‹ Saint-Jean de Maurienne au XVIe siècleChapitre 28 sur 36 · CHAPITRE XXY La Peste (1564 et · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXY La Peste (1564 et

La seconde moitié du xvi* siècle fut, pour la ville de Saint-Jean, une époque vraiment désastreuse. Aux passages des troupes étrangères, aux lourdes charges de la guerre et de l'invasion se joignent les mauvaises récoltes presque continuelles et les ravages fréquents de la peste. Cependant, parmi toutes ces épreuves, la population, il faut le dire à son honneur, fait preuve, généralement, d'un calme et d'un courage admirables, dont il faut chercher la raison dans le double esprit qui l'anime, l'esprit profondément religieux et l'esprit non moins profondément communal ; elle reste soumise à l'autorité, attachée à ses usages, jalouse de ses droits et privilèges, toujours prête, disons -le aussi, à reprendre ses luttes de classes, qui n'empêchent pas l'union en face de l'ennemi commun et qui sont comme le cachet du temps. De leur côté, le vicaire général Jacques Rapin, son frère Pierre, corrier, les syndics et plusieurs conseillers montrent une prudence, une fermeté, un dévouement dont les registres fournissent des témoignages éclatants.

Diverses causes contribuèrentà engendrer le fléau

If

auquel nos documents donnent le nom decontagion.

Les principales furent : le passage de troupes venant

de pays où régnait la contagion et laissant leurs

logements dans un état d'effroyable saleté ; le grand

nombre de pauvres qu'attiraient, non seulement de

tout le diocèse, mais encore du Dauphiné et de la

Tarentaise, les aumônes générales que Tévôque

était obligé de distribuer et dont la ville, attachée

aux antiques coutumes, ne voulut jamais lui per-

^j^ mettre de changer le mode de distribution; le peu

f de largeur des rués tortueuses, où le soleil ne péné-

;• trait pas, où l'air ne se renouvelait que difficilement,

J, et où les boues et les immondices s'accumulaient

r dans les angles, les fondrières des pavés et les

replis, malgré la vigilance et les ordres sévères des

autorités judiciaires et communales.

Quant au nombre des victimes emportées dans

* chacune des invasions du fléau, il est inconnu, les registres de décès n'existant pas à cette époque ou

• n'ayant pas été conservés.

Nous allons suivre pas à pas les registres des délibérations des conseils.

Les premières mesures de précaution dont ils fassent mention sont du 15 avril 1545. On a appris que la peste fait des ravages dans les contrées qui avoisinent la Maurienne. C'est pourquoi les syndics du tiers-état, André Perret et Guillaume Moulin, et quinze bourgeois s'assemblent dans le palais épiscopal, en présence du vicaire général, de spectable Jacques de Passier, juge-corrier, de Jean des Gostes, procureur fiscal, et de spectable Glaude de Morel. On décide que les syndics prendront les

mesures nécessaires contre Tinvasion de la peste, selon la coutume et les facultés de chacun, le fort aidant le faible; et que la garde du pont d'Arvan sera confiée à Vincent Barbier, celle de la Réclusière à François Grept, si ces choix sont agréés par la noblesse.

Dans une séance du 24 août, aussi tenue à révéché sous la présidence de François Bonnivard, vicaire général, et où figurent, entre autres, Louis du Pont, syndic de la noblesse, Pierre Testut, syndic récemment élu pour le tiers-état, et les nobles dont les noms suivent : Barjact d'Arves, Amédée du Pont, Georges Truchet, Antoine Ghaudet et Pierre d'Arvcs; le conseil décide que la foire de la Décollation de saint Jean-Baptiste aura lieu comme à l'ordinaire, avec les restrictions suivantes : l'entrée de la ville est interdite aux marchandises venant de lieux suspects, aux petits marchands qui portent leurs marchandises sur le dos, aux gens de Genève, de Talioires, de Faverges, de Thône, de Manigod, de Moûtiers et de tout autre lieu suspect ; les toiles, de quelque espèce qu'elles soient, ne seront pas non plus admises; ceux qui ont en dépôt chez eux, dans laville, des marchandises quelconques depuis la foire de la Nativité de saint Jean-Baptiste, devront les emporter hors de la ville, sous peine de bannissement pendant six semaines et de 50 livres fortes d'amende. Claude Manipod, de Saint-Jean, et Pierre Dunoir {de Nigvo)^ de Saint-Michel, qui sont allés à Genève, sont bannis de laville pendant quarante jours. Pour plus grande sûreté, on mettra

quatre gardes au pont d'Hermillon, et autant à celui de Villard-Clément.

La ville fut épargnée, et, pendant dix-neuf ans, aucune mesure de précaution n'est relatée dans les délibérations des conseils, que nous avons pu trouver.

La peste éclata en 1564, très probablement [au mois de septembre, puisqu'au mois d'août le duc Emmanuel-Philibert s'arrêta à Saint- Jean pour prendre possession du canonicat qui appartenait aux princes de Savoie.

Le 30 novembre, le conseil étant réuni au logis des Trois-Rois, on donne lecture de l'état des dépenses faites pour les pestiférés.

Pierre Duverney, fermier des moulins des héritit3rs de demoiselle Philiberte Truchet, est autorisé à moudre pour toutes les personnes non suspectes de la peste et à venir prendre du blé en ville, à condition qu'il n'entrera pas au moulin des Prés et qu'il ne conduira aucune bête infecte.

Jacques Chaix demande V élargissement de sa famille et de son bétail, qui ont été serrés à cause du décès de sa femme, de sa fille et de son domestique. On lui fera réponse dans quinze jours.

2 décembre. La ville s'engage à payer 100 florins à François Mollard pour les services qu'il a rendus aux pestiférés pendant la durée du fléau, et à lui rembourser les dépenses qu'il a faites; mais il sera séquestré pendant quarante jours et il se tiendra dans le lieu qui lui sera désigné.

Toutes maisons ayants esté infectes et suspectes de paulladie contagieuse seront approvées par ceulx à qui

Goo

^■ta

appcrtiennent ou bien par aultres personnes à leurs despens, par le temps de 40 jours comptables dès le jour qu'ils y entreront, et dès le dict jour demeureront dans icelles maisons serrés durant les dicts 40 jours, comme Ton a faict aux aultres qui desja sont entrés en leurs maisons, à cette fin que faulte d'estre les dictes maisons bien et deuement nettoyées et approvées n'advienne aucung dangier et scandalle aux manants et habitants de dicte cité et aultres. — Approbo (j'approuve) comme bien nécessaire et raisonnable le dernier article et sera publié à peyne de 100 livres contre ceux qui contrabviendront aplicables moytié aux seigneurs et moytié aux povres de la cité. Faict ce 4 décembre 1564. Pierre Rapin corrier.

Lundi, 11 décembre. « Est permis à Bonne fillie de Pierre Mollaret et à Gécillie fille de Jean Dedux d'aller faire leur cabanne sur la vigne et hermoz d'Anthoine Bissière sus Nostre Dame de Bonnes Nouvelles. »

17 décembre . Jeannette Reyraond , Eynarde Pomar, Pierre de Beaumont, chirurgien, Jacques Ghaix (Chessi), Jean -Jacques Gornuti , Glaude Bernard et Antoine Gartier, ayant achevé leur quarantaine, sont autorisés à sortir de leurs maisons, dans lesquelles ils avaient été enfermés, à la condition qu'ils changeront de vêtements. Onze personnes sont mortes de la peste dans ces sept maisons.

28 décembre. Le conseil alloue 10 gros par jour, payables par les héritiers de ceux qui sont morts de la peste, à Jean Dedin qui a été chargé de la garde et du nettoiement de leurs maisons et de leurs meubles. Pierre Blars fera le recouvrement de ceç

sommes, dont le total s'élève à 37 écas de 5 florins. La garde et le nettoyage avaient donc occupé deux cent vingt-deux journées.

La maladie avait alors, sinon complètement disparu, du moins subi une diminution pleine d'espérances. Les chaleurs du printemps la développèrent de nouveau avec une intensité effrayante.

27 avril 1565. Le conseil, assemblé auprès de la chapelle Sainte-Catherine, entre la cathédrale et Sainte-Marie, décide que l'on paiera 50 florins de Savoie à Jean Borrel pour le dommage qui lui a été causé, Tannée précédente, par la construction des cabanes dans sa propriété du Glapey. Pour l'avenir, s'il est nécessaire d'en construire de nouveau, les malades solvables paieront leurpartdes dommages. Cette décision sera publiée dans le Conseil général qui aura lieu le dimanche 29 du même mois dans l'église Sainte-Marie, « auquel assistera chesque chief d'ostel (maison), à peine de 5 sous contre chescung deffaillant, applicables aux povres des ospitaulx de la présente cité. »

Jean Pierre Séchai, Pierre Dufour, sa femme et le fils de Bard, qu'avoient esté serrés par soupçon de contagion seront eslargis. Pierre Strach et sa famille, resserrés en la maison de feu Aymé Gussould, pourront aller, si bon leur semble, avec sa belle-mère à son grangeage estant prés le grand pré dii seigneur évesque, accompagnés et conduicts par gents députés par les scindicqs.

Le Conseil général se réunit au jour et au lieu indiqués. Il statue que Ton choisira un lieu séparé pour la sépulture des pestiférés, qu'on le fera bénir et clore, et que les règlements, faits Tannée précé-

dente et approuvés par le Sénat, seront remis en vigueur.

Jacques Canal, apothicaire, enfermé avec François Ducrest, à cause du décès de sa femme, pourra, après trois semaines de séquestration, c rentrer dans sa maison et bothique sans qu'il luy soit permis manier aucungs ungents ny aultres médicaments , ains les fera délivrer aux requérants par aultre que luy et ne sortira de ses dictes maison et bothique jusques à ce que luy soit permis. »

Il est, en outre, ordonné : 1° que les nettoyeurs des maisons porteront hors de la ville et brûleront les meubles des maisons des pestiférés; 2* que Ton fera tuer ou que Ton tiendra enfermés tous les chiens et les chats.

Enfin, comme le Conseil général ne peut prévoir toutes les mesures que les circonstances rendraient nécessaires, ni se réunir souvent en ce temps de contagion, il nomme, dans chaque rue, des commissaires, auxquels il donne plein pouvoir de faire toutes les ordonnances qu'ils jugeront convenables; deux sont élus par la noblesse, et neuf par la bourgeoisie.

La peste éclate dans tous les quartiers de la ville à la fois. Le vicaire général, le corrier, les syndics, les commissaires redoublent de zèle et de dévouement. Ils sont seuls ; car il n'y a presque plus personne qui puisse ou qui ose se rendre aux assemblées du Conseil général, d'ailleurs rarement convoquées, d'abord à Notre-Dame, puis sur la place publique de l'Officialité, plus tard dans les champs. Les mesures de précautions et de police

les plus sévères, les plus draconiennes, deviennent nécessaires, non seulement à cause de la gravité de la situation, mais aussi à cause des préjugés du temps; et, si les administrateurs hésitent à les prendre, les cris de la population affolée les y contraignent. Sauf de très rares et inévitables exceptions, ils peuvent compter sur l'obéissance de tous; ou ne leur demande que des ordres. On verra la circulation dans les rues interdite pendant la nuit, les suspects de peste enfermés chez eux ou emportés au Clapey, les portes des maisons clouées ou scellées des armes de la ville, les vêtements et le linge brûlés. On verra les nettoyeurs, les fameux mo7iati d'Italie, et aussi les empoisonneurs, les imtori qui, pendant la nuit, engraissent les portes des habitations. Il semble, quand on lit ces délibérations effrayantes dans leurlaconisme, ces procès-verbaux dans lesquels, après la date et trois ou quatre noms, le secrétaire n'a rien pu écrire, faute de délibérants, qu'on est à Milan pendant cette terrible année 1630, si merveilleusement décrite par Manzoni.

Le 1*' mai, messire Jacques Rapin et neuf conseillers, assemblés dans l'église paroissiale, rendent les ordonnances suivantes : 1** défense aux nettoyeurs des maisons suspectes de circuler dans la ville, chargés de bagages ou autrement, sans être accompagnés de Jean Dedin, leur surveillant; 2° injonction aux femmes des deux nettoyeurs de rester avec leurs maris ou de s'enfermer pendant quarante jours ; 3** toute personne contaminée de peste, ou d'autre maladie contagieuse, recevra l'ordre de sortir immédiatement de sa maison et de se retirer à l'écart ;

4* chaque soir, cinq hommes feront la patrouille dans toute la ville; les clefs des cinq portes leur seront remises; ils empêcheront les gens suspects et enfermés de parcourir les rues pour prendre de Feau aux fontaines et vaquer àleurs affaires. Justice sera faite sur-le-champ des vagabonds et des contrevenants aux règlements édictés. Quelle justice? Le conseil ne détermine rien ; le corrier prononcera, sur le rapport de la patrouille qui, en cas de résistance, est autorisée à faire usage de ses armes.

On ne prévoit pas qu'il puisse y avoir d'autres maladies que la peste, et la moindre délation suffit pour qu'une famille soit suspecte, enfermée ou envoyée dans les cabanes du Glapey, ou dans quelque réduit hors de la ville, si elle le préfère.

Du 3 mai au 22 juin, les registres sont muets : la terreur est à son comble. Ce jour-là le vicaire général, le corrier, le procureur fiscal de l'évêché, les syndics et les commissaires se rendent à la maison de ville, il y a d'importantes mesures à prendre: le secrétaire, Jean Marquet, toujours à son poste, écrit les noms ; mais il s'arrête là, tout le monde est parti. Le lendemain, nouvelle assemblée sur la place de l'Officialité ; on convoque tous les chefs de maison non suspects pour le 24, à midi, dans le verger de Pierre Rapin. Il s'agit d'élire un syndic du tiers-état et de traiter des affaires de la ville. Ceux qui ne se rendront pas seront passibles d'une amende de 25 sous, au profit des pauvres. L'assemblée n'a pas lieu.

Gependantles syndics ont été obligés de chercher des nettoyeurs à l'étranger et, le 30 juin, ils font avec eux la convention suivante :

Comme il auroit pieu à Dieu nous visiter et affliger de maladie contagieuse de peste advenue et non esteinte en la présente cité Sainct Jean de Maurienne en Tan présent soubescript , de laquelle plusieurs personnes seroint décédées et à cause de la dicte contagion leurs maisons rendues inhabitables, ayants sur ce messieurs les scindics de la dicte cité participé conseil avec messieurs de justice et magistrats et les trois estats de la cité sus dicte et délibéré que Ton feroit faire le nettoyement des dictes maisons le plus briefvement que seroit possible, à cette fin que la dicte maladie ne poUule davantage par faulte du dict nettoyement et des meubles que d'icelles maisons pourroint estre prins et desrobbés. Pour à quoy obvier et à Taide de Dieu la dicte cité et habitants d'icelle à Tadvenir préserver, auroint prié et requis noble Gabriel Ambrois, seigneur du chastel de la ville Sainct Michel, luy pleust s'enquérir s'il treuveroii gents ydoines et cappables pour le faict du dict nettoyement, de ceulx qui ont nettoyé, tant au lieu de Bardonenche que aultre part du Dauphiné où la dicte contagion auroit esté en Tan dernier passé.

Ayant accepté la charge de ce faire, ce jourd'huy so^jbescript, par devant noble Pierre Rapin courrier et juge commun de la cité et ressort d'icelle, assistants et pour cest eflfect assemblés révérends seigneurs messire Henry Boleri (Bollier), Guillaume Mareschal, chanoines commis et faisants pour messieurs d'esglise et premier estât dicte cité, maistre Anthoine Baptendier, docteur es droits, maistre Anthoine Bibal, docteur en médecine, noble Jacques Portier, faisant en cest endroîct pour et au nom de noble Loys des Costes, scindic des gentilhommes et second estât icy absent, noble Jacques des Costes et Pierre de la Balme faisants pour les aultres absents du dict second estât , maistre Jean Bruend et honneste François Ducrest, scindics des bourgeois et tiers estât

dicte cité, avec raaistres Mathieu Dapvrieulx , Pierre Falcoz, Jean Mestrallet praticiens, honnestes Joflfrey Crinel, François de la Croix, Hiéronime Giroult, Urbain Boson, Nicolas Julliar, Martin Ulliel. Jean Dedin, Claude Perret, Amed Vallet, Jean Pierre Séchai, Jean fils de feu Pierre Rossât et Viflfrey Coste des conseillers et bourgeois dicte cité, le susnommé noble Gabriel Ambrois auroit faict venir et présenté à la dicte assemblée Françoy Roux de Bardonenche qui auroit servy et nettoyé au lieu de Mylaures (1) et Jean Roux natif d'Aours (2) habitant à Chôment qui pareillement auroit nettoyé à la paroisse de Jallion près Suze, et après avoir ouy le rapport du dict noble Gabriel des Ambrois, ensemble d'honneste Françoys Gelasse conseiller du dict Chôment sur la preudhommie et expérience des dicts Jean et François Roux et bonne dilligence par eulx respectivement faicte ausdictes paroisses où la dicte contagion seroit advenue et grâce à Dieu cessée, ont iceulx Jean et François Roux icy présents retenu et accepté pour le faict du dict nettoyement des maisons infectes de contagion a la dicte cité et de ce faire en ont prins charge aux pactes, conditions, astrictions, pris et salaires cy après déclairées et respectivement accordées. Premier. Les dicts maistres Jean et Françoys Roux et chescung d'eux pour son esgard seront tenus, ainsi qu'ils ont promis et juré par leur foy et serment soubescripts et soubs obligation et soubmission de leurs personnes et de tous et d'un chescung d'iceulx leurs biens présents et advenir à toutes cours, bien, fidèlement et en toute diligence curer et nettoyer les dictes maisons membre par membre et y faire les parfuns et lavements requis et nécessaires, tellement que l'on y puisse demeurer et con-

(1) Millaures, commune au-dessus de Bardonnêche.

(2) Oulx,

verser en seureté et sans danger, et les meubles d'icolles maisons laver et nettoyer de sorte que Ton s'en puisse servir et aider. Item les dicts maistres nettoyeurs seront pareillement tenus et abstreings, suyvant leur savoir et industrie, percer les playes de ceulx qui seront atteings et détenus de la dicte contagion, et aussi mettre en sépulture les morants d'icelle maladie et faire et accomplir le tout ce que dessus et déclairé tant dans que dehors la dicte cité là où leur sera dict et commandé par les dicts estats et scindics à quel temps et heure que ce soit dès incontinent que leur sera signiffié sans aucungs reïïns ou delay, et ce pendant et jusques à ce que la dicte contagion soit (aydant Dieu) esteinte et du tout cessée à la dicte cité, le tout sans en abuser ny commettre aucung maléfice.

Et pour ce faire et accomplir, les susnommés révérends seigneurs Henry Boleri et Guillaume Mareschal, commis et faisants pour le clergé et messieurs d'esglise et premier estât dicte cité, noble Jacques Portier pour le dict noble Loys des Gestes, en présence et par consentement des siisdîcts de la noblesse et second estât, maistre Jean Bruend et François Ducrest scindics, du consentement aussi des susnommés par les conseillers du dict tiersestat, et chescung d'iceulx commis et scindics faisants pour les dicts trois estats comme le peult toucher et appartenir, ont semblablement promis et juré soubs obligation et soubmission des biens communs ausdicts estats, payer et délivrer en paix et sans procès, toutes excep" tions cessantes, ausdicts Jean et Françoys Roux, maistres nettoyeurs, pour leurs services, salaire et vacations que leur conviendra faire et supporter pour raison et à cause du dict nettoyement des maisons, lavement des meubles, cure des playes, sépulture des décédants de la dicte maladie et de tout ce qu'en dépend, scavoir au dict maistre Jean Roux la somme de cent escus à la value

de cinq florins de Savoye pièce, et au dict maistre Françoys Roux quarante-six escus à la mesme value que dessus, pris apprécié et convenu respectivement avec aulx, payables à chacung d'iceulx à la forme sus declairée, scavoir au dict Jean Roux la tierce partie d'iceulx cent escus à luy pri)mis avant qu'entrer à la dicte cité et mettre main à l'œuvre, et le résidu d'iceulx cent escus à luy appartenants, ensemble les dicts quarante six escus pour la quotte appartenant au dict Françoys Roux ensemble et en une foys dès incontinent apprès que le dict nettoyement sera bien et deuement faict et parachevé, à peine de tous despens et interests.

Et oultre les dictes sommes sus respectivement promises et convenues, iceulx des trois estats seront tenus, ainsique les susnommés ont promis et convenu ausdicts maistres nettoyeurs présents et acceptants comme dessus, tant pendant le dict nettoyement que durant leur quarantaine, laquelle ils feront en lieu séparé après le dict nettoyement, tel que sera advisé par les dicts estats, leur ministrer ou faire ministrer vivres, mirre, encens, savon et aultres choses requises et nécessaires au dict nettoyement, et au surplus leur fournir et changer d'accoustrements et solliers neufs, tellement qu'apprès avoir deuement parachevé leur dicte quarantaine, ils et chacung d'eulx puisse aller et venir, commercer et trafliquer où bon leur semblera, comme ceulx qui sont en liberté peulvent faire, sans que les dicts nettoyeurs ny aulcung d'iceulx soit tenu frayer ny fournir aucune chose du leur quelle'qu'elle soit, sinon et tant seulement le service de leurs personnes.

Et pour mieulx attendre et observer les choses cy dessus par les dicts maistres nettoyeurs promises et convenues et à leur requeste, se sont présentés et constitués cautions envers les dicts estats, scavoir pour le dict Jean Roux le susnommé Françoys Gelasse, con-

seiller du dict lieu de Chomont, et pour ledict Françoys Roux honneste Jean Layman de la paroisse Sainct Jullien près de la dicte cité, icy présents, lesquels et chacung d'eulx ont prorais, juré et obligé tous leurs biens faire observer et accomplir tout ce qu'a esté cy dessus par iceulx nettoyeurs promis et convenu ausdicts estats, et qu'ils n'absenteront la ville que préalablement le tout soit et deuement faict, parachevé et accomply.

Et ainsi qu'est cy dessus convenu les susdictes parties et chacune d'elles comme le concerne l'ont promis et convenu par foy et serment respectivement preste sur les sainctes escriptures de Dieu es mains du dict seigneur courrier soubs mesmes obligations que dessus....

De quoy le dict seigneur courrier a commandé estre faict et octroyé par le notaire ducal et secrétaire de la polithicque icy soubsigné contract public au prouffict de qui appertiendra à l'advenir. Faict et passé à la dicte cité de Sainct Jean de Maurienne au pied du petit pré du reverendissime seigneur évesque de Maurienne, présents Pierre Delesglise, parroisse de Villarembert, et Sorlin Bonet d'Albiez le Vieux, tesmoins à ce requis, ce dernier jour du mois de juin an mil cinq cents soixante cinq. Et moy Jean Marquet, secrétaire de la cité susdicte et notaire ducal, recepvant requis soubsigné.

Cette convention donne une indication de la nature de la maladie. C'était une plaie qu'il fallait percer ou couper, comme il est dit ailleurs; probablement quelque chose comme les bubons dont parle Manzoni. Il paraît que la ville manquait de médecins, puisque les nettoyeurs sont chargés de faire cette opération.

Le 5 juillet, le Conseil prit une délibération bien touchante. La peste avait augmenté au-delà dç

toute mesure le nombre des pauvres. Qui pouvait songer à faire travailler, au milieu de Taffolement de la terreur, quand chacun se disait continuellement que, tout-à-l'heure peut-être, frappé par la maladie terrible, il allait expirer après quelques heures de tortures, ou être emporté, loin de sa famille épouvantée, dans les cabanes du Glapey? De ces pauvres, les uns étaient en cabanes; les autres rôdaient désœuvrés, affamés et désespérés dans les rues silencieuses de la ville. Il fallait procurer des vivres à cette foule, où les bien portants étaient presque aussi malheureux que ceux qui attendaient, sur leur grabat isolé, la mort ou une longue convalescence.

Pierre Roi, des Plans, avait ordonné à sa fille unique, encore mineure, de distribuer, en aumône générale, 10 setiers de seigle et 10 setiers de vin. On invita le tuteur à verser cette aumône pour les pauvres, sauf à la restituer, aux frais de la ville, s'il venait à être contraint de suivre à la lettre les volontés du défunt, et l'on chargea deux commissaires de faire la distribution, tant aux pauvres valides qu'aux pestiférés. Mais c'était une ressource bien insuffisante pour tant de misères. Les députés du clergé offrirent aussitôt 11 florins; d'autres personnes les imitèrent. De plus, comme plusieurs familles aisées avaient déjà pris des pauvres chez elles, on dressa un rôle des indigents qui restaient encore et on les distribua entre tous ceux qui pouvaient les recevoir, sans distinction de prêtres, de nobles et de bourgeois, à commencer par les membres des trois états, présents au Conseil.

Dans cette assemblée du 5 juillet, une contestation s'éleva entre le clergé et les deux autres ordres. Le tour du premier de monter la garde aux portes de la ville était venu : il s'y refusa à cause des devoirs de son ministère. Des protestations éclatèrent de toutes parts. Enfin le vicaire général apaisa le tumulte, en faisant comprendre aux nobles et aux bourgeois que, si la garde des portes était nécessaire, la visite et l'administration spirituelle des malades Tétaient bien davantage et qu'il était de l'intérêt de tous de laisser les prêtres, plus chargés et plus exposés que les autres, y vaquer uniquement. Nous ne demandons, dit-il, aucun autre privilège que celui de rester au poste le plus dangereux et auquel vous ne pouvez pas nous remplacer.

L'aumône générale dont il a été question, était une distribution faite à toutes familles de la communauté, en signe de bonne amitié. Il paraît que le détournement fait par le Conseil général ne plut pas à tout le monde ; c'était toucher à une coutume I Dans une séance du 12 août, les procureurs fiscaux, les syndics et le procureur des pauvres présentèrent une requête contre Balthazarde, fille de Pierre Roi. L'objet n'en est pas indiqué, et l'on ne sait pas positivement si la distribution ordonnée était considérée comme ne satisfaisant pas aux intentions du défunt, ou si même elle n'avait pas été faite.

Il faut dire un mot de ce bon Pierre Roi. Il était membre du Conseil des syndics et très exact à se rendre aux assemblées. Emporté par la peste, il fut enterr-' près de sa maison, à côté d'un oratoire qu il avait fait bâtir, et l'on mit sur sa tombe une pierre avec cette inscription :

IGY GIT RENVERSÉ EN TERRE PIERRE ROL BOURGEOYS DE SAINT JEAN LEQUEL FONDA CE ORATOYRE SA MORT DE PESTE PRÉVOYANT.

VOUS QUI PAR GY ESTES PASSANT SOUVENEZ-VOUS DU TRÈS PASSÉ DISANT POUR LUY DEVOTEMENT UN REQUIESCAT IN PAGE.

Cette pierre appartient maintenant à la Société d'histoire et d'archéologie. L'oratoire n'existe plus, mais il y a une petite niche avec une statue dans le mur de la maison qui appartint à Pierre Roi, à gauche du chemin qui conduit à Villargondran.

Le 8 juillet 1565, les syndics du tiers-état, Jean Bruend et François Delacroix, donnent quittance au chanoine Henry Bollier de la somme de 10 florins qu'il a payée aux 7iettoyeurs de maisons et de celle de 30 florins qu'il avait versée précédemment pour le faict de contagion. L'acte est passé dans le cimetière, devant la maison des héritiers de M. de Passier (1).

Le 17 du même mois, réunion du Conseil général sur le pré de damoiselle Yolande d^Avrieux : sont présents le corrier, le procureur fiscal, les trois syndics et quarante-six chefs de famille. La séance dut être longue, si l'on en juge parle nombre des affaires que le Conseil eut à régler.

Pierre Rapin, obligé par sa charge de corrier de faire de fréquentes absences, déclare qu'il a choisi Mathieu d'Avrieux, praticien, pour son lieutenant.

(i) Maison Sambuis, à côté de Tévêché.

p - 5iâ —

Celui-ci raconte que Tavant-veille fut ointe et en- ]■ fjressée la grande porte de sa maison, et qu'il Ta vu

3;^ en y entrant avec M* Pierre Lambert et M' Antoine

:'•- Brunet. On voit que les préjugés populaires sur

il les engraisseurs avaient passés le Mont-Genis et

y trouvé place même dans les meilleures têtes. Du

^; reste, ces préjugés n'existaient pas seulement à

^-î Saint-Jean. Il y eut en d'autres parties de la Savoie

de prétendus empoisonneurs exécutés par cruel supplice, et, le 30 août 1577, le Sénat rendit un arrêt qui condamnait les engraisseurs de peste à la torture et au bûcher, et permettait aux gardes des villes d arquebuser et tuer, après trois sommations, les individus suspects qui fuiraient à leur appel (1).

Les syndics font un rapport, duquel il résulte que les ordonnances relatives à la séquestration des personnes soupçonnées d'être atteintes de la peste, rencontraient parfois de vives résistances. Ils racontent que, se trouvant à la pointe du hom^g, ils ont chargé Jean-Pierre Fornier de transmettre a Claude Sestier, son beau-frère, l'ordre de quitter sa maison et d'aller en cabane, à cause du 50wpi^on de sa fille; que Fornier s'est mis en colère et a répondu que Sestier et sa femme sont chez lui, qu'ils y resteront et qu'au besoin il a des armes pour les défendre. Fornier est immédiatement arrêté et incarcéré à la correrie.

Un étranger, nommé Michel Gardet, contrarié par le guet, a injurié et battu Jean-Pierre Séchai, UQ des commissaires nommés par le corrier et par les syndics. Pierre Rapin prononce contre lui la

(1) Histoire du Sénat de Savoie, t. I, p. 437.

sentence suivante, qui est exécutée séance tenante : € ayant esgard au temps où nous sommes constitués et que la cité est en dangier de tomber en ruyne, nous l'avons condamné et condamnons présentement, le Conseil de la ville assemblé, se mettre à genoux et teste nue crier marcy à Dieu, à justice et aux habitants de la ville de l'excès par luy commis, et outre ce envers les pauvres pestifférés, attendu sa pauvreté, à l'amende de cinquante soûls, frais et despens de justice, sauf au dict Séchai ses dommages et intérests civils et aussi au dict Gardet et procureurs fiscaulx leurs actions contre le dict Séchai, et tiendra prison le dict Gardet jusques à payement. — A faict amende honorable jouxte et suyvant la forme contenue à la dicte sentence au chemin public à l'endroit du pré des heretiers de noble Jacques Sauvage et de damoiselle Yolland Dapvrieulx ce 17 juillet 1565. » Ce chemin public est celui de la Réclusière.

Deux individus qui ont menacé de chasser les nettoyeurs à coups de pierres, s'ils s'avisent de vouloir occuper la maison que les syndics leur ont désignée pour logement, sont aussi condamnés à une amende de 50 sous et à la prison jusqu'à ce qu'ils l'aient payée.

Le Conseil rend plusieurs ordonnances : défense de laisser sortir les enfants dans les rues ; défense de sortir et même de remuer le fumier des maisons dans lesquelles il y a des cas de peste; ordre aux personnes séquestrées de se retirer hors de la ville, où elles voudront, et de se tenir enfermées dans des cabanes ; ordre à plusieurs malades de se con-

fîner au Clapey dans un endroit qui leur sera indiq n.

Enfin, on fait souscrire àplusieurs personnes des billets en faveur des trois états^ pour le nettoiement des maisons infectées. Michel Brun, muletier, paiera trois écus et demi pour la maison de Jean- François Cornu ; il nourrira les nettoyeurs et fournira la myrrhe et Teucens» François Châtelain, pour la maison des enfants de Simon Pichoud, paiera aussi trois écus et demi. Mermet Arnaud, mercier, pour celle de son frère Roland, paiera cinq écus; François Gharpin, barbier, pour celles de François Savoud et de Colette Augerte, six écus; noble Pierre de La Balme, pour la maison de sa sœur Pe mette, veuve de M* Laurent Boudrey et décédée, ainsi que sa petite-fille, seize écus.

Le secrétaire a soin de marquer qu'il écrit dans le chemin public.

Une délibération du 20 juillet dit que la contagion a presque disparu* Néanmoins, on prend encore quelques mesures de précaution.

Le grand vicaire Jacques Rapin déclare qtie le clergé est prêt à fournir des hommes ou de T argent pour la garde de la ville. En conséquence, le Conseil décide que cette garde sera faite par les trois états sans distinction, en épargnant les pauvres autant que possible.

Ceux qui ont soigné les malades dans les cabanes

seront amenés en ville pour faire leur quarantaine.

François MoUard, qui seul visitait etcouppaii les

malades, étant en ce moment séquestré, on pro*

posera à Pierre de Beaumont, chirurgien, de se

charger de ce service, moyennant un salaire convenable.

Les habitants de la ville, qui s'en sont éloignés, peuvent y rentrer, pourvu qu'ils produisent un certificat constatant qu'ils n'ont été dans aucun lieu infecté. L'entrée est interdite aux gens des paroisses suspectes.

Personne ne donnant rien aux quatre nettoyeurs, on fera payer aux propriétaires des maisons nettoyées la somme nécessaire pour leur fournir des vivres.

Le dimanche 29 juillet, le Conseil général tient une séance dans l'église Notre-Dame.

Ceux qui, devant être séquestrés, ne veulent pas que leurs meubles soient plus tard purifiés par les nettoyeurs, ont la faculté de les retirer dans quelques chambres et l'on apposera sur les serrures le sceau delà justice ou celui de la ville, pour qu'ils ne puissent entrer dans ces chambres pendant leur séquestration.

L'entrée de la ville est interdite aux habitants des paroisses de Fontcouverte, Jarrier et Saint-Pancrace, où la contagion s'est déclarée, quand môme ils seraient pourvus d'un bulletin de santé.

La femme et la fille de Martin Ulliel, apothicaire, sont élargies, à la condition de ne pas aller à leur maison des Rossières, sous peine de faire une seconde quarantaine.

M* Jean-Jacques Cornuti fera répreuve de sa maison récemment nettoyée et y restera enfermé pendant quarante jours. Sa belle-mère pourra faire sa quarantaine dans sa maison en ville, ou dan^

une cabane près de son verger, et elle ne se mêlera pas au peuple avant d'avoir changé de vêtements : sa maison du Paradis restera fermée jusqu*à ce qu'elle ait été nettoyée.

Le 31 juillet, Jean Dedux, serviteur de la ville, fait défense au même Cornuti, dont la domestique vient d'être conduite en cabane, de sortir de sa maison pendant six semaines et même d'en ouvrir les portes et les fenêtres donnant sur la rue, sous peine de 25 livres d'amende pour chaque fois.

Le 1" août, noble François de La Balme, de Saint-Michel, reçoit ordre de payer 20 Horins pour faire nettoyer la maison de sa femme, Claudine d'Arves, infectée par le décès de Vincent Gravier et de sa femme.

Le sceau de la ville est apposé sur la porte d'une boutique et d'une chambre, et sur un certain nombre d'armoires. Plusieurs personnes sont séquestrées, d'autres sont mises en liberté.

Les habitants de Saint-Pancrace et de Jarrier sont autorisés à faire moudre leur blé dans le moulin des héritiers de M. le collatéral de Collo, interdit aux habitants de la ville. Ceux de Saint- Pancrace obtiennent, le a août, la permission de le porter au moulin du milieu, « ayant bonne bollette de la main de noble Hippolyte Varnier, sellé de ses armoiries et sera loisible aux mesmes entrera la ville, apportant la dicte bollette cachettée. >

Des séquestrations et des mises en liberté ont encore lieu ce jonr-là et les jours suivants. On séquestre, entre autres, pour quarante jours ceux qui ont bu et mangé avec les nettoyeurs.

Pierre Bargin, qui s'est établi au pied de la rue Saint-Antoine, se retirera ailleurs, « à peine d'estre arquebuse et l'arquebuse de laquelle il s'est trouvé saisi demeurera séquestrée. »

Le 10 août, en la loge et gallerie de maison de monsieur le corriery le Conseil convient avec Jacques Canal, apothicaire, qu'il vendra la myrrhe 5 gros l'once, et l'encens 2 gros et demi. Il charge noble Pierre Ambroise de La Balme de faire vider les canaux de la rue des Fours, où il habite, et ordonne que « seront baillés serviteurs ydoines et gents de bien pour ayder aux maistres nettoyeurs pour diligenter à curer et nettoyer les maisons infectes. > Le nombre de ces maisons devait être bien considérable, car les deux nettoyeurs chefs avaient déjà deux aides depuis le mois de juin.

Le 12, le Conseil, assemblé dans la maison du vicaire général Rapin, décide qu'on ne laissera plus fermées que les maisons suspectes de la rue de l'Orme et que « la procession g(?nérale voué par la cité le jour de feste Saint-Roch sera faicte en dévotion jeudi prochain, jour de feste du dict sainct, et sera publiée par la dicte cité, affin que chescung chef d'hostel aye y assister et observer la dicte feste suyvant le veu. »

Le corrier donne lecture d'une lettre de l'archevêque de Tarentaise, recommandant un médecin qu'il envoie pour soigner les pestiférés. François Delacroix offre une chambre meublée. Pierre Ambroise de La Balme offre, de son côté, de recevoir ce médecin chez lui et de lui fournir, ainsi qu'à son domestique, la nourriture, le bois et tout ce qui

sera nécessaire. Pour les honoraires, le Conseil décide, quelques jours après, qu'ils seront payés par les malades, la ville ayant trop de charges pour pouvoir prendre cette dépense à son compte.

Le 29 août, séance du Conseil général dans Téglise paroissiale. On annonce la mort de Louis des Gostes, syndic de la noblesse ; sa maladie avait été longue et il ne parait pas que ce fût la peste. On apprend en même temps que la contagion a éclata à Albiez-le-Vieux, dans les hameaux du Collet et du Plan-d'Albiez.

Le Conseil prend encore plusieurs mesures relatives k la police et à la santé publique. On fera la visite des maisons de ceux qui tiennent du bétail, sans avoir de quoi le nourrir, et Ton s'informera où ils ont pris le foin, la paille, le bois, etc, que Ton trouvera; c'est que, depuis quatre mois, les propriétés ont été mises au pillage. Défense est faite de laisser entrer dans la ville aucune personne venant des lieux infectés ou suspects de contagion, quand môme elle aurait un bulletin de santé ; de recevoir chez soi aucun étranger, sans lapermissiou du Conseil; de s'éloigner de la ville, sans être muni d'un bulletin de santé et de la permission écrite des syndics.

Au mois d'octobre, la peste avait disparu de Saint-Jean ; mais elle sévissait encore dans quelques villages des environs. A la requête des syndics, le Sénat ordonna de mettre de nouveau des gardes aux portes de la ville, aux frais des trois états, sans distinction ni privilèges; et de ne laisser entrer personne venant des lieux infectés. De plus,

il prescrivit de défendre aux habitants de la ville, pendant trois semaines, < aulcunes assemblées en jeux, tavernes, dances, mariages, pain bénits, baptisailles et sépultures, pour éviter aux inconvénients que pourroient survenir à cause de la dicte contagion. » L'ordonnance est du 24 de ce mois (1). Quoique la mort eût apporté le deuil dans presque toutes les familles, la population avait hâte de reprendre ses anciennes et joyeuses habitudes, et les syndics avaient craint que leurs arrêtés, même pris en Conseil général, ne fussent impuissants à la retenir.

(1) Archives du Chapitre.

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