DONT LES NOMS ONT ÉTÉ CONSERVÉS
Thomas de Galerne 1292
Guillaume de Lussaut 1313
Ademar de Lussaut . 1317
Aimar de Lussaut 1318
Pierre Boisseau 1331
Bernard Barraud ' 1332
B. Jacob 1334
Guillaume de Rion 1340
Aymard de* Marteaux 1357
Patrice de Cumon 1372
Jehan de Saumur 1373
Jean Roilhe ou Rouylhe laîné 1374
Bernard Tronquière 1375
Jean de Saumur 1379
André Coutelier, lieutenant du sénéchal. . . . 1380
Guillaume Roilhe 1381
Jean de Saumur 1383
Guillaume Roilhe 1384
Bernard de Marteaux. 1386
André Coutelier ' 1387-88
Ambroise de Saumur 1389
Bernard Tronquière 1390
Berthommé Marquis 1391
Aimeri Seignoret 1392
Bernard Tronquière 1393
Ambroise de Saumur 1395
Bernard Tronquière 1396
Berthommé Marquis 1397
Bernard Tronquière 1399
Bernard Tronquière 1402
Pierre Girart, avocat 1403
Jean Bidaut, sieur de Courpeteau 1404
Ambroise Fradin, sieur de Bessey 1405
Bernard Tronquière^ Hugues de Cumon et Ambroise*
Fradin 1406
Hugues de Cumon 1407
Ambroise Fradin, sieur de Bessey 1400
Ambroise de Saumur 1409
Berthommé Marquis 1410
Ambroise Fradin, sieur de Bessey 1411
Jean Bidaut, sieur de Courpeteau 1412
Jean Chauveau, procureur pn parlement. . . . 1413
Bernard Bidaut et Ambroise de Saumur. . . 1414
Jean Bidaut, sieur de Courpeteau 1415
Ambroise Fradin, sieur de Bessey 1416
Bernard Bidaut 1417
Hélie de Saumur 1418
Pierre de Lavau 1419
Hélie Duchaslard, avocat, d'après Guiilonnet-Mer-
ville, ou Bernard Bidaut, d après un registre de
comptes de 1420 1420
Jean Bidaut, d'après Guillonnet, et Robert Bidaut,
d'après un registre de 1421 1421
Jean ou Bernard Bidaut 1422
Hélie de Saumur 1421]
Bernard Bidaut 1424
Hélie Duchaslard 1425
Ambroise Fradin 1426
Jean Bidaut 1427
Guillaume Bidaut 1428
Hélie Duchaslard 1429
Gérard Vairon 1430
Jean Bidaut 1431
Jean d'Angiers 1432
Jehan Duchaslard 1433
Pierre Fradin 1434
François Prévost 1435
Pierre Fradin • 1436
Hélie Duchasiard 1437
Jean Dorin 1438
André Piron 1439
Jeau Dçrin 1440
Guillaume Bidaut 1441
Hélie Grasmorcel 1442
Hélie Gaignaire 1443
Bernard Vairon 1444
Jean Dabeville • 1445
Guillaume Bidaut 1446
Jean Dabeville, ou Hélie Bertram 1447
Colin Martin^ conseiller du roi, receveur des tailles
en Saintonge et gouverneur de La Rochelle. . 1448
Mathelin Rousseau . 1449
Guillaume Bidaut 1350
Jehan Piron 1451
Jean de Cumon 1452
Jean de Thouar 1453
Colin Martin 1454
Hélie Bertram 1457
Jean de Cumon 1464
Amauri Julian 1478
Pierre Patureau 1482
Bernard Tronquière 1490
Hélie de Cumon 1491
Guillaume de la Croix, avocat, sieur de la Madeleine. 1503
Jean Gandoux 1507
René Legendre 1508
Marc Brosset 1509
Amauri Bouchard, lieutenant général 1516
Jean Gandoux 1517
Olivier Pesneau 1518
Laurent Pitard 1519
Jean Audet 1520
Jacques Tibault, seigneur du Bellay 152i
Guillaume Hobineau 1522-23
Pierre Constant. ... : do24
Jean de Cumon. lo2C
Pierre Chevalier 1327
Pierre Brun, sieur de Saint-Martin 1528
Maurice Myrault, sieur de Laleu ^ lo'iO
Pierre Brun, sieur de Saint-Martin. . . . . 1530
Hugues Texeron 1531
Maurice Myrault, sieur de Laleu 1532
Antoine Guingant, sieur de Charauxi .... 4533 Denis Hélie, sieur de la Maisonneuve, procureur
du roi . 1534
François Prévost, sieur des Trois-Rois et de la
Pironnière, avocat 1535
Marquet Hélie 1536
Christophe de Cumon, seigneur de Voissay, lieutenant particulier 1537
Jean Ravard, seigneur d*Orioux. . . ... . 1538
Jean Meneu, sieur de Chantemerle 15^19
Maurice Myrault 1540
François Sarraud 1541
Pierre Daguesseau, lieutenant général. . . . 1542
Etienne Sarraud, sieur de Laperrière 1543
Antoine Rolland 1544
Jean Payen 1545
René Caniot 1546
Joachim Dabillon, marchand de fer 1547
Mathurin Regiou 1548
Henri Pallet, marchand de drap 1549
Pierre Berland, sieur de Genouillé 1550
Jacques Jousseaume 1551
Pierre Perrichon 1552
Antoine Rasin, sieur du Chapeau-Rouge. . . 1553
Jean Texeron, sieur des Vignes 1554
Jean Blanchard, receveur des tailles 1555
Mathurin Myrault 1556
Jean Boisseau, sieur de la Galernerie 1557
Etienne Sarraud, sieur de Laperrière 1558
Mathurin Région 1559
Olivier de Cumon, sieur de Voissay 1560-61
Arnaud Rolland, sieur de Monrolland et de Monmouton, et Pierre Daguesseau, après le départ
de Rolland 1562
Pierre Daguesseau écuyer, sieur du Sableau, lieutenant général 1563
Etienne Sarraud, sieur de Laperrière .... 1564
Dominique Chouet 1565-66
Nicolas Mangou 1567-68
Pierre Boisseau 1569
Jean Régnier, sieur de Laplante 1570
Pierre de Juif 1571
Jean Pelletier. 1572
Philippe Payen 1573
Denis Hillaret^ sieur d'Ardenant. . . . . . 1574
Maurice Gadouin, sieur de la Madeleine, avocat. . 1575
Christophe de Laurière. 1576
Hugues Fouchier, sieur du Vivroux. '. . . .1577-78 Jean Barthommé, sieur du Château . . . . . 1579-80 Jean-Baptiste de Juif, sieur de Gourdon. . . . 1581 Jean Dabillon, sieur de Beaufief et de La Leigne. 1582-83 Antoine Prévost, sieur des Trois-Rois. . . . 1584
Jean Dorin, sieur de Gratteloup 1585
François Mathé, sieur de la Sausaye 1586
Jean Gilbert, sieur de la Chaussée 1587-88
Jean Bernissan, marchand de drap 1589
René de Cumon, sieur des Fiefs-Bruns, écuyer,
lieutenant particulier 1590-91
Jean Legendre, sieur de La Vauguion. . . . 1592-93 Jean Dorin, sieur de Gratteloup, écuyer. . . . 1594-95
François Barbade 1596
Guilfaume Vincent, notaire. 1597
Charles Cardel, sieur de Launay 1508
Jean Barthommé, sieur de Bignay 1599
Hélie Festiveau. . .- iCOO
Jean Dabillon, écuyer, lieutenaat général civil et
criminel 1601
Jean Barthommé, sieur du Château 1602
Simon Pitard, greffier du siège de la sénéchaussée. 1603
Jean Boisseau, sieur de Pouzou 1604-05
Antoine Rolland, sieur de Monrolland et de Mon-
mouton 1606
Hugues Fouchier, sieur du Vivroux 1607
Jean Barthommé, sieur du Château 1608
Jean Dorin, sieur de Gratteloup 1609-40
Jean Brochard, sieur du Pignaud 1611
Jacob de Queux, sieur de Saint-Hilaire. . . . 1612 Daniel Grenoux, sieur des Grands-Sûres. . . 1613
Jean Barthommé, sieur des Masures 1614
Jean Barbot, président de Télection 1613
Bonaventure de Lacombe, écuyer, sieur de La Ri-
chardière 1616
Jean Texier, écuyer, avocat, sieur de la Maisonneuve. 1617 Daniel Maichin, écuyer, sieur de La Prade et de
Riollet ... * 1618
Pierre Fromentin, avocat du roi, sieur du Châtanet. 1G19 Jacques Lecocq, sieur des Roches, Jean Audet,
d'après Maichin. Coutume p. 15 1620
Pierre Eveillard, sieur de La Guillebaudière . . 162i
Après le siège de 1621, Louis XIII supprima la mairie et confia la police de la ville aux lieutenants généraux, qui Texercèrent jusqu'au rétablissement de la mairie en 1693. Jacques Augeard. . . . 1622-1651
Charles Rasin 1652-1679
Antoine Lambert .... 1680-1688
Joseph de Bonnegens . 1689-1692
Jean Robert, premier maire perpétuel. . . 169t>-1700 Jacques- Jean Robert, maire alternatif avec. . . 1707
Jean Benezet 1708
Jacques-Jean-Baptiste Robert, seigneur des Tartres etd'Orioux 1709
Jacques-Christophe Dières, succède à Robert . . 1716
Jean Benezet. . . 1717
Alexandre Mallet, maire électif annuel .... 1718-19
Jean Benezet 1720
Jean Mestadier, avocat du roi 1721-22
René Pépin, sieur de la Brunetrère 1723-25
Josué Lemaître, sieur du Pouzat, lieutenant
criminel 1726-28
Antoine-Maurice Charrier, procureur du roi . . 1729-30
Jacques Geofïré, sieur de Longfief 1731-32
Jean-Baptiste Caffin, .seigneur de Chantemerle,
assesseur au sénéchal 1733-38
Pierre-Michel Suireau, sieur de Sonnac, marchand. 173Î) Charles Marcliand, sieur de Fief joyeux, avocat. . 1740-41 Jean-Antoine Delarade, lieutenant particulier . . 1742 Jean-Joseph Lemaitre, sieur du Pouzat et de Chancelée, maire ancien et mi-triennal, aux gages de 225 livres par an. (Prenait la qualité
de maire perpétuel en 1745) 1743-04
Anne-Rogier Garnier, commissaire ordinaire des
guerres ..." 1746-54
Pierre- Augustin Perraudeau, écuyer, avocat conseiller secrétaire du roi, maison et couronne
de France 1765-66
Pierre-Daniel Héry, lieutenant criminel. . . 1767-71
Antoine Valentin, conseiller et médecin du roi,
avocat en parlement 1772-90
Cabaud-Desnobles 1791
Elisée Loustalot 1792-93
Paul Paroche-Dufresne 1794-95
François TilIé, président de Tadministration
municipale 1796-98
Paul Paroche-Dufresne, président de l'administration municipale 1798-99
Jacques-Elie Levallois, ancien procureur, président
de ladministration municipale 1800
Paroche-Dufresne 1801
Jean-Baptiste GrifiEon, négociant 1802-Ot)
De Serigny de Luret, ancien lient, de vaisseau, * . 1890-1 o
Charles-Josepli de Lalaurencie 1816-30
Joseph de Bonnegens de La Grange 1830-33
Jean-Baptiste-Marie Chopy, avoué ..... 1833-39
Auguste de Gaalon, * . ■ 1839-45
Les membres du Conseil municipal dans Tordre du
tableau 1845-47
Auguste Fenioux, avoué 1847-48
Abel Mousnier négociant 1848-53
Michel Texier^ capitaine de corvette en retr., *, >î<i853-54 Auguste Roy de Loulay, avocat, *, i O, député
au corps législatif 1864-70
Jean-Baptiste Petit 1870-71
Alphonse Jouslain, docteur en médecine, A O . 1871
Nicolas Pastureau 4876
Pascal Bourcy, docteur en médecine 1877-78
Joseph Lair, avocat, ^, i O 1879
Alexandre Vrignaud, avocat 1889-96
Pascal Bourcy, docteur en médecine, député à
l'Assemblée nationale 1896-98
André- Joseph Rabault, propriétaire 1898-
La conversion d'Henri IV, son sacre et son entrée solennelle dans Paris, le 22 mars 1574, désarmèrent ^s ennemis. En attendant les nouveaux règlements qu'il méditait sur réxercice de la religion réformée, il remit en vigueur Tédit de Poitiers, l'un des plus favorables à la réforme ; il permit en outre aux réformés de se réunir en assemblées générales pour régler provisoirement les affaires de leur religion. La première de ces assemblées eut lieu dans le mois de mai à Sainte- Foix. Il y fut arrêté qu'il serait formé un conseil général des églises, composé de douze membres au plus, dont quatre choisis dans la noblesse, quatre parmi les ministres de la religion et quatre dans le tiers-état ; que la première réunion aurait lieu à Saumur ; qu'enfin il serait créé, dans chacune des dix
grandes provinces du royaume, un conseil particulier* chargé d'envoyer, chaque année, un député au conseil général.
Les réformés, sur qui l'abjuration d'Henri IV avait produit mauvais eflfet, murmuraient sur le retard apporté à la promulgation des nouveaux règlements, et ne furent même pas satisfaits tout d'abord par l'édit de Nantes du 13 avril 1598, qu'ils considéraient comme leur étant peu favorable, tandis que les catholiques, au contraire, le trouvaient trop libéral pour les réformés.
Les concessions royales ne produisirent donc pas l'effet que l'on en attendait pour la tranquillité générale et parti-, culièrement pour celle de Saint-Jean-d'Angély, et le lecteur va voir, par suite de quels événements cette ville fut entraînée à la chute terrible dont elle ne commença à se relever que deux siècles après, lorsque la révolution, en abolissant les privilèges, permit à ses habitants de donner libre carrière à leurs aptitudes commerciales.
Les idées de liberté religieuse avaient amené à leur suite le désir d'arriver aussi à la liberté civile et commerciale. Cette disposition des esprits porta chacun à saper les vieilles libertés municipales, qui, rapetissées alors par la loi supérieure du progrès, ne représentaient plus que des privilèges monstrueux au profit des corps communaux et au grand détriment de la masse. Saint-Jean-d'Angély, n'étant plus ville frontière, avait perdu toute son importance stratégique, et l'invention de la poudre avait considérablement diminué la force de résistance de ses fortifications. Le pouvoir n'avait donc plus le même intérêt à maintenir ses privilèges intacts ; bien plus, il cherchait souvent à enfreindre ceux qui le gênaient, principalement celui de l'exemption des tailles, que ses agents fiscaux éludaient par tous les moyens possibles. Il est vrai que le corps de ville, laissant la porte ouverte aux abus, avait perdu sa force et son homogénéité d'autrefois ; au lieu de choisir ses membres comme jadis, parmi les Angériens les plus considérés, il avait admis le droit de résignation en faveur d'une personne désignée par
le cédant. Cette faculté avait dégénéré en abus,.et il n'était pas rare de voir un homme riche et influent, désireux d'arriver à la noblesse par l'échevinage, obtenir à prix d'argent la résignation d'un pair en sa faveur, puis celle d'un conseiller ou d'un échevin ; de sorte que, sans avoir rendu aucua service à la commune, le nouvel élu était anobli et jouissait des privilèges attachés à sa qualité, sans plus se soucier ensuite des devoirs de sa charge, au point qu'il n'assistait même pas aux mésées. Il en résultait que le corps de ville n'était pas toujours en nombre pour délibérer, et était contraint de différer souvent sa décision au sujet d'affaires importantes.
Le duc d'Epernon, gouverneur de la Saintonge, fut le premier qui profita de cette déchéance morale du corps de ville, pour se dispenser de tenir compte de ses privilèges et lui imposer sa volonté. Voulant envoyer au roi le régiment de Picardie, auquel il manquait huit cents hommes, le duc ordonna de le compléter dans sou gouvernement de Saintonge, et fixa à dix hommes le contingent à fournir par Saint-Jean-d'Angély et sa banlieue. De plus, il fit contribuer la ville pour une somme de mille écus à l'achat d'avoine destinée à ses troupes et à celles de de Masssac et d'AmblevillO:, ses lieutenants, ainsi que pour quatre-vingts écus aux réparations dont avait besoin les fortifications de Saintes.
Le corps de ville invoqua en vain son exemption du ban et de larrière ban, ainsi que celle des fourniture* aux gens de guerre ; le duc ne voulut rien entendre, et il poussa la rigueur jusqu'à faire arrêter et incarcérer, juqu'au paiement intégral des mille écus, trois marchands angériens de passage à Saintes : Antoine Giron, Louis Brodeau et Jacques Poupart, dont les chevaux et les marchandises furent également saisis.
A cette nouvelle, le corps de ville envoya à Saintes son procureur, pour gagner du temps et attendre le retour de Guillaume Razin, sieur de Gratteloup, député en cour, dans l'espoir qu'il en rapporterait des lettres favorables à son
exemption ; mais le lieutenant général fit arrêter et emprisonner le procureur. Les vingt-cinq membres nobles de réchevinago durent céder devant la force et se décidèrent à payer deux cents écus de leur poche ; le reste de la somme fut levé sur les autres habitants. Il furent obligés de payer en plus les frais d'arrestation et des dommages aux marchands emprisonnés.
Guillaume Razin revint de la cour le 20 août 1o99, rapportant seulement Tassuranco verbale que le roi n'entendait nullement amoindrir le privilège d'exemption des tailles des vingt-cinq membres du corps de ville, de'leurs veuves et de leurs enfants, mais qu'il ne pourrait leur en faire délivrer des lettres de reconnaissance qu'après le rapport des commissaires envoyés en Guienne pour la vérification de la noblesse.
Pendant les troubles des dernières années, des lettres de bourgeoisies avaient été accordées avec de très grandes facilités et sans avis préalable du corps de ville ; il en résultait que les titulaires s'en étaient prévalus pour s'établir où bon leur semblait, sans souci des anciens règlements. Plusieurs d'entre eux avaient transporté leurs magasins à sel dans les faubourgs Saint-Eutrope et Taillebourg, ainsi qu'à Saint-Julien, et vendaient le sel à leur mesure, au détriment des finances royales et des pauvres de la ville, les officiers royaux ne pouvant y exercer leur contrôle aussi facilement qu'au port do Saint- Jean-d Angély, lieu désigné d'ancienneté pour l'entrepôt des sels. Un ancien usage voulait que le boisseau de sel fût mesuré comble par le vendeur et livré à l'acheteur seulement après avoir été rasé : le comble était versé dans ce qu'on appelait « la boite du sel ». Le produit de la boîte était vendu ensuite, à certaines époques, par un marchand désigné par le maire, et le montant de la vente distribué aux pauvres du quartier du Port. Cette ressource faisait d'autant plus défaut, en 1599, que les récoltes en général avaient été mavaises ; que la disette régnait dans la ville, où s'étaient réfugiés un grand nombre de malheureux fuyant
l'épidémie contagieuse qui affectait les villes voisines ; que la caisse de la commune était vide, ses revenus saisis, et que le sieur du Marais, créancier de la commune pour une somme assez considérable, menaçait de faire saisir Thôtel de Téchevinage et la tour de THorloge. si les intérêts arriérés, au moins, ne lui étaient payés immédiatement.
Pour amoindrir, autant que possible, les embarras de la situation, le maire avait interdit l'entrée de la ville aux vagabonds et avaient chargé les gardes des portes de leur en barrer le passage ; mais les soldats ayant refusé de se prêter à cette besogne, qui leur répugnait, le maire fut contraint de faire rechercher les vagabonds, assez nombreux, qui s'étaient déjà introduits dans la ville, et les fît expulser. Il ne fit ouvrir que deux portes sur quatre, près desquelles quatre membres de la commune se tenaient en permanence, pour distribuer aux malheureux des secours, leur permettant daller chercher ailleurs le refuge qui leur (Hait refusé à Saint-Jean-d'Angély.
Il défendit aux bouchers de la ville d'occuper plus d'un banc sous la halle de la boucherie, afin qu'un plus grand nombre de bouchers étrangers pussent venir y étaler ; puis il autorisa les boulangers des environs à venir vendre dans la ville pendant tout le temps de la disette, et réglementa la fabrication du pain par un arrêté publié de nouveau en 1G17:
« Règlement sur la police du pain, espèce, poids et prix « d'icelui, que les maîtres boulangers de la ville de Saint- « Jean-d Angély doibvent tenir et garder pour le bien et (( soulagement du public.
« Doibvent les boulangers, pour chacun boiceau de bled « froman mesure de ladite ville, quarante-deux livres de (( pain, avec toute sa fleur, bien cuit, et quatorze miches « qu'on appelle d'Abbaye, pesant chacune d'icelles deux (( livres. Aussi doibvent faire du pain de rebouttet, qui « doibt peser plus d'un tiers que celui de toute sa fleur, et u marquer le dit pain. Sont tenus de faire du pain de cinq {( deniers pièce, de dix deniers, de deux sols six deniers,
« de cinq sols pièce, de sept sols six deniers, de dix sols, « de douze sols six deniers, de quinze sols, de vingt sols, « de vingt-cinq sols pièce, selon le cours du pirix du bled (( et des espèces de pain ci- dessus déclaré, et de tenir Iciy* « ouvroir garni de jour à autre de toutes espèces de pain. « Pour obvier aux fraudes et pour le bien du peuple, de « semaine en semaine, ou de jour h autre, les maire et (( jurats sont obligés de faire prendre et porter le pain en la « maison et eschevinage de ladite ville, pour être pesé en « présence desdits boulangers, ou appelez pour ce voir faire. « Et SI le pain pesé se tiouve léger d'une once, sera confisque ft et distribué aux pauvres, et le boulanger, pour sa faute, « condampné à deux sols d'amende pour chacune once. Et « s'il se trouve léger de sept ou huit onces, outre la perte (( et confisquation dudit pain, le boulanger sera tenu en « l'amende arbitraire à l'arbitrage des maire et juratz selon (( l'exigence du délit.
(Suit le tarif du pain d'après le prix du boisseau de froment, depuis quinze sols jusqu'à quatre livres le boisseau).
« En l'an 1017, soubz la mairie de Jeau Texicr, écuver, a sieur de la Maison-Neuve. »
En 1000, la situation s'étant améliorée, le corps de ville «'occupa de réparer les désastres de la guerre, en faisant reconstruire le pont Saint- Jacques, celui de Saint-Julien, et réparer la grande école de la ville, qui avait été transformée \en magasin à poudre, et qu'il rendit à sa destination première. Il voulut même rétablir l'ancien collège ; il fit des propositions dans ce but aux moines bénédictins, qui le possédaient autrefois, et sollicita du chancelier de France lautorisation d'imposer dix mille livres sur les paroisses de l'élection, pour les frais que nécessiterait son installation. Enfin, la ville contribua, pour une somme de cent dixhuit écus quarante sols, à la construction de la tour de Cordouan.
Les habitants catholiques, de leur côté, ayant obtenu du conseil royal l'autorisation de rétablir leur culte, comme
conséquence de Tédit de |>acification du mois d'avril l'»98, et la levée d'un impôt de six mille livres pour la construction d'une église provisoire, poussèrent si activement les travaux (^ cet édifice en se servant des matériaux provenant des ruines de l'ancienne église abbatiale, que François Guillebaud, abbé du monastère et aumônier d'Henri IV, put y dire la première messe dans le mois de novembre de la même année. En 1609, l'église étant considérée comme peu convenable, les habitants sollicitèrent, de concert avec les moines bénédictins, et obtinrent du parlement de Bordeaux un arrêt condamnant leur abbé a consacrer le tiers de ses revenus à la construction d'un monument plus grandiose. Mais la libre disposition des fonds ayant été laissée aux moines, ceux-ci les employèrent à la construction d'un splendide monastère et ne s'occupèrent pas de la n.ouvelle église. Ils ne commencèrent cette dernière qu'en 1728, forcés et contraints par un arrêt du conseil royal et la nomination de fabriciens chargés de contrôler l'emploi des fonds. La constru<^tion, iftalgré cela, marcha assez lentement puisqu'on 1703 les deux tours inachevées, que nous voyons maintenant, s'élevaient encore seules et n'ont jamais été entretenues depuis. L'église provisoire de 1(Î00 a été réparée aussi convenablement que possible en IfiOO, sur l'initiative de l'abbé Bardon, curé de la paroisse et sous la direction de M. Rullier, architecte, et il y a tout lieu de croire que les tours continueront à s'effriter jusqu'à leur effondrement complet. — Ces deux tours ont porté longtemps le nom de piliers et sont encore ainsi dénommées par les vieillards, parce qu elles ont été construites sur l'endroit même ou s'élevait autrefois le pilier, emblème de la justice seigneuriale de l'abbé des bénédictins.
Les dépenses de l'Etat augmentaient sans cesse, et on créait constamment de nouveaux impôts pour les couvrir. Un des plus impopulaires était celui auquel on donnait alors le nom de « pancarte », sorte de droit d'octroi au profit du trésor royal, en vertu duquel il était perçu un sol par livre sur toutes les denrées entrant dans les villes et
•-VW
bourgs clos de murs. Cet impôt avait été voté par l'assemblée des notables, à Rouen, en 1596, pour trois ans seulement, et fut. prorogé ensuite, au grand mécontentement des populations. Le corps de ville de Saintes prit l'initiative de réclamations à faire au conseil du roi contre cette proro- ' gation, et, d'accord avec Saint- Jean-d'Angély et les autres villes et bourgs de la Saintonge, en proposa le rachat pour le présent et l'avenir, moyennant le paiement d une somme fixe de dix mille écus. Cette offre ne fut pas acceptée, mai^ la pancarte fut supprimée quelques années après, Henri IV ayant cru devoir céder devant le mécontentement qu elle entretenait.
Une autre cause, bien plus grave encore, atigmentait l'inquiétude des Angériens. Henri IV, sans tenir compte des privilèges du maire, avait nommé de Beaulieu lieutenant du gouverneur de Saint-Jean-d'Angély, en remplacement de François d'Alloué, sieur des Ajots, vieux capitaine, qui ji'avait pas cru devoir prendre possession de ses fonctions, en raison de l'opposition qu'avait soulevée son installation. Le corps de ville refusa de recevoir de Beaulieu et réclama auprès du roi contre sa nomination. Henri IV persista et, dans une lettre qu'il écrivit à ce corps le 6 juillet IGOI, il l'informait que, nonobstant son opposition, il donnait Tordre à des Aiots, d'installer de Beaulieu dans ses fonctions, espérant que le corps de ville se conformerait à sa volonté sans plus de délai ni de difficultés.
Malgré le ton impératif de la lettre royale, le corps de ville convoqua une assemblée générale des habitants, à laquelle quatre à cinq cents personnes prirent part. Il fut décidé qu'on députerait au roi Jean Gilbert, sieur de la Chaussée, et Bonaventure de Lacombe, pour lui faire comprendre le grand préjudice qui résulterait pour les privilèges de la commune si de Beaulieu prenait possession de sa charge.
L'autorité du maire commençait du reste à être battue en brèche, môme par les membres de l'échevinagc, qui employaient tous les moyens dilatoires pour résister aux
mesures qui les atteignaient. Une ordonnance de police avait mis à la charge des habitants, de quelque qualité qu'ils fussent, le pavage des rues devant leur propriété. Un seul habitant, Jean Prévost, substitut du procureur général et échevin du corps, se prévalut de ses fonctions pour refuser de faire paver la partie de la rue de la Souche qui lui incombait et menaça le maître paveur de lui rompre le col s'il exécutait les ordres qu'il avait reçus du maire. Puis il se pourvut devant le parlement de Bordeaux, qui retint la cause. La commune en appela devant le conseil royal, auquel elle fit observer que le mépris que l'on faisait de la personne et des ordonnances du maire pourrait amener une sédition entre les habitants de l'une et de l'autre religion, fort excités les uns contre les autres, et finit par obtenir un arrêt, le 3 décembre 1611, lui donnant gain de cause.
La mission de Maximilien de Béthune, baron de Rosni, envoyé en Saintonge pour calmer les esprits, et l'abolition de la pancarte, conseillée par lui pour aider à atteindre ce but, n'avaient donc pas réussi^ puisqu'à St-Jean-d'Angély, une simple infraction à une ordonnance de police surexcitait encore assez les esprits pour faire craindre que les catholiques et les réformés en vinssent aux mains. La vérité est, que les chefs du parti de la réforme ne trouvaient pas dans l'édit de Nantes toutes les garanties qu'ils désiraient, et qu'ils travaillaient à rétablir l'ancienne confédération calviniste.
L'assassinVtt d'Henri IV, dont la nouvelle parvint à Sainl-Jean-d'Angély, le 10 mai 1010, alors que le synode provincial de la Saintonge, de l'Aunis et de l'Angoumois» y était assemblé, y causa une profonde douleur et les membres répandirent cette fâcheuse nouvelle dans ces trois provinces en la commentant comme pouvant amener un nouveau gouvernement moins favorable aux réformés.
En effet, les divisions devinrent plus profondes à la Cour, par suite des intrigues des favoris italiens que la
régente Marie de Médicis avait substitués aux anciens sel*viteurs du roi dans les conseils du gouvernement.
Les délégués des églises réformées se réunirent le 22 mai 1611, à Saumur, pour Télcction des députés généraux que les calvinistes entretenaient à la cour. Le duc de Bouillon, contrairement aux instructions qui lui avaient été données par la régente, laissa voir dans cette réunion les mauvaises dispositions de la cour à Tégard des réformés. Après avoir proclamé le prince de Condé protecteur de toutes les églises de France, les députés se séparèrent pour aller répandre dans les provinces les nouvelles peu favorables qu'ils apportaient de rassemblée.
Le prince de Conçue n'avait cessé d'entretenir de bons rapports avec les Angériens, et, malgré le triste souvenir que Charlotte de la TrémoîUe devait avoiV conservé de son séjour dans cette ville, le prince et sa mère y entretenaient constamment un secrétaire pour les tenir au courant de ce qui s'y passait ; ils voulurent même y venir pour stimuler l'ardeur de leurs partisans. Le corps de ville saisit cette occasion de témoigner à ses nobles visiteurs la satisfaction que lui faisait éprouver leur présence, en déployant pour leur réception un luxe extraordinaire.
Le prince de Condé, alors à Louviers, informa le maire de son arrivée à Saint- Jean-d'Angély par la lettre ci-après :
« Messieurs, je vous ay ci-devant par la lettre donné « advis comme, en faisant le voyage de mon gouvernement « de Guienne, j'avais résolu de passer en votre ville pour, a en renvoyant le lieu où il a pieu à Dieu de me faire « prendre naissance, vous continuer toujours les assurances « de ma bonne vollonté. Or, estant maintenant en chemin de « mon voyage, j'ay commandé à Lagrange, mon secrettaire, « de se rendre vers vous, af fin de vous en tenir pour adverty , « et du temps que je compte me rendre en votre ville, où « je me promets d'être reçeu avecq affection et bonne « vollonté de vous tous, comme je désire vous faire paroistre <c les effets de la mienne en toutes les occasions où vous « me vouldrez emploîer, ainsi que j'ai commandé audit de
« Lagrango de vous faire plus particulièrement entendre de « ma part, à quoy me remettant je suppliray le créateur « vous avoir, Messieurs, en sa très saincte protection et « digne garde.
« A Louviers, ce dernier jour de-mai 1611.
« Vostre bien affectionné et plus assuré bon aray.
« Signe : Henry de Bourbon. »
Quelques jours après la réception de cette lettre, Jean de Lagrange, écheviu de Saint-Jean-d'Angély et secrétaire du prince, prévenait le maire de l'arrivée des princesses de Condé pour le 17 ou le Ift juin, sans mentionner le prince, ce qui ferait supposer que ce dernier ne fit pas le voyage qu'il avait projeté. Cette supposition est appuyée par le silence que gardent à son égafd les registres de Téchevinage, tandis qu'ils s'étendent sur la brillante réception faite aux princesses.
Le corps de ville s'empressa de nommer des commissaires pour préparer le logement des princesses et des seigneurs de leur suite, ainsi que le banquet que la ville voulait offrir à ses hôtes.
Les sieurs du Château, Razin, de La Barrauderie et de La Grange, échevins, de La Fontaine, Dupont et Jean Giron, pairs, allèrent à une journée de la ville, offrir aux princesses les très humbles services des habitants. Leurs altesses furent reçues par le maire à la tête du corps de ville, à la porte de Niort, enguirlandée de lierres et surmontée des écussons de France, du prince et de la ville. Après le discours de bienvenue que leur fit le maire au nom de la commune, les princesses prirent place sous un riche poêle de damas blanc bordé de crépine d'or, porté par de Ligoure, Payen, Saint-Hilaire et Legendre, et furent conduites ainsi jusqu'à l'hôtel qui leur avait été préparé, entre deux haies formées par la milice bourgeoise, au bruit de décharges d'escopetterie et d'artillerie, et aux acclamations de la population. De nombreux arcs de triomphe avaient été élevés sur leur passage. Le soir, les princesses
- iî45 - ^
et leur suite prenaient place à un splendide banquet et recevaient, en outre, un cadeau de confitures sèches, achetées trois cent livres à La Rochelle. Pour ajouter à l'éclat de la fête, le corps de ville avait fait venir les tambours et les fifres des milices de La Rochelle, Niort et Cognac.
Les princesses repassèrent à Saint-Jean-d'Angély le 7 octobre de la môme année, et y furent reçues avec d'aussi grands honneurs.
Le plus ardent des contradicteurs du maréchal de Bouillon, à l'assemblée de Saumur, avait été le duc Henri de Rohan, gendre de Sully, enveloppé dans la même disgrâce que son beau-père. Henri de Rohan et son frère Benjamin de Rohan, prince de Soubise, étaient les chefs les plus influents du parti de la réforme dans 1 ouest de la France. Le maréchal retourna à Paris animé d'un profond sentiment de haine, qu'il essaya de satisfaire en soustrayant au duc de Rohan la ville de Saint-Jean-d'Angély, dont ce dernier avait été nommé gouverneur. Marie de Médicis, à la sollicitation du maréchal, recommanda au comte de Brassac, lieutenant du roi à Saint-Jean-d'Angély, de veiller soigneusement à ce que Rohan ne se mit pas en possession de la ville, mais en évitant cependant tout ce qui pourrait occasionner une rupture avec les réformés.
De son côté, le duc de Rohan avait envoyé Hautefontaine dans la même ville, pour déjouer les menées qui s'y ourdissaient au préjudice de son autorité. Celui-ci ayant mandé" au duc que sa présence était nécessaire, Rohan vint immédiatement. L'arrivée imprévue du duc déconcerta ses ennemis. Le corps de ville, dévoué à de Brassac, dépêcha un courrier à ce capitaine, qui était absent, mais qui ne jugea pas prudent do revenir dans sa lieutenance, où les amis de Rohan arrivaient en foule ; il se contenta d'informer la régente dé la présence du duc à Saint-Jéan-d'Angély . Marie de Médicis expédia aussitôt dans cette ville le sieur de Lafontan, sous prétexte de demander raison au duc de quelques paroles malséantes proférées à rassemblée de Saumur, mais en réalité pour se concerter avec la
municipalité sur les moyens d'introduire des troupes dans la ville.
Le duc de Rohan, ayant conçu des soupçons sur la mission de Lafontan, lui fit des prévenances et tinit par lui faire avouer, dans l'ivresse qui suivit un festin, le but véritable de sa présence dans Saint-Jean-d'Angély. II dît alors à cet émissaire qu'il attendait les ordres de la régente pour se rendre près d'elle, pourvu que de Brassac fut du voyage, afin de se justifier des accusations portées contre lui. Peu de jours après il fut mandé à la cour avec de Brassac, et se mit aussitôt en route, laissant à Saint-Jeand'Angély Hautefontaine avec l'ordre de veiller à ce qu'il pût y rentrer à son retour.
Reçu froidement à la cour, et ne pouvant faire entendre sa justification, il prit le prétexte d'une maladie de son frère, et partit en poste pendant la nuit.
Forcé de s'arrêter en Poitou, il fut dépassé par Foucault, capitaine de la garnison de Saint-Jean-d'Angély, que le maréchal de Bouillon avait dépêché à sa suite. Ce capitaine, ayant rassemblé le maire et les nombreux partisans de Brassac, leur proposa d'occuper tous les postes de la ville avant l'arrivée de Rohan, et offrit pour l'exécution de ce coup de main, un corps de deux mille gendarmes.
Mais le duc, informé de ce complot, se rendit en toute hâte à Saint-Jean-d'Angély, accompagné de Benjamin de Rohan, son frère. H signifia au capitaine Foucault de ne plus reparaître dans la ville. Il chassa pareillement le sergent-major de la garnison, Grateloup, natif de Saint-Jeand'Angély et dévoué à la régente, le lieutenant de Brassac, ainsi que quelques bourgeois qu'il savait lui être hostiles. Puis il dépêcha de Ténis à Paris pour faire connaître à Marie de Médicis les motifs de pareilles mesures.
La reine, sentant qu'il fallait à tout prix combattre l'influence que le duc allait pouvoir exercer sur le corps de ville, resté fidèle à la cour jusque-là, et sachant qu« la rumeur publique, entretenue par Rohan, lui attribuait Imtention de ne pas tenir compte des privilèges de la com-
mune, surtout en ce qui concernait le gouvernement de la place, écrivit au maire, le 4 février 1612, l'assurant que ces bruits ne pouvaient avoir été répandus que par des gens mal intentionnés, dans le but de le détourner de la fidélité et de Tobéissance qu'il devait au roi. La reine ajoutait que son intention était, au contraire, de maintenir intacts les privilèges, franchises et libertés du corps de ville, voulant qu'il n'y soit rien changé ni altéré.
Le maire donna connaissance de pette lettre à la mésée du 8 février ; elle y fut acclamée, et les membres du corps de ville, dans la délibération qui suivit, « déclarèrent vouloir oiore et mourir comme vrais et loyaux sujets de Leurs J^ajestés ». Le duc de Rohan lui-même, ayant appris qu'une lettre de la reine était arrivée, se présenta avec plusieurs gentilshommes à l'issue de la séance et. après avoir entendu la lecture de la missive royale, joignit ses protestations de fidélité à celles du corps de ville. Pour témoigner encore l'affection qu'il portait au roi et aux Angériens, il déclara vouloir se joindre à ces derniers pour rechercher les auteurs des bruits, qui avaient couru, et faire justice des coupables.
Cependant, malgré l'assurance donnée au corps de ville par sa lettre du 4 février, Marie de Médicis essaya presque aussitôt, à l'occasion de l'élection du maire, de porter atteinte aux privilèges qu'elle avait promis de respecter. Craignant que le duc de Rohan ne parvint jt faire présenter que des candidats dévoués à ses projets, elle écrivit au corps de ville, lui exprimant son désir de lui voir réélire le maire Brochard, en raison de ce qu'il s'était dignement acquitté de ses fonctions, et avait une connaissance particulière des affaires de la ville.
Le duc de Rohan assistait à la mésée du 4 avril 1612, pendant laquelle cette lettre fut remise au maire par le sieur de la Claverie, gentilhomme du roi, chargé de rapporter à Saint-Jean-d'Angély. Après que la lecture en eût été faite, le duc fit observer qu'une pareille lettre n'avait pu qu'être surprise à S. M., qu'on ne pouvait
•i #\:jv j
déférer au désir exprimé par la reine sans préjudicier au service du roi, à sa propre autorité comme gouverneur de la ville, et sans pousser les Angériens à la révolte ; enfin il déclara s opposer personnellement au maintien du maire Brochardj et engagea le corps de ville à procéder librement à la nomination d'un nouveau maire, selon Tancienne coutume, se faisant fort de faire agréer à la reine cette manière de procéder, dont il prenait toute la responsabilité ; il proposa même de signer son opposition sur le registre des délibérations de la commune, ce qu'il fil en effet.
Toutes les assurances du duc ne parvinrent pas toutefois à déterminer, le corps de ville à suivre de suite ses conseils ; il arrêta, qu'avant de procéder à l'élection du maire, il informerait la reine de lopposition du duc, ainsi que des motifs dont il rappuyait,'et décida qu'en attendant une solution, les clefs de la ville seraient remises au premier échevin.
Le 7 du même mois, le maire reçut une nouvelle lettre de la reine, accompagnée d'une ordonnance du roi maintenant le maire Brochard dans ses fonctions. Cette lettre avait été apportée par de Saint-Maure, conseiller d'Etat, venu en poste. La reine engageait le corps de ville à se rendre aux désirs du roi, l'assurant qu'il ne serait procédé ainsi que pour celte fois seulement, et qu'il n'en serait tiré aucune conséquence pour les élections futures. Le corps de ville envoya plusieurs de ses membres au duc de Rohan pour lui communiquer la lettre de la reine et l'ordonnance royale. Le duc répondit qu'on lui avait bien écrit « ([ue le jeune de Bouillon faisait le maire de Saint- Jean à Paris », mais qu'il ne le permettrait pas, qu'il persistait à s'y opposer, et il offrit de signer une nouvelle protestation.
Cependant, la reine, mise au courant de ce qui se passait par de Vie et de Saint-Germain de Montroy, envoyés pour faire une enquête sur les faits attribués au duc de Rohan. éclairée d'un autre côté par les explications que Daniel Grenon, député du corps de ville, lui avait données sur
.vjt
l'irrégularité de l'élection de Brochard, ne put s'empêcher de reconnaître que cette nomination ne pouvait être plus longtemps maintenue, et se contenta de blâmer la remise des clefs au i)remier échevîn. Deux jours après laudience royale, M. Phelippeau fit connaître verbalement à Daniel Grenon, que la reine exigeait avant tout que les clefs fussent restituées à Brochard, et qu'il serait procédé aussitôt à l'élection do son successeur, selon l'ancien usage.
Malgré cela, et pour sauver les apparences d'un échec, la reine écrivit au corps de ville, lui ordonnant de nouveau de se conformer aux ordres du roi. De Thémines remit cette lettre au maire dans la mésée du 18, et informa le corps de ville que le duc de Rohan, qu'il avait eu soin de voir préalablement, renonçait à son opposition. Il demanda ensuite si quelqu'un des membres de l'assemblée avait à se plaindre de l'administration de Brochard, et comme personne ne répondait à cette demande, il déclara que d'après les ordres qu'il avait reçus, il maintenait Brochard dans ses fonctions de maire et capitaine de la ville.
Eu conséquence de cet accord, de Thémines, sénéchal et gouverneur de Quercy, assisté de de Vie, conseiller d'état, et de Saint- Germain de Montroy, commissaires du roi, déclara au corps de ville, réuni en mésée le l®"" mai 1G12, que, conformément aux ordres de la cour, il avait rétabli, dès le 21 du mois précédent, le maire Brochard dans ses fonctions, et que la commune pouvait, dès le même jour, élire les candidats à la mairie. L'élection fut faite séance tenante par la voix « du Saint-Esprit » et Jacob de Queux, écuyer, sieur de Saint-Hilaire, l'un des trois élus^, fut choisi par de Thémines et aussitôt installé.
La prétention de la reine d'imposer le maire Brochard n'avait reçu qu'une satisfaction illusoire ; son orgueil avait dû fléchir devant la résistance opiniâtre que les Angériens opposaient à ses désirs, pour conserver dans sa plénitude la liberté de choisir leur chef, et la blessure qu'elle en ressentit lui laissa un désir de vengeance qu'elle ne put dissimuler.
D'inquiétantes rumeurs circulèrent bientôt ; une escadre croisait, disait-on, sur les côtes de La Rochelle, et des troupes avec de Tartillerie étaient en marche sur Saiiit- Jean-d'Angély. Ces rumeurs n'étaient pas sans fondement ; il^ avait été question, dans le conseil de la reine, d'envoyer de la cavalerie sur les bords de la Loire et des vaisseaux devant La Rochelle, pour surveiller les réformés du Poitou et de la Saintonge, dont les ministres avaient, à Saînt- Jean-d'Angély notamment, de fréquentes conférences avec les chefs du parti. La chambre de Nérac s'était émue de ces conférences, et avait môme envoyé des commissaires à Saint-Jean-d'Angély, pour faire une enquête sur les complots qui se tramaient dans cette ville. Ces commissaires crurent devoir s'arrêter à Saintes, et envoyèrent a. Saint- Jean-d'Angély un licencié et un recors, pour faire sommation aux factieux de comparaître devant eux. L'huissier s'étant présenté à l'hôtel du duc de Rohan et n'y ayant trouvé que Hautefontaine, lui exposa le but de sa visite. Hautefontaine, pour toute réponse, le chassa, ainsi que le recors, à coups d'épée et de bâton, et le blessa grièvement.
Dans un synode provincial tenu à Saint-Jean-d'Angély au mois d'octobre, sous la présidence du duc de Rohan, il fut résolu de convoquer a La Rochelle, le 25 novembre suivant, une assemblée des églises réformées d'Aquitaine, pour aviser aux moyens de préserver la religion des nouveaux périls dont elle était menacée. La cour s'alarma de cette grande réunion, et, pour prévenir les résolutions hostiles qui pourraient y être prises, confirma 1 edit de Nantes par des lettres d'état, portant aussi oubli du passé, ces lettres furent remises à de Rouvrai, député général des réformés, avec ordre de partir pour La Rochelle et d'exhorter les députés des églises à se séparer.
La lecture de ces lettres ne calma pas entièrement les députés, qui ne consentirent à se séparer qu'à la condition que l'escadre royale, qui croisait en vue de La Rochelle, aurait ordre de se retirer; que les sieurs de Brassac et Foucault quitteraient Saint-Jean-d'Angély ; que la compa-
gnie du premier serait doanée au duc de Rohan, et celle du second au lieutenant du roi qu'il conviendrait au duc de Rohan de nommer à la place de Brassac ; qu'en cas de vacance de la charge de sergent major ou adjudant de place de Saint-Jean-d'Angély, il y serait pourvu par le duc de Rohan ; enfin, que le duc ou ses amis ne pourraient être inquiétés pour aucun de leurs actes.
De Rouvrai crut devoir souscrire à de pareilles conditions, bien que ses pouvoirs ne s'étendissent pas aussi loin. Mais les députés ne voulurent pas se séparer sans que la promesse de Rouvrai fût sanctionnée par un arrêt du conseil ; ils s'engagèrent seulement à ne pas s'assembler jusque-là. Cependant, le conseil du roi ayant refusé sa sanction, les députés de La Rochelle décidèrent, à Une faible majorité, que le duc de Rohan serait prié de renoncer à ses prétentions, relativement au gouvernement de Saint- Jean- d'Angély.
Informé *de cette résolution, le duc revint à La Rochelle, obtint que l'assemblée se réunirait de nouveau, le 9, pour remettre en délibération si l'on accepterait purement et simplement la déclaration du roi, donnant pour motif qu'à la séance du 4 les députés n'étaient pas en nombre. Mais l'assemblée, malgré la cabale du duc, confirma sa première résolution et, avant de se séparer, convint de se réunir à l'avenir dans toutes les circonstances graves, sous la dénomination de cercles protestants, empruntée aux anciennes circonscriptions territoriales de l'Allemagne.
Les députés, en rapportant dans leur province les discussions auxquelles ils venaient d'assister à La Rochelle, développèrent le mécontentement populaire, qui grandit encore lorsque Marie de Médicis annonça sa résolution d'unir Louis XIII avec l'infante Anne d'Autriche. C'était renier la politique nationale d'Henri IV.
Henri de Condé se mit, en 1615, à la tête des mécontents conprenant les confréries bourgeoises, les parlements, une grande partie de la noblesse et les réformés. Il envoya Le Marest, lieutenant de ses gardes, au duc de Rohan, pour
le décider à faire cause commune avec lui, et rengager à se saisir des passages de la Dordogne, afin d'empêcher Louis XIII d'aller à Bordeaux, où devait avoir lieu son mariage. Rohan se laissa facilement entraîner ; il prit le commandement des insurgés de la Gascogne, et Soubise, son frère, demeura à Saint-Jean-d'Angély pour tenir la campagne, avec quatre mille hommes de pied et cinq cents chevaux^ levés dans TAunis, la Saintonge et le Poitou.
Mais Rohan ne put arriver assez tôt pour barrer le passage au roi, et Condé, vigoureusement poursuivi par le maréchal de Boisdauphin, fut obligé de se jeter dans Saint- Jean-d'Angély, avec son armée harassée et ne pouvant aller plus loin. Aucun obstacle n'empêcha donc le mariage de Louis XIII, qui fut célébré à Bordeaux, suivant le programme arrêté.
Cependant, après quelques jours de repos, Condé, ayant obtenu des Rochelais des munitions et de l'argent, porta son armée au nord de la Charente, où elle resfa jusqu'à la paix de Loudun (mai 1616). Par cette paix la cour confirma l'édit de Nantes et alloua au prince de Condé de larges gratifications, tandis que le duc de Rohan, à cause de son opposition à l'assemblée de Saumur, ne recevait rien, et se retirait à Saint-Jean-d'Angély, où pour se venger du mépris que lui témoignait la cour, il se fortifia en armes et en soldats. Pour cacher ses projets, il engaga le corps de ville à envoyer des députés offrir les services de la ville au duc d'Epernon, alors à Saintes. Ce conseil fut suivi : cinq des membres de la commune, les sieurs des Mazures et Jacques Meschinet, conseillers ; Jean Giron, Jean Griffon et Claude Bonnet, pairs, furent chargés d'aller près du duc remplir cette mission.
La naissance d'un fils où d'une fille, qui lui donna M^** de Sully, sa femme, en 1614, servit de motif au duc de Rohan, pour afficher ses prétentions démocratiques et s'attirer les sympathies des Angériens. Il voulut que ses enfants fussent présentés au baptême par la commune de Saint-Jeand'Angély, qui accepta cet honneur. Le dimanche 15 octobre,
le garçon fut tenu sur les fonts baptimaux, au nom de la ville, par le maire, Jean Barthommé, sieur des Mazures, et M»"*^ du Cluzeau, qui lui donnèrent le nom de Jean d'Anyô/y ; la fille eut pour parrain Jean Barthommé, sieur du Château, et pour marraine, M™^ des Mazures. De grandes réjouissances eurent lieu à cette occasion, la milice bourgeoise prit les armes, et le canon des remparts se fit entendre pendant toute la cérémonie.
La cour, de son côté, cherchait à combattre Tinfluence du duc par la nomination de ses fidèles aux premières fonctions de la ville, celles de lieutenant du gouverneur et de maire, malgré Téchec qu'elle avait déjà subi à ce sujet.
Une lettre de cachet, du 2o décembre 1610, informait le corps de ville de la nomination de François de La Rochefoucauld, chevalier, seigneur du Parc d'Archiac et de La Rigaudière, en qualité de lieutenant du gouverneur, en remplacement de du Bois d'Ecoyeux, démissionnaire. L'enregistrement de cette lettre fut aussitôt voté,, ainsi que Venvoi de députés au lieutenant, pour prouver l'obéissance du corps aux ordres du roi. Quelques jours après, du Parc d'Archiac faisait son entrée à Saint-Jean-d'Angély par la porte Taillebourg, où il fut reçu, par le corps de ville et la milice sous les armes, au bruit des salves d'artillerie. Toutes les boutiques étaient fermées par ordre, et une amende de dix livres menaçait les habitants qui auraient eu la velléité de les tenir ouvertes.
A peine installé, le lieutenant souleva un nouveau conflit, toujours à propos de l'élection du maire, en refusant de choisir celui-ci parmi les trois candidats régulièrement élus qui lui étaient présentés, et voici dans quelles circonstances :
Le il mars 1617, le corps de ville procédait à l'élection des candidats à la mairie, Jean Barthommé sieur du Château, premier échevin^ pour enlever l'élection de trois candidats agréables à la cour, s'était levé dès le début de la séance et avait annoncé qu' « inspiré par le Saint-Esprit » il désignait comme candidats : Jacob de Queux, sieur de Saint-Hilaire, Daniel Grenon, conseillers, et Jean Texier,
sieur de la Maison-Neuve, pair ; d'après Tusage, il fallait runanimité pour que ce mode de nomination fût valable, et Pierre Eveillard, sieur de la Guillebaudière, conseiller au siège royal, pair du corps, s'y étant opposé, il fut décidé qu'on procéderait au scrutin secret. Le dépouillepaent des votes donna la majorité à Jean Pallet, écuyer, sieur de Curay, pair, Jacques Meschinet, écuyer, sieur du Beugnon^ conseiller, et Pierre Barthommé, pair, partisans du duc de Rohan. Le corps de ville se rendait à l'ancien château royal pour en faire la présentation, lorsque, chemin faisant, du Parc d'Archiac le fit demander pour lui rappeler ce qu'il lui avait dit la veille, qu'il devait choisir des candidats de mérite ; que ceux désignés par la voie du Saint-Esprit lui paraissant réunir les qualités voulues pour le service du roi, il ne pouvait approuver la seconde élection ; il ajouta que cette dernière était due à l'intrigue de quelques particuliers, et qu'il refusait de choisir parmi les derniers élus jusqu'à CQ qu'il en eût reçu l'ordre, à moins que, pour éviter les diflScultés qu'il entrevoyait, le corps de ville ne voulut s'en tenir à la première élection. Ce dernier déclara ne pouvoir se rendre aux désirs du lieutenant et se départir de l'élection, faite suivant les privilèges et anciennes institutions contenues au livre rouge. Il députa aussitôt deux de ses membres au roi pour lui expliquer les motifs de sa résistance, et en attendant, le maire remit les clefs de la ville au premier échevin.
La situation se tendait donc chaque* jour de plus en plus entre les catholiques et les réformés, et tout annonçait l'explosion prochaine, que les affaires du Béarn déterminèrent.
Louis XIII avait ordonné en 1617 l'incorporation du Béarn et de la Basse Navarre au domaine de la couronne, et la restitution des biens ecclésiastiques anciennement confisqués par Jeanne d'Albret. Cette mesure souleva une vivo opposition parmi les Navarrois, et l'assemblée triennale des églises réformées, réunie dans la ville de Loudun, prit chaudement la défense de ces derniers.
Le 10 mai 1620^ le lieutenant général baron d'Ambleville prévenait le roi que les coreligionnaires du Poitou, de la SaintoDge, de TAunis, du Périgord et de TAngoumois, s'apprêtaient à mettre sur pied des forces considérables sous, les ordres de la Trémoïlle, de Rohan, de Soubise et de Jarnac.
Louis XIII, irrité, résolut d'en finir avec la réforme et projeta un voyage dans les Pyrénées pour contraindre les Béarnais à exécuter ses édits, et ramener dans ses vues les réformés, dont il devait traverser les provinces en se rendant en Béarn.
Le duc de Rohan, en effet, malgré les efforts de ses amis pour l'en détourner, s'était lancé avec ardeur dans le mouvement. Aidé de son frère de Soubise, le duc chargea ses partisans, les sieurs de La Rigaudière, de Romegoux, Lecoq des Roches, de La Vigne, de Belesbat, du Vignault, de La Regnaudie, Vaulx, Chantemerle et autres, de lever des troupes ; ils enrôlèrent la plupart des réformés Angériens, malgré la défense faite par l'assemblée politique de l'église de Saintonge tenue à Saint- Jean-d'Angély en 1620, de dégarnir la ville de ses défenseurs, alors surtout que le duc d'Epernon, qu'ils regardaient comme leur plus grand ennemi, était à Saintes, dressant des embûches à la religion réformée.
De La Rochefoucauld, tout en agissant d après les instructions de Rohan, n'était pas adopté des réformés, qui l'accusaient d'exécuter les ordres du duc, de manière à lui porter préjudice ; ils l'accusaient aussi de nuire aux intérêts de la ville, à laquelle ils craignaient qu'il ne fit supprimer sa qualité de ville de sûreté ; on ajoutait encore que le lieutenant voulait bâtir une citadelle pour opprimer les Angériens et faire perdre à la ville ses privilèges.
Ces bruits, habilement répandus et peut-être fondés, entretenaient une sourde agitation parmi le peuple. Les faits les plus ordinaires prenaient, en de telles circonstances, une importance considérable. Le bruit ayant couru que trois cents hommes étaient près d'entrer dans la ville,
et le maire ayant fait ouvrir, pendant la nuit, une des portes pour laisser entrer un gentilhomme des environs, le sieur de Péré, le peuple crut à une trahison. Un coup de pistolet, tiré sur la place du marché, fut pour lui un signal d'alarme ; il s'empara des postes des divers quartiers, et l'u» des émeutiers, armé d'une pertuisane, alla jusqu'à menacer de frapper le maire, qui cherchait à calmer l'émotion populaire.
Le lendemain l'agitation paraissait calmée, lorsque la vue de quelques canons sortis d'une tour pour en graisser les rouages, et d'une charrette chargée de munitions que 1 on soupçonnait être destinés au duc de Rohan, en Poitou, souleva de nouveau le peuple. Il sonna le tocsin, s'empara une seconde fois des cantons qu'il avait abandonnés le matin, mit des gens de guet au clocher de la paroisse, tendit les barrières, fit des barricades aux carrefours et signifia défense aux capitaines de Ja garnison de paraître dans les rues. Des visites furent ordonnées chez les marchands et les autres habitants pour s'emparer de la poudre qui pourrait s'y trouver.
Deux jours après, craignant le mauvais effet que cette révolte produirait à la cour, le maire, le pasteur du Moustier. des officiers de justice, des gens du roi et d'autres personnes influentes, ainsi qu'un grand nombre de gens de l'une et de l'autre religion, s'assemblèrent au son de la grosse cloche sous la halle aux marchands, où, après une prière faite pour appeler l'assistance de Dieu, le maire exhorta les habitants à renoncer à toute agitation, et les engagea de jurer publiquement fidélité au roi. Les assistants jurèrent aux cris de « Vive le roi », répudiant ce qui avait pu être fait de contraire jusqu'à ce jour par le duc de Rohan et son lieutenant. Une députation de huit membres, dont faisait partie Daniel Manceau, avocat et ancien du consistoire, fut nommé séance tenante, pour aller rendre compte au roi des bonnes dispositions des habitants. Les soldats de la garnison prêtèrent le même serment et. le soir, des feux allumés par la ville témoignèrent de la joie de tous.
Bien en prit aux Angériens de rentrer si promptement et d'eux-mêmes sous Tautorité du roi et de l'en informer par cette députation, car de Beaulieu, fils de M°^® de Dampierre, était parti à franc étrier pour être le premier à le prévenir de ce qui s'était passé, tandis que du Parc d'Archiac avait dépêché de Couvrelle, son beau-frère, pour lui raconter l'affaire dans un sens défavorable aux Angériens.
Le lendemain, du Parc d'Archiac demanda au maire, pour sa sûreté personnelle, qu'il croyait menacée, la permission de recevoir dans sa maison quelques domestiques et le sieur de Saint-Sonnière, cousin germain de sa femme, ce qui lui fut refusé. Alors il se retira de la ville, malgré Vassurance que lui donna le maire, qu'il y pouvait rester en toute sécurité.
Les députés trouvèrent le roi à Brissac ; ils lui exposèrent en audience solennelle les motifs de leur députation et les demandes qu'ils avaient à lui faire. Ils furent félicités d'être rentrés d'eux-mêmes en l'obéissance, autorisés à s'opposer à la construction d'une citadelle et même à démolir ce qui pouvait en exister, avec promesses que les autres demandes recevraient une solution lorsque le roi serait à Saint-Jean, où il s'acheminait. A leur retour, les députés rendirent compte publiquement de leur mission au peuple, assemblé sous la halle, après quoi les pasteurs rendirent grâces à Dieu de l'issue favorable du conflit.
Les habitants, enhardis par le succès de leur première députation, en envoyèrent une seconde pour solliciter de nouveau la suppression de la charge de lieutenant, mais elle ne fut pas entendue, et elle revint annoncer seulement que le roi, était en marche pour Saint-Jean, et qu'il donnerait satisfaction sur le lieu.
Le roi arriva le 12 septembre 1620. Manceau raconte ainsi la réception qui lui fut faite :
« Environ les dix heures du nmtin, arriva à Saint-Jean « M. le duc d'Epernon, qui alla loger au logis du S'^Guyton, « et incontinent fut vu du S"^ maire et autres habitants de « la ville, qu'il accueillit d'une allégresse incroyable, et
« les obligea de prendre Tordre de lui et le suivre, Taprès « dîner, à cheval, pour aller au-devant de S. M., qui « s'approchait. Cependant firent conduire les canons en la « place des Jacobins, dès le matin dudit jour, et les firent « charger de poudre. Au sortir du logis du sieur d'Epernon, « le maire et sa compagnie entrèrent au corps de ville « pour aviser et convenir ensemble ce qu'il serait bon de « faire. Auquel lieu étant, le sieur d'Epernon leur envoya « une lettre de S. M., écrite de Chizé, le jour précédent, « par laquelle il mandait au maire de recevoir le sieur « d'Epernon et de prendre les ordres de lui, pour telles choses a convenables au dit Saint- Jean.
« Et peu de temps après, le maire, avec quatre-vingts « ou cent chevaux des habitants, sortit par la porte de « Niort, laquelle avec les trois autres étaient ouvertes, et « le furent toutes les quatre, de jour et de nuit, sans « aucune garde, le reste du dit jour, la nuit suivante et le a jour et la nuit suivante, le lundi même jusque vers les « cinq heures du soir, que les portes d'Aunis, Niort et « Matha furent fermées. Le sieur d'Epernon sortit aussi, « accompagné d'un moindre nombre. Le sieur d'Epernon « vit, avec admiration, l'infanterie des habitants en armes « au-dessous de la ville sous ses quatre drapeaux, laquelle « il fit arranger toute d'un côté, depuis ladite porte jus- « qu'au chemin qui est proche du fief du Guet, tirant sur (( Saint-Julien. Il y avait encore trois cents ou trois cent « cinquante hommes, qui ne pouvaient s'y trouver faute « d'armes.
« De là, le sieur d'Epernon, le maire et leur compagnie « furent au-devant de S. M., qu'ils rencontrèrent à moitié « chemin de Sainl-Julien aux Eglises- d'Argenteuil ; le « maire, les habitants en sa compagnie, et le sieur d'Epernon « mirent pied à terre Le maire et les habitants mirent le <c genou en terre, le maire fit une bonne harangue, et préce senta à S. M. quatre clefs de fer doré, qu'elle prit et leur <c dit : Scrre^-moi hie/i, et Je vous saurai bien ronsercer, « Ce fait remontèrent à cheval et avec S. M. retournèrent
« à Saint- Jean environ les cinq heures. On présenta un «t dais à S. M., qui le fit tourner à côté dans le corps de « garde du dessous de la porte de Niort, et devant lui <T entrèrent sa compagnie de cinquante carabiniers, après « eux celle des chevau-légers, après eux la compagnie des <( gens d'armes, ayant devant soi quatre trompettes avec « un casque de velours bleu, et ensuite grande quantité de « seigneurs, enfin le roi, puis le sieur maire et quantité « de noblesse, avec une acclamation de « Vice le roi ». « Après qu'ils furent passés, jusqu'au canton du logis de « M. de Fiefbrun, on tira le canon. Le roi s'en alla à Téglise « de ! abbaye de Saint- Jean et, de là, retourna à son logis', (( qui était celui de M. de Rohan, où il fut encore salué « par le maire et les conseillers de la ville, auxquels il dit : « Servej^-rnoi bien, et je vous conserverai mes édits, »
Louis XIII donna un commencement de satisfaction aux habitants : Le duc de Rohan fut maintenu dans son gouvernement, avec défense d outre-passer les devoirs de sa charge; François de La Rochefoucauld du Parc d'Archiac, son lieutenant, fut interdit dans ses fonctions, avec défense d'habiter dans la ville, jusqu a ce que le roi en eût décidé autrement, et les soldats de sa compagnie furent versés dans celles des deux autres capitaines. Seulement, et comme correctif à ces concessions, le roi établit à Saint-Jean un des exempts de sa garde du corps, le sieur de Camont, écuyer des gardes écossaises, avec mômes pouvoirs que du Parc d'Archiac. Enfin, S. M. prit les habitants de Saint-Jeand'Angély sous sa protection et les mit sous celle du duc de R;0han et des capitaines de la garnison, les sieurs de Vaulx et des Gallois.
Ces arrangements n'étaient pas faits pour plaire au duc de Rohan qui, revenu dans la ville quelques jours après le départ du roi, commença à s'entendre avec le consistoire pour que le peuple redemandât du Parc d'Archiac comme lieutenant. Le duc reprocha violemment au maire de s'être servi des armes lui appartenant, déposées dans l'arsenal de la ville, pour en armer les habitants lors do rentrée du roi.
et d'avoir logé ce dernier dans son ' hôtel. Le maire et*' le sLeur de Camont essayèrent de* faire sentir au duc l'inconvenance de pareils reproches.
Enfin, Rohan finit par obtenir du corps de ville Tenvoî d'une nouvelle députation au roi' pour lui demander de rechef la suppression de la lieutenance, ou tout au moins le maintien dans cette charge dé son ancien titulaire du Parc. Les députes obtinrent cette dernière demande, et peu de temps après, ce seigneur revint prendre son poste. Aussitôt les conflits entre lui et le maire recommencèrent, au sujet de la charge de sergent-major: ^Le maire, qui en remplissait les fonctions, étant allé prendre le mot d'ordre, de Rohan et du Parc lui cherchèrent ^^'youille » en haine du passé, ce qui, ayant été su du peuple, causa dans le ville' une telle agitation^ qu'un soulèvementcontre ces seigneurs s'en serait suivi, si le maire, par sa patience et sa prudence, n'était parvenu à les apaiser. L'émotion ne disparut cependant tout à fait que lorsque le duc et du Parc eurent déclaré, dans une assemblée publique, *qu'ils ne s'opposaient pas à ce que le maire exerça la cha'rge de sergent-major.
Malgré cet accord, qui n était qu'apparent, le duc sentant bien qu'il serait entravé dans ses projets par l'opposition du corps de ville, chercha à annihiler l'hostilité de ce dernier par la création d'un conseil spécial devant l'assister dans les complications qui pourraient survenir, et engagea les habitants à nommer deux délégués par quartier, qui en feraient partie avec deux mernbres du consistoire, deux officiers de justice, les quatre capitaines de la milice, de Rohan, du Parc, le maire et quelques membres de la noblesse se trouvant dans la ville^ Il fut fait comme le désirait le duc, et le conseil se trouva composé :
Pour le peuple : ^
Quartier de Niort : La Sablière ; Faure, sergent royal, enseigne du quartier.
Quartier de Matha : Pineau, liùte denSirè/ies, Des Ruhes, sergent royal.
Quartier de Taillebourg : Bourdeau, avocat; Guillotière, hôte des Tiois Marchands.
Quartier d'Aunis : Désert, Chauveau.
Pour le consistoire :
Reignier, élu en la ville; Manceau, avocat.
Capitaines des quartiers :
Des Mazures, pour Niort ; Barbot, pour Matha ; Fromentin, pour Taillebourg ; et Barthommé, pour Aunis.
Pour le corps judiciaire :
Augeard, lieutenant général ; Rolland, lieutenant particulier.
Pour la noblesse :
De La Garde-aux- Valets ; de Champtleury.
Ce conseil se substitua aussitôt au corps de ville, et prescrivit le recensement des habitants, ainsi que celui des armes et des approvisionnements de bouche se trouvant dans la ville. 11 y fut procédé aussitôt par Duysson, procureur ; Pommier, sergent royal ; Loustalot, chirurgien ; Desprès, Raisin et Houmeau fils, marchands.
Le parti de la réforme faisait ainsi au grand jour ses préparatifs de résistance, aidé et dirigé par rassemblée générale de La Rochelle. Les ministres du culte réformé se jetaient ardemment dans la lutte. Mermet, ministre du duc de Rohan, exhortait le peuple, du haut de la chaire^ à contribuer de ses deniers à la collecte ordonnée par l'assemblée de La Rochelle dans toutes les églises de France. On augmentait les fortifications par la construction d'un éperon neuf, entre les portes de Taillebourg et de Matha, et des députés étaient envoyés aux églises des environs pour s'assurer de leur concours.
Pendant qu'à Saint-Jean-d'Angély les uns se préparaient à la guerre, d'autres tentaient à Niort un dernier essai de conciliation. Le 3 mai, le duc de Rohan se trouvait dans cette ville avec les chefs du parti réformé du Poitou, de l'Angoumois, de la Saintonge et de l'Aunis : notamment de Soubise, de la Trémoïlle, de Villarnou, de Parabère (ce dernier sur l'injonction du roi^ dit-on, pour y agir en
SAINT-iEAN 34
sorte que fout s'y passât selon les désirs de S. M.), de Brassac, de La Rochebeaucourt, de La Laye, de Genouillé^ de Vandré, de Champdeury, de Vezac, de Villotte, de La Noue, ,de Bessé. Il y avait aussi des députés de l'assemblée générale de La Rochelle, trois membres du corps de la même ville, de Châteauneuf, de La Chapellière et Guérin, convoqués dans le but de faire voter la séparation de l'assemblée générale de La Rochelle. Cette assemblée n'avait plus, selon eux, raison d'être, puisque le roi avait promis d'exécuter les engagen\ents pris envers les religionnaires. notamment ceux relatifs à l'entretien des pasteurs et des garnisons des places de sûreté, à la réception des. conseillers au parlement de Paris et à la restitution de Lectoure.
La séparation de l'assemblée de La Rochelle y fut votée par les trois quarts des membres, malgré la vive opposition des députés de La Rochelle et le discours du sieur de Bessé, par lequel ce dernier s'efforça d'établir qu'il ne s'agissait pas seulement de la cause particulière de La Rochelle, mais bien de l'intérêt général des églises réformées, et qu'il termina en disant : « Qiiau surplus l'assemblée de Niort pouvait prendre telle résolution quelle voudrait, que maintenant Dieu les assisterait et les ferait subsister sans l'assistance des yrands seigneurs et de la noblesse, et que partant l'assemblée générale ne se séparerait point. » Les décisions prises dans cette assemblée n'eurent aucun effet sur celle de La Rochelle et, les voies d'apaisement étant épuisées, la guerre civile allait recommencer .
Le 13 mai 1G21, Rohan, reçut avis que le roi était décidé à réduire Saint-Jean-d'Angély par la force ; il en informa aussitôt l'assemblée de La Rochelle, la priant de tout faire pour le secourir et lui demandant de lui envoyer Fretton pour laider dans les préparatifs de défense de la ville.
Puis comme l'assemblée de La Rochelle l'avait nommé commandant de la Bretagne et du Poitou, avant de se
rendre dans son nouveau gouvernement, il confia la défense de Saint-Jean-d'Angély à son frère Soubise, après avoir fait publier à son de trompe, dans les carrefours, Tordre de sortir de la ville, sous trois jours, à tous les habitants qui se refuseraient k le soutenir dans sa résistance aux troupes royales. Presque tous les catholiques préférèrent abandonner la ville, et furent même suivis par un certain nombre de réformés à qui la guerre civile répugnait.
Le 14, Fromentin, de Saint- Jean-d'Angély, portait à La Rochelle des lettres pressantes du duc de Rohan et de son conseil, réclamant avec instance l'envoi de troupes et de munitions.
En réponse à ces demandes réitérées, l'assemblée de La Rochelle dépêcha à Saint-Jean-d'Angély le comte de Marennes et plusieurs de ses amis, ainsi que de Loudrière, sénéchal d'Aunis, avec les troupes sous ses ordres, escortant un convoi d'armes, achetées deux mille cinq cent vingt livres à un marchand flamand.
Le 15, Louis XIII était à Saumur avec son armée. Voulant essayer une fois encore la conciliation, il manda près de lui le duc de Rohan, ainsi que Soubise, son frère, pour avoir leur avis sur les difficultés pendantes ; ni l'un ni l'autre ne voulut déférer à l'invitation royale ; ils firent répondre que l'assemblée de La Rochelle pouvait seule traiter, avec le roi, des affaires de la réforme religieuse. Le connétable de Luynes essaya de l'influence que lui donnait son alliance avec la maison de Rohan, pour représenter à Soubise qu'il allait se perdre en persistant ; mais ce dernier ne voulut rien entendre et se déclara décidé à attendre le sort des armes. Le duc de la Trémoïlle avait cédé plus facilement aux sollicitations de ses amis et avait mis à la disposition du roi, passant à Thouars, sa personne et les ressources en armes et en munitions qu'offrait l'arsenal de son château. Aussi, lorsqu'il arriva au camp devant Saint-Jean-d'Angély, le l^"* Juin suivant et se présenta au quartier royal, le roi lui dit : Qu'il était bien aise de le voir auprès de lui, afin qu'il put reconnaître qu'il
n'avait les armes à la main, que pour mettre à ses pieds la nouvelle république de La Rochelle, et ceux qui en reconnaissaient Tempire : Qu'il ferait connaître qu'il était bon roi et bon maître à ceux qui le serviraient et aimeraient : Qu'il ne voulait forcer la conscience de personne qu'autant qu'il le pourrait faire par la vérité de la doctrine et par les bons exemples des ecclésiastiques, si Dieu le laissait quelque temps en ce monde.
Louis XIII lança de Niort une déclaration qualifiant de criminels de lèse-majesté les députés qui se trouvaient à La Rochelle et à Saint-Jean- d'Angély, ainsi que leurs adhérents, et ordonnant la saisie de leurs biens.
Le 16 mai IG^il, Gaillard d'Auriac, maréchal de camp dans l'armée royale, arriva vers les dix heures du soir à Saint-Julien de TEscap, avec trois mille cinq cents hommes, composés en grande partie d'infanterie, et se saisit du pont de la Boutonne qu'il barricada. Sa cavalerie occupa Varaize, les Eglises d'Argenteuil et Vervant.
Le lendemain, d'Auriac reçut une lettre, signée de quatorze des principaux habitants, lui mandant qu'il pouvait en toute assurance entrer dans la ville, qu'ils lui tiendraient la porte de Matha ouverte. Il voulut profiter de cet avis et, vers deux ou trois heures de l'après-midi, il lança huit cents hommes qui arrivèrent à Timproviste jusqu'à la porte indiquée, par laquelle ils seraient entrés, si une charrette, chargée d'une cuve, ne se fût trouvée juste à ce moment en travers du pont-levis, formant obstacle à leur passage. Les réformés repoussèrent alors les assaillants à coups de canon, et un grand nombre d'assiégeants restèrent en leur pouvoir ainsi qu'une certaine quantité d'armes.
Les assiégés ne perdirent qu'une sentinelle, dont le mousquet avait fait long feu sur un cavalier, et qui fut tuée par ce dernier d'un coup de pistolet; le hasard voulut que le mousquet du mort partît au même moment et tuât le soldat de l'armée royale. Les femmes de la ville, qui, pendant le combat, avaient encouragé les réformés, leur portaient des munitions et des vivres.
Le 19 mai, le duc de Brissac, commandant en chef de Tarmée royale, et le duc de Lesdiguières arrivèrent au camp.
Le 20 mai, le roi fit venir les Suisses et douze pièces de canons de Saumur, où il les avait laissés, et donna Tordre de bloquer la ville.
Le 22 mai, d'Auriac, qui avait fait détourner les eaux du canal de Saint-Eutrope, courant dans les douves des fortifications, voulut aussi détruire l'écluse d'Auvergne, appelée aujourd'hui le Grand Boucheau, pour rendre inutiles aux assiégés les moulins de Puychérant et de la Grande Rouhe. Mais il ne put réussir dans cette entreprise, qui lui causa de grandes pertes.
Du 23 au 25 mai, l'armée royal reçut des renforts, les approches furent faites, l'établissement du camp achevé, les tranchées tracées.
Le 26, jour de jeûne général pour les réformés, les ministres firent quatre sermons pour les encourager à perse' vérer dans leur résistance aux troupes royales.
Le 27, le maréchal de Brissac, accompagné de d'Auriac, passa le pont de Saint-Julien, pour examiner la plaine entre Saint-Jean- d'Angély et Saint-Julien; il était suivi d'une foule de jeunes volontaires de la noblesse, qui voulurent donner une preuve de leur courage en allant galoper jusque sous les murailles de la ville. Les assiégés firent sortir vingt-cinq mousquetaires, soutenus par trois ou quatre cents hommes d'infanterie et quarante à cinquante maîtres montés et bien armés. Des propositions de combats singuliers furent faites et acceptées, mais elles n'eurent pas de suite, les mousquetades tirées de part et d'autre les ayant empêché d'aboutir. Tout se borna ce jour-là à une légère escarmouche.
Le 28 mai 1621, d'Auriac, dans une reconnaissance de la place, voulut amener les assiégés à combattre, mais ne put y réussir.
La nuit suivante, il se saisit du château de Landes et y mit une garnison.
Le 29 mai, de Brissac alla voir le roi à Chizé et laissa le commandement du camp au duc de Lesdiguières.
Le 30 mai, les comtes de Maurevers et de Frontenoy, maîtres de camp des régiments de Champagne et de Piémont, s'emparèrent de l'extrémité du faubourg Taillebourg, où ils dressèrent une barricade à cinquante pas de celle des assiégés. Ces derniers, de leur côté, avaient rompu le pont Saint-Jacques et détruit les vis des écluses de Bernouét. après en avoir baissé les vannes, afin qu'en débordant, l'eau de la Boutonne rendit le passage des gués plus diflicile aux troupes royales.
Le 31 mai, vers midi, les soldats de Maurevers, barricadés à l'extrémité du faubourg Taillebourg, attaquèrent avec deux pièces de canons la barricade des réformés près du pont Saint-Jacques. Dès le premier coup, le prince de Joinville, le cardinal de Guise et le duc d'Elbeuf se rendirent près du comte de Maurevers, afin d'être des premiers à Tennemi. Au cinquième coup de canon, les réformés avaient déjà un d^s leurs tué et deux blessés, et le portail qui donnait pntrée et sortie à la barricade volait en éclats. De Pigeolet, lieu tenant- colonel du régiment de Champagne, jugeant le moment favorable fit traverser la Boutonne à ses soldats sur des planches volantes, se précipita sur la barricade et en chassa les défenseurs jusqu'à une deuxième barricade au milieu du faubourg. Un nouveau et sanglant combat eut lieu des deux côtés de cet obstacle, aussi bravement attaqué que bravement défendu. Mais le feu ayant été mis au moulin de Puychérant et en plusieurs autres endroits, les réformés durent se retirer dans la ville.
Dans cette affaire, le prince de Joinville et le cardinal de Guise firent preuve d'une grande bravoure ; ils sautèrent les premiers dans les barricades, n'ayant d'autre arme que leur épée. Le duc d'Elbeuf, de Maurevers, de Hunières, d'Avenues, de Navailles, deux capitaines et une quinzaine d'hommes y furent blessés.
De Bressieux, Chosdebonne, Chétin, Montagnac, Marignan, Crazannes, fils de du Bourdet, Descris, neveu du
- ml —
cardinal de Retz, eurent la hardiesse de faire une barricade à portée de pistolet de celle des assiégés et s'y maintinrent pendant plus dune demi-heure, malgré Tordre de se retirer que Thémines leur donnait ; ils ne s'y résignèrent que parce qu'on leur refusa des renforts, et en se retirant ils emportèrent les corps de de Boisverdin, capitaine au régiment de Navarre et de deux soldats tués parmi eux.
Deux heures après la prise du fauhourg, le roi, avec le connétable, alla reconnaître la place à portée de mousquet, afin de déterminer le plan d'attaque, et ne se retira à son quartier de Vervant que vers dix heures du soir.
Pendant la même journée, l'artillerie royale, pour faire diversion, abattit deux tours portant des couleuvrines, ouvrit une brèche de quatorze pas de large dans la muraille, foudroya la maison du gouverneur et trois corps de garde. De plus, le moulin de la Grande Rouhe fut incendié.
Le i^^ juin 1621, vers quatre heures du matin, une batterie de trois pièces de trente livres, dressée à côté du chemin qui va de la rue Tour-Ronde à Orioux, à main droite, canonna violemment la partie des fortifications comprise de la rue Tour-Ronde à la porte de Niort. Elle fit peu de mal comparativement à sa violence, mais elle causa cependant quelques dégâts à la tour Ronde, démonta un des canons de la porte Matha et blessa légèrement deux soldats réformés. L'armée royale perdit François deBrémond, baron dos Châteliers, tué d'un coup de mousquet, dans la tranchée.
Le 2 juin, la môme batterie recommença son feu, mais le cessa bientôt pour permettre au comte de Pourrons, héraut du roi, accompagné de deux trompettes, d*aller à la porte de Niort, sommer Soubise de rendre la place, sommation qu'ii fit dans les termes qui suivent :
« A toi. Benjamin de Rohan^jefais roinmandement de par Vincincible monarque ton roi et le mien, que tu sortes de sa ville avec tous les gens de guerre qui y sont, et lui en permettes Ventrée ù lui et aux princes, ducs et pairs
qui sorti avec lui, autrement je te déclare criminel de lèsemajesté, »
De Soubise répondit : « Qu'étant membre du corps de ceux de la reliyion que l'on persécute, il ne le pouvait abandonner ; qu'il n était que particulier qui avait été m/s à ladite place, pour la défense d'icellcy par les égl/ses réformées dé France, et qu il fallait s'adresser à elles ; qu'en son particulier il était très humble, très obéissant, très fidèle sujet et serviteur du roi. »
Comme de Soubise était resté la tête couverte, le héraut lui répliqua :
« Sache que tu ne me dois répondre ni comme capitaine, ni comme soldat, la tête couver te^ et quand je te parle de la part du roi, mon sauverai ii seigneur et le tien, tu dois avoir la main au chapeau. »
De Hautefontaine, qui accompagnait le prince, prit alors la parole :
« Le roi excusera s'il lui plait, M9^^ de Soubise n'a iamais été sommé. «
Le héraut demanda alors une réponse écrite, qui lui fut donnée, et il se retira.
Aussitôt le refus du duc connu, le roi donna Tordre de battre la place avec la plus grande vigueur, et indiqua à chaque batterie la partie des fortifications qu'elle, devait attaquer. Celle de Créquy, de six pièces de gros calibre, établie près du chemin d'Orioux, devait tirer sur Téperon entre la porte de Niort et le faubourg Saint-Eutrope ; celle du maréchal de Praslin, placée sur la butte des Justices et composée de quatre pièces, eut pour point de mire le ravelin entre les portes de Niort et d'Aunis ; le marquis de La Valette dirigeait le feu de ses pièces sur la porte de Niort; les cinq pièces de Zamet et les six canons du comte de Bassompierre, à droite de la précédente, tiraient sur l'éperon de la porte d'Aunis.
La cavalerie légère du duc de Luxembourg alla occuper les routes par lesquelles les assiégés pouvaient recevoir des renforts, notamment celle de La Rochelle, et elle fit si bien
son service, que pendant toute la durée du siège, les réformés ne purent recevoir aucun secours.
Les tranchées du duc de Chaulnes et celles de la garde royale furent poussées jusqu'aux fossés des fortifications, et le roi transporta son quartier général de Vervant à Saint- Julien de l'Escap, afin de recevoir plus promptement avis des événements du siège.
Les dégâts causés dans la ville^ par la canonnade, furent considérables ; deux cents pas des murailles, entre le faubourg Saint-Eutrope et celui de Matlia, furent mis en ruines ; la tour Ronde et la tour Carrée furent rasées ; les toitures d'un grand nombre de maisons furent endommagées, un pilier de la halle aux marchands abattu, ttinsi que le tombeau de Jean de la Rochebeaucourt, seigneur de Saint-Même,, ancien gouverneur de la ville, érigé dans le cimetière de Notre-Dame des Halles. Cependant, les défen-, seurs de la ville furent peu ou point atteints ; on cite seulement le fils d'un procureur nommé Martin, enfant de douze ans, tué par le ricochet d'un boulet.
Le 3 juin, le feu des batteries royales se ralentit ; elles tirèrent à peine quatre-vingts coups, et on cite encore comme victime, un enfant de quatorze ans, Robert Vioa, dit la Châsse, qui, s'étant penché par une embrasure pour voir un boulet tombé dans le fossé, eut le ventre ouvert par un autre boulet.
Le 4 juin, les batteries tirèrent plus fréquemment, sans produire cependant grand effet, tandis qu'au contraire, la résistance des réformés était surexcitée par la quantité d'oflSciers distingués de l'armée royale atteints chaque jour par les balles des assiégés. Le nombre des blessés était si considérable, que l'hôpital du camp manqua de literie et que les commissaires aux vivres Le Clerc et Vassal durent en réquisitionner chez les marchands des environs.
Le S juin, une nouvelle batterie de deux canons, puis de quatre, fut démasquée dans le chemin reliant le faubourg Saint-Rutrope à celui de Matha ; elle ouvrit son feu sur la porte de Matha, contre laquelle elle envoya cent cinquante
boulets. En même temps, des mousquetaires embusqués dans les maisons du faubourg tiraient de deux côtés sur la courtine de la tour Caniot et les travaux reliant ladite tour au fossé. Cette canonnade eut pour résultat de démonter le canon de la plate-forme de la porte Matha, en blessant trois des canonniers qui le servaient.
Pendant la nuit du samedi au dimanche 6 juin, les batteries royales, contre leur ordinaire, entretinrent un feu très vif, qui redoubla encore d'intensité pendant la journée ; elles tirèrent environ quatre cents coups. Deux des canons do la batterie Saint-Eutrope furent démontés par les réformés, de sorte qu'elle ne put faire feu que de deux pièces pendant le reste du jour.
Vers dix heures du soir, deux cents hommes de larmée royale attaquèrent à Timproviste un poste de huit hommes, établi sur la contrescarpe du fossé, en dehors de la tour Caniot, et l'obligèrent à se retirer dans le fossé, où l'un des soldats réformés tua son sergent, le prenant dans l'obscurité pour un ennemi.
Le 7 juin, à une heure après-midi, les assiégés, au nombre de quarante, dirigés par le baron de Navaille, firent une sortie par la porte de Matha, et pénétrèrent jusque dans les tranchées du faubourg Saint-Eutrope, dont ils chassèrent les défenseurs. Ils approchèrent si près de la batterie qu'ils auraient pu en enclouer les canons^ mais comme on n'avait pas prévu la possibilité d'un pareil succès, aucune force n'avait été disposée pour protéger leur retraite, et ils durent se replier sous le canon de la ville, tirant dans la masse des renforts considérables envoyés au secours des tranchées. Ils se retirèrent, mais emportant, comme trophées, une certaine quantité d'armes et deux beaux chevaux, dont un, richement harnaché, avait été abandonné par Jacques d'Espinay Saint-Luc, gouverneur de Brouage, au moment où il se jetait dans les tranchées pour les défendre. Les assiégés perdirent trois hommes dans cette sortie, parmi lesquels de la Chesnaie-Vaulouvat, gentilhomme breton. Les troupes royales eurent trente-quatre hommes hors
de combat. Le connétable s'aperçut alors que le canal de Saint-Eutrope avait empêché les troupes royales qui cernaient la ville du côté du faubourg Taillebourg, de venir à temps au secours des tranchées de Saint-Eutrope et donna Tordre au grand maître de l'artillerie de faire construire en diligence un pont qui en faciliterait le passage. Ce pont établi en bois par des charpentiers réquisitionnés, à Textrcmité amont du jardin du Port Mahon, occupait l'emplacement de Tabreuvoir actuel et a subsisté, sous le nom de pont Canioty jusqu'à la construction de celui sur lequel passe la route nationale 138, en aval du même jardin. Ce nom lui fut donné en raison de sa proximité avec la tour du même nom.
Du 8 au 10 juin, la tour Ronde et le ravelin de Matha furent canonnés sans interruption.
Le M juin, de La Vergue, écuyer de de Loudrière et de La Courade, avec quatre ou cinq soldats, furent tués sur la courtine entre le ravelin d'Aunis et celui du château.
Le 12 juin, Tarmée royale, à court de munitions, envoya des hommes raiùasser les projectiles tombés dans les fossés de la ville. Ils parvinrent sans être vus à se glisser dans le fossé de la tour Ronde, mais leur présence ayant été bientôt signalée, de La Bertramerie Coyaud, de Niort, lieutenantcolonel du sieur de Begeon, fut envoyé contre eux par les réformés, pour empêcher Texécution de leur entreprise et parvint à les chasser ; mais, comme il regagnait la porte de Niort, en suivant le fossé, il fut tué par un éclat de mitraille qui l'atteignit à l'épaule, au défaut de la cuirasse ; trois de ses soldats y furent tués et plusieurs autres blessés. Le même jour, Izambart de Thorigné, sieur de Fogeray, fut aussi blessé d'un éclat de mitraille et mourut des suites de sa blessure le 19 du même mois.
Pendant cette affaire, les soldats royaux se défendirent à coups de pierres. Cette pénurie de projectiles dans le camp royal était due à La Noue et à Laroche-Gallet, de Niort, qui, embusqués dans la forêt de Chizé à la tête d'une troupe d'infanterie et de cavalerie, avaient surpris et
détruit un convoi de munitions composé de vingt-deux chariots.
Le roi qui, le 1^, était allé à Brizambourg voir la reine, revint le 13 à son quartier de Saint-Julien, La reine-mère était au château de Matha où elle résida jusqu'à la fin du siège.
Le 43 juin, le roi fit placer deux pièces à gauche d'un fortin appelé de a: Thémines », qu'il avait fait construire, pour démonter celles qui étaient sur la tenaille de la place, entre la porte Matha et la tour Blanche. Les assiégés, s'en étant aperçus, employèrent pour s'emparer de ces pièces un stratagème qui ne leur réussit pas. Trois cents hommes, habillés de vêtements de femmes, portant des armes cachées, sortirent un dimanche soir comme pour se promener. Le grand nombre d'individus, dont se composait le groupe, ayant éveillé l'attention des troupes royales, celles-ci reconnurent promptement à qui elles avaient affaire et leur firent repasser la porte de la ville à coups de canons. Le sieur de La Chaisne, qui les commandait, ainsi qu'un certain nombre de blessés, restèrent aux mains des assiégeants.
Le 14 juin, au point du jour, les assiégés firent une nouvelle sortie, par la porte de Matha, pour empêcher le duc de Chaulnes d'achever une barricade de gabions, qu'il faisait élever, afin de mettre à couvert de la mousqueterie des assiégés les hommes chargés de protéger les terrassiers. Mais les régiments d'Estissac et de Lozières accoururent au secours de ces derniers et une mêlée acharnée, où l'on combattit corps à corps, s'engagea sous les murs de la ville. Cette action fut très meurtrière : le nombre des morts et des blessés fut égal de part et d'autre. Le colonel d'Estissac. atteint de plusieurs blessures, fut transporté mourant sous sa tente, où il expira deux jours après.
Le 16 juin, la tranchée étant arrivée au pied du ravelin, les pionniers liégeois attachés à l'armée royale, commencèrent l'établissement d'une mine destinée à le faire sauter, tandis que des soldats pratiquaient sous la contrescarpe un
chemin couvert pour descendre dans le fossé à Tabri du feu des réformés. Durant ces travaux, souvent troublés par la mousqueterie des assiégés, un émissaire du duc de Rohan fut arrêté sur la route de Saintes ; il fut reconnu pour un soldat de la compagnie de Boisrond (René de Saint-Légier, gouverneur de Pons) ; il était vêtu en paysan saintongeais et portait, à Saint-Jean-d'Angély, des dépêches dans lesquelles le duc exhortait son frère Soubise à tenir encore quinze jours, lui promettant, à loxpiration de ce délai, un secours de quatre mille fantassins et de cinq cents cavaliers.
Le 17 juin, les ouvrages de terrassement entrepris devant la tour Caniot étant achevés, les seigneurs de la cour se préparèrent à faire assaut de courage, et ce fut à qui solliciterait une hallebarde ou une pique pour avoir l'honneur de monter à Tassant en tête des piquiers. Mais cette journée fut employée, de part et d'autre, à tirer des coups de canons, de mousquets, de fauconneaux et même d'arquebuses de chasse ; avec ces dernières, principalement, les réformés faisaient subir les pertes les plus sensibles à l'armée royale.
Le 18 juin, le duc de Chaulnes donna Tordre de faire jouer la mine, malgré les observations de Rambure, qui doutait qu'elle pût produire de l'effet. De Pontis, chargé par le maréchal de reconnaître le résultat de Texplosion, se plaça dans la barricade avec quarante mousquetaires prêts à s'élancer sur la brèche. Des gardes furent postés à l'entrée de la tranchée avec Tordre fornjel du maréchal de n'en laisser sortir personne, afin de prévenir toute confusion ; mais les marquis de Saint-Chaumont et de Rouillac, les barons de Laverdin, de Rabat et d'Escry, le chevalier de Valence et une foule d'autres gentilshommes, forcèrent cette consigne, jaloux de se jeter les premiers sur les ruines du ravelin.
La mine ne produisit pas tout l'effet que lo maréchal désirait ; néanmoins, une partie ayant été abattue, les
assaillants se précipitèrent en foule sur la brèche, balayée préalablement de ses défenseurs par Tartillerie royale.
Deux sergents de mousquetaires, armés de toutes pièces, parvinrent sur la pointe de la tenaille, défendue par quatre habitants, et ils avaient déjà subi plusieurs coups de feu sans broncher, lorsque Samuel Gerny, hôtelier à l'enseigne de TEcu de Bretagne, en tua un d'un gros mousquet ressemblant à un fauconneau ; le second, après avoir essuyé aussi plusieurs coups de feu, tomba frappé à mort par un nommé Daniel dit le Mourier. Ceux qui suivaient les sergents n'osèrent monter sur la tenaille ; ils se retirèrent en toute hâte dans la tranchée, poursuivis par trois cents piquiers, sortis d'une barricade élevée par les assiégés derrière la tour Caniot. Les barons d'Escry et de Laverdin, le capitaine de Nieul et un grand nombre de soldats tombèrent percés de coups ; les marquis de Rouillac et de Saint- Chaumont, le baron de Rabat, de Thors et son cadet, et plusieurs autres gentilshommes, qui avaient forcé la consigne pour aller à l'assaut, furent grièvement blessés.
De Pontis et ses quarante mousquetaires furent en grand danger ; voici le récit qu'il en fait lui-même : « Comme « on était tout près de faire jouer la mine, je fus commandé « avec quarante hommes pour monter à la brèche dans le a moment qu'elle serait ouverte, et, par ce moyen, ôter le « temps aux ennemis de la réparer. Il fallait donc nous en « approcher de fort près et avoir de quoi nous couvrir, en <i cas qu'il fallût nous retrancher.- Je demandai pour cela « des paniers et des mannequins, au lieu de sacs dont on « avait accoutumé de se servir, témoignant qu'il nous « serait bien plus aisé de les remplir que des sacs qui ne « se soutiennent point. On nous en donna quarante, qui « nous servirent en effet beaucoup, mais d'une autre « manière que nous ne pensions.
« Nous nous avançâmes le plus près que nous pûmes de « la mine, et il arriva qu'en jouant, elle fit un effet tout « contraire à celui que l'on s'était proposé. Au lieu de « pousser les terres du côté de la ville, elle les rejeta sur
« nous, le terrain s'étant trouvé plus faible de notre côté, et « nous ensevelit sous ses ruines. Mais, par bonheur, comme »« j'avais fait mettre à tous nos gens, à mon exemple, leur « mannequin sur leur tête, afin d'avoir les mains libres « pour tenir nos armes et nous en servir, ils rompirent « une partie du coup de la terre et des pierres et empê- « chèrent que nous n en eussions la tête écrasée. Ils nous « servirent de plus à pouvoir un peu respirer, en nous a laissant un petit espace vide qui empêcha que nous ne « fussions étouffés avant d'être secourus.
« De Comminges, qui était à la queue de la tranchée, « ayant eu des soldats blessés par des pierres que la mine « fit sauter, et jugeant de l'extrémité où nous devions être, - « accourut pour nous secourir, et nous dégagea de dessous a les termes, pendant que les ennemis étaient occupés à « réparer la brèche sans penser à nous. Ce qui, par hasard, « nous sauva la vie en cette rencontre, fut mis depuis'en « usage dans les sièges. L'ardeur que je ressentais pour « la guerre m'empêcha de me faire soigner comme on me « le conseillait ; mais je me trouvais si mal d'avoir été « ainsi froissé et enfermé dans ces terres, que je gardai, « pendant un mois, une jaunisse qui me rendit presque « méconnaissable. »
Bien que l'assaut eût été repoussé, il eut cependant un résultat bien funeste pour la garnison de Saint-Jeand'Angély, en lui enlevant son premier capitaine : de Hautefontaine, lieutenant du prince de Soubise, fut rapporté dans son logis mortellement blessé à la tête par* une balle d'arquebuse, tirée de la maison Bonnouvrier, faubourg Saint-Eutrope, de laquelle les troupes royales causèrent plus de mal aux réformés que de n'importe quel autre lieu. Plein de confiance en la bravoure et les talents militaires de ce gentilhomme, le duc de Rohan l'avait laissé auprès de son frère pour l'éclairer de ses conseils et le soutenir de sa résolution : c'était en réalité de Hautefontaine qui commandait dans la place sous le nom de Soubise.
De leur côté, les assiégeants firent une grande perte en
la personne de Louis de Lorraine, cardinal de Guise, tombé subitement malade le lendemain de cet assaut, auquel il avait pris une part très active, et qui mourut le 21 du* même mois, à Saintes, où il s'était fait transporter. Ce prélat s'était distingué au siège de Saint-Jean-d'Angély sous la cotte du guerrier, qu'il aimait à substituer à sa robe de cardinal.
L'honneur de cette journée fut pour les réformés qui, grandement aidés par de La Roche-Genillet, repoussèrent l'assaut des troupes royales. Ce gentilhomme, armé d'un reste de pique qu'un boulet avait rompu dans ses mains, et couvert du sang de ses soldats tués à ses côtés, se portait partout où était le danger,, excitant ses hommes, et manœuvrant son tronçon d'arme avec une vigueur fatale à ses ennemis. De la Frocale, enseigne de de Vaulx, se conduisit aussi fort vaillamment et fut blessé. On cite encore un simple soldat, revêtu d'un corselet, arrangeant sur le parapet des sacs de son, (jui lui étaient passés de l'intérieur de de la ville et qui, plusieurs fois renversé et couvert par la terre que les boulets faisaient écrouler sur lui, se relevait pour continuer sa besogne, qu'il n'abandonna que lorsqu'elle fût terminée.
Le 19 juin, les assiégeants emportèrent, à la pointe de l'épée, le ravelin de la tour Caniot et employèrent le reste du jour à établir un retranchement dans l'emplacement de la mine, sous la direction du capitaine Pigeolet, du régiment de Champagne. Le marquis de Rouilhàc et le baron de Rabat, en simple pourpoint, y portèrent les premiers tonneaux, entreprise des plus dangereUses, les réformés faisant tous leurs efforts de ce côté, pour empêcher un travail qu'ils savaient pouvoir causer la ruine de la ville. La nuit suivante se passa en alarmes continuelles ; les assiégés simulèrent plusieurs sorties et en tentèrent réellement au point du jour, mais avec peu de succès.
Tandis que ces événements se passaient à la tour Caniot, les maréchaux de Praslin et de Brissac attaquaient l'angle nord de la place, comblaient le fossé de fascines, et cou-
vraient la contrescarpe d'une quantité énorme de gabions, pour dérober les assaillants à la vue des ^assiégés. Ils faisaient ensuite tirer si vivement contre les remparts les dix pièces de la batterie de Praslin, que, en moins d'une heure, la tour de TEspingolle et la tour Grise, ainsi que la courtine qui s'étendait de l'une à l'autre de ces tours, étaient en ruines, le parapet du ravelin de la porte de Niort emporté, et ses défenseurs forcés de l'abandonner.
Le 20 juin, une nouvelle mine fut établie si près des réformés et de leurs pièces, que celles ci leur devinrent inutiles, et qu'ils furent contraints de se battre à coups de pierre ; ces projectiles n'étaient point inofïensifs, plusieurs en furent blessés, notamment le marquis de Rouilhac et le sieur Arnaud.
Le 21 juin, la redoute était fort avancée, assez vaste pour contenir deux cents hommes, et assez forte pour défier les efforts faits pour la détruire. Le maréchal de Chaulnes fît établir dans les ruines d'une maison, située à deux cents pas de la redoute, une batterie dont le feu pouvait balayer ceux qui auraient tenté de reprendre le ravelin.
Enfin, le duc d'Epernon, avec de la Valette, son frère, et des gentiHiommes en grand nombre, amenèrent au roi un renfort de quatre mille hommes et quatre-vingts voitures de munitions. Dès son arrivée, le duc, en sa qualité de général de l'infanterie, prit le commandement d une partie des troupes royales, et établit son quartier vers le faubourg d'Aunis.
Taudis que les ressources des assiégeants augmentaient, celles des assiégés étaient presque entièrement épuisées ; ces derniers n'avaient pu rien recevoir depuis l'étroit blocus de la place. La garnison soutïrait déjà beaucoup du manque de vivres ; quant aux habitants catholiques demeurés dans la ville, ne voulant pas subir les horreurs de l'assaut qui se préparait, pour une cause qui n'était pas la leur, ils menaçaient d ouvrir les portes au roi, si on ne se hâtait de capituler. La division était donc complète dans l'intérieur de la ville. Le bruit y courait que la noblesse voulait
capituler à part, et ce bruit prit tant de consistance, que le maire, Eveillard de la Guillebaudière, et vingt-cinq à trente bourgeois notables, mandèrent de Soubise, pour savoir de lui s'il était fondé. Le prince se rendit à Tinvitation du maire, jura et protesta, en pleurant, que, quand même la noblesse aurait la lâcheté de faire une chose si préjudiciable aux habitants, lui, personnellement, ne les abandonnerait pas, mais courrait la même fortune qu'eux. D'après Manceau, l'assurance donnée par le prince aurait relevé le courage des habitants, qui se seraient déterminés à une plus longue résistance, si des Mazures et Philippe Cadou, procureurs, présents à la réunion, n'avaient insisté pour une prompte capitulation, représentant qu'ils n'avaient plus qu'à implorer la miséricorde du roi, s'ils ne voulaient être tous pendus.
La détresse des assiégés, la division qui existait entre les habitants, n'étaient pas un secret pour les assiégeants : non-seulement les catholiques avaient des intelligences avec ceux du dehors, mais aussi des réformés, qui n'approuvaient pas la résistance du duc de Rohan, faisaient savoir au roi, pour ainsi dire jour par jour, tout ce qui se passait dans la ville. Manceau cite même, comme ayant rempli ce double rôle, de Vaulx et des Galois, capitaines de la garnison, qui, avant le siège, avaient fait prévenir de La Rochebeaucourt, alors à Châtellerault, que s'il voulait venir à Saint-Jean-d'Angély ils l'y feraient entrer et l'en rendraient maître, quand môme il y viendrait avec peu de monde.
Enfin, les assiégeants comptaient si bien sur la prochaine soumission de la place, que, le 23 juin au soir, les soldats de garde dans les tranchées disaient, en allumant les feux de joie de la Saint-Jean, qu'ils les allumeraient le lendemain dans la ville.
Le même soir, cédant aux sollicitations et aux menaces des habitants, de Soubise permettait à de Puybernier, commandant un régiment, de se rendre au quartier Zamet, faubourg d'Aunis ; là, il eut une entrevue avec du Chas-
telier Barlot, maître de camp, et le supplia d'intercéder près du connétable pour que le roi voulut bien le recevoir à capituler.
Le 22 juin, de Puybernier eut une nouvelle entrevue à la porte d'Aunis avec du Chastelier. A la suite de cette entrevue, un trompette sortit de la ville pour porter au duc de Luynes une lettre de Soubise, demandant un saufconduit pour un gentilhomme qu'il désirait lui envoyer, sauf-conduit qui lui fut donné pour toute la journée du lendemain.
Le 23 juin, tout étant prêt pour un assaut général, les troupes royales s'élancèrenî^ sur la brèche de la porte d'Aunis, ayant au milieu d'elles le vieux connétable de Luynes, la pique à la main, entouré de ses fils et des gardes du roi, ainsi que d'une grande quantité de volontaires, dont beaucoup furent tués ou blessés en s'établissant sur le rempart, après avoir refoulé les assiégés dans leurs retranchements.
Tandis que ces faits se passaient à la porte d'Aunis, d'autres épisodes, non moins importants, avaient lieu entre la porte de Niort et la tour Ronde. Vingt canons., dont les embrasures étaient sur la contrescarpe, achevaient de démolir les ruines chancelantes des. fortifications, et permettaient aux troupes royales de descendre dans le fossé par une excavation appelée « trou de Maumusson ». Mais ils ne purent s'y maintenir, et furent obligés de se retirer par le même passage, laissant au fond du fossé une trentaine des leurs.
Ce fait d'armes a donné lieu à une expression angérienne, c< faire passer quehjuun par le trou de Maumusson », encore usitée de nos jours, surtout par les enfants, comme riposte à une bravade.
Le maréchal de Praslin, de Bassompierre et de Saint- Luc, se distinguèrent dans cette chaude journée, ainsi que les volontaires royaux, notamment de Charbonnier, le baron de Paluau, et l'écuyer de Saint-Luc, tués. On cite
parmi les blessés le marquis de la Valette et le sieur de Biennement.
De Soubise, convaincu qu'il ne pourrait conserver |>lus longtemps la place, ainsi démantelée, envoya en qualité de parlementaire au connétable, Esaîe du Matz, seigneur de Montmartin, désigné par son conseil pour remplir cette mission. Dans une conférence Icnvoyé offrit de la part de Soubise, de rendre la ville, pourvu que l'assemblée de I^ Rochelle y consentît. Le roi fit répondre que la ville lui appartenait, que l'assemblée de l^ Rochelle était illégale et rebelle, et qu'il fallait plutôt implorer sa clémence pour cette assemblée, qu'attendre ddle des conseils sur le parti qu'on avait à prendre. Le connétable parla ensuite des erreurs des assiégés et des dangers que couraient la ville et ses défenseurs. Montmartin se laissa gagner, et revint le lendemain déclarer au nom de Soubise, que, sans qu'il fût question de l'assemblée de La Rochelle, il traiterait pour lui et pour ceux qui étaient dans la place, si S. M. consentait à accorder un délai permettant au prince d'envoyer un exprès à son fière, afin de lui faire connaître l'état de la ville, s'engngeant de rendre la place s'il ne recevait de réponce dans peu de jours. Le roi refusa de souscrire à cette nouvelle demande ; il fit répondre que tout ce que de Soubise pouvait espérer, était de rendre la place moyennant la vie sauve, et que, s'il ne se décidait pas, le lendemain au plus tard, à accepter la grâce qu'il voulait bien lui faire, il n'aurait plus ensuite aucune miséricorde pour lui.
De Montmartin revint vers les dix heures du soir, rapportant cette réponse ; aussitôt sa rentrée, les assiégeants commencèrent un feu formidable d'artillerie et de mousqueterie qui fit croire aux Angériens à un assaut de nuit, et jeta dans la ville la phas vive alarme. De Soubise rassembla à la hâte son conseil, et y convoqua aussi les principaux habitants, ])our délibérer sur les conditions de la capitulation ; quelques-uns do ces derniers se rendirent à l'invitation du prince et désignèrent des
Maziires comme leur représentant dans la députation chargée de porter la capitulation au roi.
Le 24 juin, le projet de capitulation, élaboré pendant la nuit, fut soumis à une assemblée plus nombreuse et définitivement arrêté. Vers dix heures, de Montmartin alla le soumettre au roi. En voici le texte :
Article premier. — Tous les habitants et bourgeois, avec leurs familles, de la ville de Saint- Jean-d'Angély, seront maintenus en leurs privilèges, immunités et franchises, sans qu'ils puissent être molestés en leur personne, vie et biens.
Art. 2. — Il ne sera rien innove à Tétat de la religion , ni au gouvernement politique de ladite place.
Art. 3. — Les temples de ceux de la religion et les maisons y joignant y seront conservés en leur entier.
Art. 4. — La dite place demeurera place de sûreté et affectée à ceux de la religion comme ci-devant.
Art. 5. — Ceux desdits habitants qui sont pourvus d'offices royaux et autres charges, y seront continués et confirmés.
Art. 6. — Il sera permis auxdits habitants et pasteurs qui sont présents en ladite ville, de s en retirer et y retourner toutes fois et quand il leur plaira, avec leurs familles, biens, meubles, armes et chevaux, en toute sûreté, dont passeports et sauf-conduits leur seront accordés ; comme aussi la liberté de pouvoir disposer de leurs biens immeubles, et, à ces fins, toutes confiscations, si aucunes sont, seront levées et ôtées, ou do demeurer en ladite ville.
Art. 7. — Tous les gentilshommes, gens de guerre, bourgeois et habitants ou autres, ne pourront par ci-après être inquiétés, ni travaillés, des démolitions et ruines de bâtiments, incendie et brûlement des édifices, dégradation d'arbres, usurpations de terre, qu'ils auraient faits ou fait faire pour les fortifications et défenses de la dite ville, non plus que pour les prises de matériaux, pierres, bois de charpente, à ouvrer, pour futailles ou autres, de quelque
nature qu'elles puissent être, ni d'autres meubles, blés, vins, et toutes espèces de fruits, qui auraient été pris et consommés pour la nourriture et Tentretien des gens de guerre.
Art. 8. — Ils ne pourront, ni tous ni pas un d'eux, être recherchés ni travaillés en aucune façon, ni par qui que ce soit, pour avoir occupé les églises et autres lieux publics pour y loger les gens de guerre, préserver leurs magasins et placer autre chose pour leur usage et service, et généralement de tous exploits et exercices faits desdits lieux et des dites choses.
Art. î). — Et qu'enfin, ce qui s'est fait dans ladite ville demeurera éteint et assoupi, comme non avenu.
Art. 10. — De Soubise, avec tous les gentilhommes, gens de guerre et autres qui l'accompagnent, de quelque qualité et condition qu'ils soient, sortiront vie et bagues sauves, avec leurs armes, chevaux, chariots, et tous leurs équipages et bagages, tambours battants, enseignes déployées eh mèches allumées, pour se retirer où bon leur semblera.
Art. 11. — Il leur sera fourni des chariots et des bateaux à suflRsance, pour emmener leurs blessés et malades, armes et équipages.
Art. 1^2. — Pour ce faire et pour tout ce que dessus, il plaise à S. M. leur donner saufs-conduits, qui seront valables jusqu'à ce qu'ils soient en lieux de sûreté, tels qu'ils voudront élire et choisir.
Art. 13. — Les sieurs de La Cressonnière et de Fretton pourront particulièrement jouir du bénéfice de la présente capitulation, nonobstant la criminalité jetée sur eux à raison de l'assemblée générale de La Rochelle, de laquelle criminalité ils demeureront relevés et déchargés, sans qu'ils aient besoin d'édit ou déclaration pour ce faire.
Art. 14. — Il plaise à S. M. continuer à M. le duc de Rohan le gouvernement de la place, comme aussi à M9»" du Parc, les capitaines et officiers de la garnison, les charges qu'ils y possèdent, ensemble l'entretien de la dite garnison.
De Montmartin revint le soir rapportant, d'après Manceau, bonne espérance d'obtenir la plus grande partie des articles de la capitulation, en même temps que des saufs-conduits pour deux gentilshommes et deux bourgeois devant l'accompagner au camp royal, le lendemain, avant dix heures, dernier délai accordé pour conclure. Ces députés, nommés le môme jour, étaient de Loudrière et la Chapelle- Bugaudière pour la noblesse^ Grenon et des Mazures pour les habitants. Ils avaient mission de conclure la capitulation aux conditions stipulées par le roi, s'ils ne pouvaient en obtenir de meilleures.
Le 25 juin, les cinq députés partirent dès huit heures du matin, et tout d'abord soumirent au connétable la capitulation arrêtée. Ce dernier, après en avoir pris connaissance, leur dit : ^ Vous êtes les premiers rebelles du roijaume qui, sans aucun titre de justice, d'honneur et d'areniple que de trente mutins assemIAés à La Rochelle, ace:; fait courir fortune à la vie du roi par plusieurs fots en ce sièf/e, qui vous a si favorablement traités, que les catholiques en devaient avoir pris jalousie. . , Souvenez-vous quil ny aura plus de capitulation pour vous autres. »
De Montmartin ayant insisté pour que la garnison sortît tambour battant, mèches allumées, enseignes déployées, sans pouvoir l'obtenir, quitta le conseil sans rien conclure, et se disposait à rentrer dans la ville, lorsque des Mazures lui reprocha de ne chercher à faire la paix que pour ceux du dehors et non pour les habitants ; que, quant à lui, il ne voulait pas se sacrifier ni sacrifier les autres habitants, et qu'il allait conclure la capitulation pour eux.
Les autres députés appuyèrent des Mazures et forcèrent ainsi de Montmartin à s'engager au nom de Soubise et à signer la promesse suivante, écrite au bas des lettres de grâce que le roi voulait bien leur accorder :
« Le roi ne prétend faire aucun traité, mais sur la supplication très humble, plusieurs fois réitérée, de ceux qui sont dans Saint-Jean-d'Angéty, S. M. leur pardoîine à tous également, de quelque qualité et condition quils
soient, tout <r (/ai s*est fait et commis durant le siè(/e (J*ice/le, à condition (juils demanderont pardon et jureront de demeurer éternellement sous son obéissance^ et qu'ils ne porteront jamais les armes contre son sercice, sous quelque cause ou prétexte que ce soit,
« S. M, entend aussi, comme elle l'a J'ai t, qu'ils Jouissent de la liberté de conscience suivant les édits.
« Sous ces cimditions, S. M, leur fait cette grâce, accorde la liberté de leur personne, et les remet dans la jouissance de leurs biens comme ils étaient auparavant ; et ceux qui voudront se retirer, S, M, leur fera donner sauj'-conduit pour leurs personnes, armes et chevaux,
« Et pour toutes autres demandes par eux faites, elles demeureront au vouloir de S. M., pour en faire ainsi qu'elle avisera bon être.
« Fait et passé au camp devant Saint-Jean-d* Angêl y , le samedi 25 juin 1621. Signé : Louis.
« A^ous, soussignés, en vertu des pouvoirs à nous donnés par M. de Soubise, commandant dans la ville de Saint- Jean-d'Angély, acceptons la grâce contenue au présent écrit, qu'il plat t au roi nous faire, promettons de l'effectuer et faire accomplir selon sa forme et teneur.
« Fait au camp devant Saint-Jean-dWngéty, le 25 juin 1621.
c< Signé : Montmartin, des Mazures, Barthommé. »
De Loudrière, de La Bugaudière et Grenon, apportèrent avec eux la capitulation signée, ramenant pour otage le sieur Desplans et laissant au quartier du roi de Montmartin et des Mazures en la même qualité.
Aussitôt leur arrivée, des capitaines firent le tour de la ville sur la courtine de Tintérieur et sur la contrescarpe du dehors pour faire cesser le feu de part et d'autre. De Bois- Ragon, sergent-major général de la ville, arbora sur la tour Ronde le drapeau annonçant la cessation des hostilités. Aussitôt les troupes se mirent familièrement en relations. Des chefs de l'armée royale allèrent, sans armes, avec le
maréchal de Lesdiguières, se promener sur la tenaille de la tour Caniot, appelée « l'éperon Vert » par les troupes royales.
Le lendemain, 26 juin, dès cinq heures du matin, les troupes de la garnison se rassemblèrent en armes pour sortir, tandis que Soubise allait à la porte d'Aunis, recevoir de Modène, grand prévôt de Tarmée royale, à la tête de ses archers, venant prendre les mesures de précaution destinées à sauver la ville du pillage, qu elle avait à craindre de la soldatesque des deux partis. Après avoir placé, un poste à chacune des portes, pour en empêcher rentrée aux soldats du camp, il reçut, au nom du roi, le serment de Soubise et de ses lieutenants, ainsi que des habitants :
« A^ous, soussignés^ promettons et jurons devant Dieu, sous notre foi et serment, de demeurer à jamais très /lumbles et très fidèles sujets et serviteurs du roi, et de ne porter jamais les armes contre son service, de n adhérer^ au,r unions, assignations ni assemblées qui se pourront faire et tenir sans la permission de S, M. et contre son autorité et service ».
Le procès-verbal de cette prestation de serment, dressé par Monigot, commissaire ordinaire des guerres, le 26 Juin 1621, reproduit dans uiîe relation du siège imprimée la même année, permet de donner la liste des gentilshommes de la religion réformée qui défendaient la ville, mais désignés en majeure partie par leur nom de fief seulement. Malgré des recherches laborieuses, Tidentité avec les noms de famille de la plupart n'ayant pu être établie avec certitude, lauteur, craignant des attributions erronées, s'est borné à les reproduire textuellement, prévenant le lecieur que quelques-uns des noms de gentilshommes, distribués par brigade, paraissent faire double emploi avec ceux des procèsverbaux, bien que n'étant pas toujours identiques, ou bien encore désignent plusieurs membres de la même famille. Gentilshommes ayant prêté serment :
Le sieur de Loudrières, Louis Reynart, Charles Rabion, Charles Boussac, Jacques Bernard, Jacques de Salligné,
JeanGuesdon, Jean d'Artiganoue, Frouart, sieur de Brissîn, F. de la Girardière, J. Marchant, Loudelière, Vialle, Vieillevigne, de Villevigne, Giles Conort, Gabriel Michot, de Souches, Marcadère, Marmaude, Lariboisière, De Belleix, Cressonnière, pour moi et vingt gentilshommes. Bois Blanc, La Ville du Bois, La Garde, Le Prévost, Chasteau Bru lé, Croix-Chapeau, Saint-Fulgent, Soullette, Cacaudière, Champfleury, Coutebière, La Richardière, Breuil, Petitfief, La Robertière, Le Tryguy, Boisragon, La Courrade, Belleveue, La Vallade, Dognon, Le Seudre, Bois-Brasses, La Vallée et ses trois enfants, Rollière, Saint Hilaire, Grollière, des Cousteaux, Le Plessis, Le Bignon, La Poussaire, Le Cloust. Contenport, Anville, Venoux, Sistrière, Begaudière, La Pigrerie, Preuilly, Saint-Germain, Delhaume, de Ferrières, Saint-Aubin, Isaac Isle, Le Bois, Saint-Martin, Le Verger, Le Bois Plaisant, le Poussart, Romefort, du Noyer, Pré Nouveau, Saint-Martin, la Grolle, Croiffardière, Rapinière, La Viguerie, du Parc d'Archiac, Cardonnière, La Vaur, Savignac, La Renaudye, Lansonyère, enseigne de du Parc d'Archiac, Hersant, Chevillardière, Le Bressis, capitaine^ Le Plessis, capitaine, Meuhé, La Grange, capitaine, Luserche, lieutenant, Puybernier, Fresnières, du Sin, Valée, lieutenant de Puybernier. Clemenceau, La Perrière, Le Pourtault, Le Breuil. Marennes, capitaine, Couderoux, Candé, Bréchetière, sieur de La Ronde, Puychenin, de La Oouzille, Le Pourtault, parent delà Crouzillé, Petit- Chasteau, de La Vendée, Sabin, du Coudray, Pierre Paillardy^ sieur de La Roitelière, capitaine, pour tous les hommes de sa compagnie. Cressonnière, Poncé, capitaine^ Bregeon, chevalier, capitaine^ pour mon lieutenant et enseigne blessés, de Fief Courtet, Le Pin, Roumengout et les membres de sa compagnie.
Gentilshommes distribués par brigade et autres ayant commandement dans la ville, qui sont compris dans les déclarations que les chefs ont faites pour eux :
M. d'Armaillé, La Garde, le comte de Marennes, Baron de Saint-Surin, de Dissan, de Barres, de La Renodie, de
Soulignier^ de La Progerie, de Venou, de Mauperrier, de Piameuri, de La Popinière, de Boys, de Thaunay, de Champfleuri^ de La Boysse, de Reilhac, de La Grandfardière, de Sergés dePreuneaux, de Villevigne, de Garnaut, de Mermaude, de Saint-Florant, de Villeneuve, de Beauregard, de La Girardière, de Dezi, de La Girardièrele jeune, de La Coursenière, du Vignaut, de La Coutancière, de de Monbail, des Ouches, Guide, de La Dublerie, de Chaligné, de La Fiorencière, de Poineuf, de La Motte, de Diffay, de La Marcadée, de La Blure, de Griffay^ de Guillement, de Nieul^ de Chateaurenard, de Chamfleury le jaune, des landes, de Grandfief, de Luret, de F^a Roche Breuillet, du Breuil de Chives et son frère, de Foges et son frère, de La Fumelière, du Cluseau, de Ozé, de Beauvois^ de La Bastière, de Paucerre, de La Fuye, de Ternand, de la Touze, de Chantenaille, de La Garde, de Croix-Chapeau le jeunOj du Treuil, du Rouseau, de Blansai, de Bernardières^ de Chalons, de Loiret de La Matassie, de Bois-Galand, de Rieurou, de Champagne et son frère, de Fontaines^ de La Courrade et ses frères^ de Preuilli, de La Noix, de Chantemarlière, de Gorze, de Licheret, de La Fontaine, de Nasset, "de Fief-Courtret, Darax, de Pontax, de La Tournerie, de La Notallière, de F^a Guicharderie.
Les régiments de Picardie, de Chastelier, de Saint- Vincent et de Brissac, entrèrent ensuite et formèrent une double haie depuis la porte d'Aunis jusqu'à la porte de Niort, par laquelle la garnison devait affectuer sa sortie, pendant que toute l'armée se rangeait en bataille derrière les mêmes portes.
Cependant, la garnison ne se mit en marche qu'à midi, à cause de la tardive arrivée de quatre-vingts chariots envoyés pour le transport des bagages des gentilshommes et capitaines huguenots.
Le prince de Soubise, sorti le dernier, descendit de cheval en arrivant devant le roi et lui demanda pardon à genoux, l'assurant qu'il tiendrait les promesses qu'il lui avait faites par la bouche de Loudrières et de Montmartin. Le
roi lui mit la main sur Tépaule et lui dit : « Je suis bien aise que vous nie donniez dorénavant plus d'occasion d'être satisfait de vous, que je n'en ai eu de sujet par le passé et me servirez mieux à l'avenir. »
Soubise fut escorté jusqu'à sa destination par le maréchal de Lesdiguières, et des saufs-conduits furent délivrés à ses officiers pour leur permettre de regagner en sécurité leur demeure.
Malgré les précautions prises par le grand prévôt, des soldats et des aventuriers se glissèrent dans la ville par des brèches et des fausses portes, ouvertes dans la muraille pendant le siège, notamment à la tour Ronde, la porte de Niort, l'éperon Vert, l'éperon de Clermont et la porte Jélu, et pillèrent les maisons voisines des fortifications. Les soldats du régiment des gardes du roi, eux-mêmes, prirent part à ce pillage, dont le produit fut vendu par eux à des gens de Saintes, Cognac, Niort et autres lieux qui le revendirent publiquement ensuite sans être inquiétés. Le temple de la religion réformée fut saccagé, sa chaire abattue, ses vitres brisées, ses bancs rompus. La maison du ministre Japhet du Vigier, sieur du Moustier, fut pillée par quelques soldats, qui emportèrent son linge et jusqu'à ses vêtements après avoir mis les meubles en pièces. L'enquête, sur ces faits, évalue à cent livres les dégâts commis au temple, et à cent cinquante ceux de la maison du Vigier, sommes ^ui furent remboursées par l'ordre du roi. D'après Manceau, les dommages occasionnés pendant le siège et par le pillage, à la ville et à ses environs, pouvaient être estimées à plus de deux millions de livres. Chiffre exagéré, Manceau lui-même, ayant signé une déclaration traitant d'imposteurs, ceux qui avaient fait courir le bruit que la ville avait été pillée par des soldats de l'armée royale, et le temple des réformés détruit.
Ainsi finit le dernier siège de Saint-Jean-d'Angély. pendant lequel furent tués plus de quinze cents soldats et quatre cents gentilshommes de l'armée royale, tandis que
les assiégés ne perdirent que soixante-dix liommes, dont quinze habitants.
Le 27 juin, le roi assista à la messe, et comme fort peu d'habitants s'y étaient rendus, il en demanda la cause. Ayant appris qu'ils gardaient leurs maisons du pillage des soldats comme cela était déjà arrivé, il dit à M. d'Epernon : a Que deviendra ma parole donnée t » D'Epernon répondit, qu'à la vérité quelques soldats avaient pris un peu trop de licence, mais qu'ils n'avaient pas fait pour plus de trois à quatre cent livres de dégâts ; et, pour corroborer cette assertion du duc, le maire dut produire un certificat, signé de plusieurs habitants, attestant que, depuis leur entrée dans la ville, les troupes royales n'avaient commis aucun outrage contre les personnes, ni aucun dommage aux propriétés.
Les 28, 29 et 30 juin, les divers régiments de Tarmée royale vinrent successivement séjourner dans la ville ; il s'y trouva jusqu'à quinze cents hommes à la fois, vivant ainsi que leurs chevaux aux dépens des habitants, si bien que plusieurs de ces derniers, pour éviter l'insolence des soldats et une dépense qu'ils n'étaient pas en état de supporter, quittèrent Saint-Jean-d'Angély.
Louis XIII ne fut pas désarmé par la soumission de la ville ; il lui fit payer cher la résistance que lui avaient opposée les réformés. Se rappelant que la clémence de Charles IX, en 1569, ne l'avait pas empêchée de se révolter de nouveau, et qu'elle était la première qui lui avait fermé ses portes, il résolut de lui infliger une punition qui pût servir d'exemple aux autres villes rebelles. A cet effet il lui enleya tous ses privilèges, et ordonna la démolition de ses fortifications par lettres patentes, datées de Cognac, en juillet ; dans ces lettres, il est dit :
« Voulant ôter aux habitants de Saint-Jean-d'Angély tous les moyens de prendre à l'avenir les armes contre nous, laisser à la postérité quelques marques du châtiment que nous infligeons à leur désobéissance et à leur rébellion, et donner à nos autres sujets, la preuve que nous ne voulons
pas que le crime reste impuni, nous déclarons et ordonnons que les murailles, remparts, tours, bastions, éperons, ravelins et autres fortifications de la ville de Saint-Jeand'Angély, seront démolis, démantelés et rasés, et que les fossés seront comblés ; supprimons et abrogeons les privilèges, exemptions et immunités accordés aux habitants de la même ville par les rois nos prédécesseurs, et confirmés par nous. Ordonnons, en outre, que tous les deniers communs et patrimoniaux, de quelque nature qu'ils soient^ qui pourraient appartenir à ladite ville, seront réunis à notre domaine et perçus à Tavenir par nos trésoriers. Mais comme nous sommes instruits que quelques-uns des principaux officiers, tant du siège royal que de l'élection de Saint- Jean-d'Angély, n'ont point adhéré ni participé à cette rébellion, qu'au contraire ils sont restés constamment attachés à leur devoir et à la fidélité qu'ils nous doivent, nous voulons, en leur considération et faveur, que le siège de la justice, de l'élection et du bureau des tailles, soit maintenu à Saint-Jean-d'Angély, et que les juges des tribunaux continuent à y exercer leurs fonctions. »
Le 28 juin^ d'Epernon partit de Saint- Jean-d'Angély, après avoir donné ses instructions aux habitants catholiques, réunis chez Pallet, où il logeait, laissant d'Ambleville pour faire démanteler les fortifications et désarmer les réformés. Trois cents ouvriers furent employés à ce travail de démolition, qui n'était pas encore terminé au mois de juin de l'année suivante. Mécontent de la lenteur avec laquelle les officiers de Télection accomplissaient cette pénible tâche, le roi envoya à Saint-Jean-d'Angély, en qualité de commissaire extraordinaire, un sieur Antoine Morestier, qui fut obligé de contraindre les élus, par sommation, d'avoir à lui fournir mille hommes, répartis sur les diverses paroisses de l'élection, pour faire disparaître promptement les murailles encore debout. Les pierres, en provenant, furent transportées à Brouage, pour servir aux fortifications que le roi faisait élever dans cette ville.
Louis XIII voulut effacer jusqu'au nom de Saint-Jean-
d'Angély, qu'il changea en celui de ce Bourg-Louis », maïs Tusage n'a pas consacré cette dégradante dénomination,' employée seulement dans les lettres de Louis XIII, datées de Paris, en février 1626. donnant aux cordeliers certaine partie des fortifications démolies.
Le 7 juillet, Pierre Séguier, sieur d'Aultry, maître des requêtes, arriva à Saint-Jean-d'Angély. Il déclara tout d'abord au maire et aux échevins, assemblés, que son intention était de lever sur les habitants, exempts et non exempts, de l'une et de l'autre religion, une somme de quatre cents livres, destinés à couvrir les. frais de pansement et de médication des blessés de l'armée royale. Ces derniers restés, jusque-là, dans les ambulances de Saint-Julien, furent transportés dans la ville pour plus de commodité.
Le 17, le maître des requêtes, prenant le titre d'intendant de la justice au siège et gouvernement de Saint-Jeand'Angély, procéda en grande pompe au rétablissement de |a sénéchaussée, et fit prêter serment dans les termes suivants aux oflRciers de cette juridiction :
Les magistrats^ professant la religion réformée, demeurés dans la ville pendant le siège, jurèrent de bien et Jîdclement exercer leur charge, de cicre et mourir serviteurs du roi, et Refaire dans quinzaine le désir requis par la déclaration du 27 mai 1621, donnée à Niort.
Ceux qui avaient laissé la ville : De bien exercer leur charge et faire ladite déclaration ;
I^es catholiques :' De bien faire leur cliarge.
Le 19 du même mois, Séguier procéda, avec les mêmes formalités, à la réinstallation des officiers de l'élection.
Dans les premiers jours d'août, quatre compagnies, restées à Saint-Jean-d'Angély pour la démolition des murailles et la garde de l'artillerie, partirent pour Surgères, emmenant avec elle une partie des canons de la ville. « Le Gros-Jean » l'un des plus anciens, du calibre de trente-cinq livres, « la Crevassière » de vingt-huit, « la Françoise » de vingt-trois, (( madame de Chi^é » de vingt livres, « la Galeuse » de dix-sept ; sept autres de calibre moindre, et sept ou huit
— Wi ^
fauconneaux, le tout en fonte verte. Quelques jours après, sur Tordre de d'Ambleville, les autres canons, mis hors de service pendant le siège, furent envoyés à Cognac pour être refondus ; ils furent embarqués sur une gabarre, qui coula dans la Boutonne, à sa sortie des portes de Bernouet. Les munitions chargées sur la môme gabarre furent perdues ; elles étaient bien peu considérable, et consistaient seulement en un petit paquet de poudre, treize caques et un quart de soufre, quatre caques de salpêtre, une caque et un quart de goudron, trois j)ots à feu, une boîte de grenades. Tout ce qui existait en plomb et en étain dans la ville, y compris la vaisselle, avait servi pendant le siège à faire des projectiles.
Les Rochelais, ayant eu avis de cet envoi, formèrent le projet de Tenlever dans le trajet, et envoyèrent à cet effet le capitaine Richard avec quatre-vingts soldats, montés sur une barque et suivis, de loin, par deux navires chargés de les soutenir au besoin. Mais les navires ayant manqué la marée entre Rochefort et Tonnay-Charente, le capitaine Richard et ses hommes surpris vers les Nouillers par de Biron et ses cavaliers, envoyés contre eux, se débandèrent. La plus grande partie retourna à La Rochelle ,* mais quelques-uns étant arrivés à Saint-Jean-d'Angély, y furent reconnus par le gouverneur Crondelle> arrêtés par les catholiques et détenus à rEcu de France, au grand déplaisir des réformés, qui procurèrent à quelques autres les moyens de fuir. Les prisonniers, au nombre de sept, furent conduits à d'Ambleville, à Cognac. Celui-ci chargea Coudon, prévôt de Saintonge, de les renvoyer à Saint-Jean-d'Angély, pour les faire condamner et les y faire pendre. Ils arrivèrent à Saint-Jean-d'Angély le dimanche suivant, sous la garde de Guillonnet, sergent royal, et des archers du prévôt, ce qui jeta l'inquiétude parmi les réformés. Cette inquiétude se changea le lendemain en véritable terreur, lorsqu'on vit arriver le prévôt, suivi du bourreau, qui resta dans la ville jusqu'au samedi suivant. Cependant, ils furent quittes pour la peur ries prisonniers ne passèrent même pas en jugement.
Par suite de Tabolition de ses privilèges, la ville n'avait plus ni gouverneur, ni maire, ni juridiction communale, ni ressources financières ; et cependant il fallait payer les aides et subsides au profit du roi et pourvoir, en conséquence^ à la nomination de collecteurs et d'assoyeurs chargés de Tassiette et de la perception de ces impôts. Sur Tavis de d'Ambleville, une députation de deux habitants catholiques alla trouver le duc d'Epernon à la Jarrie, pour lui exposer la situation, et lui demander comment on devait procéder dans Toccurence. Le duc donna Tordre au lieutenantgénéral de la sénéchaussée d'établir simplement un syndicat composé des quatre plus anciens échevins catholiques du corps de ville supprimé, et confia la police au procureur du^ roi. Ce syndicat se trouva composé de Sébastien Griffon, Philippe Cad ou, Jean Griffon, sieur de la Chagnée, et Jean Gadouin, sieur de la Bertinière.
Mais les syndics, n'ayant que des attributions peu étendues, ne purent exercer aucune influence sur le relèvement de la ville qui, jusqu'au rétablissement de sa municipalité, au commencement du XVIII** siècle, descendit progressivement au dernier degré de la misère.
Les lieutenants-généraux se paraient bien du titre de maire, que personne ne leur contestait ; mais comme ce titre ne leur fut jamais confirmé, ils manquèrent toujours de l'autorité nécessaire pour exercer utilement les fonctions municipales. Ils n'avaient pas le droit, pas plus que les syndics, de tenir un registre de leurs délibérations, et ces derniers avaient recours, comme de simples particuliers, au ministère des notaires pour établir les actes qui engageaient la ville. C'est ce qui explique le manque de documents pouvant servir à l'histoire do Saint-Jean d'Angély pendant une grande partie du dix-septième siècle.
Cependant, au mois d'octobre de la même année, les Angériens furent autorisés à réorganiser la garde bourgeoise pour le maintien de Tordre intérieur. Elle fut composée exclusivement de catholiques, et elle fit le service d'hon-
tieul' au logis de la reine, lors de son passage à Saint-Jeand'Angély, au retour du siège de Montauban.
Anne d'Autriche arriva à S^int-Jean-d'Angély, accompagnée de la princesse de Conti et de la comtesse de Luxembourg, le 24 novembre, entre quatre et cinq heures du soir, précédée par un certain nombre de catholiques assez mal montés et en mauvaise ordonnance, qui avaient été au devant d'elle sur la route de Saintes. Elle fut accueillie par toute la population venue au devant d'elle en procession^, croix et bannière en tête, conduite ainsi jusqu'à l'église et ensuite à l'hôtel de Rohan, où son logis avait été préparé.
La reine laissa la ville le lendemain, à dix heures du matin^ escortée des catholiques et d une foule de paysans, cultivateurs et vignerons sous les armes, en sabots, guêtres et casaque de droguet^ mal rangés devant son logis pendant son déjeuner et (jui la conduisirent ensuite dnnsson carrosse traîné par six chevaux blancs, d'abord à l'église, où elle entendit la messe, puis jusque hors la porte de Matha, par où elle partit.
Comme le projet de surprendre la ville était attribué au prince de Soubise, parcourant de nouveau la Saintonge et TAunis à la tête d'un corps de réformés, la milice éleva des barricades au minage et au pilori pour tenir lieu de fortifications.
Les réformés avaient donné assez de preuves de leur hardiesse, par les coups de mains qu'ils tentaient chaque jour, pour donner des craintes au sujet de la sécurité de la reine^ et cela d'autant plus que quelques Angériens se trouvaient parmi les partisans du prince et pouvaient faciliter l'audacieux projet de ce dernier, par la connaissance qu'ils avaient des lieux. Pour les punir, d'Ambleville ordonna au procureur du roi de poursuivre, non seulement les rebelles, mais encore leurs proches parents demeurés tranquilles à Saint-Jean-d'Angély. Cet ordre reçut un commencement d'exécution. Mais d'Epcrnon et Séguier, n'ayant pas trouvé que le procureur du roi mettait assez de
vigueur dans les poursuites, le menacèrent de lui retirer son office, s emparèrent de l'instruction de l'affaire et en saisirent les juges de Saintes, ville où ils séjournèrent euxmêmes pendant quelques temps, pour les stimuler. Ils poussèrent la rigueur jusqu'à faire rendre un arrêt ordonnant aux greffiers, notaires, sergents et à tous autres, de dénoncer les sommes qu'ils avaient ou qu'ils savaient appartenir aux rebelles.
Cependant les habitants catholiques chassés par les huguenots, revenaient peu à peu dans la ville, ainsi que les moines des différents ordres. Ces derniers ne trouvèrent que des ruines à la place de leurs monastères, dont les matériaux avaient été employés pendant le siège à réparer les fortifications ; ils obtinrent l'autorisation de prendre, pour les reconstruire, ce qu'ils trouveraient d'utilisable dans les murailles, et les bénédictins posèrent la première pierre du leur le 27 juin U)22. Leur union à la congrégation de Saint -Maur fut décidée par le chapitre, le 20 juillet suivant, et le 28 octobre, dom Maure Tassin, nommé prieur fut solennellement installé par dom Perrot, qui lui remit ses pouvoirs en présence des autorités et d'une foule énorme.
Les Angériens écrasés par cette dernière catastrophe se désintéressèrent forcément des débats qui intervinrent, en 1026, entre les bénédictins et les cordeliers, au sujet de la possession de l'emplacement des fortifications démolies : et cependant, le dernier espoir qui leur restait de voir leur ville reprendre son rang, disparaissait^aveç l'aliénation de ces terrains. Louis XIII avait donné aux cordeliers la partie s'étendant de leur couvent à la porte d'Aunis ; les bénédictins réclamèrent contre cette donation, comme propriétaires antérieurs à la construction des fortifications, et ils obtinrent gain de cause, ainsi que le constatent des lettres patentes de 16;>i. Dans ces lettres, le roi reconnaissait n'avoir eu l'intention de donner aux cordeliers que les terrains dépendants de son ancien château royal, et main-
tenait les bénédictins dans la possession des douves et des autres fortifications de la ville.
Une violente protestation de la Saintonge du nord et de l'Angoumois, contre les fermiers des Aides, occasionnée par un nouvel impôt de vingt sols par muid sur les vins, n agita pas davantage les angériens, qui s abstinrent de manifester dans les assemblées tumultueuses tenues en juillet 4636 à Matha, et plus tard à Baignes, où, sous le titre d'arrêts, furent formulées de vives remontrances contre la perception de cet impôt. Mais en 1644 leur attitude ne fut plus la même à ce sujet, les opposants tinrent à Saint-Jean-d'Angély des réunions d'autant plus compromettantes, que la plus grande partie de la noblesse réformée de la ville et des environs y assistait et passait pour y pousser à la résistance, dans l'espoir d'en tirer profit.
La reine régente, mise au courant des agissements de ces derniers, coupa court à leurs projets, en faisant arrêter à Paris et enfermer à la Bastille les réformés^ qui lui étaient signalés comme complices, puis donna l'ordre au lieutenant général marquis d'Aumont, gouverneur du Poitou, de se rendre au plus vite à Saint-Jean-d'Angély avec les troupes sous ses ordres, pour y faire arrêter et punir les promoteurs de ces assemblées, notamment les plus compromis, dont faisaient partie :
Alexandre de Céris, seigneur de Chateaucouvert ;
Isaac de Beauchamp, seigneur de Bussac ;
Emmanuel de Gelinard, seigneur deVaraize etde Malaville ;
Jean Boisseau, seigneur des Moulins et de la Vergue ;
Jacques Roland, seigneur de Montmouton en Archingeay ;
Louis Bouchard d'Aube terre, seigneur de Saint-Martin de la Coudre ;
René de Saint-Légier, seigneur de Boirond ;
Jean du Breuil, de Chives ;
Isaac Beauchamp, seigneur des Bernardières ;
Paul Fé Lesmerie, seigneur de Beaupuy ;
L'arrivée inopinée à Saint-Jean-d'Angély du marquis d'Aumont, l'arrestation des sieurs de Chives et de Couvre! le,
qui avaient proposé, dans une des assemblées, d'aller attaquer et détruire le bureau de perception deTonnay-Charente, enfin le cantonnement des troupes dans leurs logis ou sur leurs terres, en imposèrent aux autres, qui s'empressèrent, pour éviter de semblables représailles, de protester de leur fidélité au roi. Le marquis d'Aumont reçut de la cour des félicitations pour la façon rapide dont il avait rempli sa mission et, en même temps. Tordre de rendre la liberté à ses deux prisonniers et de faire cesser le cantonnement des soldats.
La /régente ne garda pas rancune à Saint-Jean-d'Angély des événements que nous venons de raconter, elle passa dans cette ville avec le roi en 1650, en allant à Bordeaux, pour rétablir dans la Guyenne le calme que cette province avait perdu, en prenant parti pour le prince de Condé. Leurs Majestés y marquèrent même leur passage en tenant sur les fonds baptismaux la fille d'un nommé Jean Martin^ à laquelle la reine donna le prénom d'Anne.
Plus tard la reine comprit encore Saint-Jean-d'Angély, dans l'itinéraire du second voyage qu'elle fit à Bordeaux, en 1659, avec le roi, son fils, pour les négociations du mariage de ce dernier avec l'infante d'Espagne. D'après de Liniers, historien du règne de Louis XIV, ce serait à Saint-Jean-d'Angély qu'aurait eu lieu la dernière entrevue du roi avec M"*^ de Mancini, nièce du cardinal de Mazarin, pour laquelle il avait toujours eu une violente passion. Plus épris des charmes de sa maîtresse que de ceux de l'infante, le roi aurait déclaré vouloir passera La Rochelle, où M^'^' de Mancini, s'était retirée ; la reine mère, craignant de ne pouvoir l'en empêcher, voulut sauver au moins les apparences, elle écrivit à M}^^ de Mancini de venir à Saint- Jean-d'Angély, où elle serait bien aise de la voir en passant. Elle se rendit avec empressement à cette invitation. Le roi la vit, l'aima plus que jamais et ils se séparèrent, résolus de s'aimer toujours. Cet incident ainsi voilé n'empêcha pas le mariage du roi d'aboutir. Au mois de juin de l'année suivante Louis XIV passait de nouveau à Saint-Jean-
d'Angély allant au devant de Tinfante, sa ferame, et le cardinal faisait épouser à sa nièce le connétable Colonne.
La chute de La Rochelle, la paix d'Alais, les mesures rigoureuses dont il a été parlé et la confirmation de Tédit de Nantes par Louis XIV, en mai 16o!2. avaient imposé la soumission aux réformés. Mais à partir de 1660, ils furent chaque année de plus en plus inquiétés, blessés, dépouillés de l'exercice de leurs droits. Toutes les professions et toutes les maîtrises leur furent successivement interdites, sauf l'agriculture et le commerce. On essaya tous les moyens pour obtenir des abjurations et Ton y réussit à Saint-Jeand'Angély. A la suite des prédications des jésuites François Robin et Jacques Legrand, dix- sept réformés abjurèrent dans l'église abbatiale. Plus tard, Jean Levallois, âgé de dix-sept ans, fils d'un marchand du même nom, après avoir abjuré à Rome, en 1679, devant le général de l'inquisition, renouvela son abjuration à Saint- Jean-d'Angély, le 22 juin de l'année suivante, et eut un assez grand nombre d'imitateurs. En 1686, Guillaume de La Brunetière, évêque de Saintes, voyant les conversions se ralentir, se rendit à Saint-Jean-d'Angély pour leur donner une nouvelle impulsion, aidé par dom Anselme Claire, prieur des bénédictins et de ses moines, il réunit les réformés dans des conférences, en persuada quarant-six à revenir au catholicisme, et parmi eux le ministre du château du Douhet, Audibert Durand, chargé par l'intendant de faire les baptêmes et les mariages de ses coreligionnaires privés de temple, un mois avant la révocation. Fort de cette nomination Durand ne songea pas à quitter la France, fut forcé d'abjurer, devint instituteur et, suspect encore, mourut dans un état voisin de la misère.
Cependant, les conversions n allant pas encore assez vite au gré des catholiques exaltés de la cour, Louis XIV, sous l'influence de leurs conseils, vint, par la révocation de l'édit de Nantes, jeter la désolation dans ce qui restait du parti de la réforme. Un graad nombre de réformés suivirent leurs pasteurs en Hollande, en Angleterre et en Amérique :
d'autres se soumirent extérieurement, sauf à pratiquer an désert, la nuit, leur culte proscrit. Cet acte impolitique avait été précédé de mesures arbitraires qui le faisaient présager : le temple des réformés, bâti avec les débris de Téglise abbatiale, détruite par ces derniers en 1569, avait été rasé en vertu d'un arrêt du conseil du 3 janvier 4683, signifié le 3 février suivant, aux ministres de Saint-Jeand'Angély, Jean Yver et Prioleau. Le même arrêt interdisait tout exercice du culte réformé. On leur enleva même le cimetière de Notre-Dame des Halles, qui était spécialement affecté à l'inhumation de leurs morts, et on le rendit aux catholiques le 24 mai 1683. Empêchés de prier publiquement, les réformés s'assemblèrent d'abord à Aulnay, puis en cachette à « la Grenoblerie », maison isolée sur la route de Courcelles ; mais le secret de leurs réunions ayant transpiré, avis en parvint à M. de Chamilli, gouverneur de la province, qui donna aussiiôt l'ordre à Jean de La Fargue, seigneur de Brizambourg, gouverneur de la ville, de faire démolir la Grenoblerie. Cent manœuvres, requis pour ce travail, eurent bientôt fait disparaître toutes traces de cette habitation, remplacée depuis par une grange, dont l'aspect désolé semble rappeler encore ce triste souvenir. A partir de cette époque, le culte réformé fut interdit à Saint-Jean^ d'Angély et n'y fut rétabli légalement qu'en l'an X. A cette date, Téglise de cette ville fut comprise dans la consistoriale de Saintes. Le décret du 26 mars 1852 créa lo consistoire de Pons et y rattacha Saint-Jean-d'Angély ; celui du 29 septembre 1871 la plaça dans la sixième circonscription synodale.
La situation de Saint- Jean-d'Angély devait bientôt s'améliorer par Tinfluence d'un événement fortuit, qui fut le point de départ d'une nouvelle existence pour cette ville, ce fut le passage, vers la fin de Tannée 1^00, du duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, allant prendre possession du trône d'Espagne, auquel il venait d'être appelé. Saint- Jean-d'Angély se trouvait compris dans l'itinéraire du monarque ; sur tout le parcours, les villes avaient rivalisé ;
c*était à quî ferait au prince la plus brillante réception et lui offrirait les plus belles fêtes : seule, la pauvre ville de Saint-Jean-d'Angély déclara ne pouvoir étaler à ses yeux que sa misère. M. de Bégon^ intendant de la généralité de La Rochelle, désireux de cacher, autant qu'il était en son pouvoir, Tétat dans lequel l'avaient réduite la suppression de son échevinage et la confiscation de ses revenus, sollicita et obtint un arrêt du Conseil d'Etat du 20 septembre 1700, accordant aux angériens, la nomination de quatre échevins à leur choix, et vint lui-môme présider, l'assemblée électorale, le 24 décembre suivant, dans laquelle furent élus : Claude-Caffin, sieur d'Asnières, lieutenant particulier ; Alexandre Mallet, eslu ; Joseph Mestadier, assesseur ; Léon-Joseph Régnier, garde du scel. C'était un premier pas au rétablissement de la municipalité. En 1717, l'échevinage fut encore augmenté de six conseillers et d'un procureur syndic ; leur costume consistait en une robe noire avec épitoge rouge, doublée de bleu sur l'épaule gauche. L'uniforn\e des archers se composait d'un habit rouge, avec parements bleus, doublé de bleu, boutons de même étoffe, culottes doublées de peau, chapeau à cornes bordé d'argent faux, bas bleus, souliers.
' Le corps de ville, ainsi partiellement reconstitué, put faire au duc d'Anjou les honneurs de la cité, et si ses finances ne lui permirent pas de lui offrir le plus petit présent, au moins l'enthousiasme que développa cette faveur, et les acclamations de la foule lui cachèrent la véritable situation de la ville. Le 21 décembre 1700, le corps de ville, les officiers de la sénéchaussée, ceux de l'élection et la milice bourgeoise, allèrent attendre le duc à la porte de la ville, où il arriva la nuit. Caffin, assesseur et premier échevin, le complimenta et le remercia, au nom des habitants, de la faveur que le roi venait de leur faire, en reconstituant le corps municipal, et le conduisit à l'abbaye des bénédictins, où son logement et celui des ducs de Bourgogne et de Berry, ses frères, avaient été préparés. Les moines fêtèrent brillamment les princes et firent
— BOJ -
représenter par leurs élèves de Rhétorique la première d'une tragédie, spécialement écrite pour la circonstance, et des intermèdes comiques, dans lesquels des paysans vantaient en patois la bonne mine des princes, leurs qualités et buvaient à leur gloire future.
Le duc repartit le 23. Pendant son séjour, on avait employé plus de trois cents ouvriers à réparer le chemin d'Ecoyeux, qu'il devait prendre pour se rendre à Saintes ; ayant appris que quelques-uns de ces ouvriers avaient été blessés par la chute d'un mur, il leur fit distribuer un secours de cinquante louis de treize livres chacun.
La nouvelle administration fit rechercher les anciens titres et registres de la ville, dont une partie était dispersée chez les divers oflîciers de la sénéchaussée, et dont l'autre avait été transportée, en 1632, au greffe de la généralité de Poitiers, par les soins de Dulac, trésorier de France, ce qui les sauva d'une entière destruction. Pour vaincre la résistance des détenteurs, elle dut recourir à l'intervention royale, qui en ordonna la restitution à première sommation, par arrêt du 24 novembre 1703. Ces titres et registres composent aujourd'hui les précieuses archives de la ville, largement mises à contribution pour la rédaction de cette histoire.
Une fois en possession de ses vieux titres, la municipalité s'occupa tout d'abord des établissements hospitaliers, laissés à l'abandon pendant les guerres de religion ; elle obtint du roi l'autorisation de les réunir en un seul hôpital, auquel furent attribués non seulement les revenus des anciennes aumôneries de la ville, mais encore ceux de plusieurs établissements hospitaliers de la sénéchaussée, trop pauvres pour pouvoir satisfaire au but de leur création.
L'origine de l'hôpital de Saint-Jean-d'Angély remonte à une très haute antiquité, Guillonnet-Merville, dans ses « Recherclies toporjraphiqueii et historiques sur Saint- Jean-d'Angély », donne l'an 1030 comme la date de la construction de Taumônerie de l'abbaye ou « Hôtel- Dieu », fondée par les bénédictins, mais il ne s'appuie sur aucun
SADsT-iEAN 89
titre. Les moines eux-mêmes en ignoraient la date, puisque, dans une supplique adressée par eux à l'intendant de la généralité de La Rochelle, le 12 septembre 1727, ils citent comme le plus ancien titre sauvé de la destruction, le testament de Tabbé Odon, daté de 4090 ; une des dispositions du testateur prescrivait au camérier de Tabbaye de remettre à Taumonier, chaque samedi, la dîme des deniers que le peuple offrait, par dévotion, au tombeau miraculeux de Saint-Hilarion.
L'Hôtel-Dieu servait à loger les pèlerins, qui venaient en nombre considérable de toutes les contrées, principalement des Flandres et d'Allemagne, se prosterner devant le chef miraculeux de saint Jean-Baptiste et les autres reliques que possédait l'abbaye ; les valides y recevaient l'hospitalité pendant une nuit, un morceau de pain et une modique somme d'argent ; les malades y étaient soignés jusqu'à leur guérison. Plus tard, les aumônes y furent distribuées plus largement, à ïnesure que de riches donations les dictèrent aux moines.
Les bâtiments, consacrés à l'aumônerie, étaient séparés de ceux de l'abbaye, afin que la sollitude du cloître ne fut pas troublée par le va-et-vient des hôtes nombreux qui y étaient reçus chaque jour ; ils étaient situés en face de l'abbaye.
Une maladrerie. dite de « Saini'La::are » ou des « Ladres », destinée spécialement aux personnes affectées de la lèpre, maladie regardée alors comme transmissible par le contact et incurable, existait depuis un temps immémorial à Saint- Nazaire, à l'extrémité du faubourg Taillebourg. Aucun document ne renseigne exactement sur sa fondation^ qui remonte aux croisades, comme celle de toutes les léproseries, mais les nombreuses redevances que les bénédictins lui payaient chaque année, peuvent faire considérer ceux-ci comme ayant, au moins, largement contribué à son entretien.
La lèpre avait été importée de Syrie par les croisés ; elle s'était propagée avec une rapidité effrayante, sous
l'influence de notre climat et de la malpropreté du peuple, à une époque où le linge était inconnu, même de la classe moyenne.
En 1225, il existait en France environ deux mille léproseries. L'évêché de Saintes, d'après le pouillé publié par Gervais Ailliot en 1648, en contenait seul vingt et une, situées à Saintes, Surgères, La Rochelle, Brouage, Soubisc, Saint-Jean-d'Angély, Pons, Taillebourg, Cognac, Blaye,, Mortagne, Centras, Royan, île d'Oleron, île de Ré, Jarnac, Arvert, Mirambeau, Marans, Matha, Corme- Royal. Mais cette nomenclature passe pour incomplète.
Peu à peu le virus perdit son activité ; en 1598, le corps de ville qui, jusqu'à cette époque, n'avait permis le mariage des lépreux qu'entre eux, autorisait un lépreux à épouser qui bon lui semblerait. En 1670, la lèpre avait à peu près disparue, et lors de la prise de possession de la maladrerie par l'ordre de Notre-Dame du Mont^Carmel et de Saint- Lazare de Jérusalem, le 20 juin 16*^6, il fut constaté, par le , procès- ver bal dressé à cette occasion par Boumard, archer et huissier de la sénéchaussée du Poitou, qu'il ne s'y trouvait aucun malade, mais seulement trois personnes saines, nées de parents lépreux. Les bâtiments de la maladrerie consistaient en deux chambres basses, un hangar et deux appentis servant d'étable, le tout attenant à un petit jardin. *
Louis XIV, par ordonnance du 30 septembre 1678, ordonna la réunion dans une seule malaarerie, celle de Saint-Mesmin, près d'Orléans, de tous les lépreux qui existaient alors en France.
Les formalités usitées pour la réclusion des malades dans une léproserie sont assez curieuses pour être rapportées ici :
Lorsque le médecin ou chirurgien déclarait une personne atteinte de la lèpre, son exclusion de la société était prononcée par le juge de la mairie, et sa réclusion dans la léproserie se faisait avec un lugubre cérémonial. Le prieur de Ternant, sur la paroisse duquel Saint-Nazaire était situé alors, allait chercher le lépreux dans sa maison, où il
ne devait jamais revenir. Il le conduisait à la chapelle, où, couvert d'un drap mortuaire, il entendait une messe des morts, après laquelle il était conduit à la maladrerie ; là on exhortait le malade à la patience, lui rappelantles souffrances de Jésus et lui promettant le ciel. Le malheureux ôtait ses vêlements, revêtait la casaque de ladre, prenait ses cliquettes, sortes de castagnettes qu'il devait agiter dans les rues pour prévenir de son passage, et le prieur lui faisait l'admonition suivante :
« Je te défends de sortir sans ton habit de ladre, ou pieds nus, de passer par les ruelles étroites, de parler à quelqu'un lorsqu'il sera sous le vent, d'entrer dans aucune église ou dans aucun moutier, d'aller dans les foires ou marchés, dans aucune réunion d'hommes, de boire ou te laver les mains dans une fontaine ou dans une rivière, de toucher aucunement les petits enfants et de leur rien bailler.
« Je t'enjoins d'avoir toujours soin de faire claquer tes cliquettes, afin que chacun soit averti de ton approche et puisse t'éviter.
« Je te défends à l'avenir de manger, boire, ni coucher, avec autre que lépreux. »
Ensuite le prêtre lui donnait son pied à baiser, lui jelait un peu de terre sur la tête, fermait la porte de la maladrerie et le recommandait à la charité des assistants.
Le prieur de Ternant avait droit à la dépouille du lépreux, non comme compensation de ses peines, mais sans doute pour éviter que les vêtements, laissés à l'abandon, ne fussent cause de l'extension do la maladie. Lorsque les meubles des lépreux ne pouvaient être logés dans la léproserie, on les brûlait ; on brûlait quelquefois même la maison du malade tant on craignait de voir se répandre l'horrible maladie.
Les lépreux ne pouvaient se montrer dans la ville que le dimanche, de trois à quatre heures ; tout le monde fuyait à leur approche, annoncée par le bruit des cliquettes, qu'ils devaient agiter constamment pendant leur promenade par la ville, et des règlements sévères leur interdisaient de
toucher à aucune marchandise, de quelque nature qu'elle fut, sans que préalablement ils en eussent fait l'acquisition. En 1390 et 1406^ des défenses semblables furent faites aux femmes Nicaise et Lestot, (ju'on croyait atteintes de la lèpre. Comme il n'y avait pas de chirurgien à Saint-Jeand'Angéiy, le corps de ville leur enjoignit d'aller à La Rochelle se faire visiter par Jehan Noblet, sire de Cannes, et Jehan Lappe, chirurgiens, et d'en rapporter certificat sous scel authentique. Les relations étaient interdites aux lépreux, même avec leurs maris, femmes ou enfants non atteints de la maladie. La femme d'un lépreux, ayant été surprise une nuit dans la maladrerie de Saint-Nazaire, couchée avec son mari, fut livrée au prévôt du roi, conduite devant le maire de Saint-Jean-d'Angély, et condamnée à l'expulsion à perpétuité de la sénéchaussée de Saintonge ; l'instruction avait établi, il est vrai, que la conduite irrégulière de cette femme pouvait propager la maladie dans la ville.
La léproserie de Saint-Nazaire était administrée par un syndic, choisi parmi les lépreux ; elle jouissait de revenus ou d'aumônes assez considérables. Ces revenus ne rentraient pas toujours sans dilBcultés, si on en juge par les procès intentés, en 1635 et 1650, par une veuve Jean Bonnin et un nommé Jean Tizon,, prenant le titre de gardien et syndic des autres lépreux.
Le 14 novembre 1339, Guillaume de Lussaut, chanoine de Saintes, de la famille de Lussaut de Saint-Jean-d'Angély fonda une troisième aumônerie derrière l'emplacement actuel des maisons Gaillard et Florimond, rue Matha. Elle communiquait avec la rue par une allée, dont l'autre extrémité ouvrait sur la partie des douves qui porte aujourd'hui le nom de « Squa/'c des Lussaut » ; elle portait le nom de la famille de son fondateur : « aumônerie des Lussaut » ; son principal revenu consistait en rentes sur divers immeubles situés à Saint-Jean-d'Augély ; de plus, le corps de ville lui attribuait le produit des amendes, infligées par les jurais de la commune et la cour de la
mairie^ pour contravention aux ordonnances de police. Tout membre du corps de ville lui devait un linceul lors de sa réception.
Jehan Gallerand, échevin, par son remarquable testament, du 29 octobre 4429, ci-après transcrit, fonda une aumônerie à laquelle il donna le nom de « Notre- Daine des Hdlles », en raison de sa situation sur l'emplacement de l'ancien hôtel de ville démoli en 1876, près des halles anciennes et de l'église collégiale de Notre-Dame ; il la dota de fonds suffisants pour l'entretien de six lits, pouvant contenir chacun deux pauvres, et d'une chapelle desservie par un chapelain ; il en confia l'administration au corps de ville. Le souvenir de cette charitable fondation a été conservé par le conseil municipal, qui a donné le nom de Gallerand à une des rues de la ville.
Testament de Jehan Gallerand
« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Amen. Je, Jehan Gallerand, bourgeois et échevin de la ville de Saint-Jehan d'Angély, fais assavoir à tous ceux qui ce présent écrit verront et oiront, que je estant en mon bon sens, mémoire et entendement, pensant qu'il n'est chose plus certaine que la mort, ni si incertaine que l'heure d'icelle, et afin qu'il n'advienne que je aille de vie à trépassement sans faire testament et ordonnance des biens et choses que Dieu ma donnés, voulant pourvoir au salut de mon âme, j'ai ordonné et avisé mon dernier testament et dernière ordonnance des biens et choses par la forme et manière qui s'ensuit : Premièrement. Je recommande mon âme à Dieu, mon père et créateur, à la glorieuse vierge Marie, sa très douce et clière mère, et à toute la célestiale cour du paradis ; et mon corps à sépulture de sainte Eglise, laquelle je élie en la chapelle des a Saumurs », dite à l'Audeberte, à l'entrée de l'église monseigneur saint Jehan, là où ma première femme fut enterrée. lieni : Veux que mes dettes et amendes soient payées par mes exécuteurs ci-
GoQgle
dessous nommés. Item : Ordonne mon septième*, trentenier-, et un écu pour aumône. Veux et ordonne que à mon enterrement au septième et à Tannai'^ soient dites cent cinquante messes, c'est assavoir à chacun tour cinquante. Item : Donne et laisse au vicaire qui gouverne la cure monseigneur saint Jehan, un écu neuf un fois payé. Item : Aux religieux dudit moustier, pour être à mon enterrement, au septième et à Tannai, quatre écus neufs une fois payés. Item : A l'œuvre des jacobins, six écus neufs une fois payés, afm que lesdits jacobins soient à mes dits enterrement, septième et annal. Item : Aux chapelains et clercs servant en Téglise Notre-Dame, deux écus neufs une fois payés, pour même cause. Item : Aux cordeliers dix livres de cire, pour même cause. Item. : Aux ladres, deux écus, pour être en leurs prières et bienfaits. Item : Laisse à la confrérie des clercs trente écus neufs, un fois payés, c'est assavoir vingt que je leur devais par promesse, par moi faite, lorsqu'ils m'élurent procureur, et dix écus en quoi je reconnais être tenu à ladite confrérie, tant pour les défauts que j'ai faits de non avoir obéi aux services de ladite confrérie, que autrement en plusieurs manières. Item : Veux et ordonne, que dans ma place assise devant le marché, qui fait le coin en venant de l'église des « Jacobins w à celle « Notre-Dame )), à main senestre, tenant d'un côté audit chemin de ladite église des Jacobins à Notre-Dame, d'autre côté à la maison et place Jehan Bouchard, d'un bout à la place où se tient le marché, le chemin entre deux, et d'autre bout à Pierre Martin, soit faite et édifiée une bonne maison, de bon édifice, à chaux et sable, par la main de mesdits exécuteurs, dont un des longiers se fera devers ladite rue venant desdits Jacobins, et l'autre longier devers la maison dudit Bouchard, l'un des pignons devers ledit marché et l'autre pignon devers ledit Martin ; et pour ieclle