CHAPITRE XIV La Justice et les Hommes de loi
Le roi saint Gontran avait cédé à Tévéque de Maurienne, en (oute souverainetéj un territoire qui comprend aujourd'hui dix-huit communes : deux sur la rive droite de Y Ave, Saint- André et Argentine ; seize sur la rive gauche, depuis le ruisseau du Freney jusqu'au Rocherai, entre Saint-Jean et Pontamafrey : Saint- Martin d'Arc, Valmeinier, Valloires, Albane, Montricher, Villargondran, Albiez-le-Jeune et Albîez-le-Vieux, Moiitrond, Saint- Jean et Saint-Sorlin d'Arves, Fontcouverte, Villarembert, Saint- Pancrace, Jarrier et Saint- Jean de Maurienne (1). La justice était administrée au nom
(1) M«^ BilHet, dans une note sur une bulle du pape Lucius m, dti 16 octobre IISI, tipprouvant les donations faites k Tévèque de Maurienne, met au nombre des paroisses sur lesquelles sVaenduit sa souveraineté, le Bourget, Aussois, SoUières, Ternngnon et la moitié des Millières, (Chartes du diocèse de Maurienne, p.^.) M. Burnier reproduit cette note duns son Ilisloire du Sénat de Savoie, L It p»31. La bulle elle-même montre que c*eet une erreur. Le pape confirme d'a}»ord la donation du roi Gontran, qui constitue la prineipauté de Tévêque : Siaiitii utoy^inejus régate in ioto lerritorio Vilktruni S' Andrée et Argentine episcopi Maurianenses optineunt. Idem quoque in tocis -ultra Arcum posîHa.^... a Hvù qui fiuit u monte et intrai
et par les juges de Tévêque : c'étaient les châtelains d'Argentine, de Saint-André, de Valloires et des Arves, et le juge de la Cour temporelle de Tévêque, résidant à Saint-Jean. Ce juge était d'ordinaire en même temps juge de la Cour spirituelle (1). On pouvait appeler de ses sentences à l'official du métropolitain de Vienne, et ensuite, ou même immédiatement, au Saint-Siège.
Cette principauté portait le nom de Ten^e épiscopale de Maurienne.
La révolte des Arvains, en 1325, obligea Tévêque Aimon des Hurtières à associer Edouard, comte de Savoie, à sa souveraineté sur la plus grande partie de la Terre épiscopale, qui prit dès lors le nom de Terre commune. Les chàtellenies de Valloires, de Saint-André et d'Argentine demeurèrent soumises à Tévêque seul.
Le traité, signé le 2 février 1327 dans la collégiale de Sainte-Catherine d'Aiguebelle (2), stipule que
Arcum ad stricta S^ Andrée usque ad rupem calvam que fere imminet ville Pontis, Ensuite il approuve d'autres donations de biens et droits, faites à l'église de Maurienne, soit dans les paroisses dont Tévêque est souverain, soit dans plusieurs autres, et il en cite quelques-unes : in quibus hec propriis duximus exprimenda vocabiilis. Ce sont, non pas les paroisses, mais les églises de Termignon, SoUières, le Bourget, Aussois et la moitié de celle des Minières.
(1) Judex curie temporalis episcopatus Judex episco-
palis in spiritualihus et temporalibus,
(2) Nous ne possédons qu'un résumé de ce traité, publié par la Société d'histoire et d'archéologie, t. I, p. 340; peutêtre même tous les accords faits entre les parties contractantes ne furent-ils pas écrits, car il est dit : Per quant associationem pacta et conventiones facte sunt ; sed quia valde làboriosum est omnia describere, pauca tamen dice'
« le comte exercera la justice civile et criminelle de concert avec Tévêque et de la même manière que celui-ci l'exerçait seul précédemment. »
Le juge représentant les deux souverains reçut le titre de corrier et juge commun de la cité de Mauvienne et ressort; il eut sous sa juridiction les onze paroisses comprises dans l'association, et fut installé dans la tour et la maison que le comte avait acquises en fief de Tévêque. « Les causes de toute espèce, dit M. Burnier (1), étaient portées devant lui ; il rendait ses sentences sur les conclusions
mus. Que les trois châtellenies de Valloires, de Saint-André et d'Argentine ne fussent pas comprises dans l'association, cela résulte des termes même du traité, et, plus clairement encore, en ce qui concerne la châtellenie de Valloires, d'une transaction du 4 octobre 1438 entre l'évêque Oger de Conflans et le duc Louis. (Yoir Travaux de la Société d'histaire et d* archéologie, t. V, p. 869.)
(1) Histoire du Sénat de Savoie, t. I, p. 45. — Quelques lignes plus haut, l'auteur dit que l'évoque de Maurienne avait sacrifié le pouvoir absolu, c'est-à-dire reconnu audessus de lui le pouvoir du souverain. Il suffit de lire le traité de Randens pour se convaincre qu'il ne place pas le comte de Savoie au-dessus de l'évêque et ne le fait pas son souverain, mais son égal et son associé dans l'exercice du pouvoir souverain sur un territoire où 1« comte n'avait eu jusque-là aucun droit: Ipsum dominum comitem présentent et recipientem pro se et suis heredibus consociat, socium et dominum facit, L'évêque donne au comte l'investiture de cette part de souveraineté et le comte reconnaît la tenir De ipsius domini episcopi et ecclesie predicte feudo et directe domino, Amédée VIII fut le premier prince de Savoie placé au-dessus de l'évêque de Maurienne comme souverain temporel, non en vertu du traité de Randens, ni en qualité de duc de Savoie, mais en celle de vicaire perpétuel de l'empire, dont l'évêque était feudataire.
d'un avocat fiscal (1). Une double voie s'ouvrait pour l'appel : presque toujours, on se pourvoyait à Vienne ou en Cour de Rome contre les jugements du tribunal épiscopal.
En 1500, l'appel à l'officialité métropolitaine était encore exercé sans contestation aucune. Nous en avons une preuve, entre autres, dans une sentence d'excommunication prononcée, le 27 mars de cette année, par messire Guillaume Palmier, officiai de Vienne, contre noble Pierre des Colonnes, sur un appel des syndics et consuls de Saint-Pancrace (2). L'objet du procès n'est pas indiqué. La sentence fut publiée sept dimanches ou fêtes de suite, dans l'église de Saint-Pancrace et dans celles de Sainte- Marie et de Saint-Christophe, le condamné ayant une maison à Saint-Jean. « Ceux qui communiqueront avec lui, dit l'official, sauf dans les relations ordinaires de la vie, seront frappés d'interdit et, si vous apprenez qu'il est dans l'église ou dans le cimetière, vous cesserez immédiatement l'office divin, la prédication et même le baptême des enfants; jusqu'à ce qu'ayant fait réparation, il soit absous et rendu à l'unité de l'Eglise. »
« Ce second degré de juridiction, continue M. Burnier, présentait tant d'inconvénients, que le duc Charles III obtint, en 1515 et en 1525, des bulles qui déclaraient que toutes les appellations des
(1) 6 janvier 1508, contrat de mariage entre Antoine Bolier, professeur de droit, avocat fiscal de Vévéché, et Jérémie, fille de Jean d'Arves. Ce titre fut ensuite remplacé par celui de procureur fiscal,
(?) Archives de la cure de Saint-Pancrace.
juges temporels des évêques et autres seigneurs ecclésiastiques, en matières civiles et criminelles, seraient portées au Conseil résident de Ghambéry, »
Parfois aussi, on s^adressait directement au duc de Savoie et à Tévéque pour obtenir réparation de certains griefs.
Une autre attribution du corrier était d'autoriser les assemblées du Conseil général, de les présider et d*en faire exécuter les décisions.
Représentant à la fois le duc et Tévéque, le corrier était nommé par les deux co-souverains ; quand le siège épiscopal était vacant, le Chapitre représentait Tévêque. A cause de la multiplicité des affaires, souvent fort menues^ dont il était chargé, et des fréquentes absences de Saint- Jean qu'il était obligé de faire pour aller tenir les assises dans les diverses communes, faire les levées de cadavres et les enquêtes qu'il ne jugeait pas à propos de confier aux métraux, etc., il pouvait se choisir un substitut ou vice-corrier, qu'il nommait lui-même par acte passé devant Tofficial diocésain. C'est ainsi que, le 4 août 1522, spectable seigneur Bon-Amédée Baptendier, corrier de la cité de Mau- Tienne, nomma noble Georges Trucbet son substitut, lui donnant plein pouvoir d'entendre toutes les causes civiles et criminelles, de trancher les différends, de rendre des jugements définitifs, de prononcer des sentences contre les délinquants et les criminels, d'infliger même la torture, de publier et faire exécuter ses jugements, de rendre en un mot la justice et de faire tout ce que ferait le seigneur corrier, s'il était présent.
Georges Truchet occupa cette charge pendant plus de vingt ans. Son registre a été conservé (1); il renferme d'intéressants détails sur la justice et les mœurs de Tépoque.
Quand le corrier siégeait, Truchet remplissait parfois les fonctions de greffier, et c'est ce qui valut à ses enfants, de la part du tiers-état, le procès dont nous avons parlé. Les jours de foire, le corrier ou le vice-corrier restait en permanence au banc de la Cour commune, pour juger séance tenante, s'il était possible, les différends qui surgissaient, et punir les voleurs, fraudeurs et batailleurs.
Ce registre, qui va jusqu'à l'année 1543, avec quelques lacunes, ne contient pas une seule sentence en matière de crime, ni même de délit. Les jugements civils eux-mêmes sont très rares. Presque toujours, après quelques audiences, les parties transigent sur l'arbitrage du juge et de quelques amis communs (amicabiles compositores) . Cependant, le registre forme un assez gros volume : c'est que très souvent les notaires rédigeaient, en présence du corrier et dans la salle de la correrle, les actes de partage, de vente, d'échange, les testaments, etc., pour leur donner plus de force (2). Il y a un grand nombre de nominations de tuteurs et de curateurs : la tutelle durait jusqu'à quatorze ans; la curatelle,jusqu'à vingt-cinq (3). Georges Truchet insérait aussi dans son registre de la correrie les
(1) M. le comte Amédée de Foras en a fait don à la Société d'histoire et d'archéologie de Maurienne.
(2) Ad majorem rei firmitatem,
(3) Major quatuordecim, minorvigenti quinque annorum.
actes qui concernaient ses propres affaires et celles de son frère Antoine.
Relevons quelques points de droit. La légitime des filles était, d'après la coutume, d'un septième de l'hoirie du père et de la mère, à partager entre elles ; elle était d'un sixième dans la succession d'un frère (1).
Le créancier avait le droit de faire incarcérer à la correrie son débiteur qui ne pouvait ou ne voulait payer, à moins qu'il ne fournit caution ou qu'il ne donnât main garnie, c'est-à-dire qu'il ne remit en dépôt, jusqu'au paiement, des meubles ou du bétail pour une valeur supérieure à sa dette. Il devait se rendre de lui-même en prison le jour qui lui était fixé par le juge, et le créancier avait soin de s'assurer qu'il y était bien et dûment enfermé. Mais le prisonnier pouvait obtenir de petits congés pour ses affaires urgentes ; il paraît aussi qu'il ne lui était pas difficile de s'évader, car il existe plusieurs suppliques de créanciers, se plaignant que, étant allés voir leur débiteur en prison, ils ne l'y ont pas trouvé, et que le geôlier n'a pu dire ce qu'il est devenu. M* Pierre Jovet, notaire de Saint-Etienne de Guines, fit incarcérer ainsi, en 1533, deux de ses fils qui n'avaient pas payé une maison qu'il leur avait vendue et qu'ils durent lui rétrocéder pour sortir de la tour de la correrie.
Le créancier était tenu de nourrir son débiteur J
en prison, sauf, bien entendu, à ajouter le prix de la pension à sa créance, ce qui ne manquait pas
(1) Transaction du 22 janvier 1529.
- 270 - , d'amener un nouveau procès, le débiteur prétendant qu'il avait souffert la faim, le créancier affirmant qu'il l'avait soigné comme son enfant, et le geôlier ne sachant pas au juste ce qu'il en était. Quelquefois, ce dernier se chargeait de nourrir le prisonnier ; alors , le procès était en partie double.
Les procès ne coûtaient pas cher, et pour quelques florins l'on pouvait se procurer l'honneur et le plaisir devoir le seigneur corrier à son banc, une fois par semaine, pendant assez longtemps ; et il paraît que plaideurs et procureurs y tenaient beaucoup, car il fallait qu'une affaire fût bien claire pour qu'elle ne prit que quatre ou cinq audiences. Elles avaient lieu, en été, à cinq heures du matin, attendant six; en hiver, à huit heures, attendant neuf; ce qui veut dire que le juge devait attendre et pouvait se faire attendre pendant une heure.
Une abondante source de chicanes, c'étaient les jugements par provision. Lorsqu'un procès paraissait devoir traîner en longueur, — et il n'y en avait guère qui ne fussent dans ce cas, — le juge, à tous les degrés, pouvait, sur la requête du demandeur, rendre un arrêt provisoire condamnant le défendeur à payer ou à livrer l'objet réclamé, moyennant que l'autre partie donnât bomie et suffisante caution de rendre et restituer, s'il est dict à fin de cause et qu'autrement soit ordonné. On comprend que le condamné provisoire ne manquait pas de protester et qu'il était difficile que, s'il avait gain de cause définitif, la restitution ne donnât pas lieu à des difficultés.
Citons un exemple de cette singulière procédure.
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Le 28 juillet 1546, le tiers-état de Saint- Jean obtient du Parlement de Chambéry un arrêt par provision soumettant, au besoin par saisie et exécution de justice, les ecclésiastiques et les nobles à payer leur part proportionnelle de toutes les tailles et cotisations qui pèsent sur lui. L'huissier Glériadus de Laure se transporte de Chambéry à Saint-Jean, et, le 7 août, il se rend chez noble Pierre d'Arves, qu'il somme de payer aux syndics de la bourgeoisie la somme de sept florins et demi, montant de sa taxe. D'Arves refuse et proteste. L'huissier enregistre la protestation, mais il saisit ung pourpoint de satin carmoisy doublé de fustainne blanche, et ordonne à son propriétaire de comparoir le lundy suivant au lieu accoustumé faire criés et subhastations pour venir voir vendre au plus offrant et dernier enchérisseur le dict pourpoint.
La vente eut lieu sur la place du Pointet-du- Bourg, et le pourpoint fut adjugé à André Regnault, un simple bourgeois, aubergiste à l'enseigne des Trois-Rois, pour la somme de sept florins et demi, qui fut immédiatement délivrée aux syndics du tiers-état. Seulement, l'huissier réserva au propriétaire débarrassé de son habit de cérémonie le droit, conformément à la coutume de Savoie, de le racheter, dans le terme de dix jours, en remboursant à l'acquéreur le prix d'adjudication.
Pierre d'Arves, qui a laissé ce dossier dans les archives de sa famille, a écrit au dos, avec une évidente satisfaction, que plus tard l'arrêt fut révoqué par le Sénat; mais il ne dit pas s'il avait usé de son droit de rachat, à défaut de quoi il est fort
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douteux qu'il ait pu, au moyen des sept florins et demi remboursés par le tiers-état, acheter un habit semblable. Mais , en ce cas , il aura eu la ressource de réclamer des dommages et intérêts, devant le corrier d'abord et, au besoin, devant le Sénat.
Le juge représentait les deux co-souverains ; il n'en était pas de même du ministère public, le duc et l'évêque pouvant avoir des vues et des intérêts opposés. Chacun d'eux avait donc son procureur fiscal près la correrie, et les deux procureurs donnaient leurs conclusions séparément ; s'ils ne s'accordaient pas, le corrier jugeait pour le mieux, sauf l'appel du procureur mécontent. Dans la Terre commune, où il n'y avait pas de châtelains, à l'époque qui nous occupe, les enquêtes, les arrestations, les mises à exécution des jugements étaient faites par les métraux ; il y en avait trois : celui de la cité, celui d'au-delà et celui d'en deçà du col d'Arves. Nous verrons bientôt en détail quelles étaient les attributions de ces magistrats.
Les corriers étaient, après les évêques, les personnages les plus importants de Saint-Jean, au XVI* siècle. Voici ceux dont nous trouvons les noms:
Aimon ou Aimonet du Mollard remplissait cette charge dans les premières années de ce siècle. En 1506-1508, elle fut occupée par Antoine de Montmayeur, d'Aiguebelle ; de 1508 à 1522, par Gabriel des Gostes. Bon-Amédée Baptendier, qui lui succéda, rendit la justice jusqu'en 1543, où, à la date du 25 avril, il était remplacé par Jacques de Passier,
notaire en 1518 et chef de la famille de ce nom (!)• Son successeur^ Gilles de La Haye, écuyer, siégeait encore en 1558. Etienne Regnault, qui Tint ensuite , ne resta guère qu'un an ; car , la SaYoie ayant été rendue à Emmanuel-Philibert, il rentra en France. Il était fils d'André Regnault, chevazicheur tenant la poste pom* le roi en la cité de Maurienne, au logis des Trois- Rois, déjà mentionné en cette qualité dans un acte du 14 no* membre 1542 (2).
Pierre Rapin fut corrier depuis 1559 jusqu'à sa mort, arrivée en 1579; il eut pour substitut Claude Michaelis, docteur en droit, et, en 1578, Mathieu d'Avrieux-
(1) IL ne faut pas le confondre avec Jacques de Pa&sLerp vicaire général à la roême époque.
(2) La création des postée aux chevaux et aux lettres est due, fin France, à Louis XL En rannée 1464, il ordonna que, de quatre en quatre heures, on établirait des chevaux cou* rants et des maîtres coureurs ou chevaucheurs pour porter les dépêches et les lettres du roi ; les chevaucheurs ne devaient donner des chevaux à qui que ce fût sans un ordre royal. L'Univôrsité de Paris étahlit aussi des courriers pour la correspondance des étudiants avec leurs familles. (Charles Euet, Louù XÎ et V unit é française, p. 133.) Ce ne fut qu*un peu plus tard que cette utile institution fut mise au service du public. François I" Tintroduieit en Savoie en 1536. Un frère d'André Regnault le chevaucheur était praticien à Saint-Jean; un autre était courrier de Thospice de la Magdeleine, prés du Lautaret en Dauphiné. En 1558, il obtint de Guillaume Robin, procureur du roi en Mau- Tienne, un certificat de bonne vie et renommée» constatant qu*il possédait une fortune d'au moins mille écus. En 1559» Bon-Amé Davril, sans doute Ijeaprili ou bavrieuœ, de Lanslebourg, fut confirmé dans l'office de chevaucheur à Saint-André, qu'il remplissait déjà sous le gouvernement français. (Archives du Sénat. — JÉt^iis, buiUs^ etc-)
En 1580, Georges de Jorcin était au banc de la correrie ; son père, Jean-Pierre de Jorcin, était notaire en la rue Beauregard et se contentait du titre modeste de maître. Mais Georges était docteur en droit ; sa mère, Thomasse Romanet, de Saint- Je an, était noble; il prit la qualification nobiliaire. Il mourut vers la fin de l'année 1582.
L'office de corrier fut confié, le 28 janvier suivant, à Bon-Amédée Baptendier; le 18 juin 1587, Charles- Emmanuel l'autorisa à remplir en même temps la charge de juge de Bessans et de Lanslevillard, pour le cardinal Alexandrin, seigneur de ces deux communes (1). Il eut successivement pour substituts Jean d'Avrieux, Bon-Amé Gueur et Gabriel de Lathoud.
Jacques-Albert d'Avrieux fut nommé corrier en 1598 (2).
La juridiction du corrier, avons-nous dit, ne s'étendait que sur la Terre commune, c'est-à-dire sur la partie de la Terre épiscopale dont la souveraineté était, depuis le traité du 2 février 1327, indivise entre les évoques de Maurienne et les princes de Savoie. Le reste, qui était demeuré soumis à l'évéque seul et qui comprenait les communes de Saint-Martin d'Arc, Valmeinier, Valloires, Albane, Montricher, Saint-André et Argentine, avait continué à être régi, sous le rapport judiciaire, par le juge épiscopal. Ce magistrat avait, en outre, dans ses attributions, la connaissance des causes des ecclésiastiques de tout le diocèse, soustraits à la juridiction laïque parleurs privilèges, etparcon-
(1) Archives du Sénat. — Registres des édits,
(2) Ibid.
séquent de celles qui intéressaient Tévêque et le Chapitre dans Texerctce même de leurs droits temporels. C'est ainsi que nous voyons, en 1566, Nicolas Michel, juge ordinaire de Tévêché, condamner à r amende un marchand de fromages de Valloires, qui avait refusé de se servir du poids épiscopal déposé au Pointet-du-Bourg. Le ministère public était représenté auprès de lui par le même procureur fiscal qui représentait Tévôque auprès du corrier.
Jusqu'en 1559, les fonctions de juge temporel de Tévéché furent remplies par le vicaire général, et nous trouvons des jugements rendus en cette double qualité par Henri Dupuis, en 1506; Guillaume Perret, chanoine de Genève et de Lausanne, en 1507; Paul Dubois (De Bosco), en 1518; Claude de Mouxi, en 1520 ; Jacques de Passier, en 1521 et en 1532; Louis Gatel, en 1526; JolTred Boisson, substitut, en 1530; Claude de Morel, juge, en 1540 et 1548; François Bonnivard, en 1547 et 1550; Laurent Lauri, en 1551 ; Jean de Valence (Valen^ tinianus), de 1552 à 1556, avec le chanoine Antoine Gavit pour substitut. Depuis 1559, la judicature épîscopale fut séparée du vicariat et généralement confiée à des laïques : Antoine Pasquier, en 1564; Nicolas Michel, en 1506 ; Guillaume Bourdin, qui prenait souvent la qualité de noble, en 1571 et 1584, et, après lui, noble Pierre Rembaud, que nous trouvons mentionné dans le testament de Pierre de Lambert, avec un legs de cinquante écus, et dans un jugement du 8 janvier 1594 (1).
(1) Archives d'Ârves.
Nous avons vu qu'à la demande du duc Charles III, les papes Léon X et Clément VII avaient décidé que> dorénavant, les appellations des juges temporels des évoques et autres seigneurs ecclésiastiques, en matières civiles et criminelles, seraient portées au conseil résidant à Chambéry. C'était une rude atteinte au pouvoir souverain des évoques de Maurienne ; d'égaux du duc de Savoie, ils devenaient ses subordonnés. Aussi , cherchèrent-ils pendant longtemps à faire revenir le Saint-Siège de sa décision, et, en attendant, à en éviter autant que possible la mise à exécution. Mais, le 9 janvier 1539, François I*' rendit une ordonnance par laquelle il prescrivit t que tous les appels des jugements rendus par les gens d'Eglise, dans le ressort du Parlement de Savoie, seront portés devant cette Cour et non ailleurs (1). L'évéque de Maurienne, Jean-Philibert de Ghalles, opposa une résistance énergique et alla en personne faire valoir ses droits auprès du roi; mais il mourut dans ce voyage et le siège épiscopal demeura vacant de fait jusqu'en 1567. François P' et Henri II se substituèrent à l'évoque dans son pouvoir temporel, comme ils se substituaient au duc de Savoie.
C'est sans doute ce qui a fait dire à l'historien du Sénat de Savoie (2) « que l'évéque de Maurienne ne gardait de ce pouvoir que le titre de prince de
(1) BuRNiBR, Histoire du Sénat de Savoie, 1. 1. p. 180.
(2) Ibid., p. 132. L'auteur commet une seconde erreur quand il dit que l'évéque commanda en maître absolu dans la vallée qui s'étend d'Aiguebelle au Mont-Cenis.
•ni
Maurîenne et le droit de faire porter une épée devant lui , quand il parcourait processionnelle* ment sa résidence. » Cette assertion n'est pas complètement exacte, même au point de vue des faits. Pierre de Lambert et ses successeurs exerceront encore des actes du pouvoir souverain dans la Te7*7*e épiscopale etmëmedansla Terre com?mme^ Mais, sans être nié ou attaqué positivement, ce pouvoir, sans cesse diminué par les envahissements des ducs de Savoie, finira par disparaître.
Saint' Jean avait une troisième autorité judiciaire qui, avec le temps, absorbera les deux autres^ celle du juge^mage (judex major).
Le juge des princes de Savoie siégea d'abord à Salins : sa circonscription comprenait les parties de la Maurîenne et de la Tarentaise qui étaient soumises à la juridiction directe de ces princes. Il était aussi chargé de veiller à la conservation de leurs droits politiques et féodaux dans les terres des évêques de Maurîenne et de Tarentaise, et du jugement des affaires qui s'y rapportaient* C'est pour cela que nous avons vu le juge-mage intervenir dans les procès du tiers-état avec le clergé et la noblesse. Il avait^ pour la Maurienne, un lieutenant que nous trouvons, en 1490 et en 1509, résider à Pontamafrey.
Jean Cornu en 1310 et 1317, Pierre de Saint Jeoire en 1319, Pierre de Mûris en 1330, Guillaume du Verger en 1428 et 1450, Jean Bergier en 1458> Claude de Verdon en 1492, Pierre de Verdon en 1513, François Bonnivard (1) en 1514 et 1532, signaient : Juge de Maurienne et de Tarentaise. En
(1) Peat-être le même François' Bonnivard qui, en 1547* était ofâcial et vicaire capltulaire du diocèse de Maurienne.
1514, Bonnivard avait pour lieutenant en Maurienne noble François de Saint-Sixt, de la paroisse d'Hermillon. Noble Bon-Amé de Saint-Sixt est témoin à un contrat le 13 décembre 1567 (1).
On trouve cependant, en Tannée 1528, un jugement rendu par Jean-Joffred krndiud y Juge-mage de Savoie, pour autoriser la vente aux enchères d'une maison située à Saint-Jean et appartenant à une mineure. Pourquoi ne s'était-on adressé ni au juge-mage de Maurienne, ni au corrier? Le jugement ne l'explique pas.
François I" donna à la Maurienne un juge particulier et Emmanuel-Philibert le lui conserva. De 1545 à 1563, il se nommait Etienne de La Roche, docteur en droit. Antoinette, safiUe, épousa Mathieu d'Avrieux et le contrat de mariage fut signé, le 19 septembre 1548, dans la maison de Pontcharra appartenant à noble Pierre Pellette (2). Jean-Claude de La Roche, fils et successeur d'Etienne, dont il avait été lieutenant, ne fit que passer dans la judicature-mage. Dès la fin de l'année 1563, elle était occupée par Antoine Baptendier. Celui-ci eut pour successeur, en 1572, Jean Dumbert, dont les lettres de nomination sont du 31 août. Nommé sénateur le 20 décembre 1592, il obtint que la judicaturemage de Maurienne fût donnée à son fils Jean- François, le 9 novembre 1595 (3).
Ces trois juridictions, placées dans la môme ville, n'avaient pas des limites si nettement tra-
(i) Archives d'Arves.
(2) Archives de M. Florimond Truchet,
(3) Archives du Sénat.
cées, qu'il ne restât entre elles certains terrains vagues dont la propriété n'était pas bien établie. Les droits du duc et ceux de l'évêque, les privilèges du clergé et de la noblesse, les franchises du tiersétat, le droit romain, la coutume, les statuts de Savoie et les statuts épiscopaux formaient sur ces terrains des fourrés dans lesquels les arrêts du Sénat, compliqués des ordonnances ducales, n'ouvraient pas des chemins bien visibles. Naturellement le juge-mage se tenait du côté du duc; le corrier penchait souvent du côté de l'évêque et du tiers-état ; le juge temporel appartenait à l'évêque. Les plaideurs s'efforçaient de réclamer la juridiction qui convenait le mieux aux besoins de leur cause, surtout dans les procès où la politique, c'est-à-dire les intérêts du duc, de l'évêque ou des ordres de citoyens, se trouvait engagée.
Chacun de ces tribunaux avait son greffier ou secrétaire, ses scribes ou écrivains. Il y avait d'autres greffes encore : le greffe de la cour spirituelle, le greffe du sceau et des émoluments de l'évôché, le greffe du chapitre, le greffe de la châtellenie de Maurienne, celui de la châtellenie de Pontamafrey. Ces greffes étaient donnés à ferme pour trois ou cinq ans. Souvent le même praticien en prenait plusieurs, ou bien deux ou trois praticiens les prenaient tous, pour les céder ensuite en détail, moyennant un bénéfice. Le fermier était responsable, il payait la somme portée dans le fermage et retirait les émoluments fixés dans les tarifs ; il devait faire agréer les sous-fermiers, qui n'avaient affaire qu'avec lui. Si l'un des greffiers associés
venait à mourir pendant le bail, le survivant s'arrangeait avec les héritiers comme il pouvait.
En 1592, Jean Gollomb et André Rossât afferment tous les greffes de Févéché et du Chapitre, y compris celui de la correrie. L'année précédente, Gollomb était fermier du domaine et des revenus de Son Altesse : leydes, péages, servis, tailles, ventes, curialités, mestralies, etc., de la haute Maurienne depuis le pas de la Verne j usqu'à Bonneval. Gollomb et Rossât s'associent le notaire Glande Bertrand et le praticien Humbert Rolaz pour l'exploitation des greffes. Puis tous les quatre cèdent le greffe de la cour spirituelle à Jean Favre pour 460 florins par an et le regeste, ou secrétariat, du Ghapitre à Michel Ribous pour 200 florins, et se partagent les autres greffes : Gollomb a la cour commune ; Bertrand, la cour temporelle de Tévêché ; le premier paiera 800 florins sur le prix total du fermage, le second paiera 520 florins. En 1593, Gollomb et Bertrand cèdent encore à Jean-Baptiste Boisson le regeste des causes civiles de la cour commune (1).
Ge qui allongeait démesurément les procès, c'était, outre l'obscurité des lois et les dédales de la jurisprudence et de la coutume, la fréquence des jours fériés. Nos tribunaux étaient, sous ce rapport, assimilés à la Gour de Ghambéry, successivement Conseil résident, Parlement et Souverain Sénat. M. Burnier (2) donne le tableau des fériés, d'après le recueil de Bailly : on compte, en dehors des vacances et des dimanches, soixante-seize jours
(1) Archives de Thôpital de Saint-Jean.
(2) Ibid., p. 343.
où les audiences n'avaient pas lieu. Les vacances ou fériés des vendanges, duraient du l*' septembre au 18 octobre. Dans la seconde moitié du xvr siècle, la coutume y ajouta les fériés des moissons, du 1*' au 23 juillet. Parmi les jours fériés, il y avait les six premiers et les six derniers jours de Tannée, la quinzaine de Pâques, de Rameaux à Quasimodo, la fête de sainte Thècle.*
Les avocats ne se montraient guère en public sans être revêtus de leur toge et n'allaient à l'audience que pour les affaires les plus importantes. Généralement, les procureurs et les praticiens étaient chargés de lire et de développer leurs consultations.
Le procureur devait être nanti d'une procuraTtion de son client. Elle pouvait être faite à plusieurs procureurs : nous en avons vu, faites par des personnes qui allaient entreprendre un voyage et passées à la fois à trois ou quatre, même à tous les procureurs de Saint-Jean et, en cas d'appel, à plusieurs procureurs de Ghambéry.
Les procureurs étaient nombreux à Saint-Jean ; les notaires et les praticiens l'étaient plus encore. Les notaires ajoutaient souvent au notariat proprement dit, les fonctions de procureurs, d'agents d'affaires et même d'avocats ; les praticiens étaient agents d'affaires, clercs de notaire ou de procureurs, greffiers ou scribes dans les tribunaux. Leurs études (operatoria), semblables aux boutiques des marchands, s'ouvraient principalement tout autour de la place de l'Officialité et dans toutes les extrémités de la ville, dans les rues d'Ârvan, Beauregard
et Bonrieu, pour attirer au passage les gens de la campagne pressés de quelque affaire. On trouvera ailleurs des chiffres pris à Tannée 1581. Disons seulement ici que la rue Beauregard possédait en cette année-là, outre les frères Baptendier, Guillaume Bourdin et Michel Truchet, docteurs en droit, huit maîtres, dont les principaux étaient : Boniface des Gostes, Pierre Lambert, Pierre Delacombe, Georges Bibal et Mathieu Davrieux.
Georges Bibal était fils d'Antoine Bibal, médecin, et de noble Antoinette Testut, veuve en premières noces de noble Jacques-Antoine des Colonnes, de Saint-Pancrace. Son père, né dans le Languedoc, était venu s'établir à Saint-Jean, lors de l'occupation de la Savoie par François P, et il n'avait pas tardé à y acquérir une grande considération qui lui valut cette apostrophe de Jacques Peletier :
Et toi, Bibal, qui laissas de bonne heure Ton Languedoc pour faire ici demeure, As prouvé qu'un païs montueux Est bien ancor païs des Vertueux.
Il possédait, avec Jacques son frère, à droite en montant dans la rue, la maison qui est précédée d'une cour et où l'on voit, du côté de la rue de l'Orme, une fenêtre ogivale de la première moitié du XVI* siècle. Louise, leur sœur, avait épousé noble Henri Varnier, de la cité de Saint-Jean (1).
Mathieu Davrieux ou d'Avrieux (Deaprtlt) était né à Lanslebourg. Une tradition, consignée dans
(1) Acte du 5 décembre 1580, archives d'Arves.
un mémoire écrit vers Tannée 1700 (1), dit que ses ancêtres habitaient Avrieux, dans le canton de Modane, l'ancien Brios où mourut l'empereur Gharles-le-Ghauve, et que cette famille était originaire d'Angleterre. On ajoutait que le premier, qui était venu se fixer dans ce pays, était un gentilhomme, parent de Saint Thomas Becket, forcé de s'expatrier après le martyre du saint archevêque en l'année 1170. Ce qui est certain, c'est que l'église d' Avrieux fut fondée et dotée en 1204 par Anselme de Aprili qui se dit d'Angleterre (2).
En l'année 1541, Mathieu Deaprili était notaire et l'un des secrétaires ou scribes des actes judiciaires de l'évêché. Cet emploi l'impliqua dans un procès que nous raconterons. En 1581, il est qualifié de procureur et de clavaire (3). Il habitait la dernière maison de la rue Beauregard, près les manoirs du Pont et Baptendier. Il laissa trois fils : Jean, Pierre et Jacques -Albert. Le premier fut juge-mage de Tarentaise. Le second, « devant faire ung long voyage du costé de Toulouse et aultres endroicts de la France, et recognoissant les dangers ausquels chesque personne est aujourd'hui constituée, et mesmes ceulx qui voyagent en terre et province lointaine, » fit son testament le 16 juillet 1592. Le troisième, avocat au Sénat de Savoie en 1596, avait épousé Claudine des Costes : en 1592, il prit la
(1) Archives de F. Truchet.
(2) Archives paroissiales d'Avrieux.
(3) Clavaire, garde des archives et aussi garde des clés de la ville. Ici il faut prendre ce mot dans le premier sens ; car les clés des portes de la ville, quand on jugeait nécessaire de les fermer» étaient déposées chez le çorrier,
qualification de noble et il devint conseiller de Son Altesse, corrier et juge commun de Saint- Jean (1).
Citons encore quelques noms parmi ces nombreux maîtres et praticiens que nous voyons prendre une part active et dévouée à toutes les affaires et à toutes les luttes de la bourgeoisie.
Un des plus riches et des plus influents était, en 1581, M* Antoine Canal, de la rue d'Arvan. Il appartenait à une famille très ancienne, dont nous trouvons des membres dans toutes les professions libérales de la ville. En 1558, elle comptait deux apothicaires fort estimés, et un procureur du roi pour la partie de Pontamafrey.
Saint-Antoine avait à cette époque le secrétaire Jean Marquet et venait de perdre son prédécesseur, Jean- Jacques Magistri.
Les principaux à Bonrieu étaient Jacques Boudrey, qui fut confirmé le 1*' décembre 1580 dans la charge de procureur fiscal de Son Altesse, et les six frères Bertrand. Ceux-ci étaient disséminés dans toute la ville, mais la maison paternelle était entre la maison de Babylone et la rue des Champs, Les principaux étaient : Jean, l'ainé, qui épousa sa voisine, Louise, fille de noble Thibaud Fournier et sœur du P. Chérubin, morte avant 1581 ; Pétremand, procureur fiscal de M«' de Lambert, qui lui légua « cinquante escus petits pour un accoustrement qu'il portera pour l'amour de lui et cent semblables escus pour ayder à marier Martine, sa fille; » Jacques, successeur de son frère, en 1615,
(1) Armoriai et Nobiliaire, — Archives de M. Truchet.
comme procureur fiscal; et Thomas qui, en 1602, fut nommé imprimeur de Son Altesse, à Ghambéry (1).
M«' de Lambert fit aussi un legs de cinquante écus à maître Pierre Delacombe, de la rue Beauregard, porte-enseigne de la cité.
Remarquons que presque toutes les communes avaient des notaires. Nous en trouvons à Jarrier, à Saint-Pancrace, à Fontcouverte, dans les Arves et les Albiez, à Saint-Julien, à Hermillon, etc. Si l'on en juge par les minutes très incomplètes qui nous restent, tous ces notaires étaient convenablement occupés. C'est que Ton faisait beaucoup d'actes et pour les moindres affaires, en ce temps-là où les frais se réduisaient au petit honoraire du notaire. Ces petits ruisseaux, auxquels se joignaient les petits revenus de divers autres emplois, presque toujours confiés à des notaires, comme de greffiers, de châtelains, de commissaires des extentes, chargés de faire renouveler les reconnaissances des redevances dues au duc de Savoie, à Tévéque, aux églises et aux nobles, etc., formaient souvent d'assez belles rivières. Aussi, une fois pourvus d'une certaine fortune et d'une certaine influence, les notaires aspiraient-ils à la noblesse par des alliances et par l'acquisition de fiefs réputés nobles. La plupart des nombreuses familles nobles que nous rencontrons à Saint-Jean à cette époque, avaient commencé par le notariat. Citons seulement les Baptendier, les Rapin, les d'Avrieux, les Ducol, les Truchet, les Rembaud, les Sibué
(1) Archives du Sénat, registre des édits et patentes.
On trouve des notaires qui étaient prêtres : en 1414,Antoine des Gostes, chanoine; en 1534, André Guirand, de Jarrier; en 1538, Jacques Poèfil, chapelain de la cathédrale; en 1544^ Pierre Lyonard,
prêtre du Bourget Ce cumul du bréviaire et du
protocole parait avoir cessé vers le milieu du xvi' siècle-
On sait que Tannée commençait à NoôL Les notaires avaient Thabitude d'écrire en tête du registre de chaque année quelque souhait pieux. Voici celui qu'on lit dans les minutes de Jean Marquet:
Jestis Nazarenus Re^v Judœoi^imi.
Titulus Domini Nostri Jesii Chrûti defendat et protegat
me ab ùmnibus ?nalis. A7nen.
Qui cœpîum p7'œstas da finem Trina Pôles tas.
AdsH principio Sancta Maria 7neo,
Meque juvet et faciat ùnplere quod utile fiât. Amen.
Le bon notaire marque que> le vendredi 11 mai 1554, il lui est né un garçon et qu'il Ta appelé Antoine. Dm* par sa sainte grâce, ajoute-t-il, lui/ doint bonheur et fortu^ie. Aùisi soit-iL Nous regrettons de ne pouvoir dire au lecteur si ce vœu paternel s'est accompli. En tout cas, Jean Marquet parait ravoir méritép excepté par son écriture qui nous a donné bien de la peine.
Michel Gussoud met au commencement de son livre des Gestes de la cité de Sainl-Jea^i de Maurîenne, commencé le 24 mai 1581, ce dystique :
L'homme mondain n'est point certain Qu'il ne soit malade demain.
Gooc
L'éditdu 9 janvier 1589 opéra une réforme consirable dans la rédaction des actes publics. Jusqu'à cette époque, ils étaient en latin, mais c'était un latin qui ne ressemblait à celui de Gicéron que par la queue latine ajoutée aux mots français et patois dont il était émaillé. Le roi ordonna que les procédures et les actes judiciaires se fissent désormais en français. Le Parlement de Chambéry opéra la réforme immédiatement. En province, on fut plus lent à l'exécuter. Le premier acte rédigé en français dans le registre du vice-corrier Georges Truchet, est du 15 mars 1543. Les notaires, que l'ordonnance royale n'atteignait pas, suivirent peu à peu l'exemple des tribunaux. Les avocats ne les imitèrent que plus tard et nous trouvons encore en 1560 des avis écrits en latin : ils sont signés Petrus de Collo, Petrus RapinicSj Antonius Pasquerius.Jesin Dumbert, seul peut-être à Saint-Jean, écrit et signe déjà en français. Mais pendant très longtemps, ils continuent tous à intercaler dans le français, presque à chaque ligne, des citations latines des lois et des jurisconsultes, ce qui compose la plus singulière mosaïque qui se puisse imaginer.
François I" avait aussi prescrit la tenue des registres des naissances et baptêmes, qui devaient être signés par le curé et par un notaire. Nous n'en avons encore trouvé aucun de cette époque en Maurienne, et ce ne fut même que dans les dernières années du xvi* siècle, sous l'épiscopat de M«' Philibert Millet, que les décrets du Goncile de Trente, sur la tenue des registres, furent généralement mis à exécution dans notre diocèse.
CHAPITBE XY La Noblesse.
La ville de Saint-Jean avait, au xvi* siècle, une noblesse beaucoup plus nombreuse que ne le ferait supposer le chiffre de sa population qui, à cette époque, ne dépassa pas 2,500 âmes. Le traité de 1327, en associant les comtes de Savoie à la souveraineté des évoques, sur la plus grande partie de leurs terres, n'avait pas enlevé à ceux-ci le droit de* conférer des titres de noblesse et quelques-uns en avaient usé largement. Aux anciennes familles du Pont, du Mollard, des Gostes, de La Balme, etc., Etienne de Morel et, avant lui, les cardinaux de Varembon et d'Estouteville avaient ajouté les Fournier, les Truchet, les Colonnes, les Rapin, etc. Puis vinrent les Baptendier et les d'Avrieux, anoblis par le duc de Savoie. Les édits d'Emmanuel-Philibert enjoignant à la Chambre des comptes de délivrer des lettres de noblesse à tous ceux qui prouveraient qu'ils vivaient noblement et qu'ils possédaient des fiefs réputés nobles, apportèrent un notable renfort à la classe des privilégiés. Nous avons vu dans quel sens et avec quelles restrictions il faut prendre ce mot, dont on a tant abusé.
Notons d'abord la disparition, à la fin du xv* siècle, d'une famille qui avait été peut-être la plus importante de la Terre épiscopale, la famille Séchai.
Le 15 mars 1460, noble Jean Séchai, fils de feu noble Gabriel Séchai, d'Albiez-le- Jeune, fait une reconnaissance de fiefs et redevances nobles qu'il tient du duc de Savoie, et dont la moitié appartient aux héritiers de Claude Séchai, son frère. Ces fiefs sont presque tous situés à Beaune, au-dessus de Saiut-Michel : les reconnaissances remplissent un registre de cent-vingt-six feuillets.
La famille Séchai était fort ancienne. Philippe et Pierre Séchai, chevaliers, sont mentionnés dans une charte de 1188. En 1209, deux Aimon Séchai, Toncle et le neveu, engagent au Chapitre de Maurienne tout ce qu'ils possèdent à Montricher; en garantie d'une somme de dix livres qu'ils ont empruntée de lui (1). En 1303, noble Jean Séchai prête serment de foi et hommage à l'évêque de Maurienne.
Dans la reconnaissance de 1460, Jean Séchai ajoute à son nom le titre de Séchai de Saint-Jean de Maurienne (2). Séchai est une contraction de sénéchaL Le séchai était donc le chef de la noblesse de Saint-Jean et probablement de toute la Terre épiscopale.
L'évêque n'ayant jamais de guerre, cet office était inutile. Aussi une bulle du pape Pie II, datée
(1) Chartes du diocèse de Maurienne. p. 36.
(2) Johannes Secalci secalcus Sancti Johannis Mau-
riane.
du IGjain 1461, confirma la suppression, prononcée par le cardinal d'Estôuteville, soit par son procureur, Boniface Favrc, chanoine de Lausanne, et par le Chapitre de la cathédrale, d'un office de la cour épiscopale appelé sécalie, lequel, dit la bulle, se transmettait de père en fils et, devenu vacant, était rentré sous la main de Tévéque. La suppression était motivée sur ce que, d'une part, cet oflice ne rendait aucun service réel à Téglise de Maurienne et à la mense épiscopale, et que, de Tautre, il était une lourde charge pour le peuple.
On peut conclure de là que la charge de séchai était héréditaire dans la famille Séchai, qu'elle lui avait donné son nom, et que Jean Séchai était mort sans enfants mâles avant Tannée 1461. Les deux filles de Claude avaient épousé deux frères^ nohles Claude et Louis Salière (1).
Ce nom de Séchai se retrouve ensuite dans une famille bourgeoise de Saint-Jean. En 1506, Georges Séchai, syndic du tiers-état, fut un des signataires des Constitutions du cardinal de Gorrevod. En 1581, M* Jean-Pierre Séchai était un des principaux praticiens de la rue Bourieu. Le chanoine Etienne Séchai, mort en 1818, curé de Montvernier, avait été le dernier curé de Saiut-Christophe,
Quant aux flefs de Beaune, une note, mise en tête du livre de reconnaissances de 1460, par les notaires Jean Portier et Pierre de La Crose, commi ssaires des extentes de Maurienne, dit qu'ils avaient passé entre les mains de noble Jean d'Albiez. On trouve des nobles d'Albiez depuis la fin du
(1) Note de M. le comte de Foras.
xir siècle (1), Jacques d'Albiez était châtelain de Bessans en 1339. Un petit fait montre quelle était la valeur des livres avant l'invention de l'imprimerie. Le 7 novembre 1409, noble Martin d'Albiez, chanoine et chantre de l'église de Maurienne, fait son testament devant les portes de l'église de Sainte-Catherine d'Aiguebelle(2).Entre autres legs, on lit celui-ci : t Le testateur donne son bréviaire à la chapelle Sainte-Marguerite, fondée dans l'église Saint-Jean-Baptiste, et à son chapelain ou recteur, à la condition que celui-ci célébrera tous les lundis une messe des défunts pour le repos de l'âme du testateur. Après la messe, il ira sur le tombeau où sera son corps, y répandra de l'eau bénite en récitant le psaume De profundis, et dira ensuite l'oraison
Inclina, Domine, aurem tuam Si ledit recteur
refuse d'accepter cette charge, le Chapitre et l'héritier du testateur vendront le bréviaire et le prix sera employé à acheter une rente pour l'acquittement de la messe. Le testateur veut être maintenu pendant deux ans après sa mort dans la confrérie du Saint-Esprit de la cité de Maurienne comme confrère défunt (pro uno confratre morttw), et l'on paiera pour lui la rétribution d'usage. » Il institue héritier Guigonet d'Albiez, son frère.
Cette famille ne survécut pas longtemps à celle de Séchai (3). Antoine, fils de Jean d'Albiez et de
(1) Armoriai et Nobiliaire de Savoie. D'Albiez porte de gueules à la bande d'or chargée d'un demi-vol de sable. (Façade de la chapelle Saint-Antoine à Saint-Jean.)
(2) Chartes du diocèse de Maurienne, p. 247.
(3) Il existe dans le Roussillon une famille d'Albiez, qui a les mômes armes que les anciens d'Albiez de Saint-Jean. C'est probablement une branche passée en France dans le xv« siècle.
Marie du Pont, possédait de vastes propriétés sur divers points du territoire de Saint-Jean, entre autres sept moulins aux Choudanes. Il épousa Marie, fille de noble Hunibert de Montmayeur^ en faveur de laquelle il fit, le 0 juin 1491, une reconnaissance de la somme de cinq cents florins qu'il avait reçue pour sa dot et qu'il hypothéqua sur sa maison-forte de Molard-Bouchard, le verger et les cinquante fossorées de vigne contigués. Parmi les témoins, il y a noble Louis d'Albiez et noble Jean Fournier, père de Jérôme, qui reçoit Tacte. Antoine d'Albiez eut deux filles : Jeanne, que nous retrouverons tout à rheure^ et Louise. Il testa le 20 mars 1511,
Jean, son père, avait été, ainsi que François du Pontj Pierre Salière et Denis Buisson, curé de Saint-André, envoyé à Rome par le Chapitre, en 1451 , pour obtenir la confirmation de Télectlon qu'il avait faite de Jean-Louis-Octave de Savoie, huitième fils du duc Louis, pour succéder au cardinal de Varembon sur le siège épiscopal ; mais ils avaient échoué dans leur mission, Télu était un enfant de dix ans! (1)
Parmi les nombreuses familles nobles mentionnées dans nos documents, un grand nombre n'ont habité Saint-Jean que peu de temps et n'ont laissé de souvenirs que dans les minutes des notaires. C'est par celles-là que nous commençons*
Chateaumartin, — Cette famille habitait rue Bonrieu, en face du Petit-Séminaire, Une branche
(1) Histoire chronologique des ëvéqms de Maurûnne , manuscrit de M. Combat* ,
était établie à Saint-Julien. En 1513, noble Pierre ^ de Ghàteauraartin était clavaire de M au ri en ne : il laissa trois fils : Pierre, qui entra dans les ordres, Jacques et Louis. Jacques eut Eynaud, et Jean dont le fils, Claude, est inscrit au rôle de la noblesse de Maurienne de Tannée 1602, On y voit aussi Jeanne de Gbâteaumartin, de Saint-Julien, veuve de noble Constant du Pré, de Suse (1).
Colonnes. — C'était une famille de Saint-Pancrace; mais elle avait une maison à Saint- Jean^ détruite par l'ouverture de la rue Neuve. Nous y trouvons, en 1434, Claude, Antoine et Guillaume des Colonnes, qui furent anoblis par patentes du 14 août 1452; en 1487, un autre Guillaume, excommunié en 1500 par rofficial de Vienne, sur une plainte de la commune de Saint-Pancrace; en 1581, Bon, flls de Jacques-Antoine des Colonnes, de Saint- Jean, dont les propriétés furent alors subhastées,
Falcon ou Falgoz. — En 1508, noble Jean Falcon, de Valloires, habitant à Saint-Jean, épousa Ambroîsine, fille de noble Louis Mareschal, de Saint-Martin-la-Porte. Son père, noble Jacques Falcon, notaire de Valloires, lui fit donation de son domaine de la Garotière (Gorate^na), un joli petit coin de terre situé au fond des Plans. Le domaine s^étendait jusqu'au ruisseau qui descend du village. La dot de réponse fut de 900 florins. En 1533, nobles Pierre et François Fidcon, originaires de Valloires, habitaient aussi à Saint- Jean (2).
(1) Archives d'Arves.
(2) Ibid,
Grosset, — M' Jean Grosset, de Megève, notaire et commissaire des extentes de Tévéché de Maurienne, reçoit le 6 décembre 1507 une reconnais' sance des habitants d'Argentine en faveur de M^ de Gorrevod. Ils y déclarent que T évoque a pouvoir souverain, hommage, hauUe et basse Justice, dimes^ îaods et vends, plaids et usar/es, et droit à deux corvées par an, depuis Roc-Vaclier jusqu'au chemin qui conduit aux towmes (digues), où sont plantées les fourches d'Argentine, depuis la rivière d'Arc jusqu'au sommet de la montagne, et du côté d'Ai^ guebelle jusqu'au crêt où sont d'antres fourches patibulaires. Un des témoins de cet acte est noble Louis Grosset, aussi de Megève et notaire, receveur de Tévêché de Maurienne. Le même Louis Grosset reçoit le 15 janvier 1513 une transaction entre M*' de Gorrevod et noble Michel de Vercellotdit Bi^lefert, châtelain d'Argentine. Celui-ci acquiert définitivement le droit de couper du bois, pour faire du charbon, dans les forêts de cette commune, qui appartiennent à Tévêché (1). En 1533, nobles Guillaume et Paul Grosset, fils de Louis, qui mourut avant le 12 novembre 1541, font souscrire à un grand nombre d'habitants d'Orelle des reconnaissances pour des sommes qu'ils devaient à leur père comme receveur de révêché. Il paraît qu'ils quittèrent Saint-Jean peu après la mort de leur père, car nous ne les trouvons plus mentionnés nulle part.
Rembaud ou Rambaud. — Une sentence de Tofficialité de Maurienne de Tannée 1309, porte décla-
(1) Archives de l'évéchê.
ration de lettres de noblesse en faveur d'Humbert Rembaud et de ses frères (1). Noble Gabriel Rambaud fit une reconnaissance en 1460 et noble Michel Rambaud, notaire, un codicille le 26 janvier 1537. Pierre, son fils, fut juge temporel de Févôché. Noble Guillaume Rambaud était, en 1602, professeur en lettres humaines au collège de Lambert ; il était né à Valloires, d'où cette famille était originaire (2).
SiBUÉ ET DE GoLLO. — Eu 1418, Temporeur Sigismond confirme les lettres de noblesse accordées par l'évêque de Maurienne au sieur Sibué (3). Les actes de la famille Rambaud font mention, sans donner de dates, de noble Gaspard Sibué et de noble Jean Sibué, d'au-delà d'Arvan.
Dans les dernières années du xvi" siècle, noble et spectable Jacques Sibué, qui depuis 1589 était procureur fiscal pour Son Altesse, achète diverses propriétés à Fontcouverte, où habitent ses neveux. Cependant d'autres actes de la même époque ne lui donnent que la qualité de maître. De fait, Charles- Emmanuel \" lui accorde des lettres de noblesse datées de Turin le 24 février 1607, ce qui montre qu'il ne descendait pas des nobles Sibué, d'au-delà d^Arvan. Il était fils de Villémoz ou Guillaume Sibué de Fontcouverte. Claude, son fils, avait hérité de noble Jacques de Collo, et c'est ce qui fut cause de l'anoblissement de cette famille.
La famille de Collo venait du hameau du Col à
(1) Travaux de la Société d'histoire et d'archéologie de Maurienne, t. II, p. 226.
(2) Rôle de la noblesse de Maurienne, archives d'Arves. (2) Trav, de la Société d'hist, et d'archéol.,., t. II, p. 335.
Gooc
Valloires. En 1514, nobles Claude et Barthélemi de Collo, notaires dans cette communej reçoivent d'un nommé Alizand plusieurs fiefs et droits féodaux, A Saint-Jean nous trouvons, en 1518, Etienne et Hypotite de Collo ; en 1540^ le même Hy]ipolite et Pierre de Collo.
Hypolite de Collo fut un personnage considérable ; docteur en droit, collatéral au conseil résident de Chambéry avant 1530, juge temporel de Tévêché, avocat du fisc épiscopal et du fisc ducal. Il fut enseveli dans le cloître de la cathédrale, où une inscription, dans le style empoulé de Tépoque, rappelle ses titres et ses mérites (1), Le troisième chiffre de la date de sa mort est effacé ; mais divers documents indiquent Tannée 1553.
Le notaire Claude de Collo, de V£illoires,eut cinq enfants: Jeanne-Marie, mariée à François Broncin,
(1) Sepulchum.
Doc t or utroqtte in Jure erai Advocatus flsci Fpisço^ pattis Maur^^ judex temporaUs terre dicti episc^judeœ iemporalts loti us episcopatus, advocatus /î*ct generalin Sahaudle^cotlateralU Supremi Consilii Sabaudic.
Maf^ijslri />" HypoUti de Collo VoloviennU juruconsuUif ac sub Illit.^trhsimo Carolo Duce 3^ Camheriaci quon da m s e n ai or îs Me rili 5 simi quianno i553 VU kal.
augusti oJ/iii octnagenaritts e£ sui ortîinis prhnus.
DlTRTRASTlCOÎi»
Eic est ad cuJuM normam vite et tenm^em
Emendet mortes scdula pojiteriias^
YQllQvium genuit, plnsque quem urbes Tauriiia docuit.
Ille senator erat hinc principis ex placito
Créât uSf gravhque sintul patronus fis ci Sahaudit
Sic Antiatîti svo semper adaclus erat,
Mauriana hœc eivitas nutrîit, ej^cepitt
Ut vidés primus^ fa?na perennis erit,
de Saint-Michel, dont la fille épousa le procureur fiscal Jacques Sibué; Anne-Marie, Claude-Louis; Hyppolite, vivant en 1593; Claude et Jacques. Ce dernier hérita de tous ses frères. En 1589, il coopéra à la défense de la Gombe-d'ÛlIe, au-dessus de Saint-Sorlin, et il testa en 1604. Comme il n'avait pas d'enfants, il légua son nom, ses armes et ses biens à Claude, fils de son neveu Jacques Sibué, à la condition qu'il obtiendrait des lettres de noblesse dans le terme de trois ans. Elles furent accordées à son père. Claude Sibué n'eut qu'une fille et l'héritage passa à son frère Jacques, duquel descend la famille Sibué- Ducol (1),
Mentionnons rapidement : de 1446 à 1486, nobles Jean Roche, Pierre son fils, et Janin son petit-fils ; de 1482 à 1511, nobles Louis Thibière (Thfberù) et Léon, fils de Jean Tibière ; en 1528, nobles Jacques Garin et Antoine Bollier, celui-ci avocat fiscal de Tévêché et professeur de droit; en 1532, noble Pierre-le-Rond (RotumU), notaire, et noble Hyppolite Sestier; en 1533, noble Humbert Vital et Amé* dée son frère, celui-ci habitait à Aiguebelle et eut un fils, Jean, qualifié d'écuyer en 1554; de 1530 à 1540, nobles Jean et Pierre Tcstut, de Saint-Pancrace, habitants de Saint-Jean; de 1541 à 1570, noble Jacques Portier; en 1559, noble Philippe Cbauvet, d'une famille de Saint-Remy ; en 1583, noble Bon- Amé Cueur, de la rue d'Arvan, qui était lieutenant du corrier en 1565; enfin, nobles Louis et Guillaume Choudet, de Fontcouverte, le premier en 1491, le second en 1574.
(1) Archives Ducol et d'Arves.
Nous arrivons aux familles nobles qui occupent une place plus large dans notre histoire. Nous nous contenterons cependant, pour l'ordinaire, de quelques notes, renvoyant le lecteur, qui voudrait avoir les généalogies complètes, au splendide monument historique que M. le comte Amédée de Foras élève présentement, Y Armoriai et Nobiliaire de Savoie.
De quelque côté que Ton arrive à Saint- Jean, trois bâtiments frappent les regards, au sommet de la ville et au pied des pentes de Bonne-Nouvelle et du Verpil : le grand-séminaire, la maison des missionnaires et le couvent des Sœurs de Saint-Joseph.
Commençons par là notre seconde excursion dans les rues de la ville, à la recherche des familles et des tours féodales, familles presque toutes depuis longtemps éteintes, tours rasées ou décapitées, sur lesquelles la légende populaire elle-même ne fait planer aucun de ces sombres nuages dont elle aime ailleurs à envelopper les vieux manoirs.
L'espace compris entre le Pix, la place de la Croix de TOrme et le sommet de la rue actuelle des Ecoles, formait encore, au xvi" siècle, le fief du Pont. Le manoir principal de cette famille se dressait à l'extrémité du fief, près de la porte de Beauregard, là où, en 1840, on voyait, à côté de la maison Collafre, une vieille tour tombant en ruines, qui fut rasée pour la construction de la maison des missionnaires.
L'église, le presbytère et le cimetière de Saint- Christophe étaient enclavés dans ce fief, ce qui permet de supposer que ce terrain avait été donné par les seigneurs du Pont et qu'ils avaient été les
fondateurs de lo. chapelle, devenue église paroissiale.
Les du Pont (1) possédaient deux autres fiefs importants : le fief du Villaret, au Chàtel, dont la tour en ruines est perchée sur le haut rocher qui domine la vallée de Pontamafrey, entre la tour du Ghâtel et le village de Montvernier; et le fief de Sainte-Marie-de-Guines, avec sa maison-forte de Bergin ou Burgin, dont quelques débris se cachent dans les châtaigneraies au-dessus de la Pallud.
Au XV' siècle, deux branches de cette famille s'étaient transplantées. Tune à Saint-Michel, l'autre à la Chambre.
En 1473, noble Louis du Pont, de Saint-Michel, fait son testament dans sa Tour-Blanche et choisit sa sépulture dans le tombeau de sa mère, Jaquemette, fille de noble Boniface Don de Saint-Michel. Son descendant, Claude du Pont, était propriétaire à Saint-Martin-la-Porte en 1559.
En 1516, Jacques, fils de Jacques du Pont, bourgeois de la Chambre, fait une reconnaissance en faveur de Jean, comte de la Chambre, pour des fiefs qu'il possède à Sainte-Mari e-de-Cuines, indivis avec les du Pont de Saint-Jean, ses cousins. Il avait épousé, en 1484, Marie du Terrail, sœur du chevalier Bayard. Pierre, son fils, formé par son oncle, dont il devint le lieutenant, mérita d'être appelé le gentil chevalier, sage et hardi.
A Saint-Jean, nous trouvons, en 1500, Louis du Pont. En 1516, Jacques, fils de Pierre du Pont, ayant été accusé d'homicide, obtint sa grâce du
(1) Du Pont porte : d'azur à la bande ondée d'argent.
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cardinal de Gorrevod, mais il dat s'exiler. Il prît du service dans les armées de François 1" et mourut en 1525. Jean-François, son frère,* fit, en 1518, reconnaissance au comte de La Chambre pour la maison -forte de Burgin et des fiefs à Sainte-Marie, à Pontamafrey, à la Cliambre, dans les Villards, dont il avait reçu donation de son oncle Jean du Pont et de sou neveu Jacques du Pont II eut six garçons : Jean, Amédée, Humbert, Claude, Louis et Urbain*
Jean futseigneur du Villaret; il avait une maison à Saint-Jean près du bomel de la Pierre et mourut vers 1570j laissant son héritage à son frère Louis,
Amédée, qualifié d'écuyer, eut le fief de Moutarlot, situé entre les rues d'Arvan et des Fours : c'est la propriété qui, passée en ce siècle au baron Brunet, a été achetée pour la construction de la sous-préfecture. En 1570, il établit son domicile k Saint-Etienne-de~Cuines, pour écbap|ier aux tracasseries du tiers-état. Monlarlot passa ensuite successivement à ses frères Humbert et Claude, dont la fille, nommée Jeanne, le porta en dot^ en 1602, à Jean-Balihazard de Duiu dit Mareschal.
Le fief du Pont fut partagé entre Louis et Urbain. Louis eut le manoir paternel. Il fut capitaine de la ville, c*est-à-dire commandant de la milice urbaine, en un temps où les passages continuels de troupes rendaient cette charge fort difficile. Son mariage avec dame Claude, fille de Jean de Cuines, seigneur de Bibaud, veuve de Charles de Duin dit Mareschal, ne lui donna que deux filles. Jeanne, la seconde, épousa Jean-Claude de Reydet, seigneur de
Manigod. L'aînée, Marguerite, femme de Claude- François de Pobel, comte de Saint-Alban, conseiller d'Etat et chevalier du Sénat de Savoie, lui porta la part du fief du Pont, qui avait appartenu à son père. Le comte de Saint-Alban la vendit, par acte du 16 juin 1656, à noble Gaspard GoUafre, maître d'hôtel de M^ Paul Millet, pour le prix de 2,050 florins ; la maison était en ruine. Le Villaret avait fait retour à Urbain.
Gelui-ci joignit à la moitié du fief du Pont et au fief du Villaret les fiefs de Sainte-Mari^-de-Guines, dont il fit faire reconnaissance au mois de décembre 1585 : les confessants sont au nombre de cent quatrevingt-huit. Il était, en outre, seigneur de Myans, chevalier et capitaine pour Son Altesse de trois cents hommes à pied et cent arquebusiers à cheval. Gomme il avait longtemps guerroyé, il fut, en 1589, chargé, de concert avec M<^de Lambert, d'organiser la défense de la ville et de la province contre les bandes de Lesdiguières.
Sa femme, Glaudine, fille de noble Pierre Sariat, testa le 4 août 1580 dans la maison-forte de Sainte- Marie. Il mourut lui-même peu après l'année 1599 et fut enterré dans l'église de Myans. Il laissa six filles qui se partagèrent sa succession par acte du 15 juillet 1602.
Ainsi s'éteignit la famille des nobles du Pont.
La partie du fief qui était échue à Urbain, appartenait, au XVII* siècle, aux Gullierat. Le chanoine Ennemond Vernaz, exécuteur testamentaire de M»' de Rosignan, l'acheta en 1757 et y fit construire les bâtiments du grand-séminaire.
Le fief du Mollard, au bas de la pente du Verpil, n'est séparé de celui du Pont que par un chemin. Il forme un petit vallon , un nid fort aimé des oiseaux, dont les chants y sont rarement troublés par les cris des hommes. Sur le revers, au levant, le cimetière a fait, depuis quelques années, sa troisième translation en ce siècle. De Tautre côté, le Pix ou, pour rappeler de son nom moderne, pris des tottrmes ou digues qui le dirigent vers TArc, mais par-dessus lesquelles il passe quand il lui plaît, la Tome, a creusé son lit. Sur un petit plateau entouré de vignes, se dressaient, il y a quarante ans, les restes d*une tour et se voient encore maintenant quelques débris de murailles. Ce sont les derniers vestiges de la maison-forte des nobles du Mollard.
En 1303j noble Jacques du Mollard prête foî et hommage à l'évoque de Maurienne, Amblard d'Entremont, avec les représentants de familles disparues, presque toutes avant la sienne : Hugon, Sauvage, Vornitier, Bernard, d' Alliez, de La Tour, des Colonnes, Séchai, Fontcouverte, Dupuis,
En 1434, Philippe du Mollard fait une reconnaissance en faveur de Téglise Saint-Christophe , en présence de Jean, son frère. En 1458, Tobituaire du Chapitre marque le testament de Catherin du Mollard, chanoine et chantre, qui lui a donné cent vingt florins petit poids, ou six florins de revenu, hypothéqués sur son pré et sa grange du Tillerey, pour un repas le jour de la fêle de TAssomption. Le testateur a prescrit que, pendant tout le repas, un diacre lise un sermon sur TAssomption de la Sainte Vierge,
En 1442, Urbain du Mollard loue sa maison de la cloche (de campana) à Pierre Panarel. C'était un religieux du prieuré de Payerne, dans le diocèse de Lausanne, que le cardinal de Varembon, par patentes du 5 février 1442 (1), avait nommé son vicaire général, avec Philippe Boer, docteur en droit.
Urbain eut deux fils : Aimon et Amédée. Le fief du Mollard passa d' Aimon à Jean, son fils, puis à Urbain, fils d'Amédée, qui mourut sans enfants le 27 janvier 1535. Le fief revint à Jacques et Georges Paquellet, de Saint-Martin d'Arc, fils de Marie du Mollard, sœur de Jean. Les autres biens d'Aimon furent dévolus aux nobles Truchet et Roche, descendants de Catherine, fille de Pierre du Mollard, dont on trouve le testament en Tannée 1408 (2).
Jean-Amé Paquellet du Mollard, fils de Jacques, prit une part très active et très dévouée à l'administration de la ville et fut syndic de la noblesse en 1582. Jacques, son héritier, testa en 1583 en faveur de son cousin Louis et, par substitution, dans le cas où celui-ci n'aurait pas d'enfant mâle, en faveur des enfants de noble Georges Bérard : Claude, chanoine de la cathédrale, Gabriel et Urbain, à condition qu'ils prendraient le nom et les armes du Mollard (3).
Nous voici au couvent des Sœurs de Saint- Joseph. Le 24 janvier 1518, Jeanne, fille d'Antoine
(1) Titre communiqué par un habitant de St-Pancrace.
(2) Inventaire des titres de la famille du Mollard. — Archives de la Société d'histoire et d'archéologie.
(3) Archives de l'hôpital.
d'Albiez, étant devenue veuve de Jean Trnchet, épousa M' Louis Baptendier. Le lendemain elle se constitua en dot sa maison paternelle, appelée maison d'Albiez, avec cour et jardin, située à la rue Saint- Christophe, hors de la porte de la ville. Autour du manoir, deux ou trois maisons étaient groupées; Baptendier les acheta.
De Tantique maison d'Albiez, il ne reste rien dans cet amas de constructions qui forme le couvent.
Lorsque l'on a bâti la maison des missionnaires et baissé le niveau du chemin de Saint-Christophe, on rompit la voûte d'un souterrain partant de la tourelle du couvent et Ton y trouva une vieille arquebuse. Ce souterrain n'aurait-il pas été creusé pour mettre en communication les maisons-fortes d'Albiez, du Pont et du Mollard ? On parle de plusieurs souterrains semblables, ayant entrée dans le clocher, dans l'hôpital, dans la maison des Flammes et même dans la tour de la poudrière.
Par qui cette maison-forte a-t-elle d'abord été construite? Nous n'avons qu'une supposition, pas tout à fait gratuite. La vigne située à côté du couvent s'appelle la vigne du Temple. N'y aurait-il pas eu là une commanderie de Templiers, centre des nombreuses stations ou hôtelleries que CBt ordre possédait en Maurienne: à Saint-Michel, à Saint- Julien, à la Chambre, à la Corbière, à Saint-Arnaud (au pied de Montgilbert), etc., et des Templiers la maison-forte n'aurait-elle pas passé au sénéchal de la noblesse et des Séchai aux d'Albiez ?
Revenons à Louis Baptendier. Il était fils d'André
Baptendier, notaire, natif du mandement de Beaufort et habitant à Ugine. Notaire lui-même, il était venu s'établir à Saint-Jean avec ses frères Pierre et Bon-Amé ou Boname, à la même époque que les frères Grosset ; il y exerça la charge de secrétaire de V église de Maurienne pour le spirituel et le temporel. En 1521, les trois frères furent anoblis (1). Un mot sur chacun d'eux et sur leur descendance jusqu'au commencement du xvii' siècle.
l"" Louis acquit de grands à Saint-Jean et dans les environs, particulièrement à Hermillon. Il mourut avant l'année 1557 et eut trois fils :
Jean, qui épousa Jeanne, fille de Barjact Salière d'Arves. Ce mariage mit plus tard, par substitution, le château en la possession des Salière d'Arves. Ses fils furent Melchior, Louis et Balthazard. Devenu veuf d'Anne-Gasparde, fille du sénateur Georges Sauvage, Balthazard épousa Gasparde, fille de noble Pierre Rembaud, de la rue de l'Orme, juge temporel de l'évéché. La curatelle de son beaufrère Pierre Sauvage lui fournit l'occasion de tenir un livre de comptes, dont nous détacherons plus loin quelques pages ;
Antoine, avocat, marié à Jeanne de Coppeaux. Ils moururent l'un et l'autre avant l'année 1568, laissant troris enfants : François, Jean-Baptiste et Jeanne, sous la tutelle de leur oncle Jean (2);
Paul, qui fut écuyer et secrétaire du duc de Nemours, comte de Genevois. Il ne parait pas être
(1) Baptendier porte : de sinopîe au pal d'argent chargé d'un lion de sable.
(2) Archives d'Arves.
revenu à Saint- Jean et il épousa, en 1551, Jeanne Largentier, fille du bailli de Pons-sur-Seine. Son père ratifia son contrat de mariage et, pour garantie de la dot, donna hypothèque sur les biens qu'il possédait dans le mandement d'Ugine (1).
2" Pierre fut contrôleur des finances et mourut avant le 1" septembre 1531.
3* Boname remplit, de 1524 à 1542, les fonctions de juge-corrier. Il épousa Jeanne, fille de François Truchet (2) et acquit, au fond de la rue de la Sonnerie-Vieille, la maison flanquée d'une antique tour ronde que nous avons déjà signalée.
Antoine, son fils, fut juge-mage au bailliage de Maurienne. Il possédait une ferme à Hermillon et le domaine de Lancessey, près de la ville, qui a été vendu, il n'y a pas longtemps, par Thôpital et porte encore le nom de La Charité, Ce fut là qu'il eut rhonneur de recevoir, le 19 juin 1564, le duc Emmanuel-Philibert et la duchesse Marguerite (3). Il aimait à chercher dans la poésie et ragriculture un délassement à ses fatigues judiciaires, Peletier le compare à M'' de Lambert; c'est bien le plus grand éloge qu'il pût faire de lui :
Et Batendier de suffisance égale
En poésie et science légale,
Fait de ses droits Maurienne jouir
Et ses beaux vers par tout le monde ouïr.
Son Lancessey, basti joignant la ville,
Et Àrmillon qui en est loin d'un mille
(1) Archives d'Arves.
(2) Acte du 18 août 1524, Marquet notaire. — Obitoaîre du Chapitre, //// non,^ decemb.
(3) Anglky, Histoire du diocèse de Maurienne, p. 304.
Près des rochers demonstrent bien à part L'euvre divers de la nature à Tari, Quand bien je voys son estât domestique» Le comparant avecque le rustique, Je dis de luy (ainsi sont vrais mes chanta) Qu'il est heureux à la ville et aux chans.
Boname Baptendier, fils d'Antoine^ eut la charge de juge-corrier. Sa fille unique, Aatonie^ épousa en premières noces noble Pierre Rembaud et ensuite noble Claude des Flammes, maitre d'hôtel de M*' Philibert Millet. La maison de la Sonnerie- Vieille fut depuis désignée sous le nom de maison on hostel des Flammes. Claude laissa son héritage à J.-B. Milliet, baron de Faverges.
Vers le milieu de la rue Beauregard, on voit sur un portail un écusson mutilé ; c'est celui des nobles Truchet(l).
Des lettres de noblesse furent accordées en 1450 par le cardinal de Varembon à Michel Trucbet, citoyen et bourgeois de Saint-Jean, à Antoine son frère, et à Jacques leur neveu, tous trois docteurs en droit et avocats dans la cité. Ils avaient des propriétés et des fiefs à Saint-Jean, à Jarrier, à Saint-Pancrace, à Saint-Jean-d*Arves et à Sainte- Marie-de-Cuines.
Jacques ne parait pas avoir eu de postérité, du moins elle nous est inconnue.
Antoine, mort vers 1460, laissa de son mariage avec Marguerite, fille de Pierre Mareschal de Gombefort et d'Antoinette de Cuines, un fils nommé
(1) Truchet porte : d'azur à deux branches d'or accotlées en chef de deuœ étoiles d'or.
Jean, qui, dans un acte de la correrie de rattnée 1461, est qualifié i'honune noble du Mollard, possédant des fiefs à Jarrier, où il habitait. Son oncle, Jean Mareschal de Combefort, lui fit un legs par son testament du 27 octobre 1498 (1).
Claude Truchet, fils de Michel, était avocat et marié à Colette, fille de Jean d^Arves r ancien (2). Ils eurent trois fils : Pierre- Michel, Antoine et Georges.
Jean, Jacques et François, fils de Pierre-Michel, firent, en 1522, en faveur de Tévêque, une reconnaissance pour des biens situés en Arves* Louis, fils de Jacques, vivait encore en 1581 (3).
Antoine, mort avant Tannée 1560, est qualifié d'écuyer, ainsi que ses deux fils, Jean et Louis.
Georges est le notaire, greffier et vice-eorrier, dont nous avons parlé. Il épousa Louise Salteur, de laquelle il eut Guillaume et Michel, dont nous avons raconté les démêlés avec le tiers-état au sujet de leurs privilèges nobiliaires, Michel fut, en 1589, chargé avec Georges Sauvage de la défense du col de la Roue. Il hérita de son frère et mourut en 1601, sans postérité. Sa succession fut partagée entre sept héritiers, parmi lesquels Pierre Sauvage, sa sœur, première femme de Balthazard Baptendier, Jean-Amé du Mollard et spectable Jacques Boudrey, Mais elle était grevée de dettes et occasionna tant de procès et de frais, que Baptendier, après avoir vidé sa bourse et celle de son pupille,
(1) Note de M. de Mareschal de Luoiane.
(2i Archives d'Arves.
(3) Bfigistre des déclarations pourU gahelie.
fut contraint, dit-il dans son livre de comptes, de faire vendre à la criée les liv7*es, calepùis, dictionnaires et aub'es objets qui servent pour escholiers de Pierre Sauvage, une partie de ses provisions de ménage, de ses meubles et de ceux de sa seconde femme, môme son propre chapeau gris, le tapis de table et un des anneaux de sa femnie.
Cependant Pierre Sauvage avait un beau fief. C'est la maison et la propriété de M, Grange, notaire, à côté de la place Fodéré. La maison ^i encore sa tour, mais démocratiquement abaissée au niveau des constructions plus jeunes qui Tenserrent, La propriété était plus vaste; elle allait d'une seule pièce des maisons de la rue de TOrme au pré de TEvêque et de la Réclusière à la route actuelle qui lui appartenait.
Il était fils de Georges Sauvage, sénateur au Sénat de Savoie (1), mort à la fin du xvi* siècle, M*^ de Lambert, confiant à Georges Sauvage et à Michel Truchet la défense du col de la Roue, en donne cette raison, qu'ils ont des parents et alliés à Bardonnenche, desquels ils pourront tQusJou7*s avoir bons advertissements. En effet, Georges était fils de Jacques Sauvage et de dame Anne Agnan de Bardonnéche. Son père avait épousé Jolande d'Avrieuxen secondes noces, mais il n'en avait pas eu d'enfants. Le fief Sauvage était grevé d'une petite redevance en faveur de Téglise Saint-Christophe^ reconnue en 1412 par noble Jean Sauvage, en 1467 par Pierre, son fils, père d'Antoine, et en 1492 par Louis Sauvage, fils de Guigonet et père de Jacques* Nous trouvons ce dernier syndic de la noblesse en 1563,
(1) Archives d'Ârves.