SAINT-JEAN S
royal ; le greffier s'avançait à la porte principale, et demandait si le roi ou son lieutenant était au château ; dans le cas d'affirmative, le corps était reçu, le maire présentait la liste des élus, et le roi ou son lieutenant désignait le maire, et lui faisait prêter serment, la main droite sur le livre rouge contenant le calendrier grégorien, les évangiles et les statuts de la commune :
« Je jure et promets au Dieu vivant, par mon baptême et par ma part de paradis, de bien et loyalement garder la ville de Saint-Jean-d' Anijély , contre toute personne qui peut vivre et mourir à la bonne, vraie et loyale subjection et obéissance du roi, notre sire, d'eschever le mal et déshonneur d'icelui de tout mon pouvoir, et si le savais de faire savoir à S, AI, et à ses yens, La ville de Saint- Jean-d'Anyély je gouvernerai en bonde justice, au mieux que je pourrai et ferai droit à tous également, aux pauvres comme aux riches, »
Le cortège revenait dans le même ordre à Thôtel de l'échevinage, pour Tinstallation du nouveau maire.
L'ancien maire faisait répéter au nouveau le même serment que ci-dessus, puis il lui cédaitson siège et lui remettait le livre rouge.
Le nouveau maire, ainsi installé dans ses fonctions, recevait le serment de son prédécesseur et celui des échevins et conseillers :
« Je jure à Dieu que office d'échevin vous ferai cette année ; droit, justice et raison ferai à tous au mieux de mon pouvoir, »
Enfin, le serment des pairs : « Je jure à Dieu qu'office de pair vous ferai cette année, »
Puis le cortège se reformait pour se transporter à chacune des portes de la place, où l'ancien maire faisait remise des clefs au nouveau, en sa qualité de capitaine de la ville et de commandant de la milice bourgeoise, exclusivement chargée de la défense de la ville. Les maires étaient tellement jaloux de leur autorité militaire, que plusieurs fois ils s'opposèrent à la réception de lieutenants des gouver-
neurs, dans la crainte qu'ils ne portassent atteinte à cette prérogative, notamment en 1601.
Les membres du corps avaient le droit de résigner leurs fonctions en faveur d'une personne de leur choix, pourvu qu'elle fût reconnue apte à les bien remplir ; mais à leur décès ils ne pouvaient être remplacés que par le corps de ville, à la majorité des voix. Si le maire n'était que pair lors de son élection, la première place vacante d'échevin ou de conseiller lui était attribuée, après la cessation de ses fonctions, afin de lui conserver la noblesse, qu'il perdait en redevenant simple pair à l'expiration de sa mairie.
Les droits à payer par chaque membre, lors de son admission dans la commune, étaient de dix livres au profit de la communauté, et d'un linceuil neuf pour laumônerie Notre-Dame des Halles.
Tous les Angériens étaient exempts du ban et de l'arrière-ban ; ils ne pouvaient être appelés à un service de guerre, en dehors de la ville, que pour la garde de la Saintonge. Cependant, ils n'invoquèrent pas ce privilège dans plusieurs circonstances critiques de la guerre de cent ans, et ils répondirent avec ardeur à tous les appels de la France agonisante.
Les cent membres de la commune devaient résider dans la ville, et à portée d'entendre la grosse cloche de Téchevinage, que l'on mettait en branle pour les réuqir. Ceux qui, sans motifs sérieux, n'assistaient pas aux réunions, étaient passibles d'une amende de cinquante sols pour les échevins et conseillers, et de vingt-cinq sols pour les pairs. Ils pouvaient être rayés du nombre des membres de la commune après trois absences successives non justifiées, et remplacés par des personnes plus soucieuses de remplir les devoirs de leur charge.
Le maire avait la police des séances ; chaque membre y prenait la parole par ordre d'ancienneté, les échevins les premiers, les conseillers ensuite, puis les pairs. Celui qui opinait avant son tour, ou qui interrompait, était d'abord rappelé à l'ordre ; s'il continuait, il était pas-
sible dune amende. Les injures proférées en séance contre le maire entraînaient immédiatement une punition rigoureuse ; le coupable était mis dans la basse fosse de Téchevinage, jugé par ses pairs et condamné à faire amende honorable au maire et au roi, à genoux, la tête nue, en présence du corps de ville réuni en mésée ; de plus, il était passible d'une amende considérable, mais dont il lui était presque toujours fait remise lorsqu'il se soumettait à l'humiliante réparation qui lui était imposée. S'il refusait de s'y soumettre^ il était expulsé de l'hôtel de l'échevinage et rayé du nombre des membres de la commune.
L'échevinage, ou maison commune, parait avoir été établi tout d'abord dans deux maisons données, en 1313 et 1317, aux maires et aux échevins de Saint-Jean-d'Angély, par Barthélémy de la Féraudie et Pétronille, veuve de Giraut de la Féraudie sa belle-sœur. Il occupait une bien plus grande étendue de terrain que celui enclos par les ruines encore debout dans la rue de l'échevinage, si nous en jugeons par les services auxquels il devait suffire et par le nombre des personnes qui devaient y trouver place. Deux cents personnes se réunissaient quelquefois dans la salle des « mésàes », ou séances du conseil. En 1412, le corps de ville, n'ayant pas voulu traiter seul de graves questions, s'adjoignit cent notables auxquels il donna le pouvoir d'assister aux séances du conseil et d'y donner leur avis sur les affaires de la commune. Il y avait aussi une salle des audiences de la cour de la mairie, assez vaste pour avoir servi aux « grandes assises du roi », pour lesquelles elle fut louée 4 livres 10 sols en 1406 et 1410 ; enfin, une prison dite de l'échevinage, et des cachots souterrains appelés « basses fosses », ainsi que tous les appartements complétant ces divers services. Il y a donc lieu de croire, avec la tradition populaire, que l'échevinage occupait tout le côté couchant de la rue qui porte son nom, et s'étendait jusqu'au jardin de M. de Lestang, rue du Jeu de Paume, occupé, il y a quelques années encore, par une sorte de tour contenant un bel escalier en pierre, à rampe en fer forgé, dont la
construction lourde et sans ornements extérieurs paraissait remonter au XIVo siècle.
Le luxe intérieur des édifices publics n'était pas poussé, à cette époque, aussi loin qu'aujourd'hui ; au lieu de planchers cirés et de riches tapis, nos puissants édiles se contentaient, au rez-de-chaussée principalement, d'un carrelage recouvert d'une simple couche de paille ou de jonc ; les comptes du receveur de 1417 font mention d'une somme de 7 sols 6 deniers payée à Perrin Desbordes, pour avoir fourni l'échevinage « de paille et joncliiire au<c mésées ».
Cette manière toute primitive de remplacer les tapis dans les appartements était dans les usages d'alors, et le roi de * France lui-même s en contentait ; bien plus, il imposait l'obligation de lui fournir la paille et le jonc nécessaires, à titre de redevance, pour les faveurs dont il gratifiait ses sujets ; ainsi, en 1404, Pernelle d'Excideuil, veuve de sire Jehan de Saumur, tenait le poids de la ville de Saint-Jeand'Angély, appelé « le po/ds du roi », à foi et hommage, et au devoir de jonchure, quand le roi ou son lieutenant venait à Saint-Jean-d'Angély pour la première fois ; c'est-à-dire qu'elle était tenue de joncher, une fois, la salle et la chambre du roi ou de son lieutenant, en été avec du jonc, en hiver avec de la paille.
Après le siège de 1621, le corps de ville dépouillé de ses privilèges, sans commerce et sans revenus, négligea forcément l'entretien des propriétés communales ;, en 1764 l'échevinage menaçait ruine ; on y fit quelques réparations insuffisantes, qui ne l'empêchèrent pas de s'écrouler en février 1765, ce qui força les notables de se réunir provisoirement, le 7 mars, dans la salle des R. P. jacobins. Les ressources de la ville ne permettant pas de le reconstruire, les murs furent rasés à la hauteur de dix pieds, pour prévenir un nouvel écroulement, et les matériaux en furent vendus, ainsi que l'emplacement. Pendant longtemps, la municipalité chercha à acquérir un nouveau local, dont le prix fût en rapport avec ses ressources ; mais ses revenus
étaient alors si faibles et ses charges relativement si élevées (1,200 livres de revenus et 2,440 livres de dépenses), qu'elle dut renoncer à lacquisition et se contenter, pour ses réunions, d'une des salles du monastère des bénédictins, naise à sa disposition par le prieur ; elle s'y réunit jusque dans les premières années de ce siècle, époque à laquelle raumônerie, fondée en 1429 par Téchevin Gallerand, fut transformée en hôtel de ville,
La tour de THorloge dépendait de l'échevinage, dont elle renfermait les archives ; elle contenait aussi la cloche qui servait à la convocation de ses membres; séparée du corps principal, comme il est facile encore d'en juger, elle était à cheval sur la rue, ^marque distinctive de l'existence de la commune, qui avait seule le privilège de ce genre, de construction. Elle fut réparée en 140c, 1406, 1410 et 1764. Elle devait au roi 10 sols de cens payables chaque année^, le jour de la Saint-Michel, au receveur de la Saiutonge. L'horloge qu'elle renferme remonte à une assez haute antiquité, elle existait avant 1406, année pendant laquelle elle fut réparée.
En 1711, la grosse cloche, qui lui servait et lui sert encore de sonnerie, étant fêlée, fut réparée, puis refondue en 1721 par René et Pierre Barreau, maîtres fondeurs de Saintes ; avaat sa refonte elle portait l'inscription suivante en caractères gothiques :
Angeriacum super Vtilturnuin uie fecit 18 mense niaii, an/io Domijii MCCLXX septimo,
Laus tibi sit Christo, placidus (ihi sit sontis iste,
Af entent' sanctam spontaneam, honorem Deo et patriœ Uherntioneni .
Cette inscription fut remplacée par la suivante, qu'on y lit aujourd'hui :
.1^/20 Do mi ni MVCCXXXI, /'ér/nante Ludovico XV, ly^ Biijnon prooinciœ prrrfecto, facta fait opihus et opéra D^ Charrier, Anf/e/'iaco prce/ècti.
Latfs tibi sit Jesu, placidus tibi sit sonnas iste.
Dictas dominas Charrier pair in as meus fait et domina
Castin de Guérin uœor ejus matrina. Ad honorera dei patriœque salutem,
Olîm anno 1277 fusa fui, ponde 2 184, hodie 15 februarii
refusa sumptibas multorum civiuni ponde 3227 et XXIV mensis ejusdeni benedicta.