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I-A victoire semblait revenir peu à peu aux armes de France

La prise de Pon toise suivit celle de Taillebourg et fut célébrée à Saint-Jean-d'Angély dans le mois de décembre 1441 , par une procession religieuse qui valut, à ceux qui y assistèrent, un pardon accordé par Tévêque de Saintes.

Pendant le cours de Tannée 1442, les arbalétriers angériens contribuèrent à la prise de Verteuil, puis au siège d'Angoulême, où ils revêtirent pour la première fois la jaquette d'uniforme que le corps de ville venait de leur donner.

Guillaume François, seigneur de Saint-Georges, commissaire royal, vint à Saint-Jean-d'Angély en 1445, et y fît publier à son de trompe l'ordre enjoignant aux Angérîens de faire diligence pour mener des vivres aux sièges de Plassac et de Virol ; il ordonna en outre aux manœuvres et arbalétriers d'aller se joindre au sire de Pons, qui y commandait. Le corps de ville crut pouvoir dispenser les Angériens de ce service en payant au seigneur de Saint- Georges une certaine somme convenue avec ce dernier à titre de compensation, car il lui répugnait d'envoyer des hommes et des vivres au seigneur de Pons, lors revenu au parti de la France, après avoir si longtemps favorisé les Anglais et pillé la banlieue de Saint-Jean-d'Angély. Cité devant le commissaire, à Saintes, pour n'avoir pas obéi au commandement du roi, le maire exhiba le reçu de la somme qu'il avait fait payer pour en être dispensé ; mais, comme il n'y était fait mention de l'exemption que pour les manœuvres, le maire fut condamné, comme représentant de la commune, à vingt-cinq livres d'amende pour la négligence et la nonchalance apportées dans cette affaire :

« Le commissaire ordonné de par le roi messire en son « païs de Xaintonge, à tous ceux qui ces présentes lettres « verront, salut. Comme les maire, eschevins et commune « de la ville de Saint-Jean-d'Angély avoient esté appelés « par devant nous, pour ce ils étoient venus à notre < cognoissance que combien que pour lors que par Tordon-

« nance et commandement du roy, le siège fut mis devant « les places et forteresses de Plassac et du Virol, commande dément eust esté faict par cry publique et à son de « trompe, en la dite ville, que tous ceux qui avoient « accoustume de mener et faire mener vivres es sièges et 01 assemblées de gens d'armes, qui se faisoient de par le « roy, se apprestassent et feissent dôligence de mener des « vivres es dits sièges, qui se tenoient devant les susdites « forteresses, lesquels maire et échevins ou aucuns d'iceux, « lors présens par devant nous, après que ils aient connu « et confessé non avoir envoie ne fait envoler aucuns « vivres auxdits sièges tenus devant les dites places du « Virol et de Plassac, combien qu'il leur ait esté enjoint « de par le roi mon dit sire et crié publiquement à son de ^ trompe en la dite ville, eussent dit et déclaré pour leurs « excusations et deffense qu'ils n avoient envoyé ne fait « envoyer aucuns vivres aux dits sièges, obstant ce que « Guillaume François, seigneur de Saint-Georges, vint un « certain jour en la dite ville de Saint-Jehan durant les dits « sièges, soy disant commissaire de par le roy messire, « pour faire mener les dit« vivres et aussi pour assembler « des manœuvres et arbalétriers pour envoyer aux dits « sièges, avoir compost avec lui à certaine somme d'argent, « que lors ils lui avoient payée, comme ils disoient apparoir « par certaine quittance qu'ils avoient du dit seigneur de « Saint-Georges, mais d'icelle ils ne pouvoient faire prompt « foi obstant l'absence de leur receveur, qui l'avoit jà « devers soi, requérant pour avoir délai. Auxquels, pour c< ce que estans sur notre département de la dite ville de « Saint- Jehan-d'Angély, eussions donné jour et assigné à « comparoir devant nous, en la ville de Xaintes, au lundi « 21 jour de ce présent mois de novembre, et à apporter « par devers nous la dite quittance, ensemble tout ce dont « ils se vouldroient aider en cette partie pour au surplus « les appoincter comme il appartiendroit par raison. Auquel « lundi XXIP jour, ou au moins ce mercredi présent « 23** jour du dit mois, par nous continué et dépendant

« du dît lundi, soit comparu et s'est présenté par devers a nous, Jehan Rousseau, procureur général suffisamment « fondé des dits maieurs, eschevins et commune de Saint- « Jehan d'Angély.. accompagné de sire Hélie Grasmorcel, « eschevin de la dite ville, et par icelui procureur nous a « esté monstrée et exhibée la dite quittance dont la teneur « est telle : « Je, Guillaume François, confesse avoir eu et « reçu de Geoffroy d'Abbeville, receveur de Saint-Jehan, « la somme de huit livres tournois pour faire certaine mise « nécessaire pour aider à recouvrer certains manœuvriers. « Ainsi signé : G. François». Après laquelle quittance « ainsi exhibée et produite par le dit procureur, nous ont a été faites par lui plusieurs remonstrances, c'est assavoir « que pour lors que le dit seigneur de Saint-Georges fut « en la dite ville de Saint-Jehan, et que le siège étoit « devant les dites places de Plassac et du Virol, il estoit « saison de moisson, aussi faisoient faire grande réparation « en leur ville, comme de curer leurs fossés et faire faire « une tour qu'ils faisoient faire toute neuve en la dite ville, « et pour ces causes ne pouvoient bonnement fournir les « arbalétriers et manœuvres, que le dit seigneur de Saint- « Georges leur demandoit lors, et aussi ne pouvoient envoyer « si promptement des vivres aux dits sièges, attendu mes- « moment qu'ils estoient des plus lointains des dites places « et sièges, et que, afin qu'ils ne fussent tenus de si promp- « tement envoyer aucuns manœuvres ou arbalétriers, ni « aussi envoyer aucuns vivres es dits sièges, ils avoient « baillé certain argent au dit seigneur de Saint-Georges, « c'est assavoir la somme contenue en la quittance dessus « dite, cuidant par ce moyen estre et demourer quittes et « déchargés de plus faire mener aucuns vivres es sièges « dessus dits, et avecque ce ont dit et proposé plusieurs « autres choses pour montrer leurs excusations qu'ils se « disoit avoir en cette manière. Lequel procureur oy au € long a tout ce qu'il voulut dire et proposer, sur tout ce « que dit est avons eu avis et délibération avec autres « officiers du roi messire ille<;que présent avec nous, et vu

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« la dite quittance, produite par le dit procureur, et aussi « sur ce parlé au dit seigneur de Saint-Georges et présent « aussi avec nous : Savoir faisons que tout vu et considéré. (< en ccste partie et raesmement attendu la grant loyauté et « vraie obéissance que ont toujours eu les dessus dits « habitants de Saint- Jehan envers le roi messire, comme. « de ce avons été dûment informé, les grandes charges « qu'il leur a convenu et conviennent chacun jour suppor- « ter pour le fait d'icelui seigneur, tant en taille ou autre- « ment, comme aussi pour la réparation et fortification de « la dite ville, et aussi les grans dommages irréparables « qu'il leur a convenu supporter pour le fait du dit seigneur «I de Pons, qui les a courus, pillés et robes en plusieurs » manières, prins et rançonné leur bétail et fait plusieurs « autres dommages, que les dessus dits habitants, non point « par malice ni par faveur ils eussent au dit seigneur de « Pons, ont délaissé à faire mener vivres est dits sièges, c< mais seulement par une manière de négligence et non- <!i chalance sans tenir compte des dits commandements à « eux faits comme dit est ci dessus. Iceux habitants, afin « que une autre fois ne mettent en telle négligence ou « nonchalance les commandements du roy, qui de jmr lui « leur seront faits, les avons condamnés et condamnons « par ces présentes à payer pour amende au roy, nostre a dit sire, la somme de vingt-cinq livres tournois, laquelle « nous leur avons enjoint et enjoignons apporter par devers « nous, quelque part que ce soit, dedans huit jours pro- « chain venant a compter de la date du jour de ces présentes « sur peine du double. Ce fut fait et prononcé es présence « du dit Jehan Rousseau, procureur des dits manants et « habitants de la ville de Saint-Jehan, et du dit Helies « Grasmorcel, eschevin de la dite ville. En tesmoins de ce « nous avons mis à ces présentes notre signet, le mercredi « 24^ jour de septembre 1445 ».

La campagne du roi en Guienne s'élait terminée, en 1445, par la conclusion d'une trêve de cinq ans, désirée par les deux partis également épuisés. A l'expiration de cette

trêve, les hostilités furent reprises en môme temps dans la Normandie et sur les frontières de la Saintonge, où les Anglais occupaient Bourg. Le maire de Saint- Jcan-d'Angély envoya ses sergents transmettre aux nobles Tordre de rassembler leurs gens de guerre pour entrer en campagne, et la commune députa Jean de Cumont à rassemblée convoquée à I^ Rochelle par le comte d'Angoulême, pour décider des moyens à employer pour délivrer Aubcterre de l'ennemi, qui venait de s'en emparer.

En même temps, Charles VII obtenait dans le nord de la France des succès ré|)étés, et, pour en poursuivre de nouveaux, il appelait à son aide les forces disponibles de toutes les provinces. L'ordre d'envoyer en toute hâte en Normandie les francs archers saintongeais fut donné au maire do Saint-Jean-d*Angély, qui rassembla ceux de Taillebourg. de Saint-Savinien et de SaintJean-d'Angély, et les fît conduire jusqu'à Tours.

Les francs archers, tout récemment organisés, furent les premiers fantassins de larmée permanente française, orgauisée par suite de l'ordonnance des Etats Généraux, réunis à Orléans en 1430. Ils tirèrent leur nom de lexemption d'impôt accordée à tous les paysans qui en faisaient partie. Chaque paroisse en désignait un, équipé à ses frais et devant toujours être prêt à répondre au premier appel. Les capitaines des francs archers étaient nommés par le roi. La cavalerie permanente avait été établie la première dès 1439. Elle comprenait quinze compagnies, appelées « les compagnies d'ordonnance », chaque compagnie comprenait cent lances garnies, chaque lance se composait de l'homme d'armes ou chevalier, de son page ou varlet, de trois archers et d'un coutelier, ou soldat armé d'un long couteau, ce qui portait le nombre de chaciue compagnie à six cents hommes. L'établissement de l'armée permanente réduisit la milice féodale au lôle de réserve ou arrière ban.

La poursuite vigoureuse de la guerre amena enfin le résultat désiré depuis si longtemps. La nouvelle de la prise de Rouen arriva bientôt à Saint-Jean-d'Angély, apportée

par un héraut d'armes; elle y fut reçue avec des transports d'allégresse ; toutes les cloches de la ville furent mises en branle, et le soir des (eux de joie furent allumés sur toutes les places. Mais la grande fête fut réservée pour le jour anniversaire du sacre, le corps de ville donna ce jour-là en spectacle sur la place publique le mystère de la Passion, et réunit dans un banquet les dignitaires de l'église et les officiers royaux.

Charles VII était alors au château de Taillebourg, dont il fit sa résidence de juin à lafin d'août 14-il, et c'est dans cette forteresse qu'il reçut les députés de Bordeaux et de Rayonne, lui apportant la soumission de ces deux villes. C est aussi pendant son séjour à Taillebourg, le o août 1450, qu'il créa le parlement de Bordeaux, dans le ressort duquel fut comprise la sénéchaussée de Saint- Jean-d'Angély.

Les Anglais essayèrent, en 1452, de reprendre les provinces françaises, dont ils regrettaient vivement la perte, et à cet effet ils envoyèrent une flotte de trois cents voiles, commandée par le vieux lord Talbot. Cette flotte fit feinte de menacer La Rochelle, et cette ville envoya Gaubert Cadiot, neveu du grand maître d^ l'artillerie royale, à Saint-Jeand'Angély, requérir la délivrance du matériel de guerre en dépôt dans cette ville ; mais, aussitôt, la flotte anglaise disparut pour aller attaquer la ville de Talmont ; le m^ire de Saint-Jean-d'Angély s'empressa d'envoyer à cette dernière ville un renfort de six arbalétriers, avec trois caisses de traits.

Les jurés de Saintes, de leur côté, mirent leur ville en état de défense, dans la crainte d'une attaque du comte d'Autipton, qui avait passé la Gironde h la tête de l'armée anglaise et envahissaît la Saintongc.

Pour faciliter la réussite de leur entreprise, les Anglais s'étaient ménagé des intelligences dans le pays, et leurs espions parcouraient cette province. Le maire de Saint- Jean-d'Angély fit arrêter un nommé Claude Lcfèvre et vingt Ecossais, trouvés dans la banlieue et soupçonnés d'être en rapport avec l'ennemi ; interrogés et mis h h torture,

les Ecossais avouèrent que les archers des villages avaient vondii le pont de Taillebourg à Bertrand, seigneur de Montfcrrant, gouverneur de la Saintonge pour le roi d'Angleterre; cependant l'enquête qui fut faite ne justifia pas leurs allégations.

Le 2 juin 1453, le roi de France partit de Lusignan à la tête de forces imposantes, et vint à Saint-Jean-d'Angély, d'où il passa dans la Saintonge du sud. Il eut bien vite enlevé aux Anglais les places déjà tombées en leur pouvoir, et battit sous les murs de Castillon lord Talbol, qui resta sur le champ de bataille avec presque toute sa cavalerie.

A la suite de cette victoire, les quelques villes qui s'étaient données aux Anglais firent retour au roi de France, et le Guienne devint française pour toujours.

Ce résultat devait avoir une influence considérable sur l'importance de Saint-Jean-d'Angély comme place de guerre et chef-lieu judiciaire. Sans égard aux services exceptionnels que ses habitants avaient rendus à la France pendant les désastres de la guerre de cent ans qui venait de prendre fin, la résidence du sénéchal fut transférée pour des nécessités stratégiques à Saintes, dont la situation était bien plus favorable à la centralisation des pouvoirs militaires et administratifs dont était investi le sénéchal. Cepeâdant, Saint- Jcan-d'Angély conserva le siège de sa sénéchaussée, continua à tenir à part ses assemblées électorafes et à envoyer ses députés aux Etats généraux, et notamment aux Etats tenus a Tours à l'occasion de la révocation de Charles de Valois comme duc de Normandie, où ses trois députés siégèrent avec ceux de Saintes.

En 1450, Robert de Villequier, abbé de Saint-Jeand'Angély, obtint de Guy de Rochefort, évéque de Saintes, le droit de présentation à la cure de Courcelles, en échange de la collation de l'église de Bagniseau.

L'abbaye de Sainl-Jean-d'Angély était illustrée à cette époque par deux célèbres docteurs, Thomas de Lussaut, de

la famille des fondateurs à Saint-Jean-d'Ang6ly d'une aumônerie porlant leur nom, et Pierre Dabzac, chambrier du monastère.

Une célébrité bien différente des précédentes gouvernait la même abbaye en 146'i; c'était Jean Ballue, fils d'un meunier, élevé par Louis XI à Tévêché d'Evreux, puis à celui d'Angers, et promu cardinal en 1464. Jean Ballue devait son élévation à son esprit artificieux et dissimulé, fort apprécié du roi Louis XI. Il préférait même, dit-on, s'occuper de lever des troupes contre la ligue du bien public, que de l'administration de son diocèse, ce qui fut cause qu'un jour, le voyant faire l'inspection des troupes dans une revue passée par le roi, le comte de Dammartin demanda au roi la permission d'aller à Evreux faire l'examen des ecclésiastique et leur donner les ordres. — « Pourquoi ? » lui demanda Louis XI. — « Eh quoi ! sire, lui répondit le comte, est ce qu'il ne me convient pas autant d'ordonner des prêtres qu'à l'évêque d'Evreux de faire la revue d'une armée ? »

Ce fut pendant que le cardinal Ballue était abbé de Saint- Jean-d'Angély que le bras de saint Macou, relique possédée par l'abbaye, et délaissée pour celles plus célèbres de saint Jean-Baptiste et de saint Révérend, fut donnée à 1 abbaye de Montierneuf de Poitiers, où elle fut exposée à la vénération des fidèles et acquit la célébrité qui lui avait fs^it défaut jusque-là.

Saint Macou, évêque d'Aleth, en Angleterre, s'était fait ermite dans les environs de Saintes, y mourut en odeur de sainteté et la basilique construite en son honneur avait été attachée au monastère de Saint-Jean-d'Angély.

Louis XI passa à Saint-Jean-d'Angély en 1461, se rendant à Bordeaux, probablement pour négocier avec Jean d'Arragon l'acquisition du Roussillon ; quels sont les griefs qu'il eut à reprocher alors au parlement de Bordeaux, on l'ignore, mais en 146(), il exila en quelque sorte ce parlement à Saint-Jean-d'Angély, où il tint ses séances du moisde février à celui de juillet, pour certains motifs indé-

terminés, que la politique du roi ne tenait pas à divulguer. Quelques années après, par un édit donné à Amboise, en avril 1469, Louis XI céda la Guienne à Charles de Valois, duc de Berry,son frère, en échange de la Champagne et de la Brie. Le prince prit dès lors les titres de duc de Guienne, comte de Saintonge et seigneur de La Rochelle, fit de Saint-Jean-d'Àngély sa résidence de prédilection et y réunit même ses Etats. Il y habitait le vieux château royal, situé entre la porte d'Aurtis et la chaussée de TEperon. Aucun vestige apparent de cette forteresse n'est resté debout, mais on peut se rendre compte de son importance dans un plan du siège de 1569, gravé par Pérîssin en 1570, où se trouve nettement représentée sa façade extérieure, comprenant un corps principal flanqué de deux grosses tours crénelées. D'autre part; lés comptes du receveur du domaine d'Aunis et Saintonge de l'année 1471, donnent le détail des grosses réparations qui y furent faites pour le mettre en état de loger le duc. notamment aux murailles, aux tours des coins, à celles du portail, aux ponts-levis, à la chapelle et à la salle principale. Il a quelques années, dans le jardin de la maison de M. Arcouet, édifiée sur la vieille douve du château; chaussée du Calvaire, on a mis à découvert une construction souterraineen forme de puits ou citerne, au fond de laquelle une pierre centrale, munie d un anneau en fer, pouvait être déplacée et remise en place, pour évacuer ou maintenir l'eau dans la douve et qui était, sans aucun doute, « la bonde du château w dont il est fait mention dans les anciens registres de l'échevinage comme servant à cet usage.*

Le château défendait la plus grande partie du front ouest de la place, dont les autres faces étaient protégées par des murs crénelés reliés de distance en distance par douze tours appelées à cette époque, du bourreau, carrée, de la Brousse, de TEspingoUe, Bérouardière, ronde, de Lussaut, de Matha, de la Couronne, de Lachevalle, Rouillée ou Roilhé, Thibaut- Villon. Quatre portes principales, d'Aunis, de Taillebourg, de Niort et de Matha, flanquées chacune de deux tours.

Servaient d'accès à la ville; deux autres dites de Jélu et de Parthenay, étaient de simples poternes pour les piétons ; ces dernières étaient murées en temps de guerre. Jusqu'à la fin du XIV® siècle, les fossés du côté de la contrescarpe étaient garnis en outre d'une palissade, derrière laquelle se mettaient à couvert les archers et arbalétriers de la défense pour repousser une première attaque, mais on dut supprimer ce supplément de fortification, devenu gênant pour le pointage des canons en batterie sur les rapparts, et on les remplaça en donnant plus d'élargissement et de profondeur aux fossés.

L'accord des deux frères ne fut pas de longue durée. Le duc de Guienne ne farda pas à renouer ses anciennes liaisons avec les ducs de Bretagne et de Bourgogne, et se ligua ouvertement avec eux contre le roi de France. Mais, peu de temps après, une mort étrange vint enlever le duc de Guienne et délivrer le roi des orages qui le menaçaient.

Charles de Valois avait pour maîtresse Colette de Chambes, fille du seigneur de Alonsoreau et veuve en second mariage de Louis d'Amboise, vicomte de Thouars. C'était une femme accomplie et que le duc aimait, disait-on, autant pour sa conversation, sa gracieuseté et son talent de municienne, que pour sa beauté.

Dans un dîner que madame de Thouars offrait au duc en son château de Sain t-Sever 'dans les Landes, et auquel assistait frère Jordan Favre de Vercors, abbé dé St-Jeand'Angély et confesseur du prince, ce dernier aurait offert à la vicomtesse une pêche empoisonnée qu'elle partagea avec son amant. Tous deux furent aussitôt saisis de* coliques violentes. Madame de Thouars mourut presque subitement. Le duc, d'une complexion plus robuste, fut atteint d'une maladie qui lui fit perdre, en peu de jours, les dents, les ongles et les cheveux, et durant laquelle ses membres se contractèrent d'une façon horrible.

Le bruit se répandit bientôt que le duc de Guienne et la vicomtesse de Thouars avaient été empoisonnés par Jordan Fabre de Vercors. Toutefois, ces bruits, après avoir circulé

sourdement, s'assoupirent; Jordan Favre fut même nommé l'un des exécuteurs testamentaires de la vicomtesse de Thouars, et demeura en faveur auprès du duc de Guicnne, qui se fit transporter à Saint-Jean-d'Angély.

La Guienne fut bientôt envahie par les troupes du roi. Louis XI, ayant quitté son château du Plessis-lez-Tours, s'achemina à Niort, d'où il entra en Aunis, précédé de toute son artillerie et escorté par les francs- archers du Poitou. Le malheureux duc de Guienne, craignant plus ciue tout au monde de tomber au pouvoir de son frère, se fit transporter, presque mourant, de Saint-Jean-d'Angôly à Bordeaux.

Les Angériens, apprenant que Louis XI venait d'arriver à Surgères, lui envoyèrent des députés pour l'assurer de leur obéissance et lui demander la confirmation de leurs privilèges. Fidèle à son grand système de politique intérieure, consistant à étendre les prérogatives de la bourgeoisie des villes pour s'en faire un appui contre l'aristocratie des châteaux, Louis s'empressa d'imprimer le sceau de son autorité royale aux anciennes franchises et immunités de la commune de Saint-Jean-d'Angély, et lui en octroya même de nouvelles.

Tous les vassaux du duc de Guienne ne furent pas aussi faciles à gagner ; des conspiraticns furent tramées par plusieurs d'entr'eux et finirent môme par inspirer à Louis XI des -craintes assez sérieuses pour le déterminer à faire rentrer les rebelles sous son obéissance, par des promesses d'oubli et de pardon d'abord, et par la force ensuite, s'il en était besoin. Il chargea de cette mission son très cher et aimé cousin Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, grand maître d'hôtel de France, et Louis de Brémond, seigneur de la Faurest, son conseiller et chambellan. Il leur donna pleins pouvoirs de pardonner les crimes et délits que les rebelles pouvaient avoir commis précédemment contre le pouvoir royal, et de rappeler ceux qui s'étaient expatriés, avec promesse qu'ils seraient reçus avec bonté et rétablis dans leurs anciens privilèges. Mais aus^^i il leur

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enjoignit de traiter avec la plus grande rigueur ceux qui résisteraient, les autorisant à faire démolir les ch&teaux et raser les fortifications de ces derniers lorsqu'ils jugeraient devoir le faire.

Le corps de ville crut pouvoir, à la faveur du changement survenu dans le gouvernement de la Saintonge, se dispenser d'exécuter une sentence rendue contre lui par le sénéchal. Il s'agissait du paiement à Jean Duquesnoy, licencié en décret, d'une somme de cent dix-huit livres treize sols deux deniers ; cette sentence avait été confirmée en appel aux grands jours tenus à Bordeaux du temps du feu duc ; ayant employé pour ne pas s'y soumettre tous les moyens dilatoires, le corps de ville fut contraint de s'exécuter par le sénéchal de Saintonge^ auquel Louis XI, sur la supplique du demandeur, ordonna de faire procéder à la saisie et à la vente des revenus de la commune.

Le duc de Guienne, abandonné de ses alliés, trahi par ses vessaux^ dépouillé de son héritage, consumé à la fois par les souffrances du corps et les peines de l'esprit, expira à Bordeaux à l'âge de vingt-six ans. La fin misérable de ce jeune prince excita la compassion de ses ennemis eux-mêmes, et réveilla les soupçons d'empoisonnement qui planaient sur Favre de Vercors. La clameur publique signala celui-ci comme l'auteur de la mort du prince. Quelques personnes, plus hardies, ne craignirent même pas de répandre que Favre n'avait été, dans cette occasion, que l'instrument docile de la politique du roi. Ce qui donnait quelque consistance à cette dernière assertion, c'est que, pendant que le duc de Guienne luttait à Saint-Jeand'Angély et à Bordeaux contre les atteintes d'une mort prochaine, labbé Jordan, qui vivait auprès de lui, faisait régulièrement connaître à Louis XI les progrès lents, mais infaillibles du mal.

« Monsieur le grand maître, disait le roi dans une de ses lettres au comte de Dammartin, depuis les dernières que je vous ai écrites, j'ai eu nouvelles que M^^*" de Guienne se meurt, qu'il n y a point de remède en son fait ; et me le

fait savoir un de ses plus privés qu'il ait avec lui, par homme exprès, et ne croit pas, ainsi qu*il le dit, qu'il soit vif à quinze jours d'ifei. Et afin que soyez assuré de celui qui m'a fait savoir les nouvelles, c'est le moine qui dit ses heures avec M""* de Guienne, dont je me suis fort ébahi et m'en suis signé depuis la tête jusqu'aux pieds. »

Louis XI ne tarda pas à savoir que la mort de son frère faisait planer sur lui les plus graves soupçons. Il crut les détourner en s'armant d'une apparente rigueur contre les hommes que l'opinion publique signalait comme les instruments du crime. A cet effet. Il envoya à Odet d'Aydie Tordre d arrêter et d'amener dans son château du Plessislez-Tours l'abbé de Saint-Jean-d'Angély et Henri de La Roche, oflRcier de cuisine du feu duc de Guienne.

Odet d'Aydie, ami et fidèle serviteur de ce prince, craignant d'être arrêté lui-même s'il se rendait sans condition auprès du roi, exigea du monarque le serment, sur la croix de saint Lô, qu'il ne lui ferait aucune violence. Louis XI ne voulut pas prêter ce redoutable serment, qu'il ne se sentait probablement pas la force de tenir. Odet d'Aydie, jaloux de venger la mort de son maître et ne voulant pas confier ses meurtriers à la justice suspecte du roi, arrêta l'abbé Jordan Favre et Henri de La Roche, mais les conduisit en Bretagne et les livra au duc François II.

— « En vengeance, lui dit-il, de monsieur le duc de Guienne, et de vous, monsieur mon maître, qui avez perdu votre très cher ami, je vous amène les meurtriers de leur maître et seigneur pour être punis. »

— « Ils auront, répondit le duc, le loyer (salaire) qu'ils ont mérité, et voudrais que je tinsse aussi bien en mes mains ceux qui leur ont fait faire, car je ne les laisserais point aller sans pleiger (donner caution), et crois qu'il n'y a homme en chrétienté qui les sût pleiger (cautionner.) »

L'empoisonnement du duc de Guienne et de la vicomtesse de Thouars n'était pas le seul crime dont Favre de Vercors fût accusé. Bien d'autres méfaits lui étaient reprochés par la juridiction canonique. Aussi, dès que le bruit public

Teût signalé comme auteur ou complice de la mort du prince, l'archevêque de Bordeaux, Arthur de Montauhan, fut délégué par le pape Siste IV podr examiner la vie de ce moine. Jordan Favre, ayant refuse de comparaître, fut déposé comme contumace, et Tannée suivante, Louis d'Amboise, évoque d'Alby, fut institué à sa place dans Tabbayo de Saint-Jean-d'Angély. Mais le nouvel abbé n'était pas non plus sans reproches : ses moines laccusèrent do les laisser mourir de faim par son excessive avarice. D'après un écrivain contemporain, il s'attribuait une si forte part des revenus du monastère, qu'il laissa une fortune de dix mille livres de rentes k ses neveux do la maison de Ferrières. en Périgord.

La guerre ayant éclaté entre le roi de France et le duc de Bretagne, ce ne fut qu'après la conclusion de la paix, vers la fin de novembre 1473, que François I[ et Louis XI s'occupèrent enfin de faire statuer sur le sort des deux prisonniers.

Le tribunal chargé de juger les accusés s'assembla à Nantes, mais les interrogatoires ayant disparu, on ne sait^ s'ils avouèr.ent le crime. Cependant, d'après une lettre du duc de Bourgogne, du 10 juillet 1472, ils avaient déclaré précédemment, devant frère Roland de Croisée, inquisiteur de la foi, que c'était le roi de France qui leur avait ordonné d'ôler la vie au duc de Guienne, par poison, maléfices, sortilèges et invocations diaboliques et leur avait promis dons, états, offices et bénéfices pour consommer cet exécrable fratricide.

D'après Brantôme, Louis XI, étant en oraison devant l'autel de Notre-Dame de Cléry, à (jui il avait une dévotion particulière, pria la Vierge de lui faire trouver grâce devant Dieu pour le meurtre du duc de Guienne.

« Ah ! ma bonne dame, disait-il. ma petite maîtresse, ma grande amie, en qui j'ai toujours eu mon réconfort, je te prie de supplier Dieu pour moi, et être mon avocate envers lui, qu'il me pardonne la mort de mon frère, que j'ai fait empoisonner par ce méchant abbé de Saint-Jean. Je m'en

confesse à toi coAime à ma bonne patronne et maîtresse, ^lais aussi qu'eussé-je su faire ? Il ne faisait que me troubler mon royaume. Fais-moi donc pardonner, ma bonne petite dame, et je sais bien ce que je te donnerai. »

Cette prière fut entendue par le fou du roi qui, à table et devant toute la cour, lui reprocha la mort de son frère. Peu de jours après, le fou paya de sa vie son indiscrétion.

Les juges ne rendirent aucun arrêt. On assure que le secrétaire de Tévêque d'Angers, faisant auprès de la commission loffice de greffier, livra à Louis XI toutes les pièces de la procédure, et que cette complaisance fut la source de la grande fortune que fit depuis cet officier.

On n'a jamais su positivement de quelle manière finirent les deux accusés. On raconte que le geôlier, qui visitait souvent Tabbé Favre dans la tour du Boi^fTai^ où il était détenu, priait in.stamment le duc de Bretagne et les juges do hâter le procès de ce moine. « Car, disait-il, depuis qu'il est sous les verrous, des spectres horribles apparaissent chaque nuit dans la prison^ et je tremble d'être enlevé par eux avec le coupable.

Une nuit, la grande tour du Bouffai fut ébranlée par un orage mêlé de coups de vent, de tonnerre et d'éclairs, et le lendemain on trouva l'abbé Favre étendu mort sur les carreaux, ayant le visage noir comme un charbon, les traits contractés par des convulsions horribles, et la langue sortie de la bouche. D'autres assurent avec plus de vraisemblance que ce moine fut trouvé étranglé dans la prison. Quant à Henri de La Roche, on ignore ce qu'il devint.

Ainsi, cette affaire fut étouffée au lieu d'être jugée, et le mystère impénétrable dont on eut soin de l'environner ne fit que confirmer les soupçons de fratricide qui pesaient sur le roi de France. Il s'efforça toutefois de démentir cette accusation en affichant une douleur profonde. Il fit des neuvaincs publiques en l'honneur de son frère, et, comme ce prince était mort au coucher du soleil, il institua, dit-on, rAnrjchts du soir en commémoration de ce triste événement.

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Le moyen odieux dont le roi s'était servi pour recouvrer la possession du duché de Guienae avait fait une impression fâcheuse sur les hommes de cette contrée, sans distinction de naissance ni de rang. Jugeant qu'il importait à sa politique d'effacer cette mauvaise impression, le roi répandit successivement ses faveurs sur les villes et les châteaux où la mort déplorable du jeune prince avait gravé son souvenir dans les cœurs.

Après Olivier de Coôtivy, seigneur de Taillebourg, à qui il octroya Saujon pour en relever les fortifications, il rétablit la commune de Saintes, puis donna à Saint-Jean-d'Angély des preuves de sa sympathie en accordant à sa commune les mêmes prérogatives de noblesse qu'à celle de La Rochelle.

« — De tout temps et d'ancienneté, dit Louis XI dans « les lettres données en son château du Plessis du Parc- « lez-Tours au mois de septembre 4481, nos chers et bien « aimés les maire, échevins, conseillers et pairs de notre « ville de Saint-Jean-d'Angély ont été bons et loyaux « envers nos prédécesseurs, nous et la couronne de France, « et pour eux acquitter et montrer leur dite loyauté, « ils ont, par plusieurs fois, porté et soutenu de grands « dommages.

« Mêmement, en l'an 1346, que le comte d'Alby (de « Derby), avec grande armée d'Angleterre, mit le siège « devant la dite ville, et par force d'artillerie, fit abattre « la plupart de la musaille d'icelle et tint le siège pendant « un bien long temps ; mais les dits habitants, qui lors « étaient en si grande nécessité qu'ils n'avaient de quoi « vivre et eux entretenir, pour quelque mal, pertes, dom- « mages, dangers, menaces ne promesses que leur firent « les dits Anglais, ne leur voulurent rendre ni bailler la « dite ville, et la tindrent tant qu'ils purent, jusqu'à ce «L que, par faute de secours, elle fut prise d'assaut, la « plupart des habitants navrés et tués, les autres pris « prisonniers et tous leurs biens brûlés, pillés et emportés.

« Mais certain temps après, aucuns des dits habitants, « qui étaient demeurés et qui retournèrent dans la dite

« ville, persistant toujours en leur bonne loyauté, la « remirent sous Tobéissance de nos dits prédécesseurs et « la couronne de France, en laquelle elle demeura jusqu'à « ce que. par le traité fait à Calais (à Brétigny), la dite « ville et tout le pays de Guienne fût de rechef mis en « l'obéissance des dits Anglais.

« Et nonobstant, en l'an 1374, les habitants de la dite « ville, connaissî^nt les grands maux et entreprises que « les dits Anglais s'efforçaient lors faire à rencontre de « notre royaume, désirant toujours demeurer en l'obéis- « sance de nos prédécesseurs, mirent de rechef la dite « ville en celle de Charles cinquième, de bonne mémoire, « notre bisaïeul ; lequel, en reconnaissance des grands et « agréables services que les habitants avaient fait tant à lui « qu'à ses prédécesseurs, confirma toutes les libertés et ce outre leur donna, et à leurs successeurs habitants en la « dite ville, plusieurs beaux et notables privilèges qu'avaient a et ont ceux d'Abbeville et de La Rochelle, lesquels leur « ont depuis été confirmés par nos dits prédécesseurs et « pareillement les leur confirmâmes à notre avènement à € la couronne.

« Après le trépas de notre frère Charles, duc de Guienne, « auquel nous avions baillé le dit duché et comté de Saince tonge, pour partie de son apanage^ considérant qu'ils ont « libéralement mis eux et la ville en notre obéissance, « avons, par autres lettres, de rechef confirmé leurs pri- « vilèges, franchises et libertés ; mais les dits maire, c échevins, conseillers et pairs nous ont fait dire que, « combien que nos dits prédécesseurs leur aient donné tels « et semblables privilèges comme ils ont fait à ceux de la « ville de La Rochelle, néanmoins les maire et vingt-cinq « échevins de la dite ville, entre autres choses, sont « anoblis, jouissent des privilèges de noblesse, et peuvent «t semblablement les conseillers et pairs d'icelle acquérir « fiefs nobles sans payer finance ni indemnité, et que « raisonnablement il en doivent jouir, nous requérant

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« humblement que sur ce leur veuillons impartir notre « grâce et provision.

c< Nous, considérant les grands et louables services que « les dits supplians et leurs prédécesseurs ont fait à nous « et à la couronne de France, afin qu'eux et leurs succès- « seurs soient toujours de plus en plus enclins à nous être « bons et loyaux, avons de notre pleine puissance, grâce a spéciale et autorité royale, donné et octroyé aux dits « maire, échevins et conseillers de la dite ville, qu'ils « soient nobles, eux et leur postérité née et à naître de « loyal mariage, et leur avons donné et donnons pouvoir « d'acquérir et tenir à perpétirtté tous fiefs et juridictions « nobles par tout notre royaume, sans, pour ce ni pour la c( dite nobilitation, payer à nous ou à nos successeurs « aucune finance ni indemnité.

« Voulons que les dits maire, vingt-cinq échevins et « conseillers et leur postérité soient tenus et réputés nobles, « et jouissent de tous droits, honneurs, prééminences -et « prérogatives qui apparûennent au privilège de noblesse ; « qu'ils puissent obtenir Tordre de chevalerie si bon leur « semble, tout ainsi que s'ils étaient nés et procréés de « noble lignée, et que des dites grâces ils jouissent ainsi « que font les maire et échevins de La Rochelle, et octroyons « auxdits maire, eschevins et conseillers qu'ils soient doré- « navant et à toujours exempts de toutes commissions et « charges publiques : et avec ce, que la dite ville est prè^» « de la mer et en pays de frontière, avons, de notre dite « grâce, octroyé auxdits maire, eschevins et conseillers, « que dorénavant ils soient exempts d'aller à nos osts « et armées, soit par ban et arrière-ban ou autrement, et « qu'ils demeurent en la dite ville pour la garde et défense « d'icelle, tout ainsi que le font ceux de la ville de « La Rochelle.

d Donné à Plessis du Parc, au mois de septembre, Tan « de grâce 1481. »

Terrassée par le génie puissant et la volonté de fer de Louis XI, la grande ligue féodale se releva au commen-

ciement du nouveau règne. Pendant que le baronnage et la royauté débattaient, les armes à la main, les grands intérêts de la politique et du pouvoir, une (juerelle moins sérieuse, mais non moins passionnée, jetait la discorde dans le riche monastère de Saint-Jean-d'Angély. Le prieur et les moines de cette abbaye étaient en insurrection contre leur abbé commandataire, maître Martial Fournier, clerc du diocèse de Limoges. Il s'agissait de la collation des offices, de la réception et de Tordination des moines, et de divers autres points de discipline claustrale, questions irritantes dont la discussion allait s'envenimant de jour en jour. Des amis communs étant intervenus, réussirent pourtant à assoupir ces dissidences, à rapprocher les deux partis, et un concordat fut rédigé en ces termes :

« L'abbé commandataire, en vertu des pouvoirs aposto- « liques dont il est revêtu, pourra, comme le ferait un abbé « en titre portant l'habit de Tordre, infliger des peines et « corrections aux moines pour les fautes de discipline par « eux commises, ou déléguer, à cette eflfet, un vicaire choisi « parmi les religieux du monastère et non ailleurs, auquel « les moines seront tenus d'obéir comme à l'abbé comman- « dataire lui-même.

« L'abbé, pendant sa vie ou pendant la durée de sa « commande, et ceux qui, après lui, auront la direction « temporaire de rabbaye,ne pourront plus conférer les offices « claustraux vacants, par mort ou autrement, qu'aux reli- « gieux du monastère ou aux prieurs des obédiences qui « en dépendent : quant aux prieurés vacants dans la dé- « pendance de l'abbaye, labbé commandataire pourra les « conférer alternativement, savoir : le premier vacant, à un « religieux du monastère, habitant ou non le couvent, et « le second à qui bon lui semblera, ^ans néanmoins déroger « aux privilèges de l'abbaye, qui veulent que les offices, « prieurés et bénéfices, ne soient jamais conférés qu'à des « religieux ordonnés dans le monastère.

« L'abbé commandataire, en vertu du pouvoir du siège « apostolique, pourra, chaque fois qu'il le jugera conve-

(( nable, célébrer les divins offices avec la mitre et le bâton « pastoral, comme les abbés en titre de Saint-Jean-d'Angély a ont coutume de le faire; lorsqu'il voudra ainsi officier a pontificalement. le prieur et les moines seront tenus de « lui présenter la mitre et le bâton, et de l'assister pendant « la cérémonie.

« Les collations, régulières d'ailleurs, quant à la forme. « qui ont été faites jusqu'à ce jour par labbé Martial à (( d'autres qu'à des religieux du monastère, seront valables « et donneront à ceux qui les ont obtenues le droit d'en « jouir sans contradiction. Ainsi, frère Guy Sapiens, qui, « contrairement aux statuts de l'abbaye, a été ordonné « moine bien qu'il neùt pas accompli sa quatorzième année, « restera moine ; ainsi les frères Jean de Grimon, Jean « d'Ouvertan et Jean Palet, qui ont été pourvu d'offices et « de bénéfices, bien qu'à l'époque de ces collations ils ne « fussent pas religieux du monastère, en conserveront la « jouissance, sans néanmoins que cette tolérance puisse « préjudicier aux privilèges de la maison, qui portent que <t nul ne sera reçu moine s'il n'a quatorze ans révolus, et « que nul ne sera pourvu de bénéfice s'il n'est moine de « l'abbaye.

a Chaque religieux nouvellement ordonné sera tenu, « à son entrée au monastère, d'avoir un psautier à l'usage « de la maison, un lit convenablement garni, une tasse « d'argent pesant un marc, et de donner aux religieux un « dîner et un souper solennels, le tout selon l'usage approuvé « et suivi de temps immémorial dans l'abbaye. Pour le « renouvellement des cbappes, vêtements et ornements « ecclésiastiques du monastère, chaque nouvel abbé, le jour (L de son élection, sera tenu de donner à l'église une chappe « ou une chasuble et des dalmatiques, juscju'à la valeur ou « estimation de cent écus d'or ayant cours ; enfin, chaque « prieur ou religieux de l'abbaye, qui aura été pourvu d'un « office ou bénéfice devenu vacant, donnera pareillement « une chappe ou d'autres ornements ecclésiastiques à « l'usage de la fabrique du monastère, dont là valeur sera

« arbitrée par les moines résidans, eu égard aux émolu- « ments de Toffice ou du bénéfice conféré. »

Au moyen de ce traité, la concorde fut rétablie dans le couvent des bénédictins de Saint-Jean-d'Angély, et afin d'en assurer l'exécution le souverain pontife Innocent VIII y attacha le sceau de son autorité apostolique par une bulle qui fut donnée à Rome, en l'église de Saint-Pierre, le 46 des^ calendes de mai (16 avril 1490).

Charles VIII mourut en 1498, laissant sa couronne, à défaut d'héritier direct mâle, à Louis de Valois, duc d'Orléans, qui prit le nom de Louis XII.

Aussitôt son avènement à la couronne, au mois de juillet, Louis XII confirma les beaux et grands privilèges de la commune de Saint-Jean-d'Angé!y, en considération de la grande loyauté que les bourgeois de cette ville avaient toujours eue envers ses prédécesseurs comme bons et loyaux sujets, et des grandes et extrêmes dépenses qu'ils avaient à supporter, tant pour la fortification de leur ville que pour autres affaires urgentes.

Ces privilèges n'étaient alors surpassés par ceux d'aucune autre ville du royaume, et cependant le corps de ville rencontrait souvent des obstacles insurmontables, pour en tirer tout le profit qu'il pouvait en attendre, dans les restrictions que lui imposaient les règlements étroits que chaque contrée jalouse édictait dans l'iniérêt de ses propres habitants. Les Angériens ayant été contraints, en 1500, d'aller acheter dans le Languedoc, les vins qui faisaient défaut en Saintonge et les ayant fait transporter sur les rivière> du Tarn et de la Garonne, les languedociens obtinrent un arrêt du Grand Conseil leur défendant de se servir à l'avenir de ces voies navigables pour le transport des vins provenant de crus d'au de là Saint-Maquaire, à peine d'une amende de mille marcs d'or en cas de contravention. Jacques Boisseau, procureur de Saint- Jean -d'Angély, acquiesça à cet édit, en sa dite qualité, devant Pierre Gouffier, lieutenant général au baillage royal des montagnes d'Auvergne, le 22 mai 1500.

Un fléau terrible, la peste, ravagea Saint-Jean-d'Angély et sa banlieue pendant les années I5(M et 1502. La mortalité fut si grande, la terreur abattit tellement Ténergic de ceux des Angériens qui n'en furent pas atteints, que les affaires furent totalement suspendues, le commerce anéanti, les relations avec les villes voisines arrêtées, tant on craignait de transporter les germes de la terrible maladie avec les objets importés. Les diverses fermes ne produisirent que peu ou point de recettes, et le corps de ville dut accorder au fermier du droit de pavage, qui avait le plus souffert, une diminution de cent livres tournois sur le montant de son prix do ferme.

L'épidémie alla en décroissant ; cependant son passage avait laissé de telles craintes de retour, qu'en 1508, des marchands de Tonnay-Boutonne ayant apporté au marché de Saint-Jean-d'Angély des pâtés d'anguille dans la préparation desquels ils excellaient, et ce mets indigeste ayant eu des inconvénients pour quelques estomacs, on crut voir les symptômes de la peste dans cette indisposition, et le corps de ville en défendit la vente à l'avenir. Les marchands de Tonnay-Boutonne en ayant apporté malgré la défense, il s'en.suivit un procès qui fut tranché par une ordonnance royale, maintenant le corps de ville dans la bonne possession et saisine de faire statuts et ordonnances, et mesmement touchant les vivres et victuailles vendus et admene^^ en i celle ville et faubourgs, et renvoyant les contrevenants devant la cour du parlement.

D'après l'article 2 des lettres de commune données à la ville par Charles V, en 1372, les seigneurs possesseurs de fiefs à Saint-Jean-d'Angély et les environs, jusqu'à une distance de deux lieues, devaient contribuer, ainsi que leurs vassaux, à la garde de la ville, au guet et aux répa-. rations des fortifications, en échange du refuge qu'ils y trouvaient en temps de guerre^ pour eux, leurs hommes et leurs biens. Mais les seigneurs se dispensaient autant qu'ils' le pouvaient de faire ce .service, dont l'étendue n'avait jamais été fixée. Sur les plaintes portées au roi par le

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maire de Saint-Jean-d'Angély, Louis XII ordonna, en 1504, que chaque chef de famille devrait faire le guet dans la ville une fois par mois. Les habitants des paroisses du Pin, Courcelles, la Benâte, Puy-Moreau, Saint-Julien, Pourçay, Mazeray, Asnières, la Vergne, Saint-Pardoult, la Chapelle-Bâton, Fontenay, Antezant et Nachamps, soutenus par leurs seigneurs, s'étant refusés, en 1507, d'obéir aux lettres royales, furent poursuivis devant le sénéchal de Saintonge par le maire Jean Gandoux, et condamnés à faire le service auquel ils voulaient se soustraire.

D'ancienneté la ville percevait, sur la vente des vins au détail dans Tintérieur de la ville et les faubourgs, le droit de souchet ou appetissement, et les fermiers de ce droit avaient Thabitude, pour contrôler l'exactitude des déclarations des taverniers, de faire dans lés caves et celliers le relevé des vins en entrepôt. Les taverniers ayant voulu s'opposer à cette constatation, le corps de ville prit cause pour ses fermiers, poursuivit les taverniers et obtint de Louis XII un arrêt daté de lo08, le maintenant dans cet ancien droit.

Le même roi confirma en 1512 les privilèges de la commune après deux enquêtes faites par Télection du Poitou et le sénéchal du Limousin. Mais Louis XII étant mort en 1515. ces mêmes privilèges furent encore contestés, cette ' fois-ci par les agents du fisc, qui portèrent sur les rôles des tailles les maire, échevins et conseillers, sans égard à leurs vieilles lettres d exemption. Il s'en suivit un procès devant les juges de l'élection, qui, le 19 mars 1317, rendirent un arrêt au profit du corps de ville. Mais le procureur du roi appela de cette sentence devant les conseillers généraux sur le fait de la justice des aides^ à Paris.

Le corps de ville, de son côté, s'étant pourvu devant le conseil royal, obtint de François V^ des lettres de ratification de ses privilèges, franchises et libertés II dépêcha k Paris un do ses membres, chargé de présenter ces lettres aux conseillers généraux, pensant qu'elles applaniraient

toute difficulté, mais les lettres royales égarées dans le voyage ne parvinrent pas à la cour.

Le 15 août 1518, faute de cette production, la cour des aides rendit un arrêt par lequel le corps de ville fut condamné à contribuer de ses deniers aux tailles imposées à la commune. Celui-ci, à son tour, appela de cet. arrêt devant le conseil royal. François P^ pendant un voyage qu'il fit en SainU^nge, au commencement de Tannée suivante, vint à Saint-Jean-d'Angély. Le corps de ville lui exposa les tracasseries qui lui étaient suscitées par les agents du fisc, le requérant humblement sur ce les pourcoir de sa (jrùce. De nouvelles lettres royales, expédiées de Saint-Jean-d'Angély même, en février 1^-19, le rétablirent dans la jouissande de ses privilèges et immunités.

Plus d'un an après, le 16 novembre 1520, les lettres royales ayant été enregistrées, la cour des aides rapporta son premier arrêt et en rendit un nouveau, par lequel le maire, les vingt-cinq échevins et conseillers, furent reconnus exempts des tailles et des aides^ quand aux choses par eux vendues et provenant de leur crû, sauf sur le sel, durant le temps que les dits maire, échecins et conseillers, seront et demeureront es dits offices, les exerceront en personne, et feront résidence en la dite ville de Saint- Jean'd'Angéljj,

Ces longs débats avaient été suscités par Jean Brosset, élu en Saintonge, qui, n'ayant pu obtenir une place de pair devenue vacante et qu'il sollicitait afin d arriver ensuite à l'échevinage, but de son ambition, en avait conçu une haine violente. Cette haine l'avait entraîné à oublié les devoirs de la magistrature dont il était investi, et il avait poussé les assoyeurs à iln poser et cotiser au rôle des tailles les vingt-cinq membres de l'échevinage, bien qu'il eût une parfaite connaissance des privilèges qui les en exemptaient. Il avait été jusqu'à promettre aux assoyeurs de les garantir de toutes les difficultés qui pourraient leur être soulevées à raison de cet acte de complaisance, qtTrant même de leur en donner son blanc scel.

François pf, informé des agissements de Jean Brosset, lui enjoignit de comparaître devant la cour des aides pour se justifier. Il est probable que ce magistrat avait abusé de sa position pour détourner les lettres de privilèges du corps de ville, dont la disparition avait été cause de tant de difficultés.

Le conseil royal s'occupait alors de la révision des anciennes coutumes du royaume ; la plupart des provinces étaient encore régies par les vieilles coutumes seigneuriales, conservées d'âge en âge dans la mémoire des officiers de justice et des praticiens. François I<^^ voulut que toutes les coutumes et usances, après avoir été recueillies et réformées dans chaque province par des hommes spéciaux, fussent rédigées par écrit, afin de servir de code à l'avenir pour les décisions des corps judiciaires. A cet effet, il choisit dans chacun des trois parlements des officiers qui furent chargés de visiter successivement toutes les sénéchaussées de leur ressort, de réunir dans chacune d elles des hommes de probité, de science et de pratique, et de réviser avec eux les coutumes locales, pour en faire un corps de loi systématique et régulier.

Nicolas Boîer, troisième président au parlement de Bordeaux, Geoffroy de La Chasseigne, conseiller, et Thomas de Courcinier, avocat général à la même cour, commissaires nommés pour réviser la coutume de Saint-Jean-d'Angély, travail commencé quelques années avant par le vicomte de Rochechouart, sénéchal de Saintonge, mais quL n'avait pu être mené à bonne fm par suite de la mésintelligence qui s'était glissée parmi ses auteurs, arrivèrent à Saint-Jeand'Angély le 25 janvier 1520.

Dès le lendemain de leur arrivée, les commissaires convoquèrent les trois ordres de la province, qui se réunirent dans le réfectoire du couvent des jacobins et siégèrent plusieurs jours consécutifs.

Le 8 janvier 1520, les divers titres de la coutume, ayant été adoptés, furent lus^ publiés et signés des membres de l'assemblée présents ou représentés.

Pour le clergé :

Charles Goumard, archidiacre d'Aunis, prieur de Soubise et Trizay ;

Le chapitre de Saintes ;

Jean de Reilhac, abbé de Saint-Jean-d'Angély et protonotaire apostolique ;

I^s abbés de Tonnay-Charente, de Charroux, de Cellefrouin ;

L'évéque d'Angoulême ;

Charles de Montalembert, prieur de Juillers :

Pierre de Jarrie, prieur de Saint-Fraigne ;

Les prieurs de Dœuil, Varaize ;

Les chanoines d'Angoulême ;

Les chanoines de Taillebourg ;

Foulques Giraut. prieur de Saint-Savinien ;

Le prieur de Bignay.

Pour la noblesse ;

Adrien de Montbron, baron de Matha et d'Archiac ; François de Maulmont, baron de Tonnay-Boutonne ; La comtesse de Taillebourg ; Jean Goumard, seigneur d'Echillais ; François Bouchard, seigneur de Saint- Martin de la Coudre ; Jean Poussard, seigneur de Vandré; Jean Ra\ ard, seigneur d'Orioux ; Louis de Ponthieux, seigneur des Touches ; Jean du Chêne, seigneur du (^luzcau ; Bertrand Ilélie, seigneur de Fougery ; Charles Acarie, seigneur du Bourdet ; Foucaud Grand, seigneur d'Ussolières ; Jean Vidaut, seigneur de Roumefort ; Anthoine du Chêne, seigneur do Roumefort près Matha; Guyot Pelloquin, seigneur de llsle ; Louis du Château, seigneur de la Barde ; Guy Poussard, seigneur de Peyré ;

Jacques de Clermont, seigneur d*Usseure ;

Jeanne de Rochechouart, dame de Tonnay-Charente ;

La dame de Soubise ;

Anthoine d'Authon, seigneur d'Authon ;

La dame de Brizambourg ;

Baron de Frontenay ;

Pierre Laidet, seigneur de Saint-Etienne;

Eustache de la Brousse, seigneur de la Brousse ;

Phillippe Girard, sieur de la Popelière ;

Jean Everland, seigneur de la Touche ;

Le seigneur de la Rochechandry ;

Le seigneur de Ribemont ;

Guillaume Pastureau, seigneur de Mornay ;

A. Bechet, seigneur de Genouillé.

Pour le tiers-ékit :

Penaud, lieutenant particulier au siège de Saint-Jeand'Angély ;

Jean Audet, maire et capitaine de Saint-Jean-d'Angély ;

François le Breton, avocat du roi, id.

Laurent Pitard, substitut du procureur, id.

Jean Brosset, élu en Saintonge; Guillaume Aubineau ; Jean le Breton ; Bertrand Petitchaud ;

Jacques Thibaut, juge à Saint-Jean-d'Angély ;

Hélie Malat, juge prévôtal, id.

Pierre Constant ; Antoine Avril ; François Prévôt ; Denis Flélie ; Hélie Régnier ; Denis de Rousselin ; Jean Gasché, licencié en lois ; Jean Hubert ; Jacques Dedici ; Jean Ferrand ; Antoine Guingaand ; Jean Mathé ; Jean Guiton ; François de la Mare ; Mathieu Marot, et plusieurs autres.

La province de Saintonge, ressortissant du parlement de Bordeaux, fut donc régie par une loi écrite, qui prit le nom de Coutume de Saint-Jean-d'Angély, non parce qu'elle avait été rédigée à Saint-Jean-d'Angély, mais comme résumant les traditions judiciaires du siège de la sénéchaussée de cette ville, qui continua d'exister jusqu'en .1793, bien que la résidence du sénéchal eût été transportée à Saintes dès 1450.

A partir de cette époque jusqu'aux guerres de religion, aucun événement bien saillant ne vint troubler la tranquillité de Saint- Jean-d'Angély, les Angériens purent se livrer en toute sécurité pendant une trentaine d'années, à leurs opérations commerciales, et réparer une partie de leurs vieilles murailles, tombant de vétusté, François PS satisfait des réparations qu'ils y firent de leurs propres deniers, leur abandonna, pour continuer les travaux, la moitié des deniers communs, droits et octrois dont il avait ordonné le versement intégral dans ses coffres. Les Angériens, pour marquer au roi leur reconnaissance, reçurent quelques jours après, avec un grand cérémonial, François de la Rochebeaucourt, récemment nommé sénéchal de Saiatonge, lorsqu'il vint dans leur ville prendre possession de ses fonctions, et, par une délibération du 8 septembre 1535, le corps de ville prit à sa charge toutes les dépenses faites par ce seigneur pendant son séjour à Saint-Jean-d'Angély.

Une épidémie pestilencielle décima, en 1535, la population, de la ville et des environs et était d'autant plus violente qu'aucun médecin n'existait à Sain t- Jean- d'Angély pour la combattre ; le corps de ville en fit venir à grands frais et engagea d'eux d'entre eux, Jacques Blanchard et Epicure Hillairet, à s y fixer, en leur promettant de leur continuer la subvention qui leur avait déjà été faite.

Un fait scandaleux se produisit en 1539 dans le monastère des bénédictins. Des religieux avaient vendu, disait-on, des reliques et des images sacrées appartenant à leur église, et ce sans nécessité, inquisition, ni aucune des formalités requises en pareil cas. Ces faits, parvenus à la connaissance du procureur général, furent dénoncés par ce dernier au parlement de Bordeaux qui ordonna une enquête.

Les Angériens ne prirent aucune part aux troubles soulevés en Saintonge dans les années 1542 et 1548, par la perception dans les contrées maritimes de l'ouest de l'impôt sur le sel appelé a impôt de la gabelle », que François P' leur appliqua par son édit de Châtellerault, et qui produisit dans cette province une émotion telle, que presque toute

la population se souleva. F^e roi dut parcourir le pays révolté, pour en imposer aux populations, et vint plusieurs fois à Saint-Jean-d'Angély se reposer de ses fatigues. Pendant un de ses séjours il donna à Tabbaye, dans le mois d'octobre, des lettres de sauvegarde, et, dans le mois de décembre, des lettres de naturalisation à divers habitants, notamment à François Berthommé, fils naturel de François Berthommé, prêtre, et de Marie-Perronelle, ainsi qu'à Louis de Gabriac, fils naturel de Bego de Gabriac, chevalier de Rhodes. En 1544, il créa dans la môme ville un office de Sénéchal de robe longue, qu'il supprima dès l'année suivante.

Les Angériens furent récompensés plus tard par Henri III de leur abstention dans les troubles de la Gabelle par une nouvelle confirmation de leurs privilèges, que ce roi leur accorda, en considération de leurs bons et recommandables services lors des émotions populaires advenues au pays de Saintonge en 1548, »

La fermentation produite dans tous les esprits par cet impôt ayant donné la crainte de nouveaux soulèvements, en 1550, le comte de Lude, lieutenant en Guienne, augmenta la garnison de Saint-Jean-d'Angély de Tiuit hommes d'armes, et de quatorze archers de la compagnie écossaise de soixante lances, pour mettre la ville à l'abri d'un coup de main des révoltés.

Quelques années après les Angériens étaient dispensés, par lettres royales, du logement des gens de guerre, et une ordonnance, du 9 février 4557, d'Antoine, roi de Navarre, seigneur souverain de Béarn, duc de Vendôme, d'Albret et de Beauraont, pair de France, gouverneur et lieutenant général en Guienne, confirmait ce privilège, en défendant à tous capitaines et conducteurs de gens de guerre, tant de cheval que de pied, leurs lieutenants, enseignes, maréchaux des logis, commissaires, fourriers ou autres,,,, d'empêcher les manans et habitants de Saint-Jean-d'Angély de Jouir et user pleinement de l'exemption des logis passagers, contributions, fournitures et garnison de gens de guerre.

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