CHAPITRE XVI La Noblesse (suite
Avant l'ouverture récente de cette partie de la rue des Ecoles à laquelle on donne vulgairement le nom de rue du coude, la rue Beauregard ne se reliait à la rue B'onrieu que par un chemin passant sous la maison Borges. En 1558, cette maison, ainsi qu'une assez grande étendue de jardin, pré et vigne, qui allait confiner à la maison Baptendier et à la vigne du Temple, appartenaient à Sébastien Pellette, écuyer, habitant à Pontcharra et encore placé sous la curatelle de Jacques Sauvage pour les biens situés à Saint-Jean. Le nom de Pontcharra était devenu et est resté celui de la maison. Quelques années après. Pellette la vendit à noble Pierre Rapin. En 1502, noble Léon Pellette était, en outre, propriétaire dans le mas de Molard-Bochard (1).
Une tradition, soigneusement conservée dans la famille Rapin et relatée par son historien (2), la
(1) Archives d'Arves.
(2) Rapin-Thoyrds^ sa famille, sa vie et ses œuvres, par Raoul DE Cazenove, Lyon, 1886. — Ce que nous allons dire de cette famille est tiré en partie de cet ouvrage; les archives de la ville et celles de M. d'Arves nous ont fourni le reste.
rattachait à la famille de Sainte Thècle. Quoiqu'il en soit de ce point impossible à éclaircir, M^ Etienne de Morel accorda, le 18 août 1489, des patentes de noblesse à Antoine, Jacques et Catherin, fils de Claude Rapin, de Valloires (1).
Nous n'avons pas à nous occuper de Catherin ni de Jacques. La descendance de celui-ci s'établit à Villargondran, à la Maison-Blanche.
Antoine Rapin était notaire; en 1505, il fonda dans Téglise de Valloires (2) une chapelle en l'honneur de saint Sébastien, et mourut le 20 avril de la même année, laissant quatre fils : 1' Pierre, dont nous parlerons tout à l'heure ; 2* Antoine, avocat, qui fut enterré devant les grandes portes de la cathédrale de Saint-Jean et qui eut deux fils : Jacques-Philippe, docteur en droit, avocat au Parlement de Chambéry en 1559, puis conseiller de Son Altesse et juge-mage de Tarentaise, et Michel, bailli de Tarentaise ; 3* Jacques, sur lequel nous n'avons pas de renseignements ; 4* Guillaume, qui fut protonotaire apostolique, prieur de Bernex, d'Aiguebelle (3) et de la Croix, et chanoine de la cathédrale de Saint- Jean.
Pierre Rapin obtint en 1510 de M«' de Gorrevod la permission de faire célébrer la messe dans sa
(1) Rapin porte: écartelé d'or, au i" et 4« un oiseau de rapine de sable éployé, au 2^ et 3* trois roses de gueules posées i et 2,
(2) Cette église a été rebâtie dans la seconde moitié du XVII» siècle.
(3) Preuré de Saint-Étienne , église paroissiale depuis 1598,
maison de la Ghoudane, à Valloires (1). Vers 1515, il épousa Guillaumaz d'Arves, prêta en 1552 serment de foi et hommage au roi de France, maître de la Savoie, et eut neuf enfants, dont trois filles : Marguerite, mariée à noble Jean Rembaud ; Barthélemie, femme de noble Louis de Gollo ; et Jeanne, qui ne se maria pas.
De ses six garçons, trois entrèrent dans les ordres. Charles, Taîné, fut chanoine de la cathédrale. Jean -Jacques portait en 1571 le titre de prieur et d'official d'Aiguebelle. Jacques hérita de la plupart des titres et des bénéfices de son oncle Guillaume : il fut curé de Pontamafrey en 1554 ; puis chanoine, procureur fiscal de l'évêque, prieur de Bernex, protonotaire apostolique et vicaire général du diocèse. Ce fut un homme de grande réputation. Il prêcha à Ghambéry devant la Gour de Savoie, lorsqu'Emmanuel-Philibert vint reprendre possession de ses États et recevoir le serment de fidélité de la noblesse et des communes. L'éclat de ses talents oratoires et la distinction de ses manières lui attirèrent la faveur du vainqueur de Saint-Quentin et de son épouse, Marguerite de France, sœur du roi Henri II. Aussi, des affaires de famille l'appelant à Paris, le duc l'autorisa, par une lettre datée du 27 décembre 1560, à rester, s'il le jugeait à propos, au service de la reine Marie de Médicis, qui lui avait déjà, on ne sait à quelle occasion, conféré le titre de son aumônier. De
(1) Au-dessus de la chapelle de Sainte-Thècle. C'est là que la tradition place la maison des deux sœurs Thèole et Plgménie. Il ne reste rien de la maison des Rapin.
son côté, la duchesse le recommanda à sa redoutable belle-sœur par la lettre suivante :
Madame,
Cognoissant les mérites du prothonotaire Rapin, Tun de vos aulmoniers, s'étant bien suffisamment acquitté de son devoir en toutes les charges qui lui ont été commises, je Vous ay voUu escrire la présente pour Vous supplié trez humblement. Madame, le vouloir bavoir en ma faveur pour recommandé en ce qu'il Vous fera entendre qu'il aura besoing de Vostre ayde et support. Il est personnaige qui mérite beaucoup et voudrais bien luy faire cognoistre Tafifection que j'ai de luy portée suivant le témoignage que je vous fais de luy. J'ajoutteray cette obligation aux autres dont je Vous suis redevable, et me recommandant trez humblement à Vostre bonne grâce, je prie Dieu, Madame, Vous donner en santé trez heureuse et longue vie.
De Verceil ce xx* jour de janvier 1561.
Vostre trez humble et trez obéissante sœur et subjecte, Marguerite de Frange.
Quant aux affaires qui conduisaient Jacques Rapin à Paris, elles se rapportaient probablement aux réclamations et à l'apostasie de deux de ses frères.
Au commencement de Tannée 1564, nous le retrouvons à Saint-Jean. Le cardinal Hyppolite d'Est ayant été pourvu de l'évêché de Maurienne en commende, le nomma son grand vicaire et il assista en cette qualité à un conseil général de la ville au mois de juin de la même année. M"' de Lambert la lui conserva, en lui adjoignant François de La Grose.
Les deux apostats étaient Antoine et Philibert,
qui passèrent en France et, par rancune contre leurs frères dont ils prétendaient avoir eu à se plaindre dans les partages, embrassèrent le protestantisme. La descendance de Philibert se retira en Hollande et ensuite en Prusse.
Pierre, l'acquéreur de Pontcharra, était le cinquième fils de Pierre Rapin et de Guillaumaz d'Arves. Le 17 août 1559, le comte de Ghallant, gouverneur de la Savoie, lui donna la charge de corrier et juge-commun, et le Chapitre, administrateur de Tévêché pendant la vacance du siège, la lui confirma le 18 décembre, dans une assemblée tenue, au son de la grosse cloche, dans la sall^ du réfectoire. Rapin prêta serment. Le procès-verbal porte les signatures des chanoines Charles Rapin, Claude CuUierat, François de La Grose, Henri Bollier, Guillaume Mareschal, Antoine Gornuti, Jean Scarron, Philippe Perret, Claude Bonier et Jacques Favre.
Durant vingt ans, Pierre Rapin exerça avec un zèle infatigable, avec autant d'impartialité que de science, ces fonctions que rendaient souvent très pénibles les courses qu'elles l'obligeaient à faire dans les montagnes. Il n'échappa point pour autant, comme nous l'avons vu, au procès que le tiers-état intenta à tous les nobles de création épiscopale. Nous citerons de lui, quand nous parlerons de M" de Lambert, un mémoire où percent une certaine animosité contre la bourgeoisie et un grand dévouement aux intérêts du duc de Savoie. Peletier lui décerne cet éloge :
Rapin, courrier, que vit naître Valoire, Reçoit et donne à Maurienne gloire, Il sait les noms et leurs conditions, Les honorant par ses commissions.
Le 22 février 1563, il rendit hommage au duc Emmanuel-Philibert, avec le juge-mage Antoine Baptendier, tant pour ses biens que pour sa personne, en rassemblée des états de la noblesse, dans la grande salle du château de Ghambéry. Quelques années plus tard, il fut nommé commissaire aux vivres dans la Maurienne et chargé de la levée des subsistances nécessaires pour le passage de la cavalerie que le duc de Savoie envoyait au service du roi de France.
Son testament est du jour même de sa mort, 8 novembre 1579 (1). Il ordonne que son corps soit enseveli c au cloistre de Tesglise cathédrale de Maurienne au tombeau de ses prédécesseurs ou leurs armoiries sont peintes et dans trois mois apprès son trespas illec estre mise une lose ou pierre en la muraille, repeintes leurs armoiries et là par ung escript ces parolles : Ibi jacet nobilis dominus Petrus Rapini de Chodana Volovii hujus civttatis et terre çommunis correarius et judeœ, qui
viam universe carnis humane ingressus est die
L'inscription existe encore. Ses funérailles seront faites à moindres frais qu'il sera possible, ayant les pauvres en recommandation au lieu des banquets, torches et pompes mondaines. On y invitera, avec le vicaire de Notre-Dame, les prêtres de Villargondran, de Valloires et de Saint-Martin-d'Arc.
(1) Archives d'Arveç,
Celui de ses héritiers qui aura la Ghoudane, à Valloires, tiendra couverte la chapelle de Sainte- Thècle.
Ses enfants étant tous mineurs, car son mariage avec noble Antoinette Bertrand, de Saint-Michel, ne datait que de l'année 1563, il les recommande en termes touchant à leur mère, au chanoine Jean- Jacques Rapin, son frère, à Georges Sauvage, son neveu, à Jean Bertrand, son beau-père, à François- Joseph Bertrand, son beau-frère, à Jules et à Jacques des Gostes, chevaliers, ses neveux.
Ses trois filles reçoivent chacune une dot de quinze cents florins; elles seront nourries et entretenues jusqu'à leur mariage. Ses quatre fils sont héritiers universels par égale part ; mais le partage n'aura lieu que quand ils auront tous vingt-deux ans, et il leur est défendu de vendre aucune partie de l'héritage à des étrangers. L'héritage était assez considérable; car, outre les domaines de Pontcharra, à Saint-Jean, et de la Ghoudane, à Valloires, Pierre Rapin avait des propriétés et des maisons à Villargondran et à Saint-Martin-d'Arc.
« Pour inviter sa femme à bien gouverner ses enfants et à demeurer en viduité, ï> Pierre Rapin lui légua l'usufruit de la moitié de son hoirie et € tous ses accoustrements et ornements précieux et aultres chaines, doreures et bagues d'or quelconques; » mais elle préféra se remarier avec Gabriel de Lathoud, docteur en droit.
Des quatre fils de Pierre Rapin, Pierre mourut en 1607; Pompée, en 1603; Jacques, qui était le second, entra dans la compagnie des gentils -
hommes archers de la garde du duc de Savoie; Guillaume, l'aîné, syndic de la noblesse en 1596, mourut le 30 décembre 1630 (1).
La section de la rue Bonrieu, qui a pris le nom de rue du Collège depuis que, au commencement de ce siècle, cet établissement a été transféré de la maison bâtie par M^ de Lambert dans le couvent des Bernardines, se termine, à gauche, par la tour de Babylone et la maison Ducol. D'où vient ce vieux nom de Babylone, nous l'ignorons. Au xvr siècle, la tour et la maison appartenaient à la famille des Gostes. Un peu plus haut elle possédait une autre maison, qui fut rasée pour la construction de l'église des Bernardines ; et, dans la rue Beauregard, celle qui fait face à la partie de cette rue qui a conservé son vieux nom. En 1580, la troisième appartenait à M* Boniface des Gostes, notaire ; la seconde, au chevalier Jules des Gostes; et Babylone, aux héritiers de François-Etienne des Gostes.
Jules des Gostes avait pour voisin noble Fournier. Jean Fournier reçut, le 10 novembre 1475, des lettres de noblesse du cardinal d'Estouteville. Jérôme, son frère, était chanoine de la cathédrale (2). Le fils de Jean reçut le nom de son oncle ; il fut notaire et divers titres de 1491 et de 1518 lui donnent la qualification d'honorable seigneur. Thibaud, son fils, maria en 1557 sa fille Louise à maître Jean Bertrand. Le 24 mars 1566, il eut un fils qu'il appela Alexandre et qui, sous le nom de P. Ghérubin de
(1) Note à la marge du testament. —Archives d'Arves.
(2) Second Obituaire du Chapitre, il novembre.
Maurienne, devint une des gloires de Tordre des Capucins, l'ami de Saint-François de Sales, et l'apôtre du Ghablais et du Vallais. En lui s'éteignit la famille des nobles Fournier.
Les maisons Fournier et Bertrand ont aussi été rasées lors de la construction du couvent des Bernardines.
La famille des Gostes était originaire de Saint- Pancrace (1). Au milieu du xiV siècle, noble Jean des Gostes rendait la justice au nom d'Agnès de Savoie, femme de Jean, fils de Jean de La Ghambre, et résidait avec elle au château de Guines (2). En 1383, un autre Jean des Gostes était juge de la châtellenie de Valloires.
En 1439, Richard des Gostes donna soixante florins au Ghapitre pour un obit (3). Jean, son frère, ^ docteur en droit, devint conseiller de Louis, duc de
[ Savoie, et signa, en 1457 et 1458, des lettres-patentes
I de ce prince, concernant des contestations surve-
nues entre les communes du Bourget et d'Avrieux, qui n'avaient pu être terminées par une transaction qu'il avait précédemment ménagée entre elles, de concert avec Antoine Truchet (4). En 1446, il avait été un des juges du vice-chancelier Bolomier.
Pierre, fils de Jean des Gostes, acheta, le 6 novembre 1443, de noble Guigonet Tondut, de Gonflans, la maison-forte^de Saint-Marcellin, qui avait appartenu à Philippe du Mollard. Le prix est de
(i) Des Gostes porte: de gueules à la bande d'or chargée de trois côtes au naturel,
(2) Angley, Histoire du dicoèse de Maur., p. 193, note.
(3) Obituaire, VI kal. sept.
(4) Archives paroissiales du Bourget et d'Avrieux.
mille florins d'or petit poids, de douze deniers tournois gros l'un. Les témoins sont les nobles Pierre des Colonnes, Pierre Sauvage, Jean Portier, Gabriel Vallin et Jean de Villarembert (1). Le château du Villard devint aussi, quelques années plus tard, la propriété de la famille des Gostes.
En 1521, Gabriel des Gostes était corrier et jugecommun. Il possédait Babylone, Saint-Marcellin et le Villard.
En 1563, Jean, fils de Bon des Gostes, prêta serment de fidélité à Emmanuel-Philibert, au nom de son père. Il avait eu, en 1545, une aventure assez singulière. Il était curial de la Bâthie pour le seigneur d'Aix. Un jour qu'il se promenait près du village, son épée jetée sur les reins, il fut accosté par une femme qui lui cria : ha, curial, c'est toi qui prends mon bieni et qui l'accabla d'injures. Des Gostes essaya vainement de faire entendre raison à cette furieuse. Une autre femme se joignit à elle et les deux mégères se jetèrent sur lui ; mais la seconde accrocha l'épée, dont la pointe sortait du fourreau brisé, et se blessa au ventre. A ses cris, le village accourut. Le curial s'enfuit épouvanté, croyant que cette femme était blessée à mort. Le mal n'était pas si grave. Néanmoins il y eut plainte, poursuites et décret de prise de corps. Enfin des Gostes réussit à prouver qu'il y avait eu un simple accident, tout à fait involontaire de sa part, et il obtint des lettres de grâce (2). Il acquit ensuite le greffe du baillage de Maurienne et en
U) Archives d'Arves.
(2) Archives du Sénat.
céda une partie, le greffe de la châtellenie de Pontamafrey, à M' Pierre Lambert, pour la somme de six cent trente florins chaque année.
Jean des Gostes avait trois frères : Boniface, Antoine et Pierre*
Boniface était le notaire de la rue Beauregard, dont nous avons vu les démêlés avec le tiers-état.
Antoine, écuyer, fermier du duc de Savoie et châtelain du marquis de La Chambre, habitait à Saint-Avre et acquit par héritage le château du Villard.
Pierre fut héritier universel de son cousin Louis des Gostes, écuyer. Le 11 janvier 1566, revenant d'assister au service de fin de neuvaine et avant d'entrer dans la maison dont il héritait, il manda le notaire GoUombet et, devant la porte, il fit dresser acte * de sa diligence et perfection, ayant faict les honneurs et funérailles requis tant au sepvellement, noveyne, vestir paouvres et aultres contenus en l'acte de testament, d II fut syndic de la noblesse en 156ij et présenta, en 1570, au conservateur de la gabelle un mémoire pour a eslrc maintenu en la possession et jouissance des privilèges de noblesse et estre immune et exempt de tonte contribution avec le tiers-estat. >
Pierre et Boniface furent choisis, en 1589, par Urbain du Pont, pour Taider à diriger la défense de la ville, Pierre avait fait un testament le 1*' avril 1581, a cause de la peste tiiii avait éclaté à Saint- Jean. Le 22 avril 1580, il y ajouta un codicille, f estant près de partir pour aller servir Son Altesse en la guerre, en gentilhomme qu'il est. » Jacques,
un de ses fils, propriétaire du Villard, étant soup* conné de contagion, fit son testament, en 1598, dans un pré derrière sa maison.
Babylone et Saint-Marcellin appartenaient alors à Amé des Costes.
Nous avons nommé le chevalier Jules des Costes, écuyer. Il était décoré de Tordre des SS, Maurice et Lazare pour faits de guerre. En 1599 et en 1600, il était capitaine-commandant du fort d'Arves et signa diverses quittances de fournitures que le seigneur de Jacob et de La Dragonière, gouvrrneur de la Savoie, avait donné ordre au juge-mage, niessire d'Humbert, de lui faire envoyer par les étapes de Saint-Jean, de Modane et de Lanslebourg, Il vivait encore en 1602.
Jacques, son frère, était aussi écuyer et chevalier des SS. Maurice et Lazare. En 1575, îl reçut en cette qualité cinq cents florins sur la ferme et commanderie du Bourget.
La famille des Costes s'éteignit ou disparut de Saint-Jean dans le xvii' siècle. Son tombeau est dans le cloître, près de la porte qui donne entrée dans l'église. La maison de Babylone passa aux Ducol ou Sibué-Ducol.
Montons dans la rue Bonrieu, A côté du chemin ouvert en 1882, pour donner à la rue une issue du côté du Clapey, s'élève une tour carrée, adossée h une maison avec cour sur le devant, dans laquelle on entre par un portail en tuf à plein cintre. Dans plusieurs pièces, on voit des vestiges d'une grandeur disparue, des restes de peintures murales, des solives de planchers à consoles sculptées, etc* Plus
haut, de l'autre côté de la rue et immédiatement avant le débouché du chemin de Jarrier, une masure entoure une tour qui a servi de cage d'escalier, percée de petites ouvertures en forme de croix et aussi en grande partie écroulée.
En 1580, la première de ces maisons appartenait à noble Pierre de La Balme, fils de Philippe et d'Humberte des Costes ; la seconde, à Jean-Louis de La Balme, fils de Michel.
Pierre de La Balme était marié avec Jeanne d'Avrieux ; il avait un fils, nommé Humbert, qui servit dans l'armée du duc de Savoie en Piémont. Lui-même, « ayant beaucoup pratiqué les guerres, > fut, en 1589, choisi par Urbain du Pont pour son lieutenant, pendant que Jacques et Louis, fils d'Antoine de La Balme et de Louise du Pont, ses cousins, étaient chargés de la garde du passage de Pontamafrey, « aussi pour jeter au besoingt quelque garnison dans leur maison-forte battant sur le dict Pontamafrey et située sur le roch de Montvernier (1). » Les ruines de cette maison-forte ont fait place, il y a quelques années, à une chapelle dédiée à la Sainte Vierge.
Jean-Louis avait épousé Claudine d'Arves, de laquelle il eut un fils du nom de Gasbamel, qui est inscrit dans le rôle de cotisation de la noblesse de l'année 1602.
Philippe, Michel et Antoine étaient trois des neuf enfants de Martin de La Balme, qui testa le 10 juin 1515. Un autre de ses fils, Pierre-Ambroise, fut notaire en la place de Malconseil, et prieur de
(1) Angley, Histoire du diocèse de Maurienne, p. 317.
la confrérie du Saint-Esprit pour Tannée 1559. Ses deux fils, Jacques et Louis, sont iiiscrits dans le rôle de 1602.
La famille de La Balme, dit M. de Foras (1), paraît remonter au xiii* siècle, mais c'est à dater de Martin seulement que la filiation devient authentique. Nous pouvons indiquer un degré de plus. Martin était fils de Catherin de La Balme, qui eut quatre fils : Jean, Michel, Jacques et Martin, et qui testa le 9 avril 1477 (2).
Martin possédait de nombreux fiefs relevant du duc de Savoie, à Montvernier, à Montpascal, à Pontamafrey, au Châtel, à Hermillon, à Saint- Avre et à Beaune. Ces fiefs, dit un acte de reconnaissances de Tannée 1521 (3), étaient indivis avec Jean-François du Pont et Simon Rosset, de Montmélian, et provenaient de Claude et Hugues de La Balme, d'Aiguebelle, et de Jacques et Pierre Rosset (4).
Une illustration de cette famille, dont malheureusement le nom de baptême et la filiation ne nous sont pas connus, fut le P. 'Esprit, capucin. Les historiens français ont mal traduit son nom latin Spiritus a Balma ou Balmensis (5) par Esprit de la Baume. Le P. François d'Orly, de Thonon, le met au nombre des hommes apostoliques que la Mau-
(i) Armoriai et Nobiliaire dé Savoie,
(2) Archives de M. F. Truchet.
(3) Ibid.
(4) Les armes de La Balme sont: de gueules à la fasce d'or accompagnée en chef d'une étoile de même et d'un oiseau d'argent en pointe,
(5) BovERius, Annales FF. Minor, Capucin,, t. Il, p. 684.
Tienne peut se glorifier d'avoir produits (1). Le P. Fidèle de Talissieu (2) dit qu'il était de la même étude que le P. Chérubin, c'est-à-dire qu'ils avaient fait ensemble leur noviciat. « Sa voix puissante, ajoute le P. François, a retenti dans vostre cathédrale; il a institué à vostre Réclusière, à la Chambre, à Aiguebelle, S Saint-Michel, à Saint- André, en Amodane, la dévote confrérie du Saint- Sacrement, après l'avoir instituée es principales villes du Lyonnais et Savoye. > Bovérius le représente comme l'un des principaux soutiens de la province des Capucins de Lyon, à laquelle les couvents de Savoie appartenaient à cette époque, comme un prédicateur d'une grande éloquence et comme l'un des religieux qui s'étaient le mieux pénétrés de l'esprit de leur séraphique Père Saint- François. En 1595, il fut envoyé dans le baillage de Ternier, pendant que le P. Chérubin évangélisait les environs de Genève. L'année suivante, il alla à Rome pour le Chapitre général de l'Ordre. En
1597, il rejoignit son célèbre compatriote pour les quarante -heures d'Annemasse et il l'accompagna ensuite à Thonon, où Saint François de Sales les avait demandés. Mais il ne paraît pas qu'il ait fait un long séjour dans cette ville, car on ne trouve pas son nom parmi ceux des missionnaires qui prirent part aux quarante-heures de
1598. Bovérius dit qu'il mourut au couvent de Lyon en 1602.
(1) Les Merveilles de JV.-2). du Charmaix, Besançon, 1643 p. 321.
(2) Relation abrégée des Missions des PP. Capucins de Savoye, p. 17,
et
Lorsque, au sommet de la me Bonrleu, Ton a dépassé ce que Ton peut encore, avec quelque apparenc-o de raison, appeler une rue, la vieille ruerfes forts, ou voit, à gauche, à quelques pas de la route qui conduit au pont de Bonrieu, une maison enlou* rée de chRmps et de jar(^ns. A côtti de la route se trouvait un petit oratoire dédié à Saint Pierre, où Ton déposait, jusqu'à l'arrivée du clergé, les morts des hameaux d'au-delà de Bonrieu, La maison n'est pas vieille, mais elle a un nom très vieux, la cour d'Arve, Cour rend mal la signification du mot latin curtis^ que Ton trouve dans les chartes (curtis ^e Ai^^a). C'est jardin, cornUU qu'il faudrait dire; mais dans le cas présent, cour est sans doute une abréviation de court iL
La famille qui a donné son nom à ce domaine, avant le xv* siècle, résidait d'ordinaire dans son fief d*Arve, où elle avait une maison-forte appelée la tour ffencmm (1), située entre le hameau du Mollard et Téglise de Saint-Jean d'Arves : c'est cette tour qui est désignée dans les titres du xvi' siècle j après la destruction du chàteau-fort des évéqueSj sous le nom de fort d'Arre. Le nom de la tour s*est conservé. Quant à l'origine du qualificatif genevoise, nous Fignorons* Les nobles d'Arve avaient à la cour, près de la ville épîscopale, un pied-à-terre et un jardin- Cette famille est peut-être la plus ancienne noblesse de la Terre épîscopale; elle se divise en trois
(1) Des fecdnnaîssâncês en faveur do révéqueMin"de Gorrevod sont passées le 9 fiepteînJ>re 1523, in platkea domus fortis de genevesi& dnte granerinm. — Archives d'ArvêS*
Goo
tronçons, soudés par des mariages : d'Arve, Salière d'Arve et Martin Salière d'Arve. Il est bon de noter que l'on n'écrivit Arves, au pluriel, que depuis que Saint- Sorlin fut séparé de Saint- Jean d' Arves et érigé en paroisse.
Au mois de mars 1195, le Chapitre de la cathédrale de Maurienne envoya au comte Thomas les chanoines Guillaume de Cuine et Martin de La Chambre, Pierre de La Tour et Jean d'Arve (l),pour obtenir qu'il confirmât la donation qu'il lui avait faite de Mont-Bérenger (2), le 12 juin 1189, avec défense à ses métraux de le troubler dans l'exercice de ses droits (3).
Les descendants de Jean d'Arve eurent en fief héréditaire la mestralie d'Arve, si déjà il ne la possédait lui-même. Rondet d'Arve la tenait en 1320; Martin, en 1350; Antoine, en 1372 ; Jean, en 1376. Ce dernier avait épousé Françoise de Luciane : il n'eut que trois filles, dont l'aînée, Marie, épousa, avant 1421, noble Gaspard Salière, docteur en droit, qui dès lors joignit à son nom celui d'Arve (4).
Une reconnaissance faite, le 27 juin 1421, en faveur d'Amédée de Montmayeur, évêque de Maurienne, de tous les fiefs que les enfants de Jean d'Arve tenaient de lui, et en particulier de la mestralie d'Arve, indique nettement quelles étaient les
(i) D'Arves porte: tranché de gueules sur or à la râtelle de poisson posée en bande de l'un en Vautre.
(2) Hameau de la commune du Ghâtel,
(3) Chartes du diocèse de Maurienne, p. 44 et 38.
(4) Archives d'Arves. — Salière porte: de gueules à la salière d'or, au chef d'azur chargé de deux étoiles d'argent.
attributions des métraux. Ils devaient : 1" percevoir les redevances dues à Févêque, et ils retiraient de ce chef douze deniers forts par livre (le cinq pour cent) ; 2' s'enquérir des droits de Tévéque et les maintenir soigneusement; S^ aider le jugecorrier et les autres officiers de Tévéque dans l'acquittement de leur charge et se transporter là où ils en recevaient Tordre de leur part; 4^ dénoncera Tévêque et à ses officiers les crimes et délits commis dans la mestralie ; 5* arrêter et conduire les coupables dans la prison épiscopale; 6' si Févéque ou ses officiers jugeaient nécessaire de dresser des fourches patibulaires dans la mestralie et d'y pendre quelque brigand, de conduire ce brigand jusqu'au pied des fourches; 7° de conduire de même au pied de l'échafaud les malfaiteurs condamnés à des peines corporelles quelconques.
Le traitement du métrai, en sus de la remise pour la perception des revenus de l'évêque, se composait d'un certain nombre de redevances, la* plupart en blé : la principale, en Arves, était de cinq setiers d'orge, au moment de la moisson, trois à Saint- Jean d'Arves et deux à Saint-Sorlin.
Gaspard Salière d'Arves , étant devenu veuf de Marie d'Arves, épousa Françoise, fille de Pierre Sauvage.
Par acte du 3 mars 1450, Jean, son fils aîné, dit Jean F ancien , pour le distinguer d'un de ses fils et d'un de ses petits-fils, acquit en albergement de noble François, fils de Jean du Pont, du Villaret, la tour ronde de la Fournache, soit du Mollard de la Fournache, qui existe encore maintenant au-dessus
de Bonrieu, entre les chemins de Fontcouverte et de Saint- Pancrace, avec la maison et le verger attenants. Le prix est de cent vingt florins d'or petit poids, de douze deniers gros de Tours l'un, plus un servis d'un denier et les droits féodaux d'usage.
Pierre, l'un des fils de Jean V ancien, épousa Claudaz, fille de noble Barjact Oppinel, praticien fort considéré qui avait son étude en la place de Malconseil et qui fut enseveli dans le cloître vers l'année 1505. Leur testament, fait en commun le 20 décembre 1514, nous apprend que la tour carrée, qui est au-dessus de la tour ronde de la Fournache, du côté de Saint-Pancrace, appartenait à Claude des Gostes.
Barjact, un des enfants de Pierre, qui testa en 1557, avait réuni entre ses mains, par héritages, toutes les possessions de la famille : la mestralie d'Arves, la cour d'Arves,la Fournache, une maison située à côté de Montarlot et qui existe encore, etc.
Pierre, l'aîné de ses fils, dont la mère était Louise de Bavoux, servit dans les armées du duc de Savoie et fut capitaine d'une compagnie d'infanterie. En 1578, il fit le pèlerinage de Rome. En 1589, il eut la garde des montagnes d'OUe et de la Perche, avec Jacques Ducol, Henri Varnier et Jean Dedux, bourgeois de Saint-Jean. Il y fit de grandes dépenses ; car, dans une ordonnance de Don Amé de Savoie, marquis de Saint-Rambert, lieutenant-général deçà les monts, en date du 5 juin 1592, on lit ceci : f Noble Pierre Sallières Darve auroit par commandement de Son Altesse esté estably dès quelques années en ça cappitaine à la garde des advenues eu
Daulphiné rière les lieux et barricades du col d'OIaz et Malperthuis aux montagnes de la dicte province En laquelle charge il s'est comporté en
tout debvoir de vray et bon subject et supporté grands frais et despens pour l'entretenement de ses soldats, sans jamais avoir perceu les contributions
que lui auroint esté assignées » C'est pourquoi
ordre est donné aux paroisses de la mestralie d'Arves de lui payer six cents florins de Savoie pour les arrérages jusqu'à la fin du mois de mai de la même année, et ensuite cent florins par mois jusqu'à la fin du mois de novembre < que les dictes montagnes seront chargées de nége, et ce pour son entretenement tant seullement (1). »
Pierre Salière d'Arves mourut vers 1595, ne laissant de son mariage avec noble Antoinette Constantin que deux filles, dont l'aînée porta, le 31 janvier 1605, le nom et les armes de la famille à noble Ennemond Martin, de Saint-Colomban des Villards, lieutenant-colonel du régiment de Maurienne ; sa sœur épousa noble Balthazard Portier.
Dans le cloître, à côté de la porte de la cathédrale, on lit, au bas d'une pierre armoriée, cette simple inscription : Hic jacent nobiles Soierie de Arva.
Terminons dans la rue d'Arvan notre excursion à la recherche des blasons. Nous y trouvons une des plus nobles familles de la Maurienne, celle des Mareschal, de Saint-Michel et de Saint-Martin-la- Porte; mais nous n'avons que peu de chose à en dire, pour ne pas sortir de notre cadre.
(1) Archives d'Arves.
Ils possédaient, à l'angle de la petite rue de l'Ecole, une maison qui, dans un partage du 26 juillet 1569, échut à François Mareschal Luciane, seigneur de La Tour (de Saint-Michel); il était fils d'Antoine et de Jeanne des Gostes. Son père avait eu d'un premier mariage avec Catherine du Pont le chanoine Guillaume Mareschal, que le lecteur connaît déjà, et Louise, qui épousa M* Jean Bertrand, après le décès de Louise Fournier (1).
Aimée Mareschal épousa Jean-François de Ghabert, maître d'hôtel de M*^' de Lambert et fils de noble Gharles de Ghabert. Il acquit la maison-forte de la Fournache et, comme il voulait la faire rebâtir, il obtint de Charles-Emmanuel, le 11 janvier 1582, des lettres-patentes accordant à la Fournache tous les privilèges des maisons-fortes, entre autres celui d'avoir des girouettes et une pierre aftnoriée sur le portail, et son propriétaire fut autorisé à s'appeler Ghabert de La Fournache. Philibert, son frère, secrétaire de M^' de Lambert en 1571, est qualifié de sieur de La Violette , gentilhomme de bouche de Son Altesse, dans un acte de l'année 1609 (2).
En 1602, Jean-Balthazard de Duin, dit Mareschal, vicomte de Tarentaise, baron de la Val d'Isère et seigneur de Saint-Michel, épousa, comme nous avons vu, la fille unique de Claude du Pont. En 1608, il était gouverneur du fort de Saint- Jean, et en 1611, gouverneur aux présides de Maurienne et capitaine en la cité (3).
(1) Note de M. de Mareschal de Luciane.
(2) Archives d'Arves.
(3) Archives départementales de Ghambéry.