusieurs citoyens actifs avaient été omis sur le tableau des électeurs, plusieurs autres n'avaient pas reçu de convocation. Beaucoup de citoyens, non électeurs ou étrangers à la commune, avaient été admis à prendre part au vote. Des citoyens actifs s'étaient présentés à l'assemblée et en avaient été repoussés avec violence par le fils et le neveu de l'ancien maire, placés en sentinelle à la porte. L^n officier envoyé par de Reboul, maréchal de camp pour protéger la liberté des votes, avait été maltraité par les partisans de Valentin. Enfin ce dernier, malgré les décrets, commandait encore la garde nationale, dans laquelle plusieurs officiers municipaux avaient des. grades.
Le comité de constitution proposa donc à l'assemblée nationale d annuler l'élection des officiers municipaux de Saint-Jean-d'Angély, d'ordonner qu'il serait procédé à de nouvelles élections, et que les officiers élus renonceraient expressément à toutes fonctions militaires.
Dès le Î26 mai, les députés de la sénéchaussée faisaient connaître à la municipalité le décret annulant les élections du uO janvier, et ordonnant qu'il serait procédé à de nouvelles, sous la surveillance des commissaires. Valentin
et Marchand furent aussitôt députés par la municipalité pour exposer à Goguet et à ses collègues la nécessité de leur présence à Saint-Jean-d'Angély, pendant les élections. Malgré les démarches de Valentin, Goguet éprouva une violente opposition, lorsqu'il voulut faire exécuter le décret ordonnant la réunion des différents corps de la milice bourgeoise en un seul ; les volontaires nationaux, commandés par Valentin, se signalèrent Surtout par leur résistance ; ils refusèrent d'être incorporés et, sans égard pour les commissaires, ils élirent députés pour aller à Paris le 14 juillet prêter le serment fédôratif :
Valentin, fils, volontaire ;
Lair, volontaire ;
Desvignes, sergent-major des volontaires ;
Palâtre, capitaine au régiment national ;
De Brémond, olTicier de canonniers ; '
Ruland'Gravouil, brigadier de cavalerie ;
Broutet, capitaine de la compagnie de Ternant ;
Latierce, capitaine de la compagnie de Varaize ;
Isambart, capitaine de la compagnie de Fontenet ;
Berthommé fils, capitaine de la compagnie de la Chapelle.
Ces préliminaires parurent aux commissaires êtreTindice de difficultés plus grandes encore au moment des élections ; aussi, craignant que, pendant cette opération, Tanimosité des partis ne dégénérât en luttes sanglantes, Goguet en référa à rassemblée nationale et demanda Tautorisation de ne faire procéder à Télection des officiers municipaux de Saint-Jean-d'Angély, qu'après la formation du district de cette ville, espérant trouver dans ses membres un appui contre l'opposition persistante de Valentin et de ses partisans.
L'assemblée déféra au vœu de Goguet, par un décret du 8 juillet, elle improuvait la résistance de Valentin, blâmait la conduite des volontaires ou canonniers de Saint-Jeand'Angély envers les commissaires du roi, et les rappelait aux obligations que leur imposaient leur qualité de citoyen et le serment qu'ils avaient prêté.
Le 24 juin précédent, le représentant Chapelier avait expose à rassemblée, au nom du comité de constitution, que la municipalité de Saint-Jean-d'Angély et le directoire du district de cette ville n'étaient pas encore formés ; que la convocation des gardes nationales, pour le 14 juillet, ne pourrait pas être faite si l'on ne donnait à cet égard des pouvoirs aux commissaires nommés pour procéder à la réélection des membres de la municipalité ; enfin que, contrairement aux décrets de l'assemblée, les anciens corps de la milice bourgeoise do Saint-Jean-d'Angély n'avaient pas été fondus dans la garde nationale de cette ville.
Après cet exposé, l'assemblée rendit un décret autorisant les commissaires du roi à convoquer les troupes qui devaient assister à la fédération du royaume, et suppliait le roi de veiller à l'exécution du décret qui ordonnait la réunion en un seul corps sôus la dénomination de garde nationale, et sous le même uniforme, des anciennes milices bourgeoises, des compagnies de volontaires et autres.
En exécution de ce décret, Guiton, Turpin et Goguet, commissaires nommés par le roi à la date du 29 juin, convoquèrent rassemblée électorale du district de Saint- Jean-d'Angély pour le 4 juillet, dans l'église des pères jacobins, afin de procéder à la nomination des membres du directoire du district.
Le corps électoral était alors composé de 117 électeurs du deuxième degré, pris dans toutes les paroisses, et dont voici la liste par canton :
Cantott de Sainte Jeari'dWngély
Audouin de la Prade, Binet, avocat, Valentin^ Marchand de Fief-Joyeux père, Marchand, président) de la Perrière de Roififé, Mousnier, avocat, Fabvre, Marchand, Latierce (de Varaize), Cristin (de Varaize), Jagueneau, Pertuis, Allenet, Jean Isambard, Jean Roux, Benjamin Rulland, Pierre Bollon, Alexis Abelin, Louis Guyon, Daniel Augier.
Canton de Taillebourcj
Pelluchondes Touches, Prieur-Grandville:, Alexis Ponvert, Michel Chartier, Joseph Rousseau, Jean Bergier, Pierre Cailleau.
Vanton de LouUuj
Jean Jousselin, Pierre Combret, Gabriel Duvert. Jean Isambard, Jean Verdeau, André Marchand, Canton de Matlta
Pierre Bastard, Jean -Baptiste Lauvart, Jacques Roquet, j!Osué-Jean-Baptiste Sorin, André Béquet, François Chaigneaud, Louis Feniou, Jean Chasseriaud, René Bourdeau, Jacques Epagnou-Dezile, René Audouin, Jean Cruchon, Jean Baptiste Merveilleux-Duvigneaud, François Audouin, Jean Chaigneaud, Jean Baron, Louis Gaborit, Pierre-Grégoire Brunet, François M inguet, Jacques Debard, François Charrier, Jean-Jacques Gatitier, Jacques Guichard, Jean Sebilleau aine.
^ Canton de Bi'hatnboury
Jacques dit Planton, Micheau-Duvignaud, Julien Huteau, Jean-Baptiste Bellet, Joseph-Auguste Chastelier^ Simon- Elie Léger, Etienne -Arnaud Dargenteuil, François Estachon, Charles-Joseph Charreron, Pierre Chotard, Jacques Poitevin, Jean Hard.
, Canton de Lozaij
Mestadier, curé de Breuil, P. Charrier, Ch. Doignon, Antoine Roche, Jean Méchain, Jean Charrier, Ch. Martineau aîné, Martineau jeune.
Canton de SainiSaci/iien
L. BofBnet, Jacques Caillaud, J. Chaigneau la Guiberderie, Pierre Guillebaud, André Cloquemain, J.-P. do Gonnes. J.-Th. Sossiendo, Claude-Marc Dautriche, P. Guillot, P. Lasserre, J. Berlet.
Canton d'Aulnntj
J. Lemoyne, Joseph Pineau, Pierre Drahonnet» J.-Moise Chasseriaud, P. Brunet, P. Boucard, P. Blanchard,
SAINT •JEA.N 49
P. Hérissé, Denis Le Roux de la Jonkaire, Epaignou- Dezillc (de Darapierre), Paul-Armand des Ruboà, Ch. Noé-Gaillard, Guérin de Moissais, Henry-Paul Guérin. P. -Jean-Aimé Oautreau, Pierre Sebilleau, Henry CrisUn, L.-J.-M. Videlin, Merveilleux-Mortafon, Corbineau, L. Rigondeau, F. Bouhier.
Canton de TonnaySoutonne
Dominique Leriget, Michel Abelin, François Millet^ J. Paillé, André Paillé, L.-H. Car ville, P. Cloquemain.
Présidés par leur doyen d'âge Henry-Charles de la Perrière de Roiffé, ayant pour scrutateurs Charles- Joseph Marchand de Fief- Joyeux, Jean-Isambart (de Fontenet), Daniel Augier (du Rousseau), et pour secrétaire, Corbineau (d'Aulnay), les électeurs procédèrent de suite à la constitution du bureau définitif, qui se trouva composé de :
Merveilleux-Mortafon, membre du corps administratif du département, président ;
Pelluchon des Touches, scrutateur;
Dominique Lériget ;
Augier (du Rousseau) ;
Corbineau, secrétaire.
Les opérations électorales durèrent jusqu'au 8 juillet 1790. Jacques-François Guillonnet-Merville, Téchevin démissionnaire, sortit le premier de lurne et fut proclamé président de Tadministration du district; les noms suivants obtinrent ensuite la majorité :
2^ Jean Bergier, notaire royal, à Taillebourg ;
3° Pierre Combret^ de Saint-Pardoult ;
¥ Merveilleux-Duvigneaud, de Gburvillette ;
5® Jean-Jacques dit Planton, de Sainte-Même ;
6<^ François Charrier, de Dœuil ;
7^ Jacques Chaigneau la Guiberderie, de Saint-Savinien ;
8<> Jean Lemoyne, notaire royal, de Saint-Pierre-de- Juillers ;
9® Michel Abelin, cultivateur, à Chantemerle ;
10» Daniel Augier, du Rousseau ;
41** Pierre Cristin, de Varaize;
12*» Bouisseren, marchand, à Sain t- Jean -d 'Angély ;
13*^ Lemaître père, ancien avocat du roi, procureur syndic.
Les électeurs recevaient alors une indemnité pour leur déplacement ; les taxes allouées pour cette élection montèrent à la somme de i.973 livres 10 sols.
La fête de la fédération fut célébrée dans la ville avec un grand apparat ; et Tinfluence de cette fête, en assoupissant pour un instant les dissensions politiques, semblait devoir faciliter la nomination des membres de la municipalité, si longtemps différée. Les commissaires s'empressèrent donc de profiter du calme des esprits pour convoquer les électeurs.
Les opérations électorales commencèrent le 6 août 1790, et Valentin fut de nouveau élu malgré l'opposition de ses adversaires.
Toutefois, ceux-ci, après avoir lutté jusqu'au dernier moment, semblèrent se résigner de bonne grâce à leur défaite et s'associer spontanément au triomphe du vainqueur. Toutes les cloches de la ville furent mises en branle, le rappel battit dans toutes les rues, et la garde nationale prit les armes. Le maire et les commissaires royaux furent conduits en triomphe jusqu'à leur hôtel, aux acclamations de la multitude. ,
Le lendemain et les jours suivants, tous les officiers municipaux nommés au mois de janvier furent réélus, Susanne, Lair, Larade, Binet, Marchant Ouzanneau, Levailois et Guillonnet, ce dernier en qualité de procureur syndic. On célébra par un Te Deum et des réjouissances un événement que l'on supposait devoir mettre fin aux divisions qui troublaient les citoyens depuis si longtemps.
Il n'en fut malheureusement pas ainsi ; l'agitation bruyante de la surface avait bien cessé, mais l'opposition était restée au fond des esprits à l'état latent et produisait, chaque fois que les rapports entre les deux administrations rivales de la cité et de l'arrondissement en donnaient
Toccasion, des conflits d'attributions encore mal définies ou mal comprises ; il en résulta un défaut d'entente qui amena bientôt un événement sinistre, dont l'écho lugubre retentit dans toute la France.
]\n effet, si le parti Valentin avait triomphé dans les élections municipales, le parti conservateur ou de la cour avait eu le dessus dans celles du district, dont tous les membres lui appartenaient.
Un commencement d'insurrection dans la paroisse de Migron, au sujet de la circulation des grains, s'était propagé dans le district de Saint-Jean-d'Angély. Dans la paroisse d'.\ujac, le commandant de la garde nationale, nommé Arnault, souleva le peuple en lui persuadant qu'il ne fallait plus laisser sortir aucune charge de blé de la paroisse, et ne plus payer la dimc, afDrmant avoir vu un décret qui la supprimait à partir du l""^ octobre.
Arnault fut mandé au directoire de Saint-Jean-d'Angély : mais comme il passait devant la salle des séances de la municipalité de cette ville, se rendant au district, il fut appelé par le maire, qui lui conseilla de ne pas se présenter, cette affaire, lui dit-il, ne regardant pas le directoire, mais d'envoyer sa réponse écrite, réponse qu'il lui dicta en ces termes : M*^''* on vient de me remettre une lettre, ou pour mieux dire, un mandement qui paraît signé de vous, j'ai l'honneur de vous en adresser copie, afin que vous vérifiez si ce n'est pas une erreur de votre part. Je la communiquerai à mes camarades les commandants des gardes nationales du district, pour savoir le parti que j'aurai à prendre. Arnault refusa de se présenter à une deuxième invitation qui lui fut faite, et, fort de l'appui que lui donnait la municipalité de Saint-Jean-d'Angély, il se rendit à la tête de la garde nationale en armes, chez le curé d'Aujac, assisté du maire, visita les greniers et mit des gardes aux portes pour empêcher la sortie du blé qui s'y trouvait.
Sur la plainte portée par le curé, le directoire du départciTicnt chargeî^ le district de Saiqt-Jcaq-d'Angélv de faîrç
une enquête sur les faits dénoncés, mais les délégués du district durent se retirer devant les propos séditieux et les menaces d'Arnault. Bientôt dix paroisses suivirent l'exemple de celle d'Aujac j elles décidèrent de ne plus payer ni la dîme, ni les autres droits seigneuriaux non supprimés et envoyèrent dans les foires et marchés des délégués pour pousser à la résistance. Un notaire de Migron, nommé Giraud, était un des plus exaltés^ et gagnait chaque jour à la révolte de nombreux partisans ; il fit signer une requête par laquelle on s'engageait à ne payer aucun droit jusqu'à ce que les ci-devant seigneurs eussent présenté leurs titres primitifs, menaçant de pendre ceux qui refuseraient leur adhésion. Le procureur de la commune requit l'exécution des demandes portées dans la requête et les officiers municipaux Tordonnèrent.
Le directoire du département cassa la décision de la municipalité de Migron, comme contraire aux décrets de l'assemblée nationale, dénonça Girault et la municipalité, suspendit cette dernière et chargea deux de ses membres de l'exécution de sa décision.
Les commissaires se transportèrent, le \0 octobre 1790, à Migron, escortés de cavaliers de la maréchaussée ; ils furent reçus par Girault, à la tête des habitants armés, et durent se retirer^ sans avoir pu remplir leur mission.
Un sieur Laplanche, ancien avocat au parlement de Bordeaux et un nommé Labroue, remplissaient à Varaize le même rôle que Girault à Migron. Le maire de Varaize, Latierce, qui était en môme temps régisseur de la seigneurie de Varaize, et les officiers municipaux, tentèrent en vain dans une réunion de dissiper Terreur dans laquelle on cherchait à entraîner les habitants ; ils ne purent se faire écouter et durent se retirer devant les menaces de la foule. Laplanche prit la place de Latierce, s'éleva violemment contre les droits seigneuriaux en général, et en particulier contre ceux de M. Amelot, seigneur de Varaize^ excitant les esprits contre ce dernier. Sur le réquisitoire du procureur syndic du district, le procureur du roi ordonna une epquêtc
sur les agissements de Laplanche et de Labroue. Pendant ce temps là, sept paroisses s'engagèrent à secourir, si besoin était, la paroisse de Migron, dont les officiers municipaux avaient été suspendus.
L'huissier Bouyer, chargé d'un décret de prise de corps contre Laplanche et ses deux acolytes, partit dans la nuit du 20 au 21 octobre, pour exécuter son mandat, assisté de vingt-cinq chasseurs bretons et de deux brigades de maréchaussée. Laplanche fut arrêté dans sa maison, de très grand matin ; mais, la porte de Téglise ayant été forcée par le peuple, on sonna le tocsin, ce qui força Bouyer à reprendre la route de Saint-Jean-d'Angély sans avoir pu effectuer les deux autres arrestations. A la sortie du bourg, il se vit assailli par une quantité considérable d'habitants, hommes et femmes, armés de fusils, de faulx et de divers instruments aratoires, demandant à grands cris la liberté de Laplanche, et jurant qu'ils couperaient la troupe en morceaux, si on ne leur rendait pas l'homme qui leur donnait de si bons conseils. N'obtenant pas satisfaction, ils firent feu sur la troupe, dont plusieurs chasseurs furent blessés et se précipitèrent sur elle pour reprendre le prisonnier. La troupe répondit par une décharge qui blessa sept émeutiers, dont cinq mortellement : Michel 13outinet; Marie Jonchère, épouse de Jacques Morillon ; I.ouis Moriii et Marie Berton, sa femme; Madeleine Salmon ; et, prolitant de la panique, elle parvint à se dégager et à conserver son prisonnier, qu'elle conduisit à Saint-Jean-d'Angély.
Les insurgés revinrent à Varaize, apportant sur des litières improvisées les morts et les blessés, et criant vengeance.
Latierce, prévenu que la colère 'populaire le rendait responsable de ce qui venait de se passer et s'exhalait en menaces de mort contre lui, cherchait à gagner Saint-Jeand'Angély pour mettre sa vie en sûreté, lorsqu'il fut rencontré par les habitants de Fontenet, se rendant à l'appel du tocsin sonné à Varaize. Ils lui reprochèrent sa fuite dans un moment si grave et le forcèrent de retourner avec eu3ç. Arrivé à Varaize, il fut accusé de trahison, arrêté
aussitôt et conduit au pied d'un moulin à vent, où Ton se préparait à le pendre à l'une des ailes. Mais ses bourreaux suspendirent Texécution dans l'intention d'en faire un otage, qu'ils espéraient échanger contre Laplanche, et l'enfermèrent dans un lieu infect, lui offrant pour tout aliment de l'ail cru, condiment pour lequel il avait toujours eu une répugnance invincible.
Pendant ces scènes de désordre, le tocsin sonnait à toutes les églises des paroisses environnantes, et des missives, envoyées par des officiers municipaux de Varaize, invitaient les gens des campagnes à venir venger avec eux le meurtre de leur frères.
Les membres du district, prévenus dès le matin, des intentions des insurgés^ requirent la municipalité de prendre des mesures pour protéger la ville, puis craignant pour leur propre vie, cherchèrent leur salut dans la fuite. Le vice-président fut arrêté au Puits d'Asnières et ramené à Saint-Jean-d'Angély où il s'empressa de donner sa démission, qu'on lui demandait, mais qu'il s'empressa de retirer lorsque le danger fut passé ; de son côté^ le procureursyndic erra tout le jour dans la forêt d'Essouvert, ne se croyant pas en sûreté dans sa propriété du Pouzat.
La municipalité, ainsi abandonnée et livrée à sa seule initiative, se borna a envoyer quelques soldats sans uniforme, pour savoir si des attroupements se formaient dans les environs de la ville, et prévint Tétat-major de tenir la troupe prête à marcher.
A onze heures du matin, trois officiers municipaux de Varaize, délégués par la municipalité, Mathieu Deschamps, Jean Abelin et Jacques Lafaye, vinrent à l'hôtel de ville do Saint-Jean-d'Angély se plaindre de la capture de Laplanche, et prévenir que cent paroisses s'assemblaient pour marcher sur Saint-Jean-d'Angély ; cependant, la municipalité ne prit pas d'autre mesure de sûreté.
A quatre heures du soir, Michel Latierce fils et Hippoly te Latierce, frère du maire de Varaize, arrivèrent à leur tour et prièrent les offllciers municipaux de prendre en considé-.
ration le danger que courait ce dernier à la discrétion des séditieux. Sur leur prière, la municipalité députa trois de ses membres à Varaize, Binet, Suzanne et Marchand de Fief-Joyeux fils, pour calmer les esprits et demander la mise en liberté de Latierce ; mais, étant sans armes ni escorte, ils faillirent rester détenus, et furent laissés libres seulement pour faire savoir que si, le lendemain, à six heures du matin, Laplanche n'était pas élargi, dix mille hommes iraient assiéger Saint- Jean-d'Angély.
Le même soir, la commune et Tétat-major assemblés décidèrent que, dans le cas où les émeutiers voudraient mettre à exécution leurs menaces, on essaierait de les en dissuader par la persuasion, la garnison n'étant pas assez forte pour défendre une ville ouverte de tous les côtés ; ils arrêtèrent, en outre, que les chasseurs bretons resteraient en armes dans leur quartier, et la garde nationale à la mairie, prêts à prêter main forte si la persuasion échouait.
Le 22, à neuf heures du matin, le bruit du tambour se faisait entendre du côté de Saint- Julien de TEscap, annonçant l'approche des insurgés ; ils étaient au nombre de quinze cents environ, ayant à leur tête les commandants, les ofiSciers municipaux et les curés des paroisses, forcés de marcher avec l'insurrection, dont ils cherchaient à arrêter les excès.
Arrivés sur la place Matha, les insurgés députèrent trois ofl5ciers municipaux et un détachement de toutes les paroises révoltées auprès de Saint-Blancard, juge criminel, seul resté à son poste qui, la veille, sollicité par Valentin, avait refusé l'élargissement de Laplanche comme contraire à la loi et à son devoir. On lui imposa des assesseurs, et l'assistance ayant prononcé l'élargissement, Laplanche fut mis eu liberté vers midi et emmené triomphalement par ses libérateurs jusqu'au gros des révoltés, place Matha, où, en échange, Latierce devait être rendu. Mais les forcenés ne tinrent pas la parole qu'ils avaient donnée. En vain, les officiers municipaux de Saint-Jean-d'Angély employèrent la persuasion, rien ne put sauver ce malheureux, qui,
affaissé par quarante-huit heures de torture morales et physiques, n'opposait plus aucune résistance à lacharnerr^nt de ses bourreaux.
Isambard, curé de Tcrnant, aidé du maire Valentin et des officiers municipaux de Saint-Jean-d'Angély, essaya par un coup de force et d audace^ d'arracher Latierce au sort qui l'attendait ; il se jeta au milieu des plus acharnés, fit un rempart de son corps à ce malheureux, recevant les coups qu'on lui portait^ et, le chargeant sur son dos, parvint à le transporter dans une maison voisine, dont il ferma la porte derrière lui. Malheureusement, lu maison n'avait pas d'autre issue pour fuir : la porte céda bientôt sous les efforts des assiégeants, et Latierce, traîné sur la place, y fut achevé presque sous les yeux des autorités du district et do la municipalité, par un insurgé qui lui donna sur la nuque un coup de couteau de sabotier.
Laplanchc, couronné de lauriers, fut ensuite promené en triomphe, aux acclamations de ses amis, dont l'exaltation, surexcitée par un premier meurtre, réclamaient encore les têtes de l'huissier Bouyer, du procureur du roi Pelluchon^ des membres du district et des chasseurs bretons. Cependant, sur les exhortations de la municipalité, les émeutiers se retirèrent sans avoir commis d'autres crimes. Le corps de Latierce resta tout le jour sur la place, exposé à la curiosité publique, et ne fut relevé qu'à la nuit par quel* ques citoyens qui lui donnèrent la sépulture.
Le lendemain la municipalité apprenant que Bouyer, en fuite pour sauver sa vie, avait été arrêté à La Touche, près de Saint-Jean-d'Angély, par la garde nationale, le faisait amener devant elle et après interrogatoire le constituait prisonnier.
Cependant, à la nouvelle du crime commis sur Latierce, les administrateurs du département firent partir pour Saint-Jean d'Angély de l'infanterie, de la cavalerie et de l'artillerie, et déléguèrent deux de leurs membres, Bréard et Jouneau, avec les pouvoirs ci-après :
SALNT-JEAN 50
« Nous^ directeurs du département de la Charente- Inférieure,
» Considérant les troubles existant dans la ville de Saint- Jean- d'Angély, l'effet alarmant de l'insurrection du plus grand nombre des paroisses qui avoîsinent cette ville, les suites affligeantes de cette insurrection et des attroupements qui ont déjà assailli la ville et y ont commis des excès contre Tordre public, la sûreté et la vie de quelques citoyens ; Tinsuffisance des moyens existants dans cette ville, ou la négligence que Ton a pu avoir de les employer pour prévenir les attroupements ou empêcher les maux qui en sont résultés ;
» Nous avons, par ces présentes, nommé et délégué pour commissaires MM. Jouneau et Bréard, membres du directoire du département, auxquels nous donnons commission et mandement exprès d'accompagner et précéder, s'il en est besoin, la force armée que le directoire s'est déterminé à requérir et à envoyer à Saint-Jean- d'Angély ; de donner tant aux troupes nationales du département qu'aux troupes de ligne tels ordres ou de leur faire telles réquisitions qu'ils aviseront convenables, en se conseillant à cet égard, s'ils le jugent à propos, avec la municipalité de Saint-Jeand'Angély, ou, en cas de refus de sa part, négligeance ou retard pouvant nuire à l'ordre public, agir de leur propre mouvement ; ou, d'accord avec le corps administratif du district, d'employer, autant que la sagesse et la prudence pourront le permettre, les voies de représentations et d'une autorité paternelle vis-à-vis des troupes : en cas d'insuffisance de ces moyens, employer ou faire employer la force armée, en proclamant la loi martiale ; d'employer ou prêter cette même force armée, s'il en est besoin, pour désarmer les révoltés et attroupés, et faire saisir et arrêter, s'il convient, ceux qui sont ou pourraient être dans le ca^ d'arrestation, soit pour cause d'excès ou de violences déjà commis ou qui pourraient l'être, soit en vertu de décret de prise de corps ; et de donner les réquisitions ou ordres nécessaires pour les faire transférer dans le lieu de déten-
tion qu'ils jugeront le plus sûr du département; de réunir au surplus, autant qu'il sera en leur pouvoir, les membres du directoire du district et ceux du tribunal judiciaire, divisés ou séparés par le fait de l'insurrection et des menaces effrayantes des attroupés, et leur procurer toutes précautions et sûretés convenables ; et d'inspirer au peuple, par tous les moyens que la loi peut indiquer, lé respect qui leur est dû en leur qualité.
» Fait à Saintes, le 28 octobre 1790.
» Signé : Rondeau, vice-président ; Riqukt, F^sciiasse-
RIAUX, (ylIESNIKR-DuCÏIESNE, P. RaHOTKAL:, JeAN-JoSKPH
JouNEAU, EsMOND, secrétaire, Garniep., procureur-syndic.»
Le premier acte des commissaires fut l'arrestation de Laplanche, d'un nommé Labroue, et^de plusieurs des complices de l'assassinat de Latierce. Cette arrestation agita de nouveau le bourg de Varaize, et ses habitants sonnaient déjà le tocsin pour appeler les campagnes voisines, lorsque les troupes s'emparërent de l'église et descendirent la cloche. De là, les commissaires se rendirent dans les autres paroisses ameutées, où ils firent donner lecture des décrets de l'assemblée nationale sur la circulation des grains, l'extinction des droits féodaux et les attroupements.
Partout la multitude, honteuse de ses excès, dénonça les meurtriers de Latierce et les principaux moteurs de l'insurrection.
Deux jours suliircntà la pacification du pays, et, le 27, la colonne expéditionnaire rentra à Saint Jean- d'Angély, ramenant quatre-vingts insurgés. Comme, à raison des discordes intestines, qui divisaient le directoire et la municipalité de cette ville, il était à craindre que les coupables fussent favorisés par l'un de ces pouvoirs en haine de l'autre, les prévenus furent transférés, partie à Saintes, partie à La Rochelle, en attendant que l'assemblée nationale eût désigné le tribunal chargé de les juger.
Un service funèbre fut célébré en l'honneur du malheureux Latierce, le 23 octobre, en présence de toutes les au-
torités civiles et des troupes de rexpéditîon, et le 20, ces dernières regagnaient leurs garnisons.
Sur le rapport que lui fut fait de ce douloureux événement, rassemblée nationale rendit un décret ordonnant de pousser rapidement l'instruction commencée contre Laplanche et les assassins de Latierce, et en confia la poursuite au tribunal de La Rochelle ; elle chargea également le même tribunal d'instruire sur la condufte des officiers municipaux en exercice au moment des troubles, les suspendit provisoirement de leurs fonctions, et chargea de de l'administration de la ville ceux des membres qui n'exerçaient pas à ce moment.
Enfin rassemblée décréta qu'elle prenait sous sa protection immédiate la femme et les enfants de Latierce, et qu'il serait pourvu, si c'ét^iit nécessaire, à la subsistance et aux besoins de la famille de ce généreux citoyen.
Ce fut en vain que la municipalité de Saint-Jean-d'Angély essaya de se justifier près de l'assemblée nationale et délégua trois de ses membres, le maire Valentin, Susanne et Marchand fils, qui demandèrent la faveur d'être admis à sa barre pour faire connaître, disaient-ils, lexacte vérité, et faire rapporter le décret qui les flétrissait : ils ne furent pas écoutés, et le directoire du département désigna, de nouveau, Bréard et Jouneau, pour notifier et faire exécuter la loi du 10 décembre 1790 à Saint-Jean-d'Angély et dans les communes voisines. Dès le 29 du même mois, les commissaires réunissaient les membres de la municipalité, et remettaient l'administration de la ville à Elisée Loustalot, premier officier municipal, remplissant les fonctions de maire, Cabaud-Desnobles, Tourneur aîné, Pierre Pougaudin, Jacques Pipi, Jean-Baptiste Maillard et Simon Corbières, notables.
Il ne fut point donné suite aux bonnes dispositions de l'assemblée nationale à l'égard de la famille Latierce ; les complications politiques qui survinrent firent oublier les victimes, et bientôt, l'amnistie générale décrétée vint soustraire les meurtriers au châtiment qui les attendait.
Sous le coup de la vive déception que l'assemblée leur causa par son refus de les entendre, les oflSciers municipaux suspendus publièrent un mémoire justificatif de leur conduite, renfermant des imputations injurieuses contre Bréard et Jouneau, au rapport desquels ils attribuaient le refus de l'assemblée. Cet écrit fut la cause d'un incident remarquable lors de l'élection, à Saintes, des nouveaux députés.
A ta séance du 28 avril 1791, Jouneau dénonça cet écrit. L'a:ssemblée exprima, par d'unanimes applaudissements, que tous les membres du directoire avaient une part égale à son estime, et qu'elle n'attachait aucune importance à l'écrit signalé. Jouneau et Bréard se contentèrent de cette salisfaction publique : mais Gilbert ayant pris la parole après lui, demanda que les auteurs du pamphlet fussent privés de toute participation aux travaux de l'assemblée, parce qu'ils étaient encore sous le coup du décret du 30 novembre 1790, qui les suspendait de leurs fonctions municipales à l'occasion des troubles de Varaize.
La proposition de Gilbert fut adoptée, et les officiers municipaux de Saint-Jean-d'Angély, tout en continuant d'assister aux séances, cessèrent de prendre part aux délibérations jusqu'au 4 septembre. Ce jour-là. Robinet évêque du département, après avoir dit la messe dans l'église où siégeait le corps électoral, prononça des paroles si touchantes sur le pardon des injures, qu'elles entraînèrent les signataires du mémoire incriminé, Marchand, Valentin et Binet, à désavouer ce qu'il pouvait contenir d'injurieux pour Bréard et Jouneau et à se jeter dans les bras de ces derniers, qu'ils embrassèrent avec transport au milieu des acclamations et des trépignements de l'assemblée.
Une députation fut aussitôt chargée d'aller à Saint-Jeand'Angély, accompagnée de Marchand, Valentin et Binet, porter la nouvelle de cette reconciliation ; elle y fut reçue par les habitants, réunis en assemblé générale dans l'église des jacobins, aux cris de vive la paix ! vive le corps électoral ! vive la députation ! et fêtée le soir par une illumination générale. A leur retour à Saintes, les députés
assurèrent qu'il y n'y avait plus à Saint-Jean-d'Angèly qu'une seule société qu'un seul parti, celui de l'ordre et de la paix.
Les haines et les divisions avaient enfin fait place à des sentiments plus doux ; ces derniers se manifestèrent encore le y janvier 1792, dans un banquet où se trouvèrent confondus les officiers du directoire et les membres des autres corps administratifs de la ville.
Au second service, une députation de canonniers vint annoncer que la compagnie désirait faire hommage aux convives de deux canons montés et garnis à ses frais. Elle fut reçue avec transport, et sur l'invitation qui lui en fut faite, elle prononça lé serment de vivre libre ou mourir. Les officiers furent invités au banquet. Ils y étaient à peine placés, qu'un détachement, précédé de tambours et ayant en tôle quatre sapeurs qui portaient des branches de chêne ornées de rubans tricolores, entra en marche, fit le tour de la salle et s'arrêta. Alors, un polit canonnier, âgé de douze ans, s'avança vers le vice-président du district et lui présenta un bouquet comme prix de la victoire que les convives avaient remportée sur eux-mêmes. A partir de ce moment, ce qui n'avait été d'abord qu'un banquet particulier, devint une véritable fôte civique dans laquelle, au milieu des salves d'artillerie, la nation, la constitution, rassemblée nationale furent successivement l'objet des vœux les plus rirdents et des hommages les plus purs.
Malgré les incidents malheureux de sa carrière administrative, Valentin avait conservé une popularité telle que ses concitoyens l'investirent, h nouveau, des fonctions de maire aux élections du iO novembre 1791, qui avaient pour but de lui donner un successeur. 11 refusa cependant le mandat que les électeurs s'obstinaient à lui donner, et il fut procédé à de nouvelles élections.
Cabaud-Desnobles fut appelé à le remplacer ; mais à peine en fonctions, il donna sa démission pour ne pas mettre à exécution une décision de la municipalité demandant à Valentin la reddition de ses comptes, décision à laquelle
Cabàud-Desnobles s'était opposé, la regardant comme une injure à 1 égard de son ami.
Le 2(5 février i79i, les électeurs portèrent leurs suffrages sur Elisée Loustalot, avocat et officier municipal, qui refusa d'accepter. Elu de nouveau à la presqu'unanimité à un nouveau tour de scrutin, il persista dans son refus, et^ comme il présentait sa démission écrite, elle lui fut arrachée des mains par plusieurs électeurs qui lui déclarèrent qu'ils ne procéderaient pas à une autre nomination, voulant le contraindre à prendre, malgré lui, la direction des affaires de la ville, qui lui incombait en sa qualité d'officier municipal. Ce ne fut que quelques mois après, le 3 décembre, que I.oustalot se rendit aux instances de ses concitoyens, en prêtant le serment de maire.
. Les faits les plus violents delà période révolutionnaire à Saint-Jean-d'Angély s'accomplirent pendant l'administration de Loustalot. Cependant, il parait avoir cherché à en atténuer les effets, et on ne peut s'empêcher de lui rendre justice pour les efforts qu'il fit, de concert avec les officiers municipaux, afin de conjurer l'affreuse disette qui vint bientôt ajouter ses horreurs aux difficultés politiques.
En exécution du décret du 13 février 1790, prohibant les vœux monastiques, la municiprlité prit un arrêté transformant Téglise conventuelle et paroissiale des bénédictins en église paroissial seulement, et disposant que le service paroissial, célébré jusqu'alors à une chapelle des bas-côtés, serait fait à l'avenir au maitre-autel par le curé et les vicaires bénédictins en surplis, et non plus dans l'habit de chœur de leur ordre, qui leur était interdit à l'avenir. La constitution civile du clergé (12 juillet 4791), forma une scission qui put se mesurer au degré de confiance que chacun avait dans l'avenir de la révolution.
L'église subit dans la suite bien d'autres tranformations.
Dom Deforis, curé de Saint-Jean-d'Angély, ayant refusé de lire en chaire Texhortatiorl pastorale de 1 evêque constitutionnel Robinet, fut peu après remplacé dans sa cure par le citoyen Jupin, professeur à Saintes. Ce fut ce dernier
qui célébra la messe, dite à l'autel de la patrie^ dressé au champ de Mars (place Matha) lors de la prestation du serment fédéral par les troupes de la garnison et la garde nationale, le 14 juillet 1792. Jupin n'exerça pas longtemps son ministère ; Téglise fut transformée en temple de la vérité ; ensuite pendant la reconstruction du minage (vendémiaire an III), elle servit de marché aux grains, et^ en Tan VI, on y installa une fabrique de salpêtre.
Jupin, privé de son emploi, épousa Ursule Jacques, ex-religieuse et reprit, à Saint-Jean-d'Angély, son ancienne profession d'instituteur, ainsi que son épouse.
Les cérémonies dominicales furent remplacées par la célébration du décadi, faite avec un certain apparat, dans la salle d'audience du tribunal disposée à cet effet. Dans le fond, s'élevait l'autel de la patrie, décoré d'emblèmes • civiques, ainsi que la salle ; sur le premier rang, des sièges d'honneur étaient réservés aux magistrats du peuple , les vieillards et les défenseurs de la patrie prenaient place au second rang ; derrière se pressait la foule. Une invocation à l'Être suprême ouvrait la cérémonie, puis la lecture du bulletin décadaire et d'écrits patriotiques était faite du haut d'une tribune. Pour les grandes fêtes civiques, l'autel de la patrie était dressé soit au pied de l'arbre de la liberté, soit sur la montagne élevée place Matha, et des hymnes patriotiques tenaient lieu du Te Deum d'action de grâces des Pères de l'église.
INVOCATION A l'ÈTRE SUPRÊME
2wur la prospérité de la République
« O Dieu bienfaisant et juste, qui donnas à l'homme un « rayon de ton intelligence pour discerner les moyens du « vrai bonheur, jette les yeux sur un peuple qui, pour y « parvenir, a secoué, avec l'aide de ton bras, le joug de « ses tyrans et vengé tout à la fois ta gloire et sa dignité « en recouvrant les droits qui lui appartenaient par la « nature !
« Achève aujourd'hui ton ouvrage, en accoutumant les
« Français à chérir le gouvernement libre qu'ils se sont
« choisi ! Qu'ils apprennent, par tes lumières, que leur
a liberté ne peut subsister sans la soumission aux lois et le
« respect pour les magistrats ! Que ceux-ci, pénétrés à
« leur tour de l'importance de leurs fonctions et de l'étendue
« de leurs devoirs, ne t'aient pas en vain promis dans ce
« jour solennel de conserver, dans toute son intégrité, le
« dépôt sacré d'une constitution qu'ils ont juré de main-
« tenir ; entretiens dans leur cœur le sentiment toujours
« plus vif de l'obligation qu'ils viennent de contracter en
« ta présence, et qu'aucun d'eux ne tente jamais de l'éluder
« par force ou par adresse ! 'Qu'ils se gardent, surtout, de
« marcher, par une insigne déloyauté, âur les pas d'un
<c tyran dont le despotisme et la trahison ont rendu la
« mémoire exécrable à tous les siècles ! Qu'ils craignent à
« jamais de voir leurs noms flétris avec le sien !
« Mais que plutôt, pénétrés d'un saint dévouement, ils
« affectionnent avec ardeur l'établissement des lois, des
« institutions et des mumrs ré[)ublicaines !
f< Que l'exemple de leur conduite privée soit l'image de
« leur vie publique et rencouragenient journalier des
« timides et des faibles ! Qu'ils soient constamment les
« défenseurs des principes, le soutien des opprimés et
<i Tcspérance de tous les bons citoyens ! Qu'ils puisent,
a dans leur patriotisme et leur désintéressement, l'amour
« des lois bienfaisantes et le courage pour l'exécution des
« lois sévères sans acception de personne ! Qu'ils se livrent,
« sans partage, aux intérêts du peuple dont il doivent être
« l'appui ; que leur énergie soit soutenue, leur bienveillance
a éclairée, leur zèle infatigable ! Que tous leurs désirs et
« leurs efforts concourent à rendre heureuse, par une sage
« administration, la patrie que nos invincibles soldats
c< rendent glorieuse par nos armes ! Dieu tout puissant,
« donne aux magistrats le civisme et les lumières, aux
« guerriers l'intrépidité dans les combats et la modération
« dans la victoire ! Qu'une paix solide et durable soit
« Tunique but de nos succès î Qu'entraînés par la splendeur
« de nos triomphes et Téclat de nos vertus, dont tu es la « source, tous les peuples que tu créas pour être frères, « vivent unis sous un gouvernement soigneux de leur « félicité, et que l'immortel honneur de la nation française « soit d'avoir, sous tes auspices, proclamé la première « pour le bonheur de tous, les principes éternels de la « liberté et de Tégalité !
c( Vive la République ! »