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CHAPITRE XXIII La Guerre de Maurienne

Les hostilités recommencèrent dès les premiers jours du mois d'avril. Martinengo, qui était allé prendre les ordres du prince, revint en Savoie à la tête de neuf mille hommes : Italiens, Suisses, Savoyards et Piémontais. Charles-Emmanuel se disposait à s'y rendre lui-même et, le 23 juin, son avant-garde, composée de six cents chevaux et de mille hommes de pied, sous les ordres de l'Espagnol Sanche de Salinas, arrivait à Saint-Julien.

Mais, le même jour, Lesdiguières franchissait les montagnes au-dessus de Fontcouverte et tombait sur Saint-Jean, sans rencontrer aucune résistance. Un détachement était allé occuper le fort d'Arves, communément appelé la tour de la Genevoise et appartenant à Pierre Salière d'Arves.

Salinas reprit en toute hâte le chemin du Mont- Genis, poursuivi par Lesdiguières qui enleva, en passant, le château de Saint-Michel et ne s'arrêta qu'à Lanslebourg, d'où il descendit à Aiguebelle pour prendre le fort de Charbonnières.

M""" Millet avait eu le temps de fuir. Son château de la Garde, qui n'avait pour défenseurs que les

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habitants de Villarf^ondran, se rendit sans tirer un coup d'arquebuse et reçut une compagnie française. Mais,quelques semaines après, Lesdiguières donna ordre de le démolir, ce qui fut exécuté aux frais des communes de Tétape*

A Saint-Jean, Lesdîgui^res avait reçu un renfort de deux régiments d'infanterie et de trois compa* gnies de cavalerie, construit des barricades autour de la ville et aux ponts d'Hermillon et deVillard- Clément, et rendu compte de ses succès au comte de Montmorency, connétable de France, par la lettre suivante datée du ;J juillet (1) :

Monseigneur, si vous avez ret;ii ma lettre du 23* du passé, vous avez aprins ce qui s'estoit passé de deçà jusqu'à ce joui' \h à l'avantage du service du Roy; Depuis je touruay la teste de Tannée du Roy devers dom Salines qui estoit logé fort pi'ès de moy. Je luy ay faict quicter troys divers lieux oiiil s' estoit barrique et enfin contrainct de passer le Mont Scnys après avoir laissé sêze caques de pouhlre etquattre balles de mèches. Il avoit baillé en garde à un cappitaine piémoutois le chasteau de Saint- Michel qui est en ceste vallée, mais je Tai assiégé et priiis pur compotsition* Je le fais mettre en estât de faire plus grande résistance qu'il n'a faict, et fais aussy accommoder cette place le myeuls qu'il est possible. Je pars demain pour voir tes tmupes dont le comte Martinengue u

charge.....

Lesdiguières.

Cependant Tespagnol Louis Ferrero descendit le Mont-Genis et poussa jusqu'à Saint-André, d'où il chassa d'abord les Français; mais presque aussitôt

(i) ViDEL, Histoire de Le^di^uièrer^ ^"^ volumes; Ptiris,

il fut attaqué et battu par Gréquy. Il avait mis ses munitions dans l'église; le feu prit aux poudres au moment où les Français entraient. L'église fut détruite et un grand nombre de soldats tués.

On pense bien que Lesdiguières n'oublia pas les contributions de guerre. Elles furent lourdes, si l'on en juge par celles des mois d'août et de septembre 1597, dont nous avons l'ordonnance, datée du camp de Ghamoux le G août, et signée : Calignon, trésorierdu Roy, Elles se montent, pour chacun des deux mois, à 3,587 écus, à soixante sols de roy pour escUj co7nprins en ce les ustensiles, bois et chandelles, le floyHn de Savoye feysant ung florin de roy, et se répartissent ainsi :

Etape d'Aiguebelle, du mont d'Épierre à Montmélian : 1,424 écus 11 sols;

Etape de Modane : 952 écus 57 sols 8 deniers ;

Etape de Lanslebourg : 471 écus 11 sols 4 deniers ;

Etape de la cité : 738 écus 30 sols.

La contribution dut être payée enrfe/iîerscomp^an^, entre les mains de M* Bonard, commis à Saint-Jean de Maurienne, avec un sol pour livre pour droict de recepte.

Chaque mois, un ou deux capitaines étaient envoyés à Saint-Jean. Si l'argent n'était pas prêt, ils attendaient; mais on les nourrissait et on leur payait 50 sous par jour à chacun.

Il y eut, en outre, des contributions en nature : avoine, beurre, fromage, œufs; la quantité est énorme. Chaque capitaine, voyageant avec sa compagnie, s'adjugeait quelques petites réquisitions pour son service personnel. Un sieur de Morges se

fit envoyer de Saint-Jean à la Chambre des chapons et des poules.

Pendant tout le mois de septembre 1597, les syndics de Saint-Jean furent obligés de donner chaque jour à un officier français, qui ne pouvait rejoindre l'armée, six livres de pain blanc, trois pots de vin, trois livres de viande de mouton, six picotins, soit une quarte et demie d'avoine, et un demi quintal de foin. Il esta présumer que, pour manger ces provisions, il n y avait pas que ce vainqueur et son cheval.

Gréqny établit ses quartiers d'hiver en Maurîenne. Pour maintenir la discipline dans ses troupes et protéger, autant qu'il était possible, les habitants contre leurs excès, il fit publier l'ordre suivant :

De par le Roy et monseigneur de Créquy son lieutenant général en Savoye.

Nous ayant esté informés des ravages que font quelques soldats à leurs hostes, y prenant meubles, vaizelles, vin et autres choses, et le portent vendre, à cette cause, et pour obvier à tous ces abuz : defFences sont faittes à à tous soldats de quelle compagnie et régiment qu'il soit, de n'avoir à prendre ny fère prendre aulcune chose cheuz son hoste, à peyne d*estre passé par les armes; ensemble deiïerices sont faittes à tous marchands de quelque marchandise (fue ce soit, hostes, vivandiers et tous autres n'avoir à prendre en payement des soldats aulcun meuble j vaizelte et bestail, à peyne de cinquante escus d'amende ; et afin que nul n'en prétende cause d'ignorance, sera cette nostre ordonnance publiée par tous les quartiers de celte ville.

Fait î\ Saint-Jehan de Maurienne ce 20* janvier 4598,

Crequy.

Charles-Emmanuel occupait Ghambéry et il employa tout l'hiver à y rassembler des hommes et des munitions.

Le 7 mars 1598, il reprit Charbonnières. Quelques jours après, il battit Créquy à Epierre, le fit prisonnier dans les Cuines, au moment où le général français tentait de gagner les Villards, et entra à Saint-Jean. Cette ville était alors occupée par le général Pépé, napolitain, au service de la France, qui s'enfuit à Valloires et de là à Briançon. Le long de la route. Don Amédée de Savoie, marquis de Saint-Rambert, enleva en passant les châteaux de Pont-Renard, de la Balme, du Villaret et la tour du Châtel (1).

Pour empêcher l'ennemi de recevoir des renforts du Dauphiné, Charles-Emmanuel envoya immédiatement occuper les passages des Arves. Le fort de la Genevoise fut prit le 13 mars, après un siège de quelques jours, et le capitaine Jules des Costes y fut laissé comme commandant.

Nous avons une supplique adressée à l'évêque par un nommé Sorlin Grange, de Saint-Jean d'Arves. Il y expose « Comme le 13' du présent mois de mars, estant au-devant le fort d'Arves, faysant les approches pour en chasser l'ennemi, il fut blessé en quatre divers lieux d'un coup de mousquet et en danger de demeurer estropié ou bien de mort, au rapport d'un chirurgien. Estant si pauvre et misérable qu'il n'a moyen de faire aucune subvention, recourant à Sa Seigneurie Reverendissime, lasup-

(1) GujGHBNON, Histoire généalog.,,, t. II, p. 335,

plie très humblement ordonner aux syndics lui donner subvention d'aliments et médicaments nécessaires jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu ou de l'appeler de ceste vie à l'autre, ou en convalescence par le moyen de laquelle il puisse aller chercher sa vie ailleurs. »

Le syndic Michel Grange reçut ordre de fournir au blessé tout ce qui lui était nécessaire. La dépense s'éleva à 15 florins, qui furent remboursés par les syndics de la mestralie d'Arves (1).

Les syndics de Saint-Jean eurent à cette époque une grosse affaire.

Lesdiguières avait fait abattre les toits des tours et des autres bâtiments du fort de Saint- Jean. Charles-Emmanuel envoya de Chambéry l'ordre à la ville de les rétablir. C'était une dépense trop considérable pour qu'on lalui imposât tout entière. Les syndics résolurent de s'adresser directement au prince et de le prier de la répartir sur les trois étapes de la province. Ils chargèrent de cette négociation Humbert Rolaz, bourgeois de la cité, et lui donnèrent pour l'accompagner honnête Jacques de Gilly, soldat du régiment de M. d'Albigny.

Rolaz partit de Saint- Jean le jeudi 16 avril au matin, et revint le vendredi 24 au soir, « rapportant, dit-il, bonne provision et yssue au proufflt et solagement du public. »

Il plaira peut-être au lecteur de connaître par le menu les frais du voyage. Les voici : il en déduira les services et économies que procure l'invention des chemins de fer.

(1) Archives delà commune de Saint-Jean d'Arves.

A la Chambre, dudit IS avril, gouster. 4 florin C sois.

Soupper et coucher au logis du sire Francesco Valet à Argentine, comprins le déjeuner du lendemain 6 >

Du 17, pour passer la rivière au port de Fétarnioz , 2 sols; disner à Saint- Pierre d'Arbigny, 32 sols, comprins 2 sols pour la bullette de santé sans laquelle on ne pouvoit entrer à Chambéjy 2 10

Gouster à Barbara le grand d'un pot de vin, de pain et fromage apporté de Saint-Jean de Maurienne i 2

Paie au sire Claude Fontanel, hoste de Chambéry, pour le soupper du dit jour 17 jusques au jeudi 23 après disner (jue sommes despartis, à raison de 6 florins par jour 36 »

Payé, hors le logis, pour quelques boyres, comprins 2 sols pour la bullette de santé, pain, fromage et demi quartellet de vin prins à Chambéry pour gouster à Saint-Jean-la-Porto 6 4

Du dit 2î^ apvril, soupper, coucher et desjeuner du lendemain à Saint-Pierre d'Arbigny, comprins le port de Fétarmoz. 4 2

Du 24, disner à Argentine chez Chambon 2 4

Boyre soit gouster chez Tabbé Morand à la Chambre 1 1

Donné au secrétayre du comte Chamfron, grand juge mage de S. A. sur ses forteresses, qui avoit charge de ma négociation, pour avoir d'icelluy plus briefve expédition, un demi ducaton 3 4

Payé au soldat pour ses peines et vacations, suivant ce qu'avec luy fut convenu et promis 9 »

Plus, demande ledict Rolaz pour ses peynes , labeurs et vacations , savoir quattre ducattons et demi ou soit ce qu'il plaira aux scindics et messieurs de la cité, à la discrétion et volonté desquels il se remet, et par ce 30 >

Total 103florU8 9 8018.

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C'était cher et aujourd'hui cela parait incroyable. Mais en ce temps de mauvaises récoltes, de guerre et de peste, toutes les denrées étaient montées à un prix exorbitant. Et puis, Rolaz avait réussi dans sa négociation. Les syndics Excoflfon et Bertrand lui payèrent sans difflculté, t sauf poursuitte contre les contribuables en estappe pour le remboursement pour leur quotte. >

Le 2 mai 1598, la paix fut signée à Vervins et nos communes crurent qu'elles allaient enfin pouvoir se relever un peu. Leur ruine était complète.

Voici ce qu'écrivaient, le 7 janvier 1399, au Conseil d'Etat les communes de Fontcouverte, Villarembert et Saint-Pancrace, demandant à être exemptées de la taille :

Lorsque l'ennemi envahit et entra en la province, son armée seroit passée par dessus les dites paroisses et continué tout Tété dès la veille de la feste St Jehan Baptiste jusques aux neiges à passer et repasser, si que les soidards et quantités de vagabonds suivant la dite armée les auroient tellement surprins, pillés et ravagés, qu'ils n'auroient rien pu sauver, auroient perdu tout leur bestail, fruicts et meubles, tellement qu'ils n'auroient comme rien pu recueillr, ni après cultiver et semer. Les plus aisés n'ont plus rien, on trouve dans les maisons des parents et des enfants pleurant pour n'avoir de quoi se lever la faim.

Mais le traité de Vervins n'avait rien statué sur le marquisat de Saluées, qui était la grande affaire de Charles -Emmanuel. La guerre allait recommencer au mois d'août de l'année suivante. Ce n'était pas le moment de supprimer les contributions de guerre ni les passages de troupes.

Goo

Le 10 juillet 1600, noble Pierre La Planche, au nom de Pierre Balthazard de Duin, seigneur de Saint-Michel et gouverneur au fort et château du dit Saint' Michel , fit quittance aux syndics de Saint- Jean de la somme de 28 florins 9 sous de Savoie, due pour les utcnsilles (mobilier et munitions) de ce fort depuis le 31 décembre 1599 jusqu'au 30 juin suivant.

Au commencement du mois d'août, on annonça pour leSlepassage du régimentdu colonel Dacomo, et pour le 10 celui du régiment du colonel Bindi, chargés d'occuper Charbonnières et Chambéry. Il fallut ordonner aux communes de remplir les magasins de Saint-Jean. Pour le vin, elles fournirent 2,178 pots, « desquels, dit le commissaire. M' Boisson, il en restait 646 pots dans le magasin sur l'arrivée de l'armée du Roi de France, et furent prins et emportés par les soldats et daventaige s'il y enheustheu. »

Les frais occasionnés par le passage de ces deux régiments et demeurés à la charge des habitants de Saint-Jean, déduction faite par conséquent des provisions données par ks commissaires de l'étape, sont*évalués dans le compte à la somme de 1,422 florins 2 sous. Le pot de vin est estimé 5 sous ; la ration de deux livres de pain, 4 sous ; la livre de viande, de beurre et de fromage, 2 sous ; la quarte d'avoine,! florin.

En outre, pendant tout ce mois d'août, les communes furent mises en réquisition pour l'approvisionnement du fort de Charbonnières, dont

Humbert du Saix, seigneur d'Aman et de Saint- Denis en Bresse, était gouverneur.

La femme d'Humbert du Saix était de Saint-Jean. C'était Glauda, fille du dernier noble du Pont, Urbain, seigneur de Montarlot, du Villaret et de Myans.

Son beau-frère, François de Tignac et de Bron, veuf de Jeanne du Saix, était gouverneur du fort de Saint-Jean et de la province de Maurienne. Le 25 août, il imposa un subside aux communes de l'étape pour « l'entretien et nourriture des soldards estants dans le fort Saint-Jean, au fort Saint-Jean d'Arve et au clocher de la présente cité. » Mais il exempta de ce subside les habitants de la ville, « attendu les surcharges qu'ils soffrent journellement et que, estants plus proche des dits forts, en cas d'allarme etnécessité urgente pour le service de S. A., ne pouvons recourir aultre part soyt pour la nécessité des hommes que aultre chose necessayre pour ledit fort. »

Le lendemain, il chargea noble Ennemond Martin, de Saint-Golomban des Villards, de lever des soldats et de les lui amener au fort de Saint-Jean.

Si les communes environnantes furent jalouses de l'exemption accordée aux habitants de la ville, elles eurent tort. En ce moment là même, la ville était mise au pillage. Il y a dans les archives communales un cahier de dix-huit feuillets, intitulé « Roolle ou description des denrées, armes, meubles et aultres manières de munitions saisies et retirées par commandement du sieur de Bron, gouverneur du fort de la cité de Maurienne, par les

soldats de sa compagnie tant au dit fort que au

clochier dès le dixième d'aoust jusques à ce

jourd'huy treisième de septembre mil six cents. »

Ce rôle fut vérifié par les communes de l'étape le 14 décembre 1602 et le montant des réclamations allouées, fixé à la somme de 2,901 florins 7 sous 2 quarts, qui fut inscrite au compte de toute l'étape. Les réclamants sont au nombre de 87, parmi lesquels deux nobles, Bernard de La Balme et les héritiers d'Urbain du Pont; mais, pour ceux-ci, les communes s'opposèrent à ce que leurs réclamations fassent mises àla charge de l'étape, parce que, disaient-elles, ne participant pas aux charges des communes, ils n'avaient pas le droit de leur imposer leurs propres pertes.

Le pillage avait été déguisé sous le nom de contribution de puerre urgente. Munis de l'ordre du gouverneur, les soldats s'étaient répandus dans les maisons et avaient enlevé ce qui avait été à leur convenance. Dans le butin décrit par le roole, on trouve principalement de grandes quantités de vin, de pain de froment et de seigle, de farine, de viande, de fromage et de foin. Il y a aussi des peaux de tambour, des plats et des pots d'étain, des draps délits, des chandelles, des cuirasses, des épées, des pruneaux de fillière^ du sucre, de l'huile, de la poudre et des arquebuses, des échelles, du beurre, etc. Une partie de ces provisions avait été déposée dans le clocher pour le service du poste qui y était cantonné.

Notons, pour ôlre justes, que, dans un grand nombre de maisons, le gouverneur et ses officiers,

nobles Jacques de La Bahne et Jean-B^-ançois de

' ^ Bavoz, avait laissé des reconnaissances des objets

•^ qu'ils avaient enlevés ou fait enlever par les soldats.

Le 15 septembre, arrivèrent à Saint-Jean deux t compagnies françaises d'arquebusiers à cheval et

/j autres, pour s'emparer du fort. Elles se logèrent

■' chez les habitants ce jour-là et le lendemain, et

consommèrent les vivres que la garnison y avait • laissés. Les frais de logement et de nourriture des

- soldats et des chevaux, pendant ces deux jours,

furent évalués à4,4U3 florins 7 sous, et mis également au compte de toute Tétape, d'après un règlement qui allouait 4 florins par jour pour un ^naître achevai; 15 sous pour un soldat à pied; 1 llorîn pour un serviteur, une femme^ un mulet; 14 sous i pour un cheval surnuméraire.

Ce corps se composait de 332 maUres d cheval, 339 serviteurs et laquais, 10 soldats à pied» et 110 chevaux et mulets saiis maîtres^ avec quelques pièces de canon,

^ Le poste du clocher fut évacué dès l'approche des Français, et, deux jours après, le fort se rendit avant d'avoir été assiégé en forme. En quelques jourSj Lesdignières fut maître de toute la MauriennCj et il en nomma gouverneur le vicomte de Pasquier.

Les habitants de Saint- Jean d'Arves profitèrent de Toccasion pour piller et démolir la tour de la Genevoise, dont, en temps de guerre, la garnison les vexait et pillait autant qu'elle pouvait, sans jamais arrêter rciiuemi.

Le gouverneur s'empressa de requérir des vivres, des journées d'ouvriers et des botes de transport.

Le 20 septembre, on porte des vivres à Tarmée du roi, qui est à la Chambre. Gréquy saisit des chevaux et les envoie porter da vin en Tarentaise.

Les jours suivants, il faut renouveler l'approvisionnement du fort de Saint-Jean, en pain, vin, fromage, viande, lits, draps et couvertures.

Au mois d'octobre, Lesdignières fait réparer le fort de Charbonnières. L'étape de Saint-Jean doit fournir des vivres, des mulets, cinquante maçons, cent cinquante charpentiers, six sents nonantedeux pionniers, tous munis des outils nécessaires.

Un homme, payé par l'étape, se tient constamment prêt à partir pour porter les ordres et les lettres.

Le 1" novembre, le commandant de Charbonnières, Lemal, envoie un trompette et un sergent signifier aux syndics de Saint-Jean que, s'ils n'apportent pas immédiatement les 110 ducatons (1) et les deux mules qu'ils doivent au capitaine de Morges, ils recevront cent arquebusiers.

Le 29 du même mois, le capitaine Luthon, qui dirige les travaux de fortification de Charbonnières, veut bien prêter quatre écus de roi à Laurent Bertrand, de Saint-Jean, pour achepter des vivres aus pionniers.

Le 9 janvier, les syndics de Saint-Jean versent entre les mains du vicomte de Pasquier la somme de 25 écus de roi, à 60 sous pièce, soit de 187 florins

(1) Le ducaton valait 6 florins et demi.

(î sous, à compte du quartier du 1" septembre au 31 décembre pour Tentretien de ses soldats.

Enfin la paix fut signée à Lyon le 17 janvier. Charles-Emmanuel garda le marquisat de Saluées et Henri IV, la Bresse et le Bugey.

Au mois de mars, les troupes françaises n'avaient pas encore entièrement évacué la vallée de Maurienne et leur entretien était toujours à la charge des étapes. Quand elles furent parties, les communes nommèrent des commissaires pour recevoir les réclamations des particuliers et régler les comptes respectifs. Ce fut une rude besogne, qui ne se put faire sans plaintes, chicanes et procès, et qui ne fut terminée qu'en 1604.

Une petite histoire pour terminer ce chapitre. En 1598, après la reprise de Saint-Jean par Charles-Emmanuel, les soldats du fort voulurent faire une expédition, une picorée, en Dauphiné. Il s'adjoignirent un certain nombre d'habitants de Valloires, de Montrond, des Albiez, des Arves et de Fontcouverte, et allèrent piller la Grave.

Après la conclusion de la paix, cette commune adressa une supplique à Lesdiguières, pour qu'il obtint réparation du dommage. L'avoué était bien choisi ; il gagna vite le procès à Saint-Jean et les communes payèrent, nous ne savons quelle somme. Mais ensuite il y eut procès entre elles.

— Nous avons été tous ensemble à la picorée, disaient les gens de Valloires et de Fontcouverte.

— C'est faux 1 répondaient ceux des Arves et de Montrond ; si quelques-uns de nous y sont allés, ils ont été entraînés par les soldats et ils n'ont eu

aucune part du butin. Ce qui le prouve, c'est : 1* que le partage s'est fait à Saint- Jean ; 2* que, si nous avions voulu picorer, nous nous serions joints à la garnison du fort d'Arves, qui est allée d'un autre côté. Donc, remboursez-nous ce que nous avons été contraints de payer.

Quant aux soldats, il n'en était pas question dans le procès : c'était leur droit de picorer sur les terres de l'ennemi.

Gomment se termina le procès entre les communes, nos papiers ne le disent pas.

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