‹ Saint-Jean-d'Angély: d'après les archives de l'échevinage et les sourcesChapitre 4 sur 24 · L.*jkk · texte numérisé non relu

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que les habitants de la campagne, qui purent quitter le pays, allèrent ailleurs mettre en sûreté leur vie et le peu qu'ils sauvèrent du pillage. Les plaintes des malheureux Saintongeais arrivèrent enfin jusqu'à Charles VI. Le roi envoya en 1408 un de ses chevaliers en Saintonge, avec mission de s'entendre avec la noblesse pour chasser les soudards par la force, s'ils n'obéissaient pas à la sommation de s'éloigner qu'il devait leur faire tout d abord, assurant l'impunité à ceux qui, en cas de résistance, en tueraient ou blesseraient, et leur abandonnant comme indemnité les chevaux, armes et biens qu'ils pourraient recouvrer sur eux. Cet ordre n'avait pas encore été exécuté en 1409, par la faute du sénéchal ; le roi lui en témoigna son mécontentement par lettre du 8 avril, et lui enjoignit d'obéir «à ses ordres avec la plus grande diligence, à peine de perdre son office.

Les Anglo-Gascons, profitant du désordre, refusèrent de payer, notamment à Jehan Harpedane, sénéchal de Saintonge, les pâtis qu'ils s'étaient engagés, à leur tour, à lui payer pour préserver de toute attaque delà part du sénéchal les villes et forteresses de Bourg et de Blaye, dont ils étaient encore en possession. Cet officier exposa au roi que, faute de cette ressource, il lui était impossible d'entretenir la garnison de Montendre, et lui montra le danger où cette ville se trouvait de tomber aux mains des Anglais. Le 3 juin 1409, le roi chargea Guichard la Tour, prévôt des maréchaux de France, de contraindre le sénéchal de Bordeaux au paiement des arrérages des pâtis.

Ce même Harpedane avait acquis, de Jehan Larchevesque, la ville, le château et la châtellenie de Taillebourg et du Cluzeau, et possédait ainsi la clef de la Saintonge du nord. Le conseil du roi, à la requête des trois états de Saintonge, décida le rachat de cette forteresse par retrait féodal et son incorporation au domaine royal. Seulement, le trésor royal étant vide, Saint-Jean-d'Angély fit au roi l'avance de la somme nécessaire à ce rachat, et les trois états votèrent un impôt particulier pour en opérer le remboursement.

Harpedane ne se souciait pas d'abandonner sa forteresse, et différait sans cesse de produire ses états de frais, dans l'espoir que le roi, cédant à ses instances et à celles d'amis influents, renoncerait à la réalisation de la cession. Les Angériens, de leur côté, suppliaient le roi d'en terminer l'acquisition, lui rappelant le rôle que cette forteresse avait joué contre lui^ pendant les guerres précédentes, et lui démontrant qu'elle pourrait être cause dans lavenir de la destruction totale de ses provinces de Saintonge^ Angoumois, Poitou, Périgord et Limousin. Ils ajoutaient que, depuis quarante ans, elle avait été, trois fois, au pouvoir des ennemis pour cause de mauvaise garde, et que le pays, et principalement les villes de Saintes et Saint- Jeand'Angély, avaient tant souffert de son voisinage qu'elles n'avaient pu relever encore leurs ruines. Ils lui mirent également sous les yeux les griefs et malversations que Harpedane, ses officiers et ses gens, avaient commis contre les Angériens pendant qu'il possédait Tailleqourg ; enfin; ils lui avouèrent qu'il leur inspirait une crainte. telle, que beaucoup d entr'eux préféreraient abandonner le pays plutôt que de rester plus longtemps sous la domination d'un homme qui ne pouvait porter grand amour à ceux qui prêtaient leur argent pour le dépouiller forcément d'une forteresse, dont il ne voulait pas se dessaisir.

Le roi céda à de si puissants motifs, et Taillebourg fut incorporé au domaine royal par retrait féodal, le 4 mai 1400, pour la somme de 16,000 livres. Il le donna ensuite on apanage au dauphin Louis de Viennois, avec la châtellenie du Cluzeau, mouvance du monastère des bénédictins, ce qui constitua le prince vassal de l'abbé, à qui il fit rendre par le capitaine 'Taillebourg la foi et l'hommage qu'il lui devait.

La démolition de la forteresse de Taillebourg fut néanmoins décidée et effectuée en 1413, et une taille fut levée sur les Angériens pour en couvrir les frais. Ces derniers résistèrent au paiement de cet impôt, et de nombreuses poursuites durent être faites pour le recouvrement du montant des rôles.

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Pendant ce temps, le comte de Huttingon, à la tête des troupes anglaises, parcourait la Saintonge du nord, sans rencontrer d'obstacles, et complétait la ruine, dont cette province se ressentit pendant un siècle.

La patience des malheureux cultivateurs était à bout ; la levée d'un nouveau fouage, destiné à fournir au connétable les fonds nécessaires à Tentretien des troupes qu'il levait pour marcher aux Anglais, les révolta. Dépouillés journellement de ce qu*ils possédaient, ainsi bien par les troupes chargées de leur défense que par les soldats ennemis, ces malheureux s'assemblèrent à Saint- Jean-d'Angély, le jour de Pâques fleuries, pour protester contre l'impôt, parcoururent tumultueusement la ville et cherchèrent a s'emparer de la tour de l'Horloge pour sonner le tocsin. Le maire, à la tête de la milice bourgeoise, fit arrêter les chefs de cette petite sédition, qui n'eut pas de suites.

La France était alors divisée en deux factions, celle des Orléans ou Armagnacs, et celle des Bourguignons. La France méridionale soutenait le parti d'Orléans. Pendant que toute la chevalerie de France était rassemblée sous les bannières rivales des Bourguignons et des Armagnacs, les provinces méridionales étaient abandonnées à leurs propres forces, et la Saintonge du nord, était menacée de nouveau par les Anglais. Ces derniers s'étaient, déjà emparés de Marennes, Barbezieux, Pont-l'Abbé et Soubise. La prise de cette deinière forteresse, surtout, avait grandement ému le pays, et principalement Saint-Jean-d'Angély, en raison de ce que cette ville commandait la navigation de la Charente, et qu'en conséquence le commerce était forcé de renoncer à cette voie d'exportation ou de subir les exigences arbitraires de l'ennemi. Le corps de ville fit faire en hâte les réparations indispensables aux fortifications de Saint-Jean-d'Angély. Comme il n'avait pas les fonds nécessaires, les habitants, à tour de rôle, donnèrent chacun une journée pour curer les douves. Les murailles furent garnies de futailles, pierres et autres objets défensifs ; les masures sises en dehors des murs furent démolies, pour empêcher l'ennemi de s'en faire

un abri. En outre, les riches bourgeois s'imposèrent de dix deniers, et les moins fortunés, de la moitié de celte somme, pour acheter des approvisionnements de guerre.

Des religieux, des clercs et des nobles ayant refusé de contribuer à cet impôt, par celte raison que leur qualité les exemptait de toutes contributions. Charles VI ordonna, par lettres du 21 janvier 1412, que tous ceux qui avaient ou pouvaient avoir refuge dans Saint-Jean-d'Angély, i)Our eux, leurs personnes ou leurs biens, soit nobles, gens d'église, ou escoliers, seraient contraints d'y contribuer, même par la saisie de leur temporel.

Le corps de ville fit faire des canons à Tonnay-Charente et gagea des canonnicrs pour les servir. 11 fit consrtruire, en outre, deux engins de guerre par M® Pierre de Lestendille, ingénieur, qu'il retint au service de la ville aux gages de 7 livres 10 sols par mois. Ces canons et engins lançaient des boulets en pierre dont la façon coûtait alors, les petits, cinq deniers la paire, les plus gros, cinq deniers la pièce. On trouve encore fréquemment ces boulets dans les fouilles faites dans l'intérieur de la ville, et l'on peut en voir des spécimens formant borne à l'angle de quelques maisons.

De plus, les Angérîens, de concert avec les habitants de Jarnac, traitèrent avec le capitaine de Châteauneuf, Jean Deshaye, et lui payèrent pour leur part quinze livres tournois, à condition qu'il s opposerait au passage de la Charente par les ennemis.

Puis, comme Saint-Jean-d'Angély n'avait qu'un nombre insuflSsant de défenseurs. Ferry de Chauvigny, lieutenant en Saintonge de Jacques d'Heilli, maréchal de Guienne. autorisa le maire à faire entrer dans la ville, pour aider à sa défense, le chevalier Jean le Bigot et soixante hommes d armes sous ses ordres. Avant de les admettre, le maire fit prêter au chevalier et à ses hommes le serment d'être « bons et loyaux au roi et à la ville ».

La contribution volontaire que s'étaient imposée les Angériens, jointe aux autres revenus de la ville, était loin

AAINT-iEAK U

d'avoir suffi à toutes les dépenses nécessitées par les préparatifs de défense qui viennent d'être énumérés ; le corps de ville chercha à emprunter, mais l'argent était si rare qu'il ne trouva pas de préteurs ; il eut alors recours, pour s'en procurer, à un moyen arbitraire que la force des circonstances pouvait seule lui faire adopter. Le maire, sire Jean Bidaut, à la mésée du 18 novembre 1412, offrit au corps de ville de faire vendre au profit de la ville, dans les tavernes, et à l'exclusion de tout autre, une certaine quantité de vin qu'il possédait, à la condition que le prix lui en serait remboursé sur les premiers deniers perçus du souchet. Cette proposition fut adoptée c^ l'unanimité par les membres présents.

En reconnaissance des grands sacrifices faits de tout temps par les membres de la commune de Saint- Jeand'Angély, qui avaient poussé le patriotisme et l'abnégation jusqu'à se priver de la nourriture nécessaire pour résister plus longtemps aux Anglais et rester attachés à la couronne, les rois de Franco leur avaient accordé le privilège de la vente au détail des diverses marchandises dans la ville et les faubourgs ; les étrangers n'étaient admis à leur faire concurrence que les jours de foire et de marché, et seulement sur les places publiques. Charles VI leur confirma ce privilège en 1412.

Le corps do ville eut à réprimer cette même année (1412) une atteinte portee aux privilèges qui venaient de lui être confirmés, Jean de Sigoigne, moine bénédictin, chambellan de la Fayolle, ayant fait vendre du vin au détail dans une taverne, bien que n'étant pas membre de la commune, vit son vin saisi à la requête du maire et vendu au profit du trésor royal.

Les Anglais avaient reçu des renforts considérables et s'avançaient sous le commandement du duc de Clarence pour poursuivre leurs succès. Le 24 novembre 1412, le corps de ville informa le roi et son conseil de l'approche de l'ennemi, et reçut Tordre de son lieutenant en Guienne de préparer le logement des troupes que cet officier

rassemblait pour marcher à rennemi. Dix hommes d'armes et cinq hommes de traits, choisis parmi les bourgeois Angériens et équipés aux frais de la ville, se joignirent aux troupes royales.

Le maire et les échevins ne voulurent pas, dans des circonstances si graves, prendre sur eux toute la responsabilité de ^administration, et ils demandèrent l'assistance permanente de cinquante membres de la commune, nommés à réleclion. Ce nombie fut porté à cent, quelques jours après.

Enfin, le 13 février 1413, l'ennemi avançant toujours, ordre fut donné à tous les Angériens en état de porter les armes, de se tenir constamment armés, à peine de soixante sols d'amende. En outre, comme alors aussi bien que de nos jours, les gardes civiques ne s'épargnaient pas les quolibets sur leur accoutrement militaire plus ou moins bizarre, il leur fut fait défense de se moquer les uns des autres, à peine d'une amende de deux sols six deniers.

Le maréchal de Guienne, craignant que la citadelle de Tonnay-Charente ne fût pas en état de résister, envoya Tordre au maire de Saint-Jean-d'Angély de la faire démolir. Le maire chargea Jean Bagueneau, prévôt du roi à Saint-Jcan-d'Angély, d'aller exécuter cet ordre.

De son côté, le sénéchal de Saintonge réunissait à Mauzô les trois états de la Saintonge et du Poitou, pour en obtenir des provisions pour la guerre. Le corps de ville s'y fit représenter par Aymeri Mouraut et Jean Prévcrand. deux de ses membres.

Par une rare coïncidence, les trois candidats à la mairie élus par le corp^ de ville pour être présentés au choix du roi, en 1413, se trouvèrent être officiers du roi, du duc de Guienne. ou pensionnaire de l'abbaye. Le procureur de la commune s opposa à ce que l'ancien maire reçut le serment du nouvel élu avant que celui-ci eût renoncé à son oflfice, dans la crainte, sans doute, qu'il no fût influencé, dans la gestion des intérêts de la commune, par sa position dépendante.

Toutes ces dispositions, bien que nécessitées par la présence de leunemi, soulevèrent cependant un mécontentement qui se produisit ouvertement à l'occasion de la levée d'une taille destinée aux fortifications et au paiement des gages des officiers de la commune. Pendant une discussion très vive, qui eut lieu à ce sujet dans la mèsé du 2o juin t4K). un membre du corps de ville, Hélie Duvergcr, alla jusqu'à dire au maire, qui présidait, que six des membres de la commune traitaient les affaires selon leur bon plaisir^ mais que lui, Duverger, et quarante habitants, tiendraient aussi leur échevinage pour s'y opposer. Puis il quitta rassemblée, sans autorisation. Le corps de ville le condamna, séanée tenante, à rester aux arrêts dans l'hôlel de Téchevinage, dont il fit fermer les portes. Le peuple, ameuté, menaça de les rompre pour délivrer le prisonnier ; mais le corps de ville résista, fit arrêter les émeutiers les plus violents, et condamna Jean Barrié, Tun des plus compromis, à faire amende honorable à la cour de la mairie, pour avoir excité le peuple dans sa révolte. Les membres de la commune qui, à Texemple d'Hélie Duverger, avaient refusé le paiement de la taille, furent poursuivis et contraints de la payer.

Pour alléger les Angériens des charges fiscales qui les accablaient, le roi leur fit remise, pendant dix ans, des aides et fouages imposés à la ville et à son ressort. Les lettres de confirmation de cette donation furent délivrées, le 19 août lil3, au maire Jean Chauveau par Jean Bidaut, son prédécesseur à la mairie.

L'année suivante, le corps de ville fut autorisé à continuer la perception du souchet, et à prélever pendant un an, un droit de douze deniers par chaque tonneau de blé descendant la Boutonne, afin de permettre à la ville Ip paiement des dettes qu'elle avait contractées pour la guerre. Le roi renvoya aussi devant le sénéchal de Saintonge un procès pendant entre la commune et les habitants de Garnaud. au sujet du guet que ces derniers refusaient de faire à Saint-

Jean-d'Angély, ce qui leur évita les longueurs et les frais toujours exborbitants d'un débat au conseil royal.

Les Angériens virent leur jmtriotique résistance glorieusement récompensée, voulant les laisser entièrement à la défense de la frontière, le roi dispensa ceux d entrVux qui avaient élé anoblis, de tout service qui n'aurait pas pour but la défense de la Saintonge, et exempta les bourgeois de faire f artie de Tarrière-ban.

Le commerce eut aussi sa part des faveurs royales ; des corsaires, autorisés par des lettres de marques, empêcliaient tout commerce par la Charente, et s'emparaient des navires, amis ou ennemis, qu'ils rencontraient. Le roi donna des ordres pour que les navires des marchands angérieûs fussent respectés.

Le duc de Bourbon et le maréchal do Guienne firent de Saint-Jean-d'Angély leur place, d'approvisionnements ; ils y rassemblèrent les vivres, Içs armes et lés munitions nécessaires à l'armée qu'ils formaient. Le 20 août, le maire recevait sept canons garnis de quatorze boites enchâssées en bois, deux rondelles de poudre à canon, quatre-vingtdix-neuf paniers, trente-neuf douzaines de cordes d'arc, cent cinquante-cinq bottes de fil à confectionner les cordes, dix -huit cents flèches à arcs ferrées de leurs barbes, une pipe de torches à falot, huit falots simples et deux doubles, cinquante caisses de traits, de viretons et chausse- trappes barbues, seize lances, dont quatorze ferrées et deux sziis fer.

Adam de Brageloine, lieutenant de Regnaudin Doriac, trésorier des guerres, confiait ausssi à la garde du maire les fonds destinés au paiement des troupes, ainsi que le constate un reçu de cent cinq livres qu'il lui donna le :W août 1413.

A peine monté sur le trône, Henri V d'Angleterre rassembla une armée et vint ?e joindre à ses partisans. Charles \l voulut acheter la paix, au prix de la cession des provinces comprises dans le traité dé Bréti^ny, ô l'exception du territoire situé entre la Sèvre et la Cbà-

rente, ne pouvant se décider à céder cette partie de la Saintonge et de TAunis qui lui était si dévouée ; mais le roi d'Angleterre ne voulut pas consentir à cette restriction ; il exigea Texécution entière du traité, et la guerre fut poursuivie. Les princes français, oubliant alors leurs querelles particulières, s'unirent au roi de France contre TAngleterre. Cette bonne nouvelle fut publiée à Saint-Jean* d'Angély, Je 13 avril 1415 ; elle y fut reçue avec de grands transports de joie. Le maire suspendit l'audience de la cour de la mairie, qu'il présidait au moment où elle lui parvint, et renvoya à huitaine toutes les causes pendantes.

On songea tout d'abord à conserver, pour les besoins de l'armée françaiée, les vivres qui se trouvaient en Saintonge; et, sur Tordre du roi, le maire de Saint-Jean-d'Angély défendit l'exportation des grains^ de même que la vente des armes de guerre aux étrangers. De plus, il interdit aux Angériens tout rapport avec les Anglais, ou même avec ceux qui passaient pour les fréquenter ordonnant de lui dénoncer ceux de 'ces derniers qui viendraient dans la ville.

Divers engins défensifs furent préparés, et chaque chef do famille dut fournir à ses frais, pour être placé sur les murailles, un râteau de la longueur d'une brasse et demie, bien garni de chevilles, pour repousser au besoin les assaillants.

Toutes ces précautions ne parurent pas suffisantes encore. Sur l'avis que Bernard de Jambes lui donna, que les Anglais se préparaient à passer la Charente avec l'intention de venir courir le pays de par derà, le corps de ville fit couper les ponts de Saint-Julien, obstruer par des abattis d'arbres les passages de la Boutonne à Nuaillé, à Vcrvant. et à l'écluse du Bizard, puis il ordonna aux Angériens de demeurer nuit et jour à leur poste de combat, à peine d'être réputés traîtres, et dépécha Aymery de Ressé, l'un de ses membres, à Jean de Torsay, grand maître des arbalétriers, et à M'J*" de Barbazan, qui était à Niort, pour les prévenir des dispositions prises par l'ennemi.

-iol-

Les nombreux obstacles élevés à la marche de Varmée anglaise avaient réussi jusq.ue-là à Tarrêter sur la rive gauche de la Charente, mais leur armée du nord avait eu plus de succès : elte s'était emparée de la ville de Honfleur et avait écrasé larmée française à la célèbre bataille d'Azincourt. Le conseil du roi voulut reprendre cette place, et il envoya dans les bonnes villes du royaume des commissaires pour lever un aide afin d'en payer les frais. Uun d'eux, Guillaume Boucher, secrétaire du roi, vint à Saint- Jean-d'Angély, et malgré le privilège d'exemption des tailles et fouagcs pendant dix ans qui leur avait été donné, les Angériens furent obligés d'y contribuer pour cent livres, soi-disant à titre de prêt, pour éviter la saisie des revenus de la ville, dont ils étaient menacés.

Le corps de ville fut plus heureux dans son opposition aux pi^tentîons de Geoffroy de Rochechouart, seigneur de Tonnay-Charente, qui voulut profiter des embarras du raoment pour exiger, des navires chargés de vin passant devant Charente, les mômes droits que sur les vins chargés dans sa châtellenie et -en provenant. Le conseil royal fit défense, à ce seigneur d'exiger plus que par le passé, c'est-à-dire cinq deniers par tonneau.

De Barbazan, lieutenant' et capitaine pour le roi en Guienne, était enfin arrivé avec quelques troupes dans la Saintonge du sud, et il avait mis le siège devant Barbezieux. La ville était mieux défendue qu'il ne l'avait supposée ; il sentit la nécessité de renforcer ses troupes pour en venir à bout, et fit crier publiquement, dans Saint-Jean-d'Angély, que tous les habitants qui avaient coutume de s'armer, ainsi que les gens de trait et les manœuvres, l'allassent rejoindre incontinent devant Barbezieux. Le corps de ville s'empF!*essa de lui envoyer trente arbalétriers et six charpentiers. Après la prise de la ville, qui eut lieu par escalade dans la nuit du 21 décembre HiO, Saint-Jeand'Angély envoya encore douze maçons pour aider à la démolition do la forteresse.

De leur côté, les Auglais s'étaient emparés de Mortagne,

et ils' avaient arrêté sur la Charente tout un convoi de vaisseaux zélandais,, chargés de vin de Saint-Jean-d'Angél y. Tandis que le sire de Pons convoquait à Saintes les trois états de Saintonge, pour aviser aux moyens de reprendre Mortagne, les Angériens priaient Tamiral de France, la commune de La Rochelle et Henri de Plusqualet, lieutenant du gouverneur de la même ville, de les aider à tirer satisfactron de Tacte de piraterie commis à leur préjudice.

Les communications avec Paris étaient interrompues par suite du peu de sécurité qu'offraient les routes encombrées de gens d'armes français ou étrangers, qui dépouillaient les voyageurs amis ou ennemis qu'ils rencontraient. Il en résultait que des personnes ayant des procès à soutenir devant le parlement ne pouvant faire le voyage ni envoyer leur défense, se trouvaient à la merci d'adversaires peu scrupuleux, profitant de Timpossibilité où ils éta^nt de comparaître pour obtenir des défauts. Afin d'obvier à cet inconvénient, le procureur de la sénéchaussée de Saintonge sollicita et obtint, du dauphin Charles, une ordonnance rendue à Bourg, le 22 janvier 1418,^ déclarant que tant que les communications seraient interrompues, il ne pourrait être donné défaut au parlement de Paris contre les liabitants de la Saintonge. La même ordonnance annulait tous les défauts qui avaient été pris contre eux par suite de cet empêchement.

Par une autre ordonnance en date de Poitiers, le 18 octobre 1418, basée sur les mêmes diflScultés de communication et aussi sur ce « que le roi était détenu en la ville de Paris, hors sa ^franchise et liberté par aucuns à lui rebelles ci désobéissants », le dauphin, en sa qualité de. régent du royaume, manda à Olivier du Chastel, sénéchal de Saintonge, de contraindre toutes personnes ayaat refuge ou retrait en la ville de Saint-Jean-d'Angély, gens d'église, nobles ou autres, de faire le guet dans la ville et de contribuer de leurs deniers aux réparations des fortifications, de les y forcer au besoin par la saisie, vente et exploitation de leurs biens ; et en cas de périls imminents, sans attendre

d'assises, par toutes voies sommaires, même du joui* au lendemain.

Un impôt extraordinaire, de quarante sols par tonneau, appelé « la traite des vins »^ avait été rais en Saintonge par le dauphin et menaçait d'anéantir le principal commerce des Angériens. Jean Doriol, leur procureur, en poursuivit Taffranchissement devant le parlement de Poitiers en 1419, et réussit à en obtenir Tamortissement moyennant le paiement au trésor royal d'une somme dé douze cents livres, prélevée sur tout le pays viticole qui écoulait ses produits par Saint- Jean-d'Angèly.

La perception de cet impôt souleva une vive opposition de la part des seigneurs, sur les terres desquels on voulut le lever. Aliénorè de Périgord, dame de Matha, s'opposa formellement à ce qu'il fût perçu dans sa seigneurie, et il fallut procéder pour vaincre sa résistance. Le vicomte d'Aulnay n'y consentit qu'à la condition d en retenir vingt livres tournois à son profit.

Une ordonnance bien rigoureuse du maire de SaintrJeand'Angély contre les* blasphémateurs, fut criée solennellement, le 13 mars 1420, dans les quatre carrefours de la ville, appelés du « Change », des « Burbuya ou Barbazan » mal écrit, des « Forges », et du « Minage ». Elle punissait celui qui reniait Jésus-Christ, ou blasphémait contre lui, d'une amende de soixante sols pour la première fois, de cent sols pour la deuxième, et de dix livres pour la troisième. La quatrième fois, le coupable était mis au pilori, subissait une punition corporelle, ou avait la langue coupée, selon la gravité du blasphème.

Les Anglo-Gascons, paraissant vouloir reprendre l'offensive, le'maire en prévint le grand maître des arbalétriers et le dauphin. Ce dernier profita de la tenue des grandes assises à|Saint-Jean-dAngély, pour convoquer dans cette ville, le 27 juin 1420, les trois états de Saintonge et d'Angoumois, afin de déterminer avec eux le nombre des troupes qu'il convenait de leur opposer^ et les ressources financières nécessaires à Tentretien de ces dernières.

SALNT-aEAN 15

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il est à remarquer que la ville payait le plus souvent la dépense des officiers du roi ou des magistrats que leur charge appelait à Saint-Jean-d'Angély, soit pour assister aux assises de la sénéchaussée, soit pour un autre motif. Un reçu mentionne le paiement par le receveur de la ville, d'une somme de soixante-quinze sols^ pour la dépense que M® Estienne Gillet, procureur du roi en Saintonge, ses gens, chevaux et chiens, avaient faite à Thôtel d'Hélie Caniot, pendant les grandes assises de 1420. De plus, le corps de ville offrit deux épées au premier président Jean de Vély, et réunit dans un dîner les seigneurs de distinction qui s'étaient rendus à la même solennité judiciaire. Les grands jours de la sénéchaussée était donc une occasion de dépenses considérables pour la commune, mais ces largesses n'étaient pas tout à fait désintéressées, les Angériens se ménageaient ainsi les bonnes grâces de gens influents, dont l'appui leur était bien souvent nécessaire dans les nombreuses difficultés qu'ils avaient à surmonter.

Pressé de tous côtés par l'ennemi, le dauphin appela à son aide les gentilshommes et les autres gens de guerre de pied et de cheval. Le comte de Tonnerre, alors à Fouras, prévenu par le maire de Saint-Jean-d'Angély, traversa cette dernière ville, se rendant à l'appel du prince.

Le parlement demanda au maire des renseignements sur l'approvisionnement de la Saintonge en vivres de toute espèce, et fit défendre le commerce des blés. Cette mesure fit promptement monter le prix du boisseau de blé au chiffre énorme, pour l'époque, de six livres ; la disette survint» engendra des maladies qui frappèrent particulièrement les enfants, au point que l'école de grammaire devint déserte, et que Guillaume de Jumièges, régent de cette école, privé de tout salaire, dut exposer sa misère ou corps de ville et solliciter un secours de vingt livres qui lui fut accordé.

Le conseil du dauphin parvint cependant à contracter alliance avec les rois de Castille et d'Ecosse. La flotte castillane transporta d'Ecosse quatre ou cinq mille soldats, qu'elle vint débarquer à La Rochelle. Pour reconstituer ses

vivres épuisés, Tamiral castillan envoya un de ses chevaliers à Saint-Jean-d*Angély, réclamer les approvisionnements que le corps tle ville avait promis de lui envoyer, se plaignant d'un retard dont souffrait ses équipages. L'envoyé castillan était accompagné d une suite nombreuse de seigneurs et s'était fait suivre des ménétriers de l'amiral, auxquels le corps de ville donna une gratification de quarante sols pour le plaisir qu'ils avaient fait aux Angériens.

Le 21 avril 1421, le maire de Saint-Jean- d'Angély, informé que Saintes était vendue aux Anglais, prévint aussitôt le maire de cette ville de se tenir sur ses gardes.

Les troupes alliées arrivèrent de tous côtés; le maréchal de Marcilli s'arrêta à l'hors avec un corps de Bretons, et y cantonna momentanément ses troupes. Le maire de Saint- Jean-d'Angély fit une brillante réception au maréchal lorsqu'il vint dans cette ville, et lui offrit dans son hôtel, ainsi qu'à vingt-cinq de ses officiers, un diner somptueux, dont la commune fit les frais, et qui coûta la somme énorme de 75 liv. 16 sols 8 deniers. Seulement, pendant que les officiers festoyaient, des guetteurs, placés sur les tours les plus élevées, avaient pour mission de signaler les soldats bretons, dont on craignait la venue dans la ville. Cette précaution fut continuée pendant tout le temps de leur séjour à Thors.

Le 16 août arrivèrent des lettres du régent, convoquant à Vendôme, le 25 du même mois, tous les nobles et les bourgeois valides, pour défendre la Saintonge menacée. Le corps de ville fit tous ses efforts près du cadet Bernard d'Auvergne, lieutenant et capitaine général pour le roi et le régent par deçà la Dordogne, et près du chancelier et du maître des arbalétriers de France, pour que les Angériens fussent exemptés de se rendre à cet ordre, la ville ayant besoin de conserver tous ses défenseurs. Quelques jours après, Guillaume de Torsay, grand maître des arbalétriers, était fait prisonnier par les Anglais.

Bernard d'Auvergne convoqua à Poitiers, pour le 25 novembre, les villes et les barons de la Saintonge, du Limousin et de l'Angoumoins. Dans cette réunion, les trois états

consentirent un aide de trente mille livres, destiné partie à l'entretien des gens d'armes préposés à la garde de ces provinces, et partie à secourir le régent. La part cootri butive de.Saint-Jean-d'Angély à cet impôt fut fixée à cinq cents livrés, qui furent payées sur les fermes des moulins de Tonnay-Boutonne, appartenant à la commune, afin de ne pas surcharger les habitants.

Il est facile de se rendre compte des charges qui accablaient les Angériens, si Ton compare les revenus de la ville avec les nombreux impôts, aides, tailles, fouages, auxquels ils devaient satisfaire. D'après les comptes de Guillaume Grasmorcel, receveur de Saint-Jean-d'Angély en 1421, les recettes comprenaient alors :

Francs Sols Deniers

Le produit de la ferme du souchet et

entrée des vins 700 » »

De la coutume des vins passant par la

Boutonne 30 » »

Du souchet du vin vendu au détail 1.282 o u

5 sols par tonneau de vin amené et déchargé dans la ville et les faubourgs 213 » »

Du seing droit 40 10 »

Des moulins de Tonnay-Boutonne 1.325 » i)

Dé l'écluse bourgeoise de la Boutonne.. » 'iO »

Rentes diverses » 26 04

Total 3.619 18 04

Le connétable de France et Jean Stuart, comte de Douglas, chef des Ecossais envoyés au secours de Charles VI par le régent d'Ecosse, vinrent à Saint-Jean-d'Angély le 6 juin 1423, pour rassembler larmée qui devait succomber peu après aux batailles de Crevant et de Verneuil, livrées le i^^ juillet 1423 et le 17 août 1424. Le maire et le corps de ville allèrent à pied les recevoir à la porte de la ville, n'ayant pu se procurer de chevaux en quantité suffisante pour se porter plus loin à leur rencontre. Les Angériens, armés, se tenaient à leur poste de combat, sur les tours et les murailles. Le maire leur offrit, au nom de la commune, une pipe de vin, douze chapons et douze oisons. Il envoya

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quelques jours après, au maître des arbalétriers, deux pipes de vin, quatre douzaines de chapons et six torches. Les Ecossais du comte de Douglas campèrent au dehors de la ville, les officiers seuls obtinrent du maire la permission d'y entrer.

La misère était extrême à Saint-Jean-d'Angély, le commerce des vins, la principale ressource des Angériens, avait considérablement diminué par suite des nombreux impôts dont il était surchargé. Le rachat de la traite des vins n'avait pu être effectué, par suite de Topposition des seigneurs, qui n'avaient pas voulu que Taide destiné à labolir fût levé sur leurs tenanciers sans profit pour eux-mêmes, et ce fut en vain que les Angériens mirent dans leurs intérêts le prévôt de Paris, M9' de Maillezais, et un conseiller du roi nommé Guillaume Pastureau, ils ne purent en obtenir ni Tabolition, ni la diminution, et durent continuer à la payer comme par le passé.

D'un autre côté, lorsque les monnaies falsifiées furent réformées et remplacées par d'autres frappées à un titre supérieur, les marchands angériens, principalement les bouchers et les poissonniers, continuèrent à recevoir ces dernières comme si elles étaient encore falsifiées, ce qui porta le prix de leurs marchandises à un taux exorbitant. Des bouchers forains vinrent aux portes de la ville, vendre des viandes au détail à prix réduit, ce qui souleva les réclamations des bouchers et de Tabbé de Saint-Jeand'Angély. Ce dernier se plaignait de ce que ses droits seigneuriaux étaient grandement diminués par le fait des marchands forains auxquels il refusait le droit de vendre au détail ailleurs que sous la halle aux bouchers. Le corps de ville prit la défense des bouchers forains et menaça ceux de la ville d'autoriser, dans l'intérêt public, la vente de la viande au détail, tous les jours, sur la place du roi, devant Notre-Dame. De plus, il envoya chercher du poisson, qu'il fit vendre au prix coûtant.

Cette difficulté souleva, entre le corps de ville et les officiers de l'abbaye, un mauvais vouloir qui se traduisit de

]a part des premiers en une opposition systématique à rencontre de toutes les coutumes ou droits seigneuriaux, dont les seconds jouissaient légitimement, ou qu'ils s'étaient arrogés depuis plus ou moins longtemps. L'aumônier avait coutume de prélever, au profit de son aumônerie, une bûche par charge de bois entrant en ville, le corps de ville lui contesta ce droit. Il fit signifier, de plus, au chambarrier, qu'il lui intenterait des poursuites s'il continuait d exiger « un mets de pitance » à chaque noce, et défendit à ses administrés de payer au chapelain les cinq sols etla paire de gants, qu'il se faisait donner depuis peu, pour les mariages qu'il célébrait.

Les Angériens payaient à l'abbé des Bénédictins une redevance foncière appelée « la maille d'or ». Chaque année, le jour de l'échéance, le prévôt-moine de l'abbaye, monté sur un cheval blanc, précédé de ses sergents, parcourait les rues de la ville avec un certain apparat. Les sergents criaient, dans chaque rue ou carrefour : « Payez la maille d'or à M^** l'abbé ». Le prévôt-moine, ayant cru pouvoir se faire remplacer dans cette promenade, le conseil de la commune engagea les débiteurs de la maille d'or à ne la payer que lorsque le prévôt-moine ferait la chevauchée en personne et non par procureur.

Le corps de ville était dans son droit, car d après l'extrait d'une enquête, produite à la Chambre royale par les Bénédictins, en 1634, les droits seigneuriaux de ces derniers se résumaient ainsi :

« Le prévôt-moine avait les lots et ventes sur les maisons et autres héritages, qui se vendaient dans la ville et partie des faubourgs de Taillebourg, d'Aunis et du Port. — Aux rentes seigneuriales sur les maisons. — Pour celles qui ne payaient aucune rente, il avait droit seulement à une maille d'or, et ce, lorsqu'il faisait la chevauchée par la ville à la manière accoutumée.

« Le droit d'exercer sa justice et juridiction en la ville, et il l'exerçait de huitaine en huitaine, dans un parquet bâti à l'entrée et près de la grande porte de l'abbaye.

« Le droit de pîcotinage sur les mesures d'avoine, vendue dans la ville.' en fournissant de picotin pour la mesurer.

« Le droit de prélever un quartier de mouton et une pièce de chaque bœuf, qui se vendaient dans la boucherie les vigiles de Pentecôte, Pâques, Toussaint et Noèl, à partager avec le Roi qui en avait les deux tiers.

« Le droit d'ajuster et de marquer les mesures à bl6, vin, huile, sel, aunes et poids, en la ville et partie du faubourg de Taillebourg jusqu'au pont Perrin; celui de distribuer les aunes aux marchands les jours de foire.

« De son côté, le syndic des religieux, à cause de son office de cellerier, avait droit aux nouglers des pourceaux qui étaient vendus chaque samedi dans la boucherie.

« Il avait, en outre, certains devoirs sur tous les marchands de poissons, vendant à la poissonnerie, en échange desquels il été tenu d'entenir la toiture, et de fournir les bancs pour étaler la marchandise.

« Il prenait de chaque maître coutelier de la ville trois couteaux de leur façon, que les couteliers étaient obligés de présenter à l'offertoire de la messe de minuit, qui était célébrée par les religieux à l'église de l'abbaye. En échange, chaque coutelier recevait du pitancier une miche d'abbaye et une pinte de vin. »

Les barons de la Saintonge avaient été réunis à Saint- Savinien par le sénéchal, le 4 août 1423, et le roi avait convoqué les députés des provinces pour assister au conseil qu'il devait tenir à Celles, en Berry. La commune députa Jean Bidaut à la première de ces assemblées, et Guillaume Bidaut à la seconde. Les archives ne disent pas ce qui fut décidé au conseil royal, ce qui semblerait indiquer que les députés de Saint-Jean-d'Angély ne purent s'y rendre, à cause du peu de sûreté des routes. Mais le même Guillaume Bidaut, auquel fut adjoint Jean Daniel, aussi membre de la commune, se rendit à un autre conseil tenu à Celles le 10 mars 1424. Le corps de ville alloua trois chevaux et trois écus par jour à ses députés accompagnés d'un domes-

tique, avec la condition expresse que, dans le cas. où ils seraient détroussés pendant le voyage, ils seraient indemnisés de leurs pertes par la commune. Dans cette assemblée, les états votèrent au roi un fouage ou aide, dans lequel la Saintonge était comprise pour trente mille livres. La répartition de cette somme entre les villes de la Saintonge fut faite à Saintes, au mois d'avril suivant, dans une assemblée présidée par le sénéchal. Saint- Jean-d*Augély et son ressort furent taxés à dix mille livres ; La Rochelle et son gouvernement à quatorze mille livres ; Saintes et Parcoul à six mille.

Le 17 mai 4424, Jean Bidaut, qui venait d'être élu maire, se rendit au conseil convoqué à Niort par M® Rémy de Boloigne, conseiller du roi et maître des finances. On y fixa à deux cents hommes d'armes et à cent cinquante hommes de trait les forces dont le sénéchal de Saintonge aurait le commandement pour défendre le pays. Il y fut décidé aussi que les sommes empruntées aux Angériens leur seraient restituées sur la taille, et que la ville ne recevrait, pour le moment, que deux cents livres sur les quatre mille qui lui avaient été accordées pour réparer ses fortifications.

En exécution des décisions de l'assemblée de Niort, le sénéchal de Saintonge, Geofïjoy de Mareuil, se mit en devoir de réunir les forces qu'il devait commander^ et demanda au maire de Saint-Jean-d*Angély de 'désigner les Angériens qui devaient en faire partie.

Une nouvelle convocation des trois états eut lieu à Surgères, dans le mois de septembre, l'évêque de Poitiers, M»*; de Mareuil, Guillaume Bidaut, Girard Vairon, y assistaient, ces deux derniers comme députés de Saint-Jeand'Angély. On y confirma la levée de l'aide de dix mille livres destiné à secourir le roi et à garder la Saintonge.

Quelques jours après, en octobre, dans une assemblée des trois états convoquée par le roi à Montluçon, mais qui ne put se réunir qu'à Poitiers, l'aide de dix mille livres que devait payer Saint-Jean- d'Angély fut élevé à vingt-deux mille.

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Après la désastreuse bataille de Verneuil, le duc cle Bretagne, réconcilié avec le roi de France, envoya ses Bretons en Saintonge, se réunir aux troupes royales. Les Bretons se conduisirent en soldats mal disciplinés, notamment à Ciré, où ils séjournèrent quelque temps, malmenant les sujets du roi de France. M'^'" de Rochechouart demanda à Saint-Jean-d'Angély des renforts pour les chasser, secours que le maire s'empressa de lui envoyer, en même temps qu'il faisait informer le roi des actes de brigandage commis par ses alliés. Le duc de Bretagne, à qui ces plaintes parvinrent, s'empressa d'écrire au maire de Saint-Jean-d'Angély pour blâmer ses soldats.

La Saintonge et le Poitou venaient d'être réuqis sous un même gouvernement, dans l'intérêt de la défense mutuelle. Lo 12 mai 1424, le maire de Saint-Jean-d'Angély dut prêter, devant le sénéchal, le serment d'union de ces deux provinces, mais il paraît ne l'avoir fait qu'avec répugnance et seulement pour ne pas désobéir aux ordres du roi.

Le 26 janvier 1425, une fâcheuse nouvelle parvint à Saint-Jean-d'Angély,, Nieul venait d'être pris par les Anglais. Le maire donna aussitôt l'ordre à tous les habitants qui avaient coutume de prendre les armes d aller se ranger sous la bannière du sénéchal pour reprendre cette ville.

Une nouvelle demande d'argent fut faite au corps de ville, sous la forme d'un emprunt, par M® Adam de Cambrai, président au Parlement, envoyé à Saint-Jean-d'Angély par le roi. Cet emprunt était destiné « à faire régner la justice et à faire cesser le pillage ». Le corps de ville répondit au président qu'il lui était impossible de satisfaire au désir de Sa Majesté. L'envoyé du roi paraît s'être contenté de cette réponse, accompagnée d'une épée comme présent, et du poisson de choix dont la commune eut soin de pourvoir sa ta^ble pendant son séjour à Saint-Jean-d'Angély.

Dans les premiers jours do l'année 1425, les bourgeois angériens députèrent au roi, à Bourges, Jean Prieur, pour demander, de concert avec les bourgeois de La Rochelle,

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l'affranchissement, pour ces deux villes et la province, du onzième prélevé sur toutes les marchandises et denrées mises en vente. Cette mission n'eut pas de résultat immédiat ; le roi promit aux députés d'envoyer des membres de son conseil pour réunir les intéressés et déterminer les conditions de cet affranchissement.

Peu de temps après, le roi chargeait le vicomte de Rochechouart, Jean de Vély, premier' président au parlement, et François de Mareuil, de lever une nouvelle taille de vingt mille livres sur la Saintonge. Le corps de ville envoya Ambroise Fradin, Guillaume Bidaut et Girard Vairon, pour faire la révérence à ces seigneurs et leur recommander les Angériens, appauvris et dans Timpossibilité de payer cet impôt.

Les Anglnis revenaient toujours en force sur la rive gauche de la Charente, menaçant la Saintonge du nord, et quelques-uns de leurs capitaines passaient et repassaient cette rivière, pour opérer quelque coup de main et se retirer aussitôt; un de ces derniers, Denis de Saint-Surin, se porta avec ses gens jusque dans l'Aunis, et menaça même La Rochelle. Le gouverneur et le maire de cette ville demandèrent le concours de St-Jean-d'Angély pour se débarrasser de ces dangereux visiteurs ; M^' de Maisonfort, craignant aussi de ne pou'oir proléger Surgères, adressa une demande semblable au maire de Saint-Jean-d'Angély. Le sénéchal et le maire envoyèrent les quelques hommes dont ils pouvaient disposer, la prudence leur interdisant de dégarnir la ville de ses défenseurs. Mais, ce secours étant insuffisant il fallut composer avec les chefs ennemis pour obtenir leur retraite à prix d'argent, et Saint-Jean-d'Angély paya pour sa cote part trente écus à Ytier de Noilhac, écuyer chargé de faire la recette de cette rançon.

Les ennemis avaient bien quitté le territoire rançonné, mais ils parcouraient encore la frontière de par deçà, comme on appelait alors la Saintonge de la rive droite de la Charente, et il était urgent de les contraindre à repasser cette rivière. Les barons de la Saintonge et du Poitou, ainsi que

- noies députés de La Rochelle, réunis à Pauléon par le sénéchal, votèrent les fonds nécessaires au paiement des gens d'ai mes de M^** de Boussac qui avait offert de marcher contre eux. Denis de Saint- Surin, craignant alors que sa retraite ne fut coupée, prit le parti de quitter la Saintonge; le 15 septembre, il passa devant Saint-Jean-d'Angély, se rendant avec ses gens en Roussillon.

Lors de son entrée à Saintes pour prendre possession de son siège épiscopal. Tévêque nouvellement élu, Jean Boursier, fut reçu le 23 février 1426 avec une pompe et une magnificence extraordinaires. Les principales villes du diocèse y envoyèrent des représentants; Saint-Jean-d'Angély y députa quatre de ses bourgeois, chargés de présenter à Tévêque un cadeau, consistant en deux douzaines de chapons, douze chevreaux, deux veaux de lait et deux «^rues. Ce singulier présent n'avait pu être rassemblé qu'avec beaucoup de peine par le receveur de la ville, qui avait été obligé do parcourir lui-même les villages de la banlieue pour se procurer les objets le composant, et dont Tacquisition lui coûta seize livres vingt-deux sols.

Un cadeau non moins singulier fut fait la même année à M"™* la sénéchale, à l'occasion de ses couches, le corps de ville lui offrit cent boisseaux de froment, que le sénéchal vendit aussitôt au prix de trente écus.

Le grand conseil du roi se réunit à Saint-Jean-d'Angély en 1426. M*^'*" Dorval, lieutenant pour le roi en Guienne par deçà la Dordogne, revenant de Mauzé, où il avait présidé les trois états de Saintonge le 24 mars de la même année, vînt y assister et fit son entrée la nuit, h la lueur des torches. Au nombre des divertissements offerts par la ville à ses illustres hôtes, figurait la représentation d'un mystère ou moralité, comme on appelait les pièces religieuses représentées en public, le sujet choisi était « la décollation de messire saint Jean-Baptiste ». La sécurité existait si peu, que, pendant toute la durée des fêtes, des vigies furent placées sur le clocher de l'église abbatiale pour éviter une surprise de l'ennemi.

Débarrassée des gens de Saint-Surin ainsi que de ceux de M. de Boussac, la Saintonge fut encore parcourue et pillée par une bande de malandrins, composée de soudards écossais et de gens de Ciré conduits par leur seigneur. La femme du bâtard de Saint-Cir, lieutenant de Jean de la Roche, qu'ils rencontrèrent, fut dévalisée par eux et son charriot pillé. Une telle audace ne pouvait manquer d'être punie, îkh^ Dorval envoya Aymar de Plassac et Antoine de Monnac, ses écuyers, à la poursuite des bandits, ils les atteignirent, leur firent deux prisonniers, qu'ils amenèrent à Saint-Jean-d'Angély, où ils furent jugés et condamnés à être pendus.

Quelques mois après, M*^*" Dorval succombait aux fatigues de la guerre : son service funèbre fut célébré aux frais de la commune, dans la chapelle paroissiale tendue de draperies aux armes du défunt ; le glas fut sonné par les grosses cloches ; les pauvres portaient des torches, le corps de ville et toutes les confréries y assistaient.

Aux pillards de Ciré avaient succédé les compagnies de Maurice de Plusqualet, du seigneur de Taillebourg et de Goulard, capitaine de Lezay. Leur nombre était considérable, et leur audace si grande qu'ils faisaient le siège des forteresses et soutenaient de véritables combats. Saint-Jeand'Angély fut obligé d'envoyer ses arbalétriers à Péré, au secours de Tonnay-Boutonne, dont ils faisaient le siège. Après les avoir chassés, les arbalétriers durent tenir garnison quelque temps à Tonnay-Boutonne, dans la crainte d'un retour offensif des bandits.

La banlieue de Saint-Jean-d'Angély était dans le plus piteux état ; heureusement que la défense d'exporter les blés avait facilité un assez fort approvisionnement, ce qui permit au corps de ville de faire de lafges aumônes aux pauvres, de pourvoir de vivres les cordeliers, dont les greniers étaient vides, et de donner vingt boisseaux de froment aux carmes d'Aulnay, dont les provisions avaient été pillées ou détruites par les gens d'armes qu'ils avaient logés. Il vint aussi au secours des familles des chevaliers

tombés pour la défense du pays, notamment de celle de Jean du Bouffay, dont la veuve, Agnès du Bois, et les enfants étaient restés sans ressources.

« Sachent tous que je, Agnès du Bois, veuve de M*^^ «f Jean du Bouffay, chevalier, confesse que MM. les maire « et bourgeois de Saint-Jean-d'Angély m'ont donné, en « pitié et en aumône, à moi et à mes enfants, quinze « aunes et demie de drap avec les garnitures et doublures « nécessaires pour Thabiller, ainsi que ses enfants, et faire « houppelande, cotte simple^ chaperon, pourpoing, chausses, « douze aunes de toile pour draps et linges, un septier do « froment ».

Il donna encore trois deniers d'or à la fille d'un nommé Guillaume Daguin, bourgeois^ pour acheter sa robe de noces.

Cependant, les approvisionnements étant épuisés et la petite quantité des terres enblavées ayant été ravagée, le blé, et le vin devinrent si rares, que les boulangers no purent renouveler leurs approvisionnements et furent obliglés de cesser de cuire. L'échevinage leur fit délivrer du blé au prix de vingt-cinq sols le boisseau, et fit mettre en vente du vin à trois sols quatre deniers la pinte. Quelques jours après il fut obligé de taxer le prix de vente des autres marchandises, et rendit Tordonnance suivante :

« Ordonnance faite par MM. les maires, échevins et conseillers de la ville et commune de Saint-Jean-d'Angély, sur les denrées et marchandises vendues à détail en la dite ville, qui ont été appréciées par la manière qui s'ensuit :

Sols Deniers

« Premièrement. — Est ordonné que pièce de bœuf la

meilleure ne sera vendue que 3

« Pièce de vache ne sera vendu, la meilleure que 2 fi

« Quartier de mouton, le meilleur 3 9

« id, id. le moyen 2 G

« Longe do porc de doux ans, le meilleur i 3

Le cent de merlu marchand 5 royaux, et chacune

pièce de merlu, du meilleur et du plus grand » 20 .

« La rondelle de hareng ne sera vendu que 100 sols

H chacune pièrc » •

« I^ livre de chandelle de molle que » 12

(( El la caisse 20 »

« La livre de beurre » i 2

« Chaque pièce Dadot » 3

« La somme de bûches à cheval » 15

« id. id. à àne » 12

« Le cent de fer 20 sols, fer à cheval 10 deniers, à

âne 6 deniers

« Peau de vache avec le poil 12 6

« id. id. corroyée 25 »

« La paire de bottes 25 »

« Souliers pour hommes de labour 5 »

« id. femmes 3 4

Les Angériens payaient largement de leur personne pour la défense du pays, et assistaient, comme le lecteur Ta déjà vu, à toutes les entreprises guerrières de Tépoque; en 1420, tous ceux qui étaient en état de porter les armes suivirent M**" do Laigle et Jean de la Roche au siège de Saint-Claud, il ne resta dans la ville, pour la garder, que ceux des habitants qui n'étaient pas assez forts pour résister aux fatigues de la guerre en rase campagne.

Les états de la province, de même que les Etats généraux ^i souvent rassemblés, témoignent des difficultés sans cesse renaissantes qu'ils étaient appelés à résoudre, et dont la principale était le vote des subsides pour Tentretien des troupes. Cependant, les motifs n'étant pas toujours indiqués dans les convocations, on ne peut citer que le lieu et la date de la réunion. Les trois états do Saintonge se réunirent à La Rochelle en juillet 1428, sur la convocation de M^'' de Gaucourt, et le 21 mars 1429; à Surgères au mois d'août et en octobre l^i28, puis en janvier et le 29 mars 1429; en septembre, à Mauzé; à Tonnay -Boutonne, le 12 mai 1429. Les états généraux avaient été réunis à Chinon en 1428.

Les députés angériens ne se rendaient pas sans danger il ces convocations ; le moins fâcheux qui pouvait leur arriver était d'être détroussés par les voleurs de grand chemin.

Helîes Duchasiard et Jean Gallerand étaient escortés de dix compagnons armés, lorsqu'ils se rendirent à l'assemblée de Mauzé. Jean Gandoux, allant à La Rochelle, en juillet 14:28, avait été volé sur la route de tout ce qu'il portait, même de sa robe et de son chaperon, dont la valeur (huit écus) lui fut remboursée par la commune.

Un messager portant des dépêches au roi, à Loches, ne put dépasser Melle, et fut obligé de revenir à Saint-Jeand'Angély sans avoir accompli sa mission. L'habit religieux inspirait cependant assez de respect pour que ceux qui le portaient pussent circuler librement ; aussi les moines rendirent au corps de ville des services réels, en se chargeant eux-mêmes des messages que la commune ne pouvait faire parvenir autrement, ou en couvrant de leur sauf-conduit les envoyés de la ville. Le prieur des frères mineurs mit ses moines à la disposition du corps de ville ; un moine de Saint-Cibardeau conduisit sous sa sauvegarde un messager envoyé au sénéchal, à Villebois ; frère André, cordelier, alla à Niort en quête de nouvelles.

Les arbalétriers angériens, récemment créés et composés de volontaires pris parmi les compagnons ou ouvriers de la ville, étaient promptement arrivés à une grande habileté et se faisaient déjà remarquer par les services qu'ils rendaient. Chaque année, dans un concours de tir qui avait lieu le jour de leur fôte, célébrée dans le mois de mai et appelée pour cette raison « le mai des arbalétriers », le plus habile d entr'eux était proclamé roi, recevait du maire un joyau en argent représentant une arbalète, insigne de sa royauté, et devenait chef de sa compagnie jusqu^au concours suivant. Leur tir avait acquis une telle justesse que loiseau artificiel qui leur servait de but, appelé le « papegaut », était placé en 1430 au sommet de la tour de l'église Notre-Dame des Halles, d'où il fut abattu par le lauréat du tir. l'antôt les arbalétriers étaient appelés à protéger les convois de marchands angériens contre la cupidité des voleurs de grand chemin ; tantôt ils allaient, pour de plus nobles exploits, se ranger sous la bannière d'un chef de guerre ;

sous les ordres de Jean de la Roche, sénéchal du Poitou, ils assistèrent aux sièges de Claye et de Rocheraut, auxquels Saint- Jean-d'Angély concourut encore de ses deniers pour cinquante écus d'or. Ils suivirent le connétable d'Albret au siège de Villeneuve-la-Comtesse, et, à cette occasion, ce grand seigneur reçut en cadeau, du maire de Saint-Jeand'Augély, deux douzaines d ecuelles de bois pour le service de sa cour pendant la campagne.

Le 27 juin 1431, le maire reçut avis que les Bretons alliés de la France s avançaient vers la Saintouge, dévastant et pillant les habitants comme s'ils étaient en pays ennemi ; il prit aussitôt toutes les précautions pour protéger la ville contre ces singuliers alliés, fit garder les portes de crainte d une surprif;e, et défendit aux hôteliers de loger aucun homme armé.

Le seigneur de Surgères, ne se sentant pas asssez fort pour faire respecter sa ville et ses terres, demanda des secours en hommes à Saint-Jean-d'Angély, qui lui promit de lui envoyer des compagnies de la ville ou de la banlieue. Le roi, informé par le maire de Saint-Jean-d'Angély de ce qui se passait, convoqua les Etats généraux à Saint- Maixent pour le premier septembre suivant.

Micheau, bâtard de Thors, ayant offert d'aller avec sa compagnie prêter aide au seigneur de Surgères, le maire accepta, après toutefois avoir pris de prudentes précautions contre les soldats du bâtard, dont il soupçonnait la bonne foi, et écrivit à ce capitaine la lettre suivante, qui trahit des appréhensions qui, du reste, se réalisèrent :

« A tous ceux qui ces lettres verront, Jean Bidaut, maire et capitaine de la ville et commune de Saint- Jean-d'Angély, salut : Comme Micheau le bâtard, demeurant à Thors, nous a naguère mandé et requis être assuré de nous et qu'il était tout prêt, lui et sa compagnie, d'aller servir le roi en la compagnie de Mo»" de Surgères^ pour le bien et profit du pays, savoir faisons, aujourd'hui, tiers jour de septembre. Tan iVM, par Topinion et conseil de plusieurs échevins et bourgeois de la dite viile, nous avons assuré et assurons

Iir

de notre part par ces présentes le dit Mieheau le bâtard et ses compagnons, en allant et en faisant le dit service au dit Mu'^ de Surgères, sans leur faire ni pourchasser aucun mal ni dommage aux habitants de la ville de Saint-Jean-^ d*Ang('Oy ni d'environ.

» Donné et fait au dit îiJaint-Jean, sous le petit scel de la dite ville et commune, les jour et an susdits. »

Les troupes sous les ordres du connétable d'Albrct n'étaient pas mieux disciplinées (jue les Bretons et contribuaient de leur cAté à la ruine du pays. Le maire s'en plagnit au connétable dans une visite que lui fit le corps de ville, lors de sa venue à Saint- Jean-d'Angély, le 6 septembre 1 431 ; mais, pour adoucir le déplaisir que ces justes plaintes auraient pu produire dans l'esprit du duc, la commune lui fit présent d'un tonneau de vin, et donna à son maître d'hôtel deux porcelets poui engager ce dernier à se comporter envers les Angériens un peu plus gracieusement qu'il n'avait habitude de le faire pour se procurer les provisions nécessaire à la table de son maître.

M. de Saint-Marc vint à Saint- Jean-d'Angély, envoyé par le conseil du roi, pour faire la répartition d'un aide de quinze cents livres, imposé à la Saintonge et au gouvernement de La Rochelle. Le corps do ville pria le connétable d'intercéder près du commissaire pour faire réduire la portion de cet impôt afférente à Saint-Jean-d'Angély, en raison des charges qui accablaient déjà cette ville, et de celles nécessitées par la reconstruction de plus de trois cents brasses de murailles et de quatre tours écroulées l'hiver précédent, à la suite d'un crue considérable, crue suivie de fortes gelées, qui minèrent les fortifications construites en pierre gélise. De sorte que la ville déclose du côté le plus vulnérable, et n offrant à ses habitants un refuge sûr contre les entreprises de l'ennemi, il était à craindre de voir les Angériens se réfugier dans des villes mieux fortifiées. Le maire pria même le connétable de faire passer ailleurs que devant la ville les gens du bâtard de Thors, à leur retour

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de Siirgères, dans la crainte de les voir profiter de la brèche ouverte pour y faire irruption et la piller.

Ainsi, les intempéries avaient fait crouler les fortifications et les charges fiscales avaient ruiné les fortunes ; il en résultait que les habitants, ceux de la banlieue principalement, se trouvaient dans Timpossibililé de payer les impôts. L,es receveurs, au lieu de se borner, comme autrefois, à l'arrestation des collecteurs des paroisses, faisaient arrêter les taillables eux-mêmes, lorsqu'ils venaient à Saînt-Jeand'Angôly apporter des denrées, et les détenaient jusqu'au paiement intégral de la totalité du taux imposé à leur paroisse, de sorte que, pour éviter la prison, les campagnards cessèrent d'approvisionner le marché, et la ville fut menacée de famine. Le corps de ville s'étant plaint au roi. le sénéchal reçut Tordre de n'autoriser à l'avenir Temprîsonnemcnt des taillables que pour les sommes qu'ils devaient personnellement. Ces lettres ne furent rendues exécutoires par le sénéchal, Geoffroy de Mareuil, que le l\ mai 1432.

« Charles, par la grâce de Dieu, roi de France, au sénéce chai de Saintonge ou à vson lieutenant, salut : Reçeue « avons humble supplicacion de nos bien aimez les maires, tt bourgeois et habitants de notre ville de Saint-Jean- « d'Angély, contenant que comme nostre dite ville, qui « est de fondacion roïal et do toute ancienneté chambre « des rois de France, fort, grant, spacieuse, et de très « grant garde, assise sur la rivière de Voultonne, à deux « lieues près de la rivière de Charente, en la frontière des a Anglais nos anciens ennemis, et ja soit ce que icelle ville « ait été d'ancienneté très bien close de bons fossez et de « belles doues, et fortes murailles, néanmoins pour ce qu'il « y a ja longtemps que les dites murailles furent faicles, « construites et édifHées, et que en aucuns lieux d'icelles « la pierre dont elles furent faictes est gélisse, et ce pré- « sent y ver pour la grande inondacion de creues il en est « fondu qui soit bien jusqu'à deux cents brasses et plus, « et trois des plus grosses tours du plus dangereux costô « de la dite ville, car c'est en la plus belle venue ou arriva

jr-^r- -iF^çy.

« qui y soit, et par ainsi est à présent la dicte ille comme « toute ouverte dcscloze par le dit cost6, et par un autre (T costé de la dite ville, la nuit du jour et festc saint « Matias dernier passé, en est cheu bien vingt brasses « et une tour, et Tannée dernière passée en était ehcu « d'autre côté, et par pied bien trente brasses ou environ a lesquelles on a fait reffaire ou au moins la plus « grande partie, pour laquelle chose faire accoustrer que « les dits suppliants aient emprunté la somme do deux « cents réaux, qu'ils doivent encore aux presleurs aultres « grans sommes qu'ils doivent de pieça pour les grants « nécessités et affaires de la dite ville, et si ne peuvent « trouver monnoie de eulx en acquittant aucunement, vu « que les revenus d'icello sont de très petite valeur et aussi « à la grant pauvreté des dits habitants, qui tant par le « fait des pilleries et roberies que tant longuement ont esté « sur le païs, et sont encore, comme pour autres grants a charges qu'il leur a convenu continuellement supporter, « n'ont à présent de quoy bonnement soutenir les poures « vies d'eux et de leurs mesnaiges, mais conviendra faire « briefment ne leur est secours que la dicte ville demeure « ainsi ouverte et descloze, comme dit est. Pourquoy « aisiement elle pourrait eslre prinse et occupez par nos. « diz ennemis, et mesmement que les dits suppliants, par « lesquels elle a esté très bien gardée au temps passée et « encore le deust estre, sont contraints de désemparer « icelle ville et eux en aler demeurer ailleurs pour les très <f grants charges qui de jours en jours leur sont imposées « et mises sur, et aussi pour les grans exécutions et empri- « sonnements que l'on fait sur eulx et autres habitants du « païs d'environ en icelle ville affluans. Car combien que « au temps passé pour le fait des aides et fouages Qeust « esté accoutume de faire aucune exécucion se non sur les « collecteurs pour telle partie et porcion que les paroisses « dont ils avaient la charge auraient esté imposées. Ce « uonobstani les receveurs des dits aides et plusieurs autres « à qui par eulx aucunes sommes sont assignées, sont

« journellomcnt attenclans en la dite ville, et incontinent « qu'il y entre aucun habitant du dit pais pour quelconque « cause que ce soit, ils sont prins, arrcstez et mis en prison « fermée^ et y sont détenus jusqu'à ce qu'ils ont payé les « taux à quoy les paroisses dont ils sont habitans sont « imposées es dits aides, combien qu'ils ne sont point col- « lecteurs. Et par ainsi ni à aucun de partout le paîs (]uî « ose aler marcbandiser ne autrement en la dite ville pour la « cause dessus dite, et n'est marchant neaultre en icelle ville « (jui pour la dite cause puisse rien gaigner, ne les habi- « tants du païs d'environ ne osent aporter ne retraire aucun « vivre. Dont la dite ville est en aventure destre du tout « assurée et demeure dépourvue de tout vivres et aussi « descloze et ouverte en Testât dessus dit. De quoy tous « inconvénients irréparables se pourroient -en suivre à nous « et à tout le dit pais et aux autres pais voisins, se .sur a ce n'estoit par nous briefvement pour veu de remède « convenable si comme les dits supplians dient en nous « humblement requérant icelluy remède. Pourquoy nous a ces choses qui requièrent célérité et provision considérées « vous mandons et pour ce que vous être notre plus pro- « chain juge de la dite ville de Sâint-Jehan et y avez et « tenez votre principal siège si comme l'on dit. Comettons « ({ue vous teigniez ou faites tenir sûrement et franchement « tous nos bons subgiez et chascun d'eux qui seront trouvés « en la dite ville ou en eulx allant et retournant d'icellc « sans faire ou donner ne soulîrir (jue fait ou donné par « occasions des aides et fouages dessus dits, comme desc< tourber ne empeschement à ceulx qui ainsi fréquenteront « la dite ville comme dessus est dit par exécution,. arreï^t, « emprisonnement ne aultrement, et en (luelque autre ma- « nièfe que ce soit, excepté les dits collecteurs des dits aides « sur les particuliers habitans des dites paroisses chascun « pour son taux seulement.

« Donnée à Poitiers, le huitiesme jour de mars \VM, et de « notre règne le dixième. »

Malgré les niesures arl)itraires prises à leur égard par les

agents du fisc dans un moment :si difficile, les Angériens continuaient à verser leur sang pour la France. Leurs arbalétriers contribuèrent en 1432 h la prise de Marans et à celle de Bcnon. La démolition des fortifications de ces deux villes fut décidée dans une réunion de gens d'église et des bonnes villes de par deçà la Charente convoqués à Mauzé |)ar le gouverneur de La Rochelle. Dans cette même assemblée il fut question de conclure une trêve que les Anglais proposaient. Etienne Bideau et Jehan Delaville. envoyés par ia commune de Saint-Jean-d'Angély, déclarèrent à ce .sujet qu'ils s'en rapporteraient à ce que décideraient les (léi)utés de La Rochelle. On agita aussi la question de remontrances h faire au roi relativement à un aide montant à un chiffre considérable qu'il avait imposé de son autorité I>rivée et sans aucun consentement des Etats de la province, alors que la disette se faisait sentir par suite de la perte presque totale de la récolte du blé.

Le 29 mars 1432, Tévêque de Saintes et les doyens du chapitre commencèrent la reconstruction de Téglise Saint - Pierre de Saintes, tombée en ruines depuis peu de temps. Ils sollicitèrent le concours du corps de ville de Saint-Jeand'Augély, qui leur promit de les aider du mieux (ju'il jH)urfait dans cette œuvre pie.

La trêve avec les Anglais, dont il avait été tjuestion à rassemblée de Mauzé, n'ayant pu être conclue, les pillards i3nnemis, dont les gens du sire de Pons faisaient partie, continuèrent leurs ravages dans Tjle de Marencenncs. puis s'emparèrent de Lhopital ou Lhopiteau, sur la Charcate. où ils retenaient tous les bateaux chargés do vin passant devant ce port, au gaand dommage des marchands Angériens. L'empêchement qu'ils mirent aux expéditions par la rivière se prolongea si longtemps, que le corps de ville dut faire remise de la plus grande partie du montant de sa ferme au receveur de a la coût unir des vins » expédiés par la Boutonne.

Si le commerce des vins était une source considérable de profit pour le commerce angérien, l'industrie du tissage

des draps et des toiles y était aussi florissante, et le corps de ville, jaloux de conserver la réputation que les tessiers anf/êriens avaient justement acquise, publia le 14 février ïitVS un règlement destiné à prévenir les fraudes qui pouvaient nuire à la bonne qualité de leurs produits.

« Aujourd'hui ont été criées en plein marché et à son de « trompe et aux quatre carrefours accoutumés à faire cris « les choses qui s'ensuivent :

« De par Mo»" le maire, que nuls filassiers et faiseurs ne a soient si hardis de mettre laines d'avalis pelées ni aucuns « aignelins en gris blanc qu'ils ouvreront et feront ouvrer « en cette ville de Saint-Jèhan et faubourgs.

(( Item : Que les dits draps soient ourdis de mi-partie et « six portées, chacune portée de quatorze fils.

« Item : Que les tresses des dits draps soient tous d'une « laine assortie.

« Item : Que nuls faiseurs de gros draps comme de « quartiers, pieds de moutons et autres gros draps, ne « soient si hardis d'y mettre bourre de moulins, ne avalis, « ne autres mauvaises laines, et qu'ils soient ourdis de a mi-quart portées^ chacune portée de ving-quatre fils.

d Item : Que nuls tessiers des dits draps ne soient si « hardis de mettre en leur métier tresse qui ne soit en la « forme et manière et du nombre dessus dit, sur peine de « amende arbitraire et les dits draps ne tres.set, si aucun « en y a, confisqués et perdus pour ceux à qui ils seront.

« Item : Que tous mouliniers et appareillcurs des dits « draps ne soient si hardis de recevoir aucun draps qui ne « soient des laines et en la forme et manière dessus dits, et <( au cas que aucun autre des dessus dits leur soit baillé c< et apporté pour appareiller, qu'ils le signifient à la justice « de la dite ville, à peine d'amende arbitraire telle que par « nous et notre conseil sera avisé.

d Item : Que les tessiers des dits draps dedans un an « prochain venant soient pourvus des dites laines de soixante « portées et que dès lors en avant ils ne fassent les dits

« gros draps de laines blanches, à peine de l'amende comme « dit est. »

Les Anglais s'étaient emparés de Mornac sur la Seudre, et de cette forteresse inquiétaient le commerce martime en s'avançant le long des côtes jusqu'à l'embouchure de la Charente. Il fallait à tout prix se débarrasser de ces dangereux voisins. Les villes les plus intéressées, La Rochelle et Saint-Jean-d'Angély, résolurent de faire tous leurs efforts pour cela. I^ flottille de La Rochelle bloqua la place par la rivière, les arbalétriers et les canonniers angériens se réunirent aux gens d'armes du duc de la Trémoïlle et do Jacques de Pons pour l'attaque du côté de la terre. Le siège fut long et meurtrier. Les Anglais, maîtres de la ville, ne possédaient pas le château. Le capitaine, Jean de Gast, renfermé dans le donjon avec peu d'hommes, se défendît vaillamment contre les Anglais, assiégeants et assiégés tout à la fois. Mais, épuisé et manquant de vivres, il était à la veille de capituler, lors^jue les Rochelais parvinrent à le ravitailler par un moyen très ingénieux, ils lancèrent un vireton (petite flèche), auquel était attachée une corde légère ; au moyen dé ce cordon le capitaine tira un cable qu'il fixa à un créneau ; les Rochelais le fixèrent aussi de leur côté, afin qu'il fût bien tendu ; puis, à l'aide d'une corde appliquée le long du câble par des anneaux, de manière à pouvoir aller et venir, ils firent passer à la garnison de la citadelle plusieurs chevreaux et porcs vivants, du pain et d'autres victuailles, au grand dépit des Anglo- Saxons, qui virent passer ces comestibles au-dessus de leurs têtes sans pouvoir les intercepter. La ville se rendit quelques jours après aux assiégeants.

Les sires de la Trémoïlle et de Pons furent défrayés des dépenses qu'ils avaient faites pour ce siège mémorable, sur le produit d'un aide de trois mille livres levé sur la Saintonge et le gouvernement de La Rochelle, dont Saint- Jean-d'Angély paya deux cents livres pour sa part. Le corps de ville dispensa les Angériens qui y avaient assisté du paiement des aides et fouages, et les indemnisa, en owtre,

des pertes qu'ils avaient pu subir pendant sa durée, notamment un canonnier volontaire, Hennequin Lcbutior, qui fut grièvement blessé et y perdit un canon lui appartenant.

Le trésor royal, semblable au tonneau des Danaides, était toujours vide, et les financiers cherchaient continuellement de nouveaux moyens pour le remplir, Guillaume de Maiivrac, Pierre Vray et Gabriel de Marcilli, conseillers chargés de faire payer les droits de mutations sur les acquisitions do fiefs nobles, ne voulurent pas s'arrêter devant les réclamations des membres de l'échevinage dispensés de payer ce droit, et ne leur accordèrent qu'un simple délai pour on opérer le paiement.

Quelques jours après, le comte de Vendôme, arrivait h Saint-Jean-d'Angély porteur de lettres royales l'autorisant à lever une nouvelle taxe de vingt sols sur chaque tonneau de vin expédié à l'intérieur par la Boutonne, et trente sols sur celui expédié à l'étranger par la même voie. Le corps de ville protesta, mais tous ses efforts n'eurent pour résultat que de faire réduire la taxe à dix sols. Kn échange de cette concession, le comte exigea du corps de ville le paiement de sa dépense à rhùtellerie, ainsi que la valeur d'une demi-pipe de vin, reste d'un présent plus considérable qui lui avait été fait au nom de la commune.

Mais un fait qui met encore plus en évidence la vénalité des olliciers dos finances do cette époque, c'est la proposition faite à la commune de Saint-Jean-d'Angély. par les élus de La Rochelle, de faire réduire au huitième, à leurs risques et périls, et sans que la commune eut à s'en occuper autrement, l'aide sur le vin, qui était d'un quart, si elle consentait à leur donner cent écus d'or. Le corps de ville discuta cette proposition, il chargea un de ses membres d'aller à La Rochelle traiter cette affaire, et d'essayer de faire abaisser le chiffre demandé en offrant d'abord cent livres, mais de consentir la somme entière si cela était nécessaire.

Les gens de Taillebourg ayant surpris des gens d'armes du sire de Pons qui venaient de détrousser des marchands

angéHens, un Combat s'ensuivit dans lequel l'un des géiis d'armes fut tué et un autre fait prisonnier. Le sire de Ponfe réclama la délivrance du prisonnier ; le seigneur de Taillebourg hésitait à s'en dessaisir, partagé entre la crainte de se mettre mal avec les Angériens s'il cédait, et celle d'avoir guerre avec son puissant voisin s'il refusait. Ayant eu connaissance de cette hésitation, le maire de Saint-Jean-d'Angély lui conseilla de ne remettre le prisonnier au seigneur de Pons que contre un bon traité assurant la sécurité des marchands, et lui promit qu'en cas d'attaque la commune l'aiderait de toutes ses forces.

A propos de voleurs de grands chemins, voici les motifs singuliers qui firent remettre au lendemain le jugement d'un criminel de cette catégorie, présenté au maire dans l'après-midi du 5 janvier 1434 :

<L Sur la confession de Jean Chrétien, détenu prisonnier dans les prisons du roi, à Saint-Jean-d'Angély, pour certain cas criminel par lui fait et perpétré de nuit, ont été d'opinion que vu et regardé que le procès a été fait trop tard et par conséquent présenté et non pas en bonne forme, et aussi que c'est après diner et environ vêpres, et qu'il leur semble que ce doit être fait au matin à jeune salive que ce soit remis à lundi matin neuf heures. »

Plusieurs convocations des trois états eurent lieu en 1434. L'une fut faite par la reine à Tours, où le roi devait se trouver le 14 août pour délibérer sur les affaires du pays. Sire Guillaume Bidaut et Girart Vairon y furent envoyés par la ville. Une autre à Thouars, où un aide, dont Saint- Jean-d'Angély paya quatre cents livres, fut octroyé au roi. Enfin, une troisième eut lieu à Montferrant, où le roi demandait l'envoi de deux ou trois notables Angériens, avec pouvoir de consentir à ce qui y serait expédié.

Il fallut encore battre monnaie pour satisfaire à toutes ces demandes ; on imposa les marchandises exemptes de taxes jusque-là, et, comme le produit était encore au-dessous des besoins, il fallut augmenter les droits sur les marchan-

dises déjà imposées. Ces diverses taxes, mises en ferme, rapportèrent : j,,^ j^^,.

Les peaux venducâ dans la ville 40 u

Les bœufs, vaches, veaux vendus ou descendus en ville . 53 »

Charretées de sel passant par la ville 13 »

Gabares chargées do sel montant par la Boulonne. . . » 100

Charges de fer vendu en gros 8 ;>

Plâtre descendant par la Boutonne 4 »

Graisses 4 10

Tuiles et chaux ». 65

Bois de ligne » oO

Blés et farines 20 »

Les Anglais s'emparèrent de Montausier en 1436, et le sénéchal de Saintonge rassembla à Mareuil les troupes de la Saintonge destinées à les en chasser. Quinze arbalétriers angériens, à la solde de la ville, se joignirent à ces troupes, qui réussirent à déloger l'ennemi dans le mois d'octobre de la même année. Pour défrayer François de Mareuil, fils du sénéchal, des dépenses que lui avait occasionnées cette réunion, le corps de ville de Saint-Jean-d'Àngély lui fit présent de six pipes de vin.

Ce succès n'empêcha pas les Anglais de s'emparer. Tannée suivante, de Saint-Savinien, Cognac et de plusieurs autres places et forteresses de la Saintonge du nord. Saint-Jean-d*Angély était ainsi menacé, tandis que ses fortifications, au tiers écroulées, n'avaient plus qu'un petit nombre de défenseurs, réduits à la plus grande détresse par suite des exécutions faites par les receveurs des finances, qui leur avaient enlevé tout, même le pain indispensable à Texistence de leurs familles, si bien que sur trois cents feux que Saint-Jean-d'Angély comptait alors, cent ou cent vingt à peine étaient imposables, et que la commune devait encore deux mille livres sur les six dernières tailles.

Le roi, pour aider aux travaux de réparation les plus pressants, autorisa le corps de ville à y affecter le tiers des aides, c'est-à-dire le huitième du vin vendu au détail, ainsi que douze deniers par chaque livre, perçus sur toutes

les denrées et marchandises vendues dans la ville et ses faubourgs.

Pour une cause ignorée, les lettres royales autorisant (îette affectation ne furent pas exécutées, car, par de nouvelles lettres datées de Dray-sur-Seine, le 14 septembre 1437, le roi réduisit à un quart la somme à prélever sur les aides affectés au môme emploi.

Le corps de ville, dans le but d'alléger la misère de ses administrés, essaya encore une fois de contraindre les moines bénédictins au paiement du droit d'entrée sur les vins qu'ils amenaient dans le cellier du monastère. Les moines refusèrent et se pourvurent devant le conseil du roi. Ce dernier donna gain de cause aux bénédictins et déclara que son intention n'avait jamais été de les assujettir au paiement de ce droit.

Le privilège que le roi venait de confirmer aux moines excita contre eux la population. Peu de jours après, un nouveau refus de leur part de donner les pierres d'une auraônerie en ruines, qu'ils possédaient en dehors de la ville, pour les employer aux fortifications, porta à son comble lexaspèration des Angériens. N'écoutant que la vengeance, le peuple, excité par le corps de ville, et ayant à sa tête le maire, Jean Dorin, se dirigea en armes sur les boucheaux ou écluses du moulin de Puychérant, appartenant à l'abbaye, et les détruisit à coups de hache, sans avoir égard aux représentations d'un moine accouru pour empêcher cet acte arbitraire, et sans respect pour les panonceaux royaux indiquant que les boucheaux étaient placés sous la .sauvegarde du souverain.

Sur la plainte des religieux, les fauteurs furent ajournés devant le parlement, qui leur défendit de troubler à l'avenir les moines dans la paisible possession de leur moulin, à peine de cent marcs d'or.

Après réflexion, cependant, les bénédictins comprirent la faute qu'ils avaient commise en refusant tout concours aux réparations des fortifications, et ils chargèrent le procureur et le pitancier du monastère de se présenter aux

tenues de la sénéchaussée de Saint-Jean-d'Angély, et d'y exposer que si les fortifications étaient en ruines la faute en était à la commune, qui avait fait peu ou point de réparations en temps utile, préférant employer, à ses propres affaires les sommes affectées aux réparations. Les envoyés du monastère demandèrent acte de ce qu'ils offraient de payer telle somme de deniers qui serait jugée convenable, pour contribuer à relever les fortifications, mais non pour être employée aux affaires de la commune, et cela à la condition que le maire, les membres du corps de ville et les jurés s'imposeraient aussi selon leur faculté. Le procureur de la commune protesta contre ces insinuations.

Les bénédictins s'aliénèrent de ce chef les sentiments de la population, au point qu'aucun procureur ne voulut les conseiller dans leur procès. Sur la plainte des religieux, le roi manda à Geoffroy de Mareuil, sénéchal de Saintonge, de leur en désigner d'office chaque fois qu'ils en auraient besoin, et sans avoir égard à l'exemption que les avocats ou procureurs pourraient invoquer de leur qualité de membres ou jurés de la commune, pour refuser de les assister.

Au milieu de toutes ces difficultés, l'esprit essentiellement commercial du corps.de ville était toujours en éveil pour profiter de toutes les circonstances propres à faciliter le négoce de ses membres. Les ducs de Bourgogne avaient accordé aux communes de Saint-Jean-d'Angély et de La Rochelle, ainsi qu'à leurs adhérents, des privilèges assez étendus pour attirer dans les Flandres le commerce de ces deux villes, et les marchands avaient établi des entrepôts de marchandi.ses, notamment dans la ville de Dam. Ils y entretenaient un personnel assez nombreux pour la gestion de leurs intérêts, et y avaient même bâti une chapelle pourvue des ornements nécessaires k la célébration des offices, et desservie par un chapelain, une imposition volontaire sur le montant des ventes était destinée aux frais de son entretien. Pendant la guerre, les marchands avaient dû cesser forcément leurs opérations commerciales,

la chapelle était en ruine faute d'entretien, et les ornements en avaient été distraits, engagés ou vendus. Les communes de Saint-Jean-d'Angély et de La Rochelle songèrent à profiter de la nouvelle alliance qui venait d'être conclue par le roi de France avec le duc de Bourgogne pour demander la confirmation de leurs anciens privilèges et la reconstruction de leur chapelle.

A cet effet, le corps de ville de Saint-Jean-d'Angély chargea Jean deCumon, échevin, Perrotin Gaignaire, pair, et Ambroise Joleu, bourgeois, d'aller solliciter cette faveur de concert avec Jean Chauderier, échevin, Colin Langlois et Jean Baillie, pairs et bourgeois de La Rochelle. Cette mission eut un plein succès, car le bourgmestre de Dam rendit, le 3 février 1453, une sentence qui consacrait l'exemption de tous droits sur les marchandises importées, exemption anciennement conférée aux communes, et déclarait illégales les saisies de marchandises appartenant à des marchands rochelais faites pour obtenir le paiement des droits.

D un autre côté, le corps de ville négociait avec les capitaines ennemis, afin d'obtenir comme autrefois leur neutralité en faveur des» Angériens. Il traita de celle de Jean de la Roche, seigneur de Barbezieux, moyennant le paiement annuel d\me somme de cinquante-huit livres dix sols ; mais il échoua près des autres capitaines.

Le 12 février 1439, le bruit se répandit à Saint Jeand'Angély que Jacques de Pons, tour à tour attaché au parti de la France et au parti anglais, se préparait à piller la banlieue. Ce seigneur avait alors pour lieutenant un nommé Laurent Lescossais, dont la compagnie, forte d'environ cent cinquante hommes, disséminés dans diverses paroisses de la Saintonge et du Poitou, nommément à Celles, les Eglises d'Argenteuil, la Chapelle, la Foye-Montjau et Suché, détroussaient tous les gens qu'ils rencontraient sur les chemins. Douze hommes de cette compagnie ayant été pris par les Angérie.is envoyés à leur poursuite et amenés au château royal de Saint-Jean-d'Angély, Jean Dubois, l'un

d'eux, avoua que depuis quinze jours sa bande s'était emparée, à Varaize, d'un cheval chargé de blé conduit par un bonhomme ; à la Garde, d'un drap brun enlevé à un poissonnier ; d'une pièce de drap gris, de la valeur de sept à huit écus, à Moulin-Brun, où elle avait ôté aussi les chausses h un prêtre ; il avoua également que, entre Saint-Jean et Bignay, elle avait rançonné trois marchands de deux sols six deniers chacun ; qu'en outre lui et trois autres de la compagnie de Maurice de Plusqualet, avaient exigé un réal d'un marchand de La Rochelle, et avaient fait donner un marc d'argent à quatorze meuniers conduisant des ânes chargés de farine à Dampierre-sur-Boutonne.

Le roi se rendit en Saintonge en 1439, pour activer par sa présence les préparatifs de guerre contre les Anglais, et vint à Saint-Jean-d'Angély, où le corps de ville lui fit, ainsi qu'au dauphin, une réception enthousiaste, pourvoyant sa table de poissons recherchés pendant son séjour.

Ne pouvant obtenir la cessation du pillage qu'en détruisant le repaire des bandits, qui, comme les frères Plusqualet (Maurice, Guillaume et Charles), le défiaient du haut de leur donjon, le roi mit le siège devant Taillebourg, s'en empara après une vigoureuse résistance, déclara les frères Plusqualet coupables de rébellion, forfaiture et crime de lèse-majesté, et confisqua leurs corps, possessions, héritages, droits, noms, titres et actions, sur la châtellerie de Taillebourg. Le 24 septembre de l'année suivante, le roi donna les terres de Taillebourg et du Cluzeau à Prégent de Coétivy, amiral de France, à la charge seulement de foi et hommage, ainsi qu'avait coutume de faire Jean Larchevesque, dernier seigneur de Taillebourg, avant la vente de ces deux seigneuries.

Aussitôt après la prise de Taillebourg, le roi entra en Gascogne et leva en Saintonge une taille pour l'entretien de ses troupes ; l'assiette en fut établie à La Rochelle, par les députés des bonnes villes, au nombre desquels figurait le maire de Saint-Jean-d'Angély.

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