‹ Saint-Jean-d'Angély: d'après les archives de l'échevinage et les sourcesChapitre 6 sur 24 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

PENDANT LES GUERRES DE RELIGION DES XVl*^ ET XVII« SIÈCLES

La tranquillité dont jouissait Saint-Joan-d'Angély depuis quelques années ne devait pas se prolonger plus longtemps. Les doctrines religieuses de Martin Luther et celles de Jean Calvin se propagèrent rapidement en France et, s y mêlant, aux questions d'affrancliissement politique et de progrès social, y poussèrent de profondes racines, plus particulièrement dans la province de Saintonge.

Un grand nombre de nobles et de bourgeois embrassèrent la nouvelle doctrine ; les premiers la considéraient comme un dissolvant de la vieille unité féodale : les seconds y voyiiient le moyen de conquérir une position sociale plus large et plus indépendante.

Henri II mourut dans ces circonstances et eût pour successeur François II, qui, faible de santé et d'intelligence, laissa le cardinal de Lorraine et le duc de Guise gouverner pour lui, écartant du pouvoir les princes du sang royal : Antoine de Bourbon, roi de Navarre, et Louis de Bourbon, prince de Condé, son frère. La noblesse, jalouse et irritée de voir des étrangers à la tête de TEtat, forma bientôt une ligue formidable au nom des princes de Bourbon, qui

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embrassèrent le calvinisme et furent proclamés chefs des réformés.

La ligue s'organisa rapidement en Saintonge, sous Tinfluencé de François de Pons, baron de Mirambeau, nommé chef de cette province par ces derniers. Des missionnaires de la réforme furent envoyés dans les diverses provinces, notamment à Saint-Jean-d'Angély ; Tnn d'eux, Lucas Vedoque, considéré comme le premier pasteur de l'église de cette ville, organisa secrètement les assemblées de ses coreligionnaires.

Dans une réunion tenue à Nantes, le 1®' février 1560, les chefs avaienl décidé de marcher en armes, le 10 mars suivant, sur le château d'Amboise, pour s'emparer des Guises. Mais le complot échoua par l'indiscrétion d'un messager du prince de Condé, qui fût arrêté à son retour en Béarn, chargé de dépêches pour les princes.

Au bruit de cette arrestation, Amaury Bouchard, chancelier du roi de Navarre, l'un des conjurés, qui faisait sa résidence à Saint-Jean-d'Angély, sa ville natale, fût arrêté comme traître au roi, et conduit par Guy Chabot, baron de Jarnac, -à Paris, sous bonne escorte, étroitement lié, dépourvu même d'un couteau, et ne mangeant que des aliments préalablement essayés, dans la crainte qu'il ne fût délivré ou empoisonné pendant le voyage.

Les chefs et les principaux complices périrent dans les supplices. Louis de Condé, le véritable chef du partf, fut arrêté, jugé et condamné à mort par une commission extraordinaire ; mais la mort de François II, en faisant perdre aux Guise toute leur puissance, le sauva du supplice.

Charles IX, qui lui succéda, convoqua à Saint-Germain, en 1562, une assemblée de présidents et de conseillers choisis dans les huit parlements du royaume. Dans cette assemblée fut décrété le fameux édit de pacification dit « de Janvier », du mois pendant lequel il fut publié, portant que les réformés rendraient aux catholiques les églises, maisons, terres, dîmes, dont ils s'étaient emparés en une infinité de liewv ; qu'ils n'abattraient plus à l'avenir

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les statues, les croix, les images, et ne feraient rien qui pût troubler le repos public ; que les assemblées de leur culte seraient respectées, même protégées par les officiers royaux, pourvu qu'elles eussent lieu hors de l'enceinte des villes.

En exécution de cet édit, Charles IX rendit, trois mois après, une ordonnance par laquelle il désigna, pour chaque sénéchaussée, une ville dans le feiubourg de laquelle les protestants pourraient pratiquer leur religion ; un faubourg de Saint-Jean-d'Angély fut désigné pour la sénéchaussée de Saintonge.

La tolérance de cet édit envers les réformés souleva les catholiques* Le connétable, le duc de Guise et le maréchal de Saint-André formèrent une ligne offensive, à laquelle fut donné le nom de Triumvirat. D'un autre côté Louis de Bourbon, prince de Condé, fit avec l'amiral Coligny une alliance contre le Triumvirat. Le massacre des protestants de Vassy, par le duc de Guise, fut Toccasion que les deux camps ennemis attendaient pour en venir aux mains.

Louis de Condé demanda raison à la cour du meurtre de ses coreligionnaires de Vassy ; mais, n'obtenant pas satisfaction, il se rendit à Orléans, y rassembla ses partisans, organisa une armée, et fut proclamé chef des églises réformées de France. François de La Rochefoucauld, qui commandait pour le prince en Saintonge, leva dans cette province un corps de cavalerie, mit une forte garnison dans Saint-Jean-d'Angély, et appela tous les habitants des paroisses de la banlieue pour approfondir les fossés des fortifications, puis il alla rejoindre l'armée de Condé à Orléans. Quelques jours avant le départ de La Rochefou*cauld, ('harles Léopard, ministre, de La Rochelle, convoqua à Saint-Jean-d'Angély un synode composé des autres ministres de la Saintonge et de l'Aunis, ainsi que des barons et gentilshom^mes réformés de ces provinces qui, fidèles au serment de fidélité qui les liait au roi, se faisaient encore scrupule de suivre La Rochefoucauld dans sa révolte.

Dans cette assemblée fut débattue la question de savoir si les saintes écritures permettaient aux vassaux de s'armer contre leur seigneur pour cause de religion. Le synode s'étant prononcé pour TaflSrmative, les hésitations cessèrent et les gentilshommes,. déployant l'étendard en toute sécurité de conscience,* se réunirent à Brioux. Là, ils choisirent pour chef le sieur de Saint-Martin, l'un d'eux, et se rendirent au quartier général de Tarmée calviniste, à Orléans.

Pendant ces préparatifs, les hostilités éclatèrent dans les lies de Marennes, d'Arvert et d'Oleron, et se propagèrent bientôt dans toute la Saintonge.

Saint-Jean-d'Angély fut la ville où la populace exerça le plus de ravages.

« Quelques jours avant la fête patronale de saint Jean- Baptiste, maître Arnaud Rolland, de la religion réformée, maire et capitaine de la ville, enhardi par la présence de la garnison calviniste que le comte de La Rochefoucauld avait laissée dans le château, se rendit,- vers trois heures après-midi, à Fabbaye des bénédictins. // était armé tout à blanc, cuirassé d'un corselet^ et avait une hallebarde au poing ; il marchait escorté de deux cents huguenots, tant gentilshommes que bourgeois, tous bien armés, et suivi d'une grande multitude de peuple.

« Ayant laissé le gros de sa troupe dans la rue, il se présenta à l'abbaye, accompagné seulement de maîtres François Ithier, sieur de Vizerolles, Jehan Larriail, et Guitard l'aîné. Il demanda le cellerier et .trois religieux qui se trouvaient dans le couvent, et les entretint quelques instants à l'écart. Les moines parurent fort troublés de ce qu'il leur disait, et envoyèrent quérir leur conseil, maître Olivier Ballonfeau, avocat en la sénéchaussée. Bientôt arrivèrent quelques officiers du roi, qui conférèrent longtemps dans la chapelle du chapitre avec les religieux et leur conseil, montrant beaucoup d'embarras et d'hésitation. Pendant ces pourparlers, ,Arnaud Rolland qui s'était retiré, revint brusquement et demanda les clés de l'église. « A quoi les dits officiers s'enquirent pour quelle raison il les demandait, dit un

chroniqueur : il fit réponse qu'il fallait contenter la popo^ lace. Quoi voyant et la force en armes qu'avait ledit maire autour de ladite église et abbaye au nombre de deux cents hommes et plus, les susdits oflSciers se retirèrent en leurs maisons. »

« L'église fut soudain envahie par la multitude. On renversa les chaires et les autels, on arracha Igs lambris, les balustrades, les stalles, les pupitres du chœur ; on brisa les statues, les bénitiers, les croix de marbre et de pierre ; un grand feu fut allumé avec les débris des boiseries, au milieu du cimetière de Saint-Georges, en face du portail de l'église, et l'on y jeta pêle-mêle images, livres, bannières, croix, chapes et autres ornements servant aux solennités du culte. »

Les ouvriers et getis mécaniques qui, par un reste de scrupules religieux, refusèrent de se prêter à ces actes, furent menacés par le dit maire d'être « envoyés en prison et battus s'ils ne le faisaient ». Arnaud Rolland envoya ensuite maître Christophe de Laurière ouvrir les caves de l'abbaye, et fit faire au peuple une large distribution de vin.

Alors la fureur, excitée par l'ivresse, ne connut plus de frein. L'abbé Jean Chabot de Jarnac s'était réfugié au château de Néré, avec le frère prieur et quelques*-uns de ses religieux. Il ne restait au couvent que frère Jehan de Marans, Thibaut Métayer et Christophe Vigier, qui retenus prisonniers dans le cloître, attendaient avec anxiété le dénouement de ces scènes.

Arnaud Rolland vint trouver ces religieux : « Or, sua, mes pères, leur dit-il, voilà la compagnie qui se fâche : donnez ordre de trouver les chiefs et autres reliques que vous avez entre les mains, autrement on mettra le feu à l'abbaye, et ne serez assurés de vos personnes. » Les moines s'excusèrent, « disant audit Rolland qu'il leur était impossible de satisfaire à sa demande, et le prièrent de suspendre deux ou trois jours pour en avertir le prieur, ce que ne voulut permettre ledit Rolland ni aucun de sa compagnie. »

Force fut donc aux moines d'obéir. Escortés de Jean Allenet, sergent royal, et de plusieurs soudards armés de pistoles haquebutes et autres armes, ils allèrent chercher les châsses d'or et de vermeil où reposaient les chefs de saint Jean-Baptiste, saint Révérend et saint Marc.

« Ces vieux ossements furent à l'instant retirés de leurs reliquaires. Le maire en prit deux et Louis Charpentier un, qu'il mit à la dague d'une hallebarde. Les reliques furent ainsi portées jusqu'au cimetière de Saint-Georges et jetées dans le brasier. « Ledit Charpentier, lequel avait à la dague de sa hallebarde le chiet de monsieur Saint-Jehan, écrit un chroniqueur, le jeta audit feu en proférant de telles paroles : On disait que si tu étais au feu, tu t'en ôterais ; montre à présent ta vertu! »

D'après une légende, répandue à l'occasion de cette profanation, et que l'auteur a trouvée dans un recueil manuscrit du commencement du xviii^ siècle, une vieille femme aurait pu retirer du bûcher, sans être vue, le chef de saint Jean-Baptiste, l'aurait caché dans son tablier et l'aurait plus tard confié à des moines, qui refusèrent ensuite de s'en désaisir, et ne consentirent qu'à en détacher une dent en faveur des bénédictins. Ce serait, d'après l'auteur du manuscrit, celle que Ton voyait enchâssée dans le socle d'une statuette en argent de saint Jean-Baptiste, que possédait l'église paroissiale de Saint-Jean-d'Angély, où elle était exposée chaque année, le 24 Juin, aux regarcfs des fidèles ; on ignore ce qu'est devenu ce reliquaire remplacé actuellement par une statue en bois argenté.

« A la vue de ces sacrilèges, dit Daniel Massiou, quelques citoyens ne purent contenir 1 horreur dont ils étaient saisis. Le maire s'en aperçut et prit aussitôt des mesures sévères pour empêcher les papistes^de défendre les objets de leur culte. « Ledit maire commanda à ses complices d'aller quérir les dixainiers aux portes de la ville, parce qu'il avait entendu dire que les papistes se voulaient révolter. » Les portes furent à l'instant fermées, « et cependant il y avait des gens armés à tous les cantons proches

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de la dite église, pour empêcher que aucuns de la ville s'approchassent pour les garder de ce faire.

. » Au sac de Téglise succéda le pillage du monastère. Quatre ou cinq jours après, le maire, avec maître Pierre Constant, Jehan Boisseau, médecin, Pierre Boisseau, dit de Velours, Denis Audet, André des Ouches, dit Drillaud, Bernard Saunier et autres, armés de pistoles et pistolets, firent apporter de ladite abbaye plusieurs beaux joyaux et autres meubles, couverts d'une cape, qu'ils firent conduire en leurs maisons.

« Ayant ainsi fait transporter dans sa demeure et dans celle de ses affiliés les châsses d'or, les vases sacrés et les autres objets de prix, Arnaud Rolland fit ouvrir les greniers, les celliers et toutes les servitudes de l'abbaye. Pendant plusieurs jours des charriots, attelés de bœufs, voiturèrent du couvent au château les pipes de vin, les sacs de blé, le bois, les cloches, les grilles, les rampes en fer, les débris de bénitiers, de croix et de statues, enfin les lits, vaisselle, linge et autres meubles et ustensiles du monastère. »

Un témoin de ces dépradations raconte « qu'étant en la dite abbaye il vit maîtres Drillaud, Saunier, Mesnard et plusieurs autres, qui faisaient charrier le vin et le bois qu'on menait au château ; qu'il vit les susdits en la chambre du cellerier,^ qui faisaient grande chère, et que, par leur commandement, il alla à la cave dudit cellerier percer une pipe de vin, en laquelle (cave) y en avait grand nombre, lequel depuis a été fait mener au château. » Un autre ajoute qu'un jour « le sieur de l'Isle, maître Ollivier de Cumon, lieutenant particulier, Antoine Hélie, et d'autres, vinrent en ladite abbaye, et commandèrent de lever la serrure du grenier pour prendre les blés y étant ; et de fait, deux ou trois jours après. Constant, Antoine Hélie, Drillaud et Pierre Mathé, avec des meuniers, allèrent audit grenier, par commandement desdits sieurs de llsle et de Cumon, pour iceux blés convertir en farine et iceux mener au château. »

« Enfin, un dimanche, à l'issue du precAe qu'un ministre venait de faire dans Téglise saccagée-, un grand feu fut de nouveau allumé au milieu du cimetière, « dans lequel on jeta plusieurs livres, titres et enseignements concernant les droits de Tabbaye, et à ce faire étaient plusieurs gens mécaniques. » Là furent dévorées par les flammes la riche bibliothèque des bénMictins" et les archives du monastère, antiques et précieux monuments dont les amis de l'histoire nationale déploreront longtemps la perte.

« Lorsque la fougue populaire fut un peu calmée, Arnaud Rolland, réfléchissant sur les conséquences que pouvait avoir sa conduite, n'oublia rien pour la justifier : il fit répandre qu'il avait été entraîné par la multitude ; que s'il avait fait enlever de labbaye les meubles et les provisions qui s'y trouvaient, c'était pour les soustraire au pillage. Quant aux reliquaires, aux vases et autres objets de prix ravis au trésor du monastère, pour prouver qu'il n'avait pas eu dessein de se les approprier, il fit venir dans sa maison plusieurs pairs et échevins de la commune, et en leur présence fit dresser par maître Guillaume Daunas, avocat et procureur du roi au siège de Saint-Jean-d'Angély, et sur les déclarations de frère Simon Saurneuf, prieur, et d'André Gazeau, sous-prieur de l'abbaye, un inventaire détaillé des joyaux qui composaient le trésor de leur église.

« Ce trésor contenait : premièrement la châsse d'or où était le chief de saint Jehan, étant en deux grands lopins et trois petites coupilles poisant le tout douze marcs d'or ; plus la châsse du chief saint Révérend, en deux lopins, poisant onze marcs d'argent moins deux onces ; plus une autre châsse saint Marc en deux lopins, avec plusieurs pièces d'aucune (de quelque) valeur, poisant le tout cinq marcs ; plus un plat et une petite tête d'argent doré, autour de laquelle tête il y a cinq pierres d'aucune valeur, poisant le tout trois marcs demi-once moins; plus deux calices avec leurs platènes d'argent doré, fors une platène ; à l'un desdits calices il y a tuyau de laiton, le tout poisant cinq marcs deux onces; plus deux bras de bois couverts,

en partie, d'une feuille d'or; plus une croix d'argent doré rompue en cinq pièces, par le dedans étant en bois, et sans crucifix, où il y a la plupart de laiton, le tout poisant cinq marcs sept onces ; plus deux encensouers d'argent, dont il y a des assis de laiton, le tout poisant dix marcs deux onces; plus deux autres calices et une platène, le tout d'argent doré, poisant deux marcs cinq onces. ^

« Le prieur^ le sous-prieur et les moines s'étant purgés par serment n'avoir en leur possession autres Joyaux et reliquaires, sauf frère Chaillou, « qui a apporté une navette d'argent poisant deux marcs moins demi-once, où il y a du plomb au cul, tous les vases et autres objets de prix provenant du trésor de l'abbaye furent laissés en dépôt entre les mains d'Arnaud Rolland, et il s'obligea, en justifiant dûment de sa solvabilité, sous la garantie de maître Pierre Constant, avocat, à les représenter, toutes fois et quantes il plairait à la majesté du roi V ordonner. »

Après quelques succès, les réformés perdirent bientôt toutes les places fortes de la Saintonge dont ils s'étaient emparés, et le comte de La Rochefoucauld fut rappelé dans son gouvernement, pour décider à prendre part à la révolte les seigneurs réformés qui jusque-là s'étaient tenus à l'écart, mais il ne put y parvenir. Le découragement gagna la garnison de Saint-Jean-d'Angély, dont Châteauroux s'empara sans coup férir, le 23 septembre 1562 : la garnison stipula, pour toutes conditions, que chacun pourrait se retirer où bon lui semblerait, avec armes et bagages, et que ceux qui voudraient rester dans la ville conserveraient la liberté de conscience.

Tant que Châteauroux séjourna à Saint-Jean-d'Angély, la capitulation fut loyalement exécutée ; mais, après son départ, le commandement de la ville et du château ayant été donné à Louis de la Barte et à Antoine de Richelieu, on n'eut plus égard à la foi jurée, et les bourgeois huguenots furent abandonnés aux représailles des papistes.

Saint-Jèan-d'Angély ne fut pas plutçt au pouvoir des hommes du roi, que l'abbé Jean de Chabot de Jarnac rentré

avec ses moines bénédictins dans son abbaye dévastée, demanda justice à Louis de Bourbon, duc de Montpensier, successeur d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, dans le gouvernement général des provinces maritimes d'Aquitaine. Ce prince, étant à Cognac, donna mandement à Charles Guitard, seigneur des Brousses, conseiller du roi et son sénéchal en Saintonge, défaire bonne et entière justice à messire Jean Chabot, abbé commandataire des abbayes de Saint-Jean-d'Angély et Saint-Etienne de Bassac, et prieur de Saint-Pierre de Marans, poui» « les voleries et saccagement desdites abbayes, pilleries et ruine des maisons et meubles appartenant tant audit sieur abbé qu'à ses religieux, démolition des croix, calices, reliquaires et autres argenteries dédiées au service divin, le tout commis par les rebelles et séditieux. »

En vertu de ce mandement, Pierre Daguesseau, lieutenant général en la sénéchaussée de Saintonge, chargé de l'intérim de la mairie par le parlement de Bordeaux après le départ d'Arnaud Rolland, qui avait jugé prudent de prendre la fuite pour échapper à la condamnation qu'il redoutait, informa contre l'ex-maire et ses complices. Il fit une enquête détaillée dans laquelle furent entendus de nombreux témoins. Mais les opérations de guerre suspendirent bientôt la poursuite de ce grand procès qui ne fut reprise que l'année suivante.

Le comte de La Rochefoucauld ayant échoué devant La Rochelle, qu'il avait essayé de surprendre, se rabattit sur Saint-Jean-d'Angély, défendu par Antoine du Plessis de Richelieu, lieutenant du duc de Montpensier, et entreprit le siège de cette ville. Pendant qu'il ravageait la banlieue et faisait rompre les chaussées des moulins, Richelieu T^rùlait le faubourg de Matha pour l'empêcher de s'y loger ; si bien que l'un pour attaquer, l'autre pour défendre la place, ruinaient et les manants de la banlieue et le trésor des bourgeois. Le receveur, des deniers communs, qui avait versé forcément, à Antoine de Richelieu, une somme de trois cents écus, ne put obtenir de ce seigneur aucun

reçu, les gouverneurs, disait ce dernier, n'ayant pas Thabitudé de donner reçu de ce qu'ils pouvaient prendre de force. Le corps de ville fut donc obligé de passer cette somme en compte au receveur et, en plus, de donner une gratification aux caporaux de la compagnie du gouverneur, pour services rendus soi disant à la ville. (Cependant La Rochefoucauld, ayant reçu avis que le baron de Duras, qu'il attendait avec impatience, venait d'être battu en Périgord par le comte de Burie, leva le siège de Saint-Jean-d'Angély, qu'il ne pouvait continuer seul, et alla en Poitou.

Peu de jours après la levée du siège, le dnc de Monpensier arriva avec de Burie, son lieutenant, et Jean de Carbajac. commandant un corps d'Espagnols au service du duc. Le maire les reçut dans la ville, leur fit distribuer des vivres pour continuer leur route sur La Rochelle, et les accompagna jusqu'à Taillebourg.

L'abbé Chabot profita du calme relatif qui suivit la défaite des réformés, pour reprendre la poursuite des procédures criminelles commencées Tannée précédente contre l'ex-maire Arnaud Rolland, contumace.

L'enquête ayant suffisamment établi la culpabilité de Taccusé, il fut condamné par sentence de messire Charles Guitard, sénéchal de Saintonge « à faire amende honorable, à jour de cour, en l'auditoire public de la ville de Saint-Jean-d'Angély, étant en chemise, tête nue. à genoux, la corde au col, ayant un cierge ardent au poing, et requérant pardon à Dieu, au roi, à justice et audit abbé ; ce fait, être traîné sur une claie devant la principale porte de l'église de Saint-Jean, pour y faire semblable amende honorable et, de là, être traîné sur ladite claie, par la ville, conduit au canton des Forges, et avoir la tête tranchée sur un échafaud, pour être mise au plus apparent et éminent lieu de la ville, et son corps ars et brûlé ; condamné en outre en la somme de quatre mille livres envers ledit abbé pour ses dommages et intérêts, à restitution de tous les joyaux desdites églises, et à cinq cents francs d'amende envers le roi. »

Après la mort du duc de Guise, tué au siège d'Orléans, des négociations furent entamées entre la cour et les chefs réformés ; elles eurent pour résultat un nouvel édit reproduisant Tédit de Janvier dans ses principaux articles ; on rappela Tédit d'Amboiçe, du lieu où il fut signé :

« Voulons, y est-il dit, que tous barons, châtelains, « hauts-justiciers et seigneurs tenant fief de haubert puis- « sent vivre en leurs maisons en liberté de leur conscience « et exercice de la religion qu'ils disent réformée, avec « leurs familles et sujets qui, sans aucune contrainte, s'y « voudront trouver, et les autres gentilshommes ayant fief^ « aussi en leurs maisons, mais par eux et leurs familles « tant seulement, moyennant qu'ils ne soient demeurants « es villes, bourgs et villages des seigneurs hauts-justiciers, « auquel cp.s^il ne pourront, es dits lieux, faire exercice de « ladite religion, si ce n'est par permission et congé de « leurs dits seigneurs hauts-justiciers : que en chacun e bailliage et sénéchaussée, comme Péronne, Montdidier, « La Rochelle et autres, ressortissant en nos cours de « parlement, nous ordonnons une ville au faubourg de « laquelle l'exercice de la dite religion se pourra faire « de tous ceux qui voudront y aller et non ailleurs : et « néanmoins chacun pourra vivre et demeurer en sa maison « librement et sans être reoherchè ne molesté pour le fait « de sa conscience. Le même exercice sera continué en un « ou deux lieux dedans ladite ville,, tel que par nous sera « ordonné, sans que ceux de ladite religion puissent prendre « ne retenir aucun temple ne église des gens ecclésiastiques, « lesquels nous entendons être, dès maintenant, remis en « leurs églises, maisons, biens et possessions, pour en jouir ce tout ainsi qu'ils faisaient avant ces tumultes. » (15 mars 1S63).

Charles IX déclara en outre obtenir pour ses bons et loyaux sujets son très chier et bien amé cousin Louis de Bourbon, prince de Condé, et tous ceux qui l'avaient suivi, les restituant en leurs charges et honneurs, et annulant tous arrêta et déclarations à ce contraires.

Cette amnistie vint bien à point pour Tex-maire de Saint-Jean-d'Angély. Espérant faire annuler la sentence qui le condamnait à mort et prononçait la confiscation de ses biens, il implora l'assistance du prince de Condé, rentré en Grâce. Louis de Bourbon expédia aussitôt de Vincennes des lettres recétues de son seing et scellées de ses armes, par lesquelles il attestait que Rolland, maire et capitaine de Saint-Jean-d'Angély, s'était emparé, par son commandement et pour son service, du cb&teau de ladite ville, et l'avait approvisionné de blé, vin, bois, meubles et autres munitions trouvés dans l'abbaye et lieux dépendants d'icelle ; que ledit Rolland avait fait tenir entre ses mains, en la ville d'Orléans, le 15 septembre 1562, douze marcs d'or et cent marcs d'argent provenant des reliques et joyaux qu'il avait reçus, aussi par son commandement, tant en ladite ville de Saint-Jean-d'Angély qu'autres lieux circon voisins.

Armé de ces attestations, Arnaud Rolland se pourvut devant le conseil royal, qui enjoignit au sénéchal de Saintonge de révoquer la sentence par lui rendue, et fit défense au Parlement de Bordeaux de recevoir aucun appel de cette révocation. En conséquence de cet arrêt, messire Pierre de Masparant, conseiller au parlement de Paris et commissaire du roi pour l'exécution de l'édit de pacification en Poitou, Saintonge et Aunis, rendit à Saint-Maixent une sentence par laquelle il déclara c que les cas contenus en l'information faite contre maître Arnaud Rolland étaient , réunis et abolis par l'édit ; il cassa et annula le jugement de contumace rendu contre ledit Rolland, le rétablit dans ses bonnes famé et renommée, lui donna main-levée de la saisie de ses biens, et ordonna que les tableaux infamants qui avaient été érigés pour son exécution en eflSgie fussent abattus.

Cependant, la paix d'Amboise était mal observée. Les papistes s'indignaient des nouvelles concessions faites aux huguenots ; ceux-ci murmuraient de subir encore des conditions, alors que, délivrés du duc François de Guise,

leur plus redoutable adversaire, ils pouvaient dicter des lois à leur tour. Les haines politiques et religieuses qui couvaient au fond des cœurs, s exhalaient partout en provocations et en injures. Dans là Saintonge, TAunis et les contrées adjacentes, plusieurs églises catholiques demeuraient sans pasteurs.

Le voyage que Charles IX entreprit alors avec toute sa cour^ dans les provinces du midi et de Touest de la France, loin de calmer Tirritation des partis, ne fit que semer de nouveaux germes de division, par la préférence marquée que le prince affecta pour ses sujets de la religion catholique. La cour arriva à Saint-Jean-d'Angély le 15 septembre 1564, et en repartit le lendemain pour La Rochelle.

Les années qui suivirent le voyage du roi furent employées par les deux partis à s'affermir dans la Saintonge et dans TAunis. La Rochelle, qui jusque-là n'avait voulu se joindre à aucun parti, venait de donner refuge au prince de Condé, à sa femme et à ses enfants, qui ne se croyaient plus en sûreté en Bourgogne. Coligny, Jeanne d'Albret et son fils, le jeune roi de Navarre, y arrivèrent bientôt. Leur présence donna à leurs partisans une prédominance irrésistible, qui entraîna La Rochelle dans le parti de la réforme, et elle en devint la principale place forte et pour ainsi dire le cheflieu du gouvernement.

Pendant que le prince de Condé et ses partisans se fortifiaient dans les villes de la Saintonge et de TAunis, Henri, duc d'Anjou, frère de Charles IX, rassemblait des troupes pour venir les attaquer.

Antoine de Pons, lieutenant pour le roi en Saintonge, mais dévoué au parti réformé, mit dans Saint-Jean-d'Angély une forte garnison sous le commandement de Vivonne de La Châtaigneraye, et alla s'enfermer dans son château de Pons.

Le prince de Condé et l'amiral Coligny ayant rassemblé leurs troupes à Saintes, dans le but d aller faire le siège de Pons, La Châtaigneraye s'empressa d'envoyer au secours

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de cette ville la garnison de Saint-Jean-d'Angély. Mais malgré ce renfort considérable, la place succomba.

Aussitôt après la prise de Pons, en octobre io68, une partie des troupes des réformés, sous le commandement d'Armand de Clermont, sieur de Piles, de Bricquemault et de Saint-Maigrin, se dirigea à marche forcée sur Saint-Jean-d'Angély, qu'ils savaient dépourvu de sa garnison conduite à Pons par la Châtaigneraye. A leur vue, les catholiques, désarmés et impuissants à défendre la ville, jugèrent toute résistance inutile; ils leurs ouvrirent les portes, espérant ainsi éviter le pillage. Mais les troupes ne furent pas plutôt entrées qu'elles se divisèrent en plusieurs bandes et parcoururent la ville. L'une de ces bandes, commandée par un soldat appelé a le capitaine provençal », croyant trouver les fonds de la commune dans la vieille tour de l'horloge, appelée alors a tour du trésor », en défonça la porte et fit sauter les serrures des coffres, dans lesquels les titres des privilèges et les papiers de la commune étaient conservés. Déçus dans leur espoir^ les réformés lacérèrent et jetèrent par les fenêtres des paperasses inutiles pour eux, et se répandirent furieux dans la ville, où ils pillèrent les édifices publics et privés, mettant à rançon les habitants qui voulaient éviter le sac de leur, maison. D'autres bandes se portèrent dans les monastères et les églises, où il tuèrent un cordelier et plusieurs prêtres. Le curé de la paroisse, Ulysse Arnaud, fut traîné par les rues et brûlé ; son cadavre fut jeté dans le fossé des fortifications, où il fut laissé en pâture aux animaux. D'autres bandes démolirent de fond en comble l'église abbatiale de saint Jean-Baptiste, celles de saint Révérend, de saint Pierre, ainsi que les chapelles des Jacobins, des Cordeliers et des Capucins, déjà dévastées en 1562. L'église collégiale de Notre-Dame des Halles, fut incendiée, et son emplacement occupé en partie par le Palais de Justice a longtemps porté le nom de place brûlée en mémoire de ce sinistre événement.

Après la défaite de Jarnac, où le prince de Condé fut

tué, Coligny, Dandelot et quelques autres officiers protestants se jetèrent dans Saint-Jean-d'Angély, où les débris de leur armée vinrent les rejoindre. Coligny s'empressa tout d'abord de rassembler les forces éparses des réformés* leur fît proclamer chef de la confédération Henri de Bourbon, prince de Béarn, âgé de 15 ans, et Henri de Bourbon, fils du prince de Condé ; puis il prit pour lui le titre de lieutenant-général de ces deux princes. Il distribua ensuite son infanterie dans les places fortes des bords de la Charente, et garda la cavalerie à Saint-Jean-d'Angély.

Au mois d'avril do l'année suivante (lo69), le duc d'Anjou reprit la campagne et rencontra dans les plaines de Moncontour l'armée des réformés, commandée par Coligny, qu'il mit en déroute. L'amiral, blessé, conduisit les princes' à Saint-Jean-d'Angély, où de Piles s'était enfermé avec quelques hommes, travaillant à mettre les fortifications en état de résister.

Coligny laissa à ce capitaine cinq cents mousquetaires avec la compagnie du capitaine Lamotte-Pujols, et se retira à La Rochelle avec les princes.

Au lieu de poursuivre ces derniers, Charles IX vint mettre le siège devant Saint-Jean-d'Angély, croyant que (juelques jours suffiraient pour s'emparer de cette place, qui n'avait qu une faible garnison et à laquelle les princes n'avaient pu envoyer que quatre caques de poudre et trois cents piques.

•Piles ne se découragea pas ; il rassembla les bourgeois, les encouragea à la défense, et passa la revue de ses forces ; il avait pour capitaines Lamotte-Pujols, La Ramière, Franco Sérido, les Essarts et Lagarde-Montault ; plus tard La Personne vint le rejoindre avec quelques cavaliers.

I^motte-Pujols et La Ramière allèrent à Saintes, prévenir de leur manque d'hommes et de munitions. Ils déterminèrent plusieurs capitaines à se rendre en toute diligence à Saint-Jean-d'Angély.

Le 1î2 octobre 4569, le baron de Biron, informé par les catholiques fugitifs que la ville n'avait que peu de défen-

seurs, se présenta devant Saint-Jean-d'Angêly avec quatre cents chevaux et quelques fantassins, et fit sommer le gouverneur de se rendre. Piles répondit qu'il tenait la ville du roi de Navarre, gouverneur de Guienne pour le roi, tant pour la sûreté de sa vie, que pour celle de tous ceux qui y étaient avec lui, et qu'il ne la rendrait qu a son commandement.

Saint-Jean-d'Angély, quoique bien muré et bien fossoyé, avait perdu son ancienne importance depuis que le canon était en usage. Aussi, Piles, ne jugeant pas suffisantes les réparations qu'il avait déjà faites aux murailles, profita du peu de temps qui lui restait pour renforcer les parties faibles des fortifications, notamment ce qui restait du vieux château royal, la tour de l'Espingolle et la porte d'Aunis. Il fit élever en face de cette porte un ravelin flanqué d'un parapet, relié au rempart par un chemin de communication permettant à ses défenseurs de communiquer avec la ville. Toute la population, ne se composant guère que de réformés, puisque les catholiques avaient été forcés de fuir, aida la garnison dans l'exécution de ces travaux.

Le duc d'Anjou arriva bientôt au village de La Vergne et confia au maréchal de Vieilleville, son lieutenant-général, la direction des batteries de siège, réservant pour son conseil privé les maréchaux de Tavannes et de Cossé,

Le 16 octobre, l'infanterie vint occuper l'emplacement qui lui était assigné au faubourg Taillebourg et dressa aussitôt ses batteries contre la place. Les plus intrépides des assiégés sortirent par les portes de Niort et de Matha, pour ruiner les faubourgs, et coupèrent des arbres qu'ils rentrèrent pour faire des fascines aux remparts.

Le 21 octobre, quelques chefs réformés sortirent à la tôte de trente ou quarante cavaliers, pour reconnaître Tartillerie royale et faire des prisonniers, dont on espérait tirer des renseignements sur les projets du maréchal de Vieilleville. Ils réussirent d'abord à mettre en fuite tous ceux qu'ils rencontrèrent, tuèrent quelques hommes occupés

à faire des fascines sous une tente, mais ne purent faire prisonnier qu'un soldat italien.

Le lendemain, Lamotte-Pujols, avec deux cents soldats fit une autre sortie dans le faubourg d'Aunis ; l'attaque fut si vive que les catholiques perdirent deux enseignes, la moitié d'un drapeau et des armes. Les protestants, ayant vu tomber dans leurs rangs le capitaine Parasol et son frère, battirent en retraite, protégés par leurs arquebusiers qui les attendaient siir le ravelin.

Pendant ce temps, les assiégés réparaient constamment les fortifications, et les catholiques continuaient leurs tranchées en attendant l'arrivée du roi, qui fut reçu au camp de La Vergue, le 26 octobre, par toute l'armée rangée en bataille, au bruit de salves d artillerie et d'escopetterie ; le roi alla le même jour coucher au château de Landes, où il résida jusqu'à la prise de la ville.

Le 23 octobre, les chefs de l'armée royale engagèrent de nouveau les assiégés à se rendre, les assurant qu'ils seraient bien traités, mais rien ne peut les ébranler. Aussitôt, une batterie, dressée dans une vigne sur la route de Niort, commença à tirer sur la porte de Niort, le ravelin et la porte d'Aunis, et fit bientôt une large brèche dans une des tours. Mais, pendant la nuit, Lamotte-Pujols descendit dans le fossé avec un grand nombre de travailleurs, et parvint à fermer la brèche au moyen d'une muraille en pierre sèche, faite avec les débris de la tour. Il fit ensuite démolir les maisons voisines des murs, et se servit des caves en guise de tranchées pour loger des arquebusiers, qui se cachèrent derrière des futailles, si bien que cette partie de la muraille fut considérée comme bien plus forte qu'auparavant.

Le môme jour, le canon rasa une des tours ; quelques hommes y furent tués, un plus grand nombre blessés. Trois soldats, armés de toutes pièces, qui se tenaient près de La Ramière, furent renversés par les débris, mais protégés par leur cuirasse, ils n'eurent d'autre mal qu'un étourdissement de peu de durée* Malheureusement, La Ramière

eùt le bras rompu par un éclat de chevron et le corps traversé par un boulet, blessures dont il mourut quelques jours après, fort regretté pour sa vaillance. Ce courageux capitaine, sentant que ses blessures étaient mortelles» ne voulut pas se laisser emporter dans son logis, refusa les soins qu'on voulait lui donner, et resta sur le renipart jusqu'à la mort, encourageant ses soldats.

Le 28 octobre, dès la pointe du jour, le maréchal de Vieilleville s'étant aperçu que les réparations, faites à la brèche et à la tranchée en arrière, rendaient cette partie des fortifications facile à défendre, et que ses soldats ne pouvaient monter à Tassant sans être très exposés, tourna la direction de ses batteries vers la porte d'Aunis, en fewje du ravelin et d'une vieille tour dont la couverture avait été enlevée dans la crainte, qu'en tombant, elle n'écrâsat ses défenseurs et ne comblât le fossé.

Piles, s'étant «aperçu que le tir des catholiques était dirigé sur le haut de cette tour pour en faire tomber les démolitions dans le fossé et faciliter l'assaut, et craignant que ces démolitions n'interceptassent le passage communiquant de la ville au ravelin, fit établir de longues poutres des deux côtés, poutres qui formèrent au-dessus du passage une toiture assez forte pour recevoir au besoin les démolitions de la tour. Le maréchal fit avancer deux pièces de fort calibre sur le bord opposé du fossé, pour tirer sur la tour.

Pendant la nuit du samedi 30 octobre 1569, et toute la journée du lendemain dimanche, ainsi que le lundi jusqu'à deux heures environ, l'artillerie royale battit le ravelin d'Aunis et y fit une brèche assez grande pour qu'un cavalier pût aisément y monter. Les assiégés n'avaient rien pour défendre cette brèche, mais la nécessité leur fit trouver un moyen excellent : le capitaine Lamotte fit établir une canonnière au pied de la muraille, à seize pas du ravelin, si étroite que deux soldats pouvaient à peine y mirer ; il mit dans ce poste les meilleurs tireurs, qui ne manquèrent pas un seul coup, et causèrent des pertes considérables aux

catholiques. Aussi repoussèrent-ils deux fois un assaut noii commandé, que quelques chefs catholiques tentèrent, suivis de leurs meilleurs soldats, croyant prendre facilement la ville de cette façon. Les catholiques perdirent plus de trois cents hommes ; Guitinière et Montesquieu y furent blessés, ce dernier à mort. Les assiégés n'eurent que le capitaine Larrial et quatorze soldats tués sur la brèche et dans le ravelin. En prévoyance de la prise de la ville, les réformés avaient préparé leur retraite sur Saintes en faisant ouvrir un passage dans la muraille du côté de cette ville.

La perte de tant de braves soldats détermina le maréchal de Vieilleville à tenter encore les moyens conciliants; il fit écrire par Biron au capitaine Piles, pour l'engager à rendre la ville, lui annonçant la prise de Lusignan et de Saintes, celle imminente de Cognac, qui le laisseraient seul, entouré par l'armée royale, sans provisions ni munitions, et sans espoir de secours, les princes étant au-delà de la Dordogne. Biron lui assurait que lui et les siens seraient reçus à si bonne composition qu'ils n'auraient pas lieu de se plaindre.

Ces remontrances ayant paru disposer les assiégés à une honorable composition, le conseil du roi chargea La Taillée, prisonnier de guerre, de leur dire d'envoyer un gentilhomme vers les maréchaux, qui en donneraient un autre eu otage.

Le 4 novembre, le Conseil royal dépécha La Guitinière ; les assiégés envoyèrent La Personne. Ce dernier avait pour mission de ne traiter que de la paix générale, il lui était interdit d'entamer aucune négociation ayant trait seulement à la reddition de la ville. La Personne fut courtoisement reçu à Landes par les maréchaux, avec lesquels il discuta la nécessité pour tous de faire la paix ; il lui fut répondu que, les princes étant absents, il ne pouvait être question de paix génémle, mais seulement de la paix particulière de la ville, et, à ces fins, les maréchaux lui remirent un mémoire pour le capitaine Piles et son conseil, les engageant à demander une trêve pendant laquelle ils pourraient communiquer avec les princes. Il était dit dans ce mémoire

que si, dans le délai de dix jours, ils ne recevaient pas dans la ville des secours enseignes déployées, ils rendraient la place au roi, à condition que les capitaines, les soldats et les habitants, quels qu'ils fussent, sortiraient avec armes, chevaux et bagages, sans être fouillés, et que ceux qui voudraient rester dans la ville ne seraient pas molestés en Jeur conscience.

Piles ne voulut pas traiter sur ces bases avant d'avoir reçu des nouvelles de La Personne et de Chamarant, qu'il se proposait d'envoyer aux princes pour avoir leur avis, mais il accepta la trêve proposée.

La Personne et Chamarant partirent le 6 novembre, ce jour-là ne fut pas compté au nombre des jours de la trêve. Ils se dirigèrent sur Angoulôme, où ils espéraient avoir des nouvelles des princes et obtenir des secours de Sainte- Même, lieutenant du gouverneur de Saint-Jean-d'Angély, qu'ils croyaient y trouver.

Rien de remarquable n'eut lieu de part ni d'autre pendant la trêve ; les assiégeants et les assiégés se visitaient librement. Piles, cependant, ne redoutant rien de plus que de rendre la ville, envoyait messager sur messager à Angoulême pour réclamer instamment des secours. L'un d'eux revint avec des lettres de Sainte-Même promettant l'envoi de renforts, pourvu qu'on lui donnât un guide pour le passage des rivières. Fombedouère accepta cette mission, il était en route pour Saint-Jean-d'Angély, quand les hommes qu'il conduisait prirent peur en approchant du danger, et s'en retournèrent à Angouléme laissant Fombedouère seul, apporter cette nouvelle à Sàint-Jean-d'Aiigély. La trêve expirait le lendemain et il était difficile de rétarder la reddition de la ville, cependant Piles renvoya de nouveau Fombedouère à Angouléme pour faire une seconde tentative.

Le lendemain, Biron se présenta pour sommer Piles de tenir sa promesse ; celui-ci répondit qu'il ne pouvait se rendre avant d'avoir reçu des nouvelles de la Personne, ainsi qu'il en était convenu avec Rostein, député du roi.

Après discussion, il fut arrêté que si le lendemain, à dix heures, il était encore sans nouvelles et sans secours, les assiégés quitteraient enfin la place. Le même jour, Guittinières entra dans la ville avec quelques capitaines et maréchaux-des-logis pour en assurer la reddition.

Le 18 novembre, au point du jour, la ville était en grand émoi,' tout annonçait la reddition de la place, lorsque le bruit se répandit que les secours, tant attendus par les assiégés, venaient d'arriver aux portes de la ville. C'était, en effet, Saint-Surin, lequel, suivi de quarante chevaux, était venu tout d'une traite d'Angoulême, passant sans difficulté au travers du camp royal qui entourait la ville ; il avait même obtenu des sentinelles et des postes royaux les renseignements qu'il désirait avoir, en leur faisant croire qu'il était des leurs et qu'il venait pour passer une revue.

Le même jour, vers dix heures du matin, Biron, accompagné d'un héraut et d'un trompette, vint encore sommer Piles de tenir sa promesse. Celui-ci répondit que lui et sa compagnie aimerait mieux mourir au combat en faisant leur devoir, que d'être taillés en pièces à la sortie de la ville comme on l'avait prévenu que le brirft s'en était répandu dans le camp. royal.

Les otages furent rendus, de part et d'autre, et le canon commença aussitôt à tonner.

Du 19 au 22 novembre, les assiégés changèrent leurs batteries de place, pour pouvoir entamer les tours et bastions du château. Ce fut pendant ce changement de dispositions que Sébastien de Luxembourg, comte de Martigues, gouverneur de Bretagne, fut tué, au moment où il indiquait les emplacements à occuper par les arquebusiers chargés de la protection des pièces. Il fut atteint à la tête d'un coup d'arquebuse, dont il mourut quelques heures après.

La mort de ce capitaine fit une sensation profonde dans l'armée royale, où le comte se trouvait toujours au poste le plus périlleux.

La porte par laquelle les assiégés communiquaient avec le bastion en terre construit devant le château fut bientôt

démolie par le canon, ce qui obligea les assiégés k ouvrir un autre passage dans le fossé. La moitié de la tour du Bourreau et le château jusqu'à la vieille brèche eurent le même sort. Les assiégés, pour y remédier en partie, flanquèrent le château d'une palissade ; mais, sentant bien qu'ils ne pourraient résister longtemps à une attaque si furieuse, ils employèrent tous les moyens possibles pour détruire les batteries qui leur causaient tant de ruines. Ils avaient essayé une première sortie, qui n'avait pas réussi : découverts trop tôt, ils avaient été obligés de rentrer précipitamment, sans avoir pu rien entreprendre. Les capitaine Lamotte et Saint- Siirin en essayèrent une seconde, l'un avec vingt-cinq chevaux et l'autre avec soixante. Il tirèrent à qui sortirait le premier : le sort désigna Lamotte. Ils étaient suivis par deux cents arquebusiers que les Essarts et le capitaine Bourdieu commandaient.

La grande difBculté était de faire sortir ces troupes sans qu'elles fussent aperçues trop tôt des assiégeants ; pour cela il fallait sortir à couvert, et voici le moyen qui fut employé pour atteindre ce but. On construisit avec des poutres et des madriers garnis de traverses et couverts de fumier, un passage descendant de la muraille dans le fossé et remontant la contrescarpe. Le tout était dérobé par de grandes toiles tendues du côté de l'armée royale pour lui en cacher la vue. Lamotte passa et, s'étant aperçu qu'il était déjà découvert, se jeta à corps perdu, suivi des siens, dans les tranchées^ de la garde royale, tuant tous ceux qu'ils purent atteindre ; seul, un capitaine enseigne se défendit et blessa le cheval de Lamotte d'un coup de coutelas, en criant aux armes, avertissant ainsi le duc de Losne, dont la cornette était de garde. Saint-Surin chargea cette dernière, blessa son portecornette et plusieurs hommes, lui prit son drapeau, et mit le reste en fuite. Pendant cet exploit, les arquebusiers couraient aux tranchées et s'emparaient d'armes nombreuses tandis que Lamotte, poussant jusqu'aux pièces, en enclouait quelques-unes et brûlait dix caques de poudre. Il faillit même faire sauter le magasin des poudres, gardé par les

ra^^»

Suisses, qui se laissèrent surprendre; mais, comme l'armée royale tout entière accourait au cliquetis des armes, ses soldats battirent forcément en retraite, Tinfanterie protégée par la cavalerie, n'ayant perdu qu'un seul homme tué sur la contrescarpe du fossé, au moment où il aidait les blessés à entrer dans la ville.

Les catholiques, furieux autant de la perte de leurs hommes que de la bravade des assiégés, redoublèrent la violence de leur feu contre le ravelin d'Aunis ; ils mirent en batterie cinq pièces sur une petite plate-forme construite au bord du fossé, d'où ils pouvaient voir ce qui se passait dans le ravelin qu elle dominait. Bientôt, les défenses qui se trouvaient devant eux furent foudroyées; le ravelin devint intenable, les soldats n'y allaient plus que par la force; et, sans quelques volontaires auxquels Lamotte- Pujols donnait l'exemple, quoique blessé, il serait resté sans défenseurs. Les catholiques, non contents de canonner si lourdement le ravelin, réduisirent en miettes la courtine du château, toutes les tours et leurs défenses, depuis le ravelin jusqu'au château. La plate-forme que les assiégés avaient construite sur pilotis, pour se protéger contre les couleuvrines qui les prenaient en flanc, tomba presque tout entière en une nuit. Les assiégés, auxquels elle avait rendu les plus grands services, se donnèrent beaucoup de mal pour la rétablir, les femmes même y travaillaient avec ardeur ; beaucoup y succombèrent, bien que les toiles tendues les dérobassent aux assiégeants. La plate-forme ne leur servit guère, les boulets des couleuvrines la perçaient à jour en raison de la terre mouvante dont elle était faite.

Les assiégeants cherchèrent alors à décourager les assiégés, en leur disant qu'ils n'essaieraient plus de prendre la ville d'assaut, qu'ils se borneraient â en détruire les défenseurs â coups de canon.

La garnison, cependant, ne fléchissait pas, bien que très inquiète du sort qui semblait lui être réservé ; à la nouvelle que des secours lui étaient envoyés d'AngouIême, sous la conduite du capitaine Saint-Auban, Fombedouère

sortit de la ville à dix heures du soir, monté sur le cheval de Piles, pour aller au-devant de la troupe annoncée : il la rencontra dans la forêt de Chizé ; mais les soldats, en apercevant les troupes royales, refusèrent d'aller plus loin et retournèrent à Angoulême. Fombedouère revint seul à Saint- Jean-d'Angély. Reconnu à St-Julien par la garde du pont, il voulut se sauver ; mais, vivement poursuivi, il fut pris. Les catholiques firent savoir sa capture aux assiégés, leur donnant à entendre qu'ils n'avaient plus aucun secours à espérer, et qu'ils n'avaient qu'il se rendre pendant qu'ils pouvaient encore obtenir de bonnes conditions. Biron, qui était aux tranchées, demanda le capitaine Lamotte et discuta avec lui pendant quelques instants. Le lendemain ils eurent une nouvelle entrevue dans laquelle il fut question d'une seconde capitulation. Le roi, disait Biron, accorderait aux assiégés, en outre des articles de la première capitulation, des otages qui, pour plus de sûreté, accompagneraient les réformés jusqu'à Angoulême.

Les assiégés ne se dissimulaient point qu'ils allaient manquer totalement de munitions et de vivres ; ils savaient que leurs hommes étaient harassés par les veilles et les travaux continuels : que les fortifications de la ville, en partie rasées, ne les protégeaient plus ; aussi avaient-ils résolu de tenter les hasards d'une sortie désespérée par la porte Matha, de forcer la garde du pont de Saint-Julien, et de se retirer comme ils le pourraient à Angoulême.

Le 2 décembre, Lamotte, à l'issue d'un conseil secret tenu par les principaux capitaines réformés, alla trouver le maréchal de Biron et l'informa des dispositions des chefs, le priant de les faire connaître au roi. Deux ou trois heures après, le conseil royal fit porter à Piles les articles non signés d'une capitulation tellement exigeante, que les capitaines réformés la rejetèrent à l'unanimité, et répondirent qu'ils préféraient mourir que de traiter à des termes autres que ceux proposés pour la première capitulation. Biron les engagea à renoncer à demander des otages et à s'en rapporter à sa parole, ce à quoi ils consentirent. Le

roi signa aussitôt la première capitulation et Tenvoya à de Pilles. D'après son contenu, les assiégés devaient, le lendemain, sortir de la ville bagues sauves, avec armes et chevaux, enseignes ployées ; ils ne devaient de quatre mois servir la cause générale de la religion réformée ; les étrangers et les habitants pourraient se retirer où bon leur semblerait ; la garnison devait être conduite jusqu'au lieu de sûreté qu'elle choisirait par les sieurs de Biron et Causseins, capitaine de ses gardes.

Le lendemain, après un siège de plus de sept semaines, la garnison sortit par la porte de Matha, devant le duc d'Aumale à la tête des troupes catholiques rangées en bataille ; Tinfanterie protestante, au nombre de cinq cents hommes, sortit la première, commandée par le capitaine Sérido et plusieurs autres ; puis venait la cavalerie qui comptait cent chevaux. Pendant que les troupes réformées traversaient le faubourg, quelques hommes furent attirés dans des maisons catholiques, où ils furent dévalisés, quoi que put faire de Biron pour en empêcher. Sérido alla se plaindre au duc d'Aumale des violences commises sur ses hommes, mais ce dernier ne put remédier au désordre, pas plus que Biron, Causseins et leurs trois cornettes. La garnison fut conduite jusqu'à Siecq par Biron, puis de Siecq jusqu'à Angouléme, par un hérault et un trompette porteurs d'un sauf-conduit du roi.

A son arrivée à Angouléme, de EHles renvoya le hérault avec des lettres pour le duc d'Aumale et le maréchal de Biron, dans lesquelles il se plaignit de la violence faite à ses soldats lors de l'évacuation de Saint-Jean-d'Angély, malgré la capitulation, et leur disait qu'il se croyait dégagé de la clause qui lui interdisait de servir la cause de sa religion avant quatre mois. Quinze jours après, de Piles alla rejoindre l'armée des princes.

D'après La Popelinière, cent hommes au moins de la garnison furent tués pendant ce siège, plus un assez grand nombre de manœuvres. L'armée royale y aurait perdu plus de dix mille hommes, tant par les armes que par la maladie.

et parmi ces derniers plusieurs chefs remarquables. Ce chiffre de dix mille paraît exagéré et doit être réduit de beaucoup pour approcher de la vérité.

Pendant que la garnison protestante sortait parla porte de Matha, Charles IX entrait dans la place par la porte d'Aunis, accompagné de la reine-mère, du cardinal de Lorraine, du maréchal de Vieilleville, et d une cour nombreuse. A l'aspect des ruines qui jonchaient tous les quartiers de la ville, de la foule d'hommes et d'enfants exténués par la faim se présentant devant lui, le roi et sa suite ne purent se défendre d'un profond sentiment d'horreur et de pitié. Touché de compassion, le roi leur fit distribuer des vivres, et, au milieu des décombres, Charles IX, prenant la main du vieux maréchal de Vieilleville, lui, dit : Mon maréchal, vous ave^ pendant toute votre vie rendu tant de services à la couronne de France^ et vous en avez été toujours si peu récompensé, que je m'estimerais le plus ingrat prince du monde si je ne commençais présentement à vous rémunérer selon vos mérites, La mort du Jeu sieur de MartigueSj gouverneur de Bretagne^ m'en offre une bonne occasion, et, à la vue de toute ma cour, je vous donne son gouvernement^ afin que, sur votre vieil tige, vous puissie:s encore me servir sans sortir de vos maisons, car la plus éloignée du duché de Bretagne nen est, m'a-t-on dit, quà dix ou douze lieues. Alors, prenant des mains de son secrétaire les lettres d'Etat, le roi les remit au maréchal.

Le capitaine Guittinières, à la sollicitation de Catherine de Médicis, fut chargé du commandement de la place, et le maréchal de Vieilleville l'installa aussitôt avec huit compagnies d'iufanterie.

La cour retourna ensuite au château de Landes, où le duc de Montpensier, chef de la branche cadette de la maison de Bourbon, se présenta devant le roi pour réclamer le gouvernement de Bretagne en remplacement du comte de Martigues. Charles IX lui répondit qu'il avait disposé de cette charge en faveur du maréchal de Vieilleville, et il

ajouta : « Vous devez, d ailleurs, avoir assez de votre gouvernement du Dauphiné. »

« Eh ! sire, répondit le duc, que deviendra mon fils, à qui je pensais transmettre mon gouvernement afin qu'il fût pourvu d'une charge honorable, comme il convient à un prince du sang royal de France ? Votre Majesté fait-elle si peu de cas de ceux qui ont l'honneur de lui appartenir, qu'elle leur préfère un simple gentilhomme ? »

Et, en parlant ainsi, il se prit à pleurer. Toute la cour fut consternée d'une telle faiblesse dans un homme de si haut rang ; la reine-mère sortit rouge de honte, ne pouvant supporter la vue d'une pareille lâcheté.

Les cardinaux de Lorraine et de Bourbon intercédèrent pour le prince, et Charles IX, cédant à leurs instances, dépécha à regret le sieur du Perron vers le maréchal de Vieilleville, pour le prier de lui renvoyer ses lettres d'Etat, lui promettant de le récompenser doublement à la première occasion. Du Perron était chargé, en outre, de faire accepter au maréchal une gratification de dix mille écus d'or, à titre de dédommagement des dépenses qu'il avait faites dans les dernières guerres.

Le vieux maréchal reçut courtoisement du Perron, qu'il affectionnait beaucoup. Après dîner; du Perron, paraissant triste et pensif, le maréchal lui demanda le sujet de sa tristesse, et du Perron lui raconta la comédie jouée par le duc de Montpensier.

— « Si QO n'est que cela, reprit le maréchal en riant, M^ de Montpensier aurait pu se dispenser d'employer un pareil moyen. ». En parlant ainsi, il remit ses lettres d'état à du Perron^ ajoutant qu'il les eut portées lui-même au roi s'il n'avait été retenu à Saint-Jean-d'Angély pour surveiller la mise en état du ravelin et de la porte d'Aunis. Il avait, en effet, été informé que les princes et l'amiral venaient de quitter Angoulême avec des troupes, et il prenait ses précautions contre le retour des réformés^ retour peu probable, mais non pas impossible.

Le maréchal refusa même de recevoir les dix mille écus

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d'or qui lui étaient destinés, et il n'y consentit qu'après que du Perron lui eût remis un billet autographe du roi ainsi conçu ; « Si M. le maréchal refuse les dix mille écus que je lui envoie, il peut bien se confiner pour jamais en sa maison, car plus ne Taimerai de ma vie et le bannis éternellement de ma compagnie. Charles. »

Charles IX quitta le château de Landes pour retourner avec toute sa cour à Coulonges-les-Royaux, Le maréchal demeura encore quelques jours à Saint-Jean-d'Angély pour achever de mettre cette ville en état de défense, puis il partit après avoir donné ses instructions à Guittinière.

Saînt-Jean-d'Angély tomba alors dans la lassitude (jui suit les grandes catastrophes, et jouit d'un calme relatif jusqu'à l'édit de pacification de Saint- Germain-en-Laye, du 8 août 1570. Ce calme n'était troublé do temps à autre que par quelques exploits guerriers, auxquels la garnison catholique seule prenait part, dans les fréquentes excursions, que son gouverneur La Guittinière faisait dans la banlieue, pour inquiéter les cantonnements calvinistes, Un jour, en 1570, ayant fait sa jonction avec La Rivière Puy taillé le jeune, gouverneur de Marans, il rencontra près du bourg d'Asnières, à six kilomètres de Saint-Jean-d'Angély, un corps de huguenots commandé par Goulènes et Chaumont, et se mit en devoir de l'attaquer. Les deux troupes se rompirent au premier choc, mais se reformèrent aussitôt et recommencèrent le combat avec une nouvelle ardeur. Après une mêlée sanglante, les catholiques furent culbutés, et Guittinière iportellement blessé d'un coup d'arquebuse. Puytaillé eut à peine le temps de rallier sa troupe et de regagner Saint- Jean-d'Angély, il fut poursuivi jusqu'aux portes par les vainqueurs. Goulènes et Chaumont se retirèrent sur La Rochelle avec plusieurs prisonniers et des étendards enlevés aux vaincus.

Après la Saint-Barthélémy La Rochelle devint le boulevard de l'émancipation religieuse, et le conseil royal en décidait le siège. Le baron de Biron, gouverneur de la Saintonge et de l'Aunis, dont les exactions sont encore

légendaires dans le pays, fut chargé des préparatifs du siège de La Rochelle, et fit de Saint-Jean-d'Angély sa place d'approvisionnement. Le 7 décembre 1572, il nomma le sieur des Brosses, lieutenant-général au siège de Saint-Jeand'Angély, commandant de la Saintonge spécialement chargé de centraliser, dans cette vilUe, les vivres et les munitions nécessaires à l'armée royale. Les exigences de Biron furent si exorbitantes, que les Angériens furent contraints, en 1574, de supplier la reine-mère de réduire les charges qui les accablaient ; dans les remontrances qu'il lui adressèrent à ce sujet, ils s exprimaient ainsi :

« Supplient très humblement V. M., les villes et plats pays de la Saintonge, avoir égard et souvenir que, oultre les pertes qu'ils ont faites aux premiers et seconds troubles, celles qu'ils ont souffertes depuis Tan 1578, que commencèrent les tiers troubles que V. M. a pu entendre et voira Toeil, que les villes étant prises par ceux de la nouvelle opinion, ils ont taxé et ruiné le pays de plusieurs sommes de deniers, pris rançon de la plupart des habitants, qui pour cet effet ont consumé tous leurs biens, fruits et bétails, mesmement quand les ennemis virent qu'ils étaient contraints de quitter le pays après la bataille de Moncontour, emportant tout ce qu'ils purent tant à I^ Rochelle qu'ailleurs, dévastèrent et ruinèrent le demeurant. Et par la reprise de la ville de Saint-Jeau-d'Angély, Xaintes et autres, l'armée du roi vint au pays de Saintonge, où elle ne put être sans grands dégâts et dommages, et ayant été lesdites villes sous son obéissance, y furent mises plusieurs compagnies de gens de pied en garnison, à Saint-Jean sept, à Xaintes quatre, lesquelles y vécurent longuement et à 'discrétion, combien M. de Pons, commandant au dit pays, et depuis le sieur de La Rivière, levassent plus de 39.260 livres par chacun mois.

» Comme est aussi la ville de Saint-Jehan, longuement après la paix y vécurent les compagnies sans aucune discrétion et environ, sept mois ; les maisons ruinées, brûlées par les soldats, en montrent aussi la désolation

SAINT-JEAN S(i

Commune ; aussi grande partie du plat pays, qui se trouve en la plupart déshabité en totalité, sans aucune culture ni semences...

» Ceux aussi de Saint-Jehan, pour se garder des surprises, ,ont pendant quelques mois entretenu une compagnie de gens de pieds.

»... Pour l'assiègement de La Rochelle fut levé sur le pays six mille boisseaux froment, autant d'avoine, et deux cents tonneaux de vin. Ont aussi fourni plusieurs étapes de vivres, pour gens de guerre allant et venant à La Rochelle, . . . avec ce que plusieurs, qui sortaient du camp de La Rochelle, venaient prendre tous les meubles, grains et bétail, et l'emportaient au camp, qui est cause avec les malheurs du temps et la stérilité qui a été, que la plupart d'iceux ont péri de famine et contraint les autres vendre leurs biens pour vivre. Outre un subside de plus de sept cents livres par mois pour Tentretien des garnisons de Saint- Jehan, Taillebourg ; huit mille livres pour la compagnie du sieur Biron; pour le voyage. du roi de Pologne deux mille trois cents livres.

» Ceux de Saint-Jehan réparent les brèches, creusent les fossés . . .

» Signé : Blanchard, ayant charge des habitants. »

La régente fit droit en partie aux réclamations des Angériens ; elle les dispensa du paiement des tailles pour les trois trimestres expirant le 30 septembre 1574, mais à la charge de satisfaire au paiement des garnisons et des gouverneurs des places ordinaires, des six compagnies levées par les frères de Biron et le sieur de la Chapelle-Lauzières, lieutenant de ces derniers.

Le roi de Navarre et le prince de Condé durent marcher avec Tarmée royale pour détourner les soupçons de la régente sur la sincérité de leur récente abjuration. Ils se trouvèrent au camp du duc d'Anjou devant La Rochelle, au milieu des mécontents de tous les partis. Ces derniers formèrent bientôt une ligne dite « des politiques », ayant pour chef le duc d'Alençon, et dans laquelle entrèrent le

roi de Navarre, le prince de Condé et Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne. Mais le duc d'Alençon n'avait pas les qualités voulues pour n\aintenir réunis des hommes aux idées si différentes, et tandis que la ligue échouait, le roi de Navarre et le prince de Condé profitaient de leurs relations avec les réformés qui en faisaient partie, pour fortifier les intelligences qu'ils n'avaient jamais interrompues avec les églises réformées, et organisaient celles-ci en vue de leurs intérêts. C'est du moins ce qui parait résulter du document ci-après transcrit, trouvé en 1860. caché dans un mur de la maison de M. Ollivier, libraire à Saint-Jean-d'Angély, à l'angle des rues des Jacobins et de l'Horloge :

d Mémoire pour faire apporter de Lion à la petite Saint- Jehan.

« A été accordé qu'ert chacurie église sera faict élection « de trois hommes notables, ayant la crainte de Dieu et la « suffisance requise, entre les mains desquels ceux de. la ce dite église jureront d'observer ce qui par eax sera fait et « ordonné, suivant le règlement qu'ils auront reçu des « assemblées générales.

« Que les dits députés, ou l'un d'eux, feront rolles de « tous ceux qui pourront porter armes, avecque les moyens, « âge et quahtè d'iceulx.

« Ensemble sera mis par état les armes qu'ils ont en « leur puissance, et procéderont en toute diligence, pour « être le tout fait et parachevé dans le dernier jour du « présent mois.

(( Sera faite très humble supplication et requête au roi <L de Navarre, de commander à M. le vicomte de Turenne ^ prendre la charge de faire assembler 'à certain jour et « lieu, le plus promptement que faire se pourra, tous les «t députés des églises, pour rendre par un chacun d'eux « compte de ladite charge qu'il aura prise en cette assem- « blée, que pour voir à ce qui restera à exécuter et à ce qui « pourrait subvenir selon l'occurence des affaires. De quoi « ledit sieur vicomte sera aussi, sous bon plaisir de S. M.

« prié et requis, au nom de ladite église, de recevoir ledit « commandement et charge.

« Et au lieu assigné, lesdits députés porteront le rôle des « dites églises par devers ledit vicomte, pour voir le nombre ^ des gens de guerre, de quoi on pourra faire état pour « refondre et arrêter le règlement.

« Et pour éviter aux confusions qui ont été ci-devant, « et afin d'établir un bon ordre, tel qu'il est requis et « nécessaire pour le bien, profit et utilité des églises, il y « aura une bourse commune des deniers qui seront levés a par les députés, incontinent lesdits rôles faits, à la « concurrence de 70 sols par tête, le fort portant le faible.

« Dont lesdits sols seront mis pour les menus frais qu'il « coti viendra faire en voj'ages et autres choses générales, a selon que l'occasion des affaires se présentera^ et selon « l'ordonnance qui en sera faite. '

« Et afin que la correspondance, qui doit être entre les «.églises, soit ferme et établie, et que les avertissements « soient fait^ assurément et diligemment, seront envoyés les « paquets et lettres auxdits députés et ministres des lieux, ou « à l'un d'eux ; et ne s'absenteront tous en un même temps, a ains pour le moins l'un d'eux demeurera, pour recevoir les « dits paquets et en bailleront récépissé signé en témoignage « de la réception d'iceux, et adresseront lesdites dépêches « à la plus prochaine église, étant sur le chemin et allant « au lieu où les paquets s'adresseront, ce qui se fera ordi- « nairement en toute diligence ; et où il y aura distance « de plus de quatre lieux, seront adressées à personnes « fidèles et assurées, qui seront résidents sur le chemin ou « près d'icelui.

« Sera escrit à* MM. de Saint-Genis et de Beynac pour a Périgord ; à MM. de Lésignac et Madellin pour Agénois ; « à MM. de Fa vas et Melon pour le Bordelais, lesquels dits « députés devront tenir la main pour pourvoir à ce qui « surviendra et honorer do leur présence l'assemblée qui ^ sera faite desdits député.s, chacun mois, à jour et lieux « que par eux et lesdits députés sera avisé. Et en attendant

« le jour de Tassignation, lesdits sieurs conferreront par <x lettres, ou autrement, de toutes choses qu'ils connaîtront « être expédientes et nécessaires pour le bien et établisse- « ment des églises ; et même pour supplier lesdits sieurs « de vouloir prendre la peine de faire l'état et rôle de tous <x les gentilshommes de la religion qu'ils connaissent se « vouloir joindre auxdites églises, et leur remontrer qu'il « est maintenant besoin d'employer tous les moyens pour € la défense d'icelle.

« Que à la prochaine assemblée, il sera député un person- « nage, suffisant et capable, pour se tenir près du roi de « Navarre, pour recevoir ses commandements et avertir les « églises de tout ce qui se passera.

« Seront aussi supplié le roi de Navarre, prince de Condé « et vicomte de Turenne, de prendre en bonne part les « remontrances qui leur seront faites par les députés de cette ce compagnie, afin de ne bailler charge ne mandement a « autres qu'à ceux de ladite religion et dont lesdites églises « auraient suffisant témoignage, afin d'éviter les dangers « qui en peuvent advenir.

« Sera promptement et en toute diligence, fait provision « de poudres, salpêtres, piques, armes et autres choses « nécessaires pour la conservation et défense des villes et « places ; et sera baillé instruction à celui qui ira par « devers ledit sieur roi de Navarre, pour demander une « ordonnance de S. M., par laquelle il soit permis aux « habitants des villes et places, de prendre les restes qui « peuvent être dûs en quelques villes, pour iceux restes « employer et convertir en recouvrements desdites muni- « lions, à la charge que lesdits habitants et reliquataires « desdits restes en rendront compte par devant celui qui « sera advisé par sa susdite majesté.

« Seront fïiites les remontrances à ceux qui feront ledit « serment, et leur sera dit entr'autres choses, que l'occasion « des entreprises qui se brassent est pour rompre ledit et « nous ramener aux troubles dont nous sommes sortis, en € droissant des ligues et des confréries par toute la France

« pour exterminer la religion ; il est nécessaire de faire une « association par laquelle sera porté que tous les associés « feront serment d'observer ce qui par ci-après leur sera « déclaré ; et que les soldats, qui seront blessés ou pris. « pour la défense de cette cause, ou feront perte de chevaux, « armes et autres choses, seront secourus ou aidés des « derniers de la bourse commune et défendus de toutes « injures et oppression qu'on leur voudrait faire, tellement « que la cause de l'un sera la cause de tous. Et partant « sera dit, vous promettez et jurez à Dieu vivant d'obéir « à la discipline observée en toutes les églises réformées du « royaume, d'employer vos vies et biens pour la sûreté, « conservaiion et défense de la liberté promise et accordée « par la paix, d'observer et entretenir de point en point, « ce qui sera fait et accordé pour repousser les desseins et « entreprises de ceux qui voudront rompre et violer la paix, « et être prêts, toutes fois et quante que l'occasion se « présentera, sous la conduite de ceux qui vous seront « ordonnés, et ne vous dessaisir de cheval, no armes, ne « autres moyens servant à ces fins, sur peine d'être déclarés « réfractaires de cette cause et poursuivis comme tels.

« Si aucun des nommés, ayant témoignage des ministres « des églises et consistoire d'icelle, craignant Dieu et affec- « tienne à la religion, est poursuivi, en haine d'icelle, en « ses personne ou biens, par les adversaires, sera secouru « et aidé aux dépens communs et par toutes les voies les « plus légitimes qu'on avisera. »

La guerre et la famine amènent presque toujours à leur suite un autre fléau dont les ravages sont aussi terribles : la privation des choses nécessaires à la vie qu'avaient éprouvée les Angériens, la mauvaise qualité des aliments, avaient affaibli leurs organes et les avaient disposés aux atteintes des miasmes contagieux. La peste qui s'était déclarée pendant le siège de 1^69, et exerçait encore ses ravages en iH75 réduisit ses habitants à un état déplorable. Les médecins du roi et de la reine, Jean Chapelain et Honoré Castelan, envoyés par le roi pour combattre le fléau,

en avaient été les premières victimes. Pour se soustraire aux atteintes de la contagion et aux vapeurs méphytiques qu'ils respiraient dans la ville, les Angériens établirent des tentes sur la contrescarpe ; il ne resta dans la ville que le nombre d'hommes nécessaire à la garde de la tour de l'Horloge.

Un incident qui se produisit en Tannée 1576, lors de la nomination de Henri de Condé au gouvernement de Picardie, contribua beaucoup à rejeter Saint-Jean-d'Angély dans toutes les difficultés dont cette ville venait à peine de sortir. A l'approche du prince de Condé, les habitants catholiques de Péronne ayant appris que le prince avait l'intention de faire sa résidence dans leur ville, s'étaient levés pour lé repousser.

Condé obtint de Henri III, en échange de Péronne^ les villes de Cognac et de Saint-Jean-d'Angély ; mais Louis II de la Trémoîlle, duc de Thouars, comte de Benon et de Taillebourg, avait gagné la majeure partie des habitants de cette ville à la cause catholique, de sorte que le prince, pour en prendre possession, fut obligé d'avoir recours à la ruse. Il se concerta avec Jean de la Rochebeaucourt, seigneur de Saint-Même, et le capitaine Lucas, qui lui étaient dévoués.

Ce dernier introduisit furtivement des gens déguisés dans la place. Saint-Même s'y glissa aussi avec quelques gentilshommes. Les bourgeois catholiques, ayant découvert cette ruse, coururent aux armes ; mais les habitants huguenots s'armèrent de leur côté, et se joignirent aux gens de Saint- Même. Les catholiques, n'étant plus en force, furent contraints de poser les armes, et le prince entra le jour même à Saint-Jean-d'Angély.

Les trois états, réunis à Blois le 6 décembre 1576, révoquèrent le traité de Chatenay, dont les réformés réclamaient l'exécution pleine et entière, et votèrent la reconnaissance de la seule religion catholique dans tout le royaume, l'abolition du culte réformé, et la déportation de tous les ministres de ce culte.

î^ roi de Navarre et le prince de Condô publièrent alors chacun un manifeste appelant leurs coreligionnaires h la résistance ; toutes les villes de la haute Saintouge prirent les armes, La Rochelle s'engagea à leur fournir des vaisseaux, de Tartillerie, de l'argent et des munitions. Le prince de Condé assigna Melle à ses partisans comme lieu de réunion.

Pour soutenir la guerre que ces mesures rigoureuses allaient d'échalner, Henri III obtint du pape son consentement à Talliénation de cinquante mille écus de rente des biens temporels de l'Eglise de France. L'abbaye de Saint- Jean-d'Angély n'ayant pu payer de suite sa cotisation, vit saisir les meilleures de ses propriétés territoriales et n'obtint main levée qu'après s'être acquittée au moyen d'un emprunt. Les Bénédictins, ainsi que tous les membres des autres congrégations durent aller chercher dans d'autres lieux, la liberté du culte et la sécurité de leur personnes en danger. Les Bénédictins habitèrent successivement Taillebourg. Ecoyeux et La Fayolle, d'où ils ne revinrent qu'après le siège de 1621.

Pendant que le duc de Mayenne, à la tète des catholiques faisait le siège de Brouage, les réformés de Saint-Jeand'Angély envoyaient leurs coureurs jusqu'à Orléans pour intercepter les communications de la cour avec l'armée. Henri III fut contraint, pour établir les communications, de former une compagnie spéciale de cent vingt gentilshommes et de cinquante arquebusiers, dont il donna le commandement à Jacques de Harville, sieur de Palaisoau. Un grand nombre de marchands profitèrent du départ de celte troupe pour se rendre, sous sa protection, au camp devant Brouage. A Saint-Cybardeau, Palaiseau rencontra les volontaires de Saint-Jean-d'Angély, au nombre de cent quarante, tant gendarmes qu'arquebusiers, commandés par de Pontlevin. Ayant donné sans précaution contre cette troupe aguerrie, il fut repoussé jusqu'au milieu du bourg, où il tomba, percé de coups, dans les bras de ses arquebusiers. Une trentaine de ces derniers, retranchés dans le cimetière, soutinrent

pendant quelque temps le choc de vingt-cinq gendarmes huguenots. Ce faible poste étant culbuté, tout le reste rendit les armes. Pontlevin rentra à Saint- Jean-d'Angély chargé de butin et suivi d'un grand nombre de prisonniers.

Enfln, une trêve fut conclue à Bergerac, le 17 septembre 1577, eutre Henri III et les princes, et la paix générale fut 'signée le 28 du même mois, à Poitiers. Le prince de Condé garda Saint-Jean-d'Angély, où il continua de faire sa résidence. L'édit de Poitiers fut publié à la lueur des flambeaux, la nuit même de sa réception à Saint-Jeand'Angély. Cet édit ne satisfit ni les catholiques ni les réformés, et quelques-uns de ses articles furent modifiés, en faveur de ces derniers, dans un traité secret qui fut signé à Nérac par Catherine de Médicis et le roi de Navarre.

La dernière guerre avait été si désastreuse pour les populations de la Saintonge, qu'elles accueillirent avec joie un repos dont elles avaient grand besoin pour réparer leurs pertes.

Le prince de Condé était contraire à ces dispositions pacifiques, il vivait dans une continuelle défiance de la ligue, et, pour se protéger contre les entreprises criminelles qu'elle pouvait exciter contre lui, il avait créé une garde de sa personne, dont il voulut mettre la solde à la charge de la ville. La commune résista à cette prétention et refusa de payer la taxe de quatre-vingt-dix-huit écus, à laquelle elle avait été imposée de ce chef par Duplex, élu en Saintonge, et chargea Christophe Bouchault, son procureur, d'en poursuivre la nullité.

Le prince s'éloignait peu de Saint-Jean-d'Angély, où il trouvait, tout à la fois, une retraite pendant la paix et un refuge pendant la guerre. Dans la prévision d'une prochaine rupture, il imagina, pour se procurer de l'argent, d'armer en course quelques navires. Cette conduite souleva, à La Rochelle, une telle animadversion, que le consistoire lui adressa de sévères remontrances et le priva même de la communion pendant quelque temps.

SALNT-JEAN 27

Mais l'inexécution du traité de Nérac remit bientôt les j

armes aux mains des réformés, et les hostilités recommencèrent. En 1580, une partie de la garnison de Saint-Jeand'Angély, sous le commandement d'Agrippa d'Aubignô, se dirigea sur Blaye pour s'en emparer, à l'aide d'un complot qui devait lui en livrer la citadelle. Mais les bourgeois de Blaye, prévenus, étaient sur leurs gardes, et d'Aubigné fut obligé de se retirer.

De leur côté les catholiques envoyèrent le capitaine Lanscome, avec un régiment de deux mille hommes, tenter de prendre Saint-Jean-d'Angély en l'absence du prince de Condé ; mais la ville, ayant conservé une forte garnison, Lanscome se contenta, pendant trois jours, d'engager quelques escarmouches vers la porte Matha, et se retira pour aller au siège de Montaigu.

Un nouveau traité, signé à Fleix, sur la Dordogne, entre le roi, la reine-mère et le duc d'Anjou, vint arrêter la guerre encore une fois et procura quelques années de paix.

Le roi de France et la reine-mère cherchèrent à l'utiliser pour un rapprochement avec le roi de Navarre. Ils firent savoir à la reine Marguerite, éloignée de la cour de France depuis six ans, qu'ils auraient plaisir à l'y voir revenir ; que si son mari voulait l'accompagner dans ce voyage, elle pourrait lui faire part des intentions du roi, et, prévoyant que la question d'argent pourrait être une cause de refus, elle lui fît parvenir en même temps quinze mille livres pour les frais de voyage. Henri de Navarre accepta d aller jusqu'à Saint-Jean-d'Angély, où il arriva le l®"" mars 1582 et trouva les amis à qui il y avait donné rendez-vous pour les consulter. La reine-mère refusa de l'aller trouver dans cette ville et l'entrevue projetée n'eut lieu qu'à la Mothe- Saint-Héraye, après laquelle, laissant la reine Marguerite, Henri revint à Saint-Jean-d'Angély s'entretenir avec le prince de Condé des résultats de son entrevue, puis il partit aussitôt pour La Rochelle.

Henri III, par lettres du 12 février 1583, datées de Paris, confirma les maire et habitants de Saint-Jean-d*Angély

dans leurs privilèges d'exemption du taillon, du logement des troupes de passage, des contributions pour les vivres et victuailles destinés aux gendarmes, mais à la charge par eux de contribuer aux autres deniers, principalement à ceux de la subvention.

Ce privilège avait été concédé antérieurement aux Angériens par Antoine de Navarre ; puis, pendant les troubles, les prises et redditions de la ville, il était devenu lettre morte pour les vainqueurs, les habitants non-seulement avaient été pillés de leurs meubles et marchandises, mais avaient dû fournir encore aux gens de guerre des vivres à discrétion et tout ce qui était nécessaire à leur entretien. Une nouvelle confirmation était donc indispensable pour restituer au privilège tout son effet.

Ruinés de toutes les façons, les habitants de Saint- Jeand'Angély étaient encore tourmentés chaque jour par les agents du fisc, pour le paiement des tailles ordinaires et extraordinaires, d'autant plus élevées, pour les imposés, qne les vingt-:cinq membres nobles de l'échevinage, constituant la partie la plus riche de la population, en étaient exemptés. Les pairs du corps de ville crurent devoir, dans leur propre intérêt et dans celui des habitants taillables, adresser une supplique au roi, le priant de faire contribuer les vingt-cinq membres nobles de leur corps au paiement des tailles en général, ou tout au moins à celui des tailles extraordinaires, dépassant annuellement quatre fois le total des premières.

« Ce considéré, sire, plaise à V. M. ordonner que les échevins et conseillers du corps et collège, et autres personnes faisant une partie des habitants qui ne sont de noble race, habitant ou résidant en la ville et faubourgs dicelle, contribueront, selon votre intention, aux charges et levées de deniers extraordinaires, tant pour les arrérages du passé qu'à celles qui seront faites, ou se feront ci-après par votre commandement sur Icsdits habitants, et que ceux qui exerceront états vils, trafiquant de marchandises, détaillant, vendant ou tenant ferme, contribueront au paiement de

toutes les taille^ et impositions..., et ils continueront de prier pour raccroissement de votre grandeur. »

Une ordonnance du conseil royal du 12 mars 1584, ordonna que les intéressés comparaîtraient devant lui, et par arrêt rendu quelques jours après, le conseil renvoya les parties à se pourvoir devant la cour des aides, dispensant provisoirement le maire et les échevins du paiement des tailles.

Le 21 avril 1»')84, Ballonfeau, procureur envoyé à Paris par Tèclievinage pour défendre les droits du corps de ville, exprimait dans une lettre sa confiance dans l'issue favorable du procès, s'il parvenait à faire nommer rapporteur Tévêquo de Vienne.

Henri III, poussé par la ligue, rendit, le 17 Juillet lo8o, redit de Nemours, abolissant en France Texercice de toute religion autre que la catholique, et enjoignant aux ministres réformés de sortir du royaume dans le délai d'un mois, à peine d'arrestation et de confiscation de leurs biens ; aux adeptes de la même religion d'en faire abjuration publique, dans le délai de six mois, à peine de banissement.

Le roi de Navarre et Condé protestèrent contre cet cdit et déclarèrent guerre à outrance au catholicisme. Condé partit de Saint-Jean-d'Angély avec l'élite de ses soldats, repoussa le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne, entré en bas Poitou, puis revint à Saint-Jean-d'Angély avec l'intention d'épouser Charlotte-Catherine de la Trémoïlle, fille de Louis III de la Trémoîlle, duc de Thouars, comte de Benon, qu'il aimait et dont il était payé de retour, bien que Jeanne de Montmorency, mère de Charlotte, catholique fervente, se refusât au mariage do sa fille avec un chef de réformés.

M"*® de la Trémoîlle, qui avait de bonnes raisons pour craindre que le prince de ('onde n'usât de violsnce pour forcer son consentement, avait sollicité du maréchal de Matignon l'envoi de quatre compagnies qui, sous les ordres de Beaumont, étaient venues investir le château de Taille-

bourg, occupé par les soldats de Condé. Mais Charlotte, de son côté, craignant que le château ne tombât au pouvoir de Beaumont, fit informer secrètement Guy-Paul de Coligny , comte de Laval, qui était à Saint-Jean-d'Angély, du danger où se trouvait la garnison de Taillebourg. Le comte de Laval partit aussitôt avec cent cuirasses et quatre cents arquebusiers, et, guidé par les émissaires de Charlotte, mit les troupes de Beaumont en déroute. Il s'empara du château de Taillebourg, y mit la garde du prince de Condé, et en confia le commandement à son lieutenant Boursier, sur le désir que lui en témoigna M"« de la Trémoïlle.

Le mariage du prince n'eut pas lieu de suite cependant ; défait par les ligueurs à Angers, il fut obligé de se réfugier à Guernesey,

On s'étonnera, sans doute que le comte de Laval ait pu laisser sans défenseurs suffisants une ville de l'importance de Saint-Jean-d'Angély, peut-être avait-il été influencé par la crainte de voir ses soldats décimés par la peste, qui régnait dans laville.Leshabitants avaient abandonné les maisons,pour aller chercher un air plus pur dans des tentes dressées sur les ramparts et dans les douves. Le due de Mayenne, alors à Lusignan avec un petit corps d'armée, crut le moment propice pour s'emparer de Saint-Jean-d'Angély, mais Laval ayant su qu'il se dirigeait sur cette ville, ramassa une cinquantaine d'hommes et fit diligence pour arriver avant lui ; il rencontra l'avant-garde catholique qui lui barrait la route au pont de Saint-Julien, la chargea et passa poursuivi jusqu'à Saint-Jean-d'Angély par Mayenne qui fit canonner la ville comme s'il allait donner l'assaut. Laval, sans perdre de temps, arma les quelques habitants encore valides, les disposa avec sa petite troupe sur les remparts en lui recommandant de ticer leurs mousquets sans interruption. Mayenne s'imagina avoir affaire à une plus forte garnison et sans pousser plus loin l'attaque prit le parti de se retirer. Les réformés eurent l'audace de le poursuivre jusqu'à Varaize, où ils engagèrent un petit combat dans lequel ils perdirent quelques hommes et le capitaine Lachassegne.

En 1586, Condè revint d'Angleterre et se rendit à Taillebourg, où son mariage avec Charlotte fut célébré, le 16 mars, dans la chapelle du château, transformée en temple de la religion réformée. Aussitôt après, le prince, avec ses troupes, parcourut les environs de Saint-Jean-d'Angély et de La Rochelle pour en chasser les catholiques, qui venaient constamment rôder autour de ces deux places, et parvint à son but. Jusqu'à la bataille de Coutras il soutint, ainsi que ses lieutenants, de nombreux sièges et combats dans lesquels la fortune leur fut plus on moins favorable.

Après la bataille de Coutras, où il fut vainqueur, le prince vint passer l'hiver à Saint-Jean-d'Angély auprès de son épouse, alors enceinte de son deuxième enfant. Il avait, dit-on, formé le projet de se créer une riche principauté en enlevant au domaine de la couronne plusieurs provinces de l'ouest) entr'autres la Saintonge ; mais la mort vint renverser cet ambitieux projet.

Le jeudi 12 mars 1588, le prince, en bonne santé, avait couru la bague et avait bien soupe. Un vomissement violent le prit à minuit et dura jusqu'au matin ; toute la journée du vendredi il demeura au lit. Le soir il soupa, et, ayant bien dormi, il se leva le samedi matin, dîna debout, puis joua aux échecs, après quoi il se promena dans sa chambre, devisant avec l'un et l'autre. Tout à coup, il s'écria : « Baillez-moi ma chaise, je sens une grande faiblesse ». Aussitôt après il perdit la parole et rendit l'âme. Des symptômes d'empoisonnement se produisirent aussitôt.

A la nouvelle de ce crime, le roi de Navare accourut à Saint-Jean-d'Angély ; bien que depuis longtemps il ne vivait pas en bonne intelligence avec son cousin, il fut vivement affecté de sa fin tragique, qui lui faisait craindre pour sa propre vie. Il s'occupa aussitôt de faire rechercher les coupables, et chargea de l'instruction judiciaire René de Cumon, prévôt de la sénéchaussée de Saint-Jean-d'Angély.

Il fut constaté par le rapport des médecins et chirurgiens appelés à donner des soins au prince, et chargés après sa mort de l'autopsie, que le 13 mars 1588, une heure et demie

après avoir soupe, le prince ressentit dans l'estomac de grandes douleurs, accompagnées d'une soif ardentes. Nicolas Payet, son chirurgien, reconnaissant la gravité de ces symptômes, se fit assister de Bonaventure de Médicis, docteur en médecine. Ils facilitèrent les vomissements, mais le mal persista toute la nuit, .s'étendant au bas ventre, qui devint dur el tendu ; le prince respirait difficilement, ce qui ne lui permit pas de rester au lit et le contraignit à se tenir assis dans une chaise. Le lendemain, les médecins eurent une consultation avec les docteurs Louis Bontemps et Jean Pallet, et employèrent toutes les ressources de la science à secourir le malade. Le surlendemain, samedi, vers trois heures et demie après-midi, le prince expira suffoqué. Cette mort soudaine ne pouvait être attribuée qu'à une cause extraordinaire et violente. Deux heures après le décès, une écume épaisse et blanche sortit par la bouche et les narines, et s amassa de la grosseur du poing ; à cette écume succéda une humeur compacte et abondante.

L'autopsie qui fut faite par les mêmes médecins, le 6, établit que la partie inférieure du ventre était livide, noire, brûlée ; les intestins pleins d eau roussâtre ; l'estomac, au-dessus de l'orifice, percé à travers.

Tout indiquait que le prince avait été empoisonné. Son corps fut inhumé à Saint-Jean-d'Angély, où il resta déposé jusqu'en 1613, époque à laquelle son fils le fit transporter, avec l'autorisation de la reine, à Valéry, dans l'Yonne, ainsi que l'indique la lettre du corps de ville à Marie de Médicis :

« A la royne régente.

» Madame, les très humbles services qu'avons rendus à M. le prince de Condé, et Télection qu'il avait faite de notre ville de Saint-Jean-d'Angély pour sa demeure, nous faisait espérer que le glorieux dépôt de son corps, tant honoré et honorable à la postérité, nous serait laissé. Mais tout à coup nous en avons été privés par le commandement de V. M., lequel préférant à notre bien et propres désirs.

. ''VW^^

nous Tavons délivré es mains des sieurs de Chamont et de Lagrange, pour le conduire au château Valéry, lieu choisi par Mo*^ le prince de Condé, en témoignage de la prompte et absolue obéissance que peuvent et doivent, madame, vos très humbles.

« Signé : Grenon, maire et capitaine, Arcendeau, greflSor.

» De votre ville de Saint-Jean-d'Angély, ce 23 novembre 1613. »

La justice poursuivit donc Tinstruction de ce crime; elle révéla qu'il avait été préparé par Charlotte de la Trémoîlle, et consommé à son instigation par Permillac de Belcastel, un de ses pages, et par Jean Ancelin Brillaud, procureur au parlement de Bordeaux, intendant de la maison du prince. Charlotte espérait par ce crime, disent les uns, cacher à son mari ses criminelles amours avec son page, dont elle portait le fruit dans son sein ; selon d'autres, elle fut entraînée par les obsessions des agents de la ligue, qui lui représentaient ce crime comme l'expiation de son hérésie et le moyen de se réhabiliter dans l'esprit des catholiques.

Quinze jours avant la mort du prince, Brillaud avait conduit deux chevaux chez un aubergiste du faubourg Taillebourg. et lui avait recommandé, en lui promettant récompense, de les bien soigner et de les tenir prêts à partir d'un moment à l'autre. Ce fut sur ces chevaux que Brillaud et Belcastel prirent la fuite aussitôt que le crime fut consommé. Belcastel parvint à gagner l'Italie, mais Brillaud fut arrêté, ramené à Saint-Jean-d'Angély et ùiis à la question. Dans son interrogatoire, il déclara que la princesse lui avait ordonné de compter mille écus à Belcastel, et d'acheter deux chevaux pour assurer la fuit^ du page en Italie. Le valet de chambre de Charlotte fut aussi jirrêté à Poitiers et transféré à Saint-Jean-d'Angély. Pendant le voyage cet homme se répandit en invectives contre sa maîtresse et fit des révélations aux archers qui l'escortaient : « Madame est bien méchante, disait-il ; qu'on saisisse son tailleur, il peut dévoiler la trame qui avait été ourdie

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contre les jours de M. le prince. Pour moi, je confesserai sans crainte tout ce que je sais ». Il parait qu'en considération de ses aveux, le roi de Navarre lui fit grâce, car rien ne constate son supplice ni son évasion. Mais, par sentence de la sénéchaussée de Saint- Jean -d'Angély, Brillaud fut condamné à être écartelé, et le page Belcastel à être pendu en eflSgie. Brillaud fit appel, mais la sentence fut confirmée et exécutée selon la coutume de l'époque.

Le 11 juillet 1588, jour fixé pour Texécution de la sentence, Brillaud fut trainé sur une claie depuis la prison de la sénéchaussée jusqu'au lieu de l'exécution, en passant par les principaux cantons de la ville. Arrivé là, Brillaud fut enlevé de dessus la claie ; le bourreau brûla, devant lui, dans le vase même où il avait été préparé, le poison qui avait servi à la perpétration du crime ; les membres du condamné furent attachés aux traits de quatre vigoureux chevaux qui tirent en sens inverse pour les arracher ; Brillaud, rendu fou par la douleur, ne cessait de vociférer contre le bourreau et de blasphémer. Lorsque les membres eurent cédé, ils furent replacés sur la claie avec le tronc, et le tout fut transporté à « la Justice du Roi », au sommet de la butte de Niort, qui porte encore aujourd'ui le nom de « butte des Justices », où ils furent accrochés et restèrent jusqu'à ce que les intempéries, les oiseaux de proie et les animaux carnassiers, les eurent fait disparaître.

Quant à Charlotte de la Trémoïlle, les commissaires du roi de Navarre ordonnèrent qu'il serait procédé contre elle, et qu'en cas de condamnation à mort, elle ne serait exécutée que quarante jours après son accouchement ; qu'en attendant elle serait étroitement gardée et ne pourrait communiquer qu'avec M""® de Brizambourg, femme de Jean de la Rochebeaucourt, sieur de Saint-Même, désignée pour assister aux couches de la princesse et rendre compte de tout ce qui s'y passerait. Mais le parlement de Paris, par un arrêt antérieur du G mai, avait ordonné que toutes les pièces de la procédure concernant la mort du prince de

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