CHAPITRE XXYI La Peste (1570 à
Il n'y avait pas encore cinq ans que la cité se reposait des désastres'ae la contagion, — repos fréquemment interrompu par le passage ruineux des Espagnols, — lorsque, au mois de juin 1570, la nouvelle se répandit que la peste ravageait Thonon et Annecy.
La foire de la Saint-Jean approchait. C'était une des plus importantes de la Savoie. De grandes foules y accouraient à pied, à cheval, de toutes les parties du duché, du Piémont, du Dauphiné, du Lyonnais et de Genève. Pendant trois jours, des flots pressés remplissaient, bêtes et gens, le Pré de rÉvêque, les rues étroites de Saint-Antoine, de rOrme, de Bonrieu, du MoUard-d'Arvan, et les places du Pointet et de TOfficialité, qui n'étaient que des rues un peu plus larges.
Aujourd'hui, les foires sont plus nombreuses; le commerce de détail s'est éparpillé un peu partout; le chemin de fer remplace les caravanes de chevaux et de mulets; le commis-voyageur et la poste vont servir le client à domicile. Nos foires peuvent à peine, sauf en ce qui concerne le bétail, être com-
parées aux marchés hebdomadaires de ce temps-là. On conçoit quel milieu favorable il y avait là pour le développement des ferments de peste, et de quelle suprême importance il était de les empêcher, s'il était possible, de s'introduire dans la ville par des voyageurs non munis de bulletins de santé.
Le ISjuin 1570, le Conseil général prit un arrêté ainsi conçu : « Résolu que l'on mettra gardes au pont d'Hermillon, à cause de la contagion que Ton dict estre tant au lieu d'Annessi qu'en ThonoUj pour la préservation et santé de la ville, considéré aussi le nombre de peuple que pourra venir de tous costés à la présente foyre de Nativité saine l Jehan Baptiste accoustumée tenir en ceste dicte cité, et seront en nombre quatre gents ydoines pour faire la dicte garde, l'ung pour escupre (faire le guet), Taultre pour aller et venir en ceste cité comme le cas le requerra, et les deux demeurants sur le dict pont, aux despens des trois estats de la dicte cité,.,. Sera mis le portai accoustumé au milieu du dict pont. »
Au commencement du mois de juin 1575, des cas de peste se déclarèrent de nouveau en Savoie et en France. Sur un ordre d'Emmanuel-Philibert, ou ferma les portes de la ville de Saint-Jean et on ne laissa entrer que les personnes munies d'un bulletin de santé. Le secrétaire de la politique inscrivit, à cette occasion, dans un registre qui nous a été conservé, les noms des personnes qui, du 10 juin au 20 août, sortirent de Saint-Jean pour aller hors de la Maurienne : nous en tirerons plus tard des notes intéressantes sur le mouvement des voyageurs à
travers notre vallée. Marquet déclare, au commencement de son registre, que Saint-Jean est t lieu non suspect, grâce à Dieu, d'aulcune maladie contagieuse. 1
De nouvelles précautions furent prises le 15 août 1577. Le bruit s'étant répandu que la peste régnait à Ghambéry et dans les environs (1), les syndics : Michel Truchet, pour la noblesse; Claude Fornier, marchand de la rue d'Arvan, et Pierre Delacombe, pour le tiers-état, firent prendre au Conseil général Tarrêté suivant, en exécution d'une ordonnance de \di Magistrature de santé établie par le Sénat. On mettra trois gardes au pont de Villard-Clément et quatre au pont d'Hermillon, t lesquels feront bonne garde j our et nuict et ne permettront Feutrée à ceulx qui viendront du cousté de Chambéry, soit avec bollettes ou sans bollettes. Touteffois les dictes gardes les conduiront et passeront par dehors la cité jusques ils ayent passés iceulx deux ponts. Et cecy jusques à ce qu'aultrement soit advisé. »
Dans une délibération du 14 juillet 1581, on lit, au sujet des étrangers qui remplissaient la ville : € Causant la notice de la contagion tant en Dauphiné que ailleurs, laquelle se pourroyt approcher de la présente cité et icelle endommaiger, auquel lieu pour ce qu'il y a plusieurs estrangiers pauvres et ne possédant en icelle ny ailleurs aulcungs biens, lesquels, quand la dicte cité seroyt atteinte de pestilence, pourroyent causer aux vrays habitants d'icelle grande despence, oultre le malheur qu'ils estrangiers pourroyent causer pour soy vouloir par
(1) Voir Histoire du Sénat de Savoie, t. I, p. 437.
trop hazarder netoyer ou curer ou vrayemeut desrober, se pourvoiront les scindics par devant les magistrats pour d'yceuls obtenir provision à ce requise- Neantmoings seront les dicts scindics assistés de quatre conseilliers ausquels sera permys licensier quelques uags des estrangiers pour demeurer en la dicte cité, estant par les dicts scindics cogneus solvables et discrets et de bonne renommée, et que tous autres qui n'auront moyen soy entretenir, n'estants des vrays habitants dicte cité, seront deschassés. » Le Conseil nomme deux commissaires dans chaque rue, chargés de recueillir des informations sur les étrangers qui y habitent.
Le 28 mars 1583, on trouva dans la chapelle de la Réclusièredcux individus qui avaient nettoyé des maisons infectées de la peste à Arvillard et qui, d'après les papiers dont ils étaient porteurs, n'avaient fait que vingt-huit jours de quarantaine. De Tavis de Tévéque et du seigneur Lathoud, lieutenant du juge-corrier,Ie syndic, M* Antoine Filliol, leur fit défense d'entrer dans la ville et d'avoir des relations avec qui que ce fût^ ^ à peine corporelle arbitraire au dict seigneur juge, *
Le IG juin de la môme année, les syndics firent mettre des gardes et placer les portes aupont d'Herniillon, jusqu'à la foire de la Saint- Jean.
Cependant, vingt-un ans s'écoulèrent depuis la contagion de 1505, pendant lesquels, grâce aux mesures énergiques prises par les autorités^ la ville échappa au fléau qui, à des intervalles rapprochés, désolait le reste de la Savoie et du Dauphiné.
Le 13 avril 1586, on dresse de nouveau la liste
des étrangers pauvres et Ton expulse ceux dont la présence peut être un danger pour la santé publique.
Le 24 août, le corrier enjoint aux syndics, sous peine de 500 livres d'amende, de poser, dans le terme de trois jours, des gardes pour la santé au pont d'Hermillon et à l'avenue de Bonrieu. Les syndics de Saint-Jean d'Arves en ont déjà placé au village d'Entraigues et au pont des Ghambons. Le Dauphiné est en pleine contagion et, sans passer par Saint-Jean d'Arves,.les sicspects peuvent arriver à Saint-Jean par Villarembert et les Villards. En vertu d'une décision du Conseil d'État, les frais de ces gardes sont à la charge de toutes les communes de l'étape.
Le 4 octobre, ont fait défense de tenir des porcs dans la ville, sous peine de confiscation; de laisser des immondices dans les rues, de garder des peaux fraîches, etc.
Il aurait fallu aussi pouvoir interdire le passage aux troupes espagnoles.
La peste éclate et avec elle la frayeur qui trouble les têtes et fait voir partout des empoisonneurs. Il ne paraît cependant pas que le fléau ait fait, cette année-là, de bien nombreuses victimes. Du moins, nous ne trouvons, dans nos registres, que ces quelques faits.
Le 19 octobre, défense est faite d'entrer dans les cabanes des malades, sans être munis d'une autorisation et accompagné des gardiens ; de sortir de chez soi la nuit, à moins d'une nécessité urgente; de loger des pauvres étrangers. Le chanoine Guillaume Mareschal paie 30 florins peur la part à
laquelle il pourrait être tenu des dépenses occasionnées par la contagion.
Le 1" novembre, Jean Amé du MoUard, subrogé du commissaire général de la santé en Savoie, ordonne aux commissaires nommés dans chaque rue de lui remettre, sans retard, la liste des malades.
Le 5, ordre d'enfermer les personnes atteintes, ou soupçonnées atteintes de la peste, de nettoyer les maisons, de brûleries couvertures et les vêtements d'une fille qui vient de mourir. La défense de sortir la nuit est tellement rigoureuse, que Catherin Viallet, pour être sorti secrètement de sa maison vers les quatre heures du matin, est condamné à demeurer enfermé pendant plusieurs jours.
Le 17, les syndics et leurs conseillers, assemblés k TEcu de France, ordonnent que t Guillaume Accier et François Constantin, cureurs de maysons, seront remis en la mayson de Michel Francoz, audessus de la rue Bonrieu, pour y faire la quarantaine dernière, estans au préallable deubuement lavés, tondus et rasés, et ayant changé d'accoustrem eut, pour illec estre gardés tant jour que nuict par deux gardes et personnes souffizan tes et ydoines, le tout sayvant Fadvys de monseigneur le révérendissime. »
Deux femmes qui ont nettoyé des maisons sont mises en quarantaine près du Lion d'Or, pour faire Vessai de cette maison, « estans au préallable lavées et changées d'accoustrements. »
Ordre de parfumer une chambre avec du genièvre et de Tencens, en présence des syndics, avant que le locataire y entre.
Avec le froid, la contagion disparut comme en 1564; mais, comme à cette époque, ne reviendraitelle pas Tannée suivante? On passa l'hiver dans cette crainte. M^'de Lambert, le corrier Baptendier, le subrogé commissaire de la santé, du MoUard, les syndics multiplièrentles mesures de précaution et veillèrent avec une sévérité minutieuse à ce que leurs ordonnances fussent littéralement observées : propreté des rues et des maisons, visite des voyageurs se présentant aux portes de la ville et refus d'entrée à ceux qui ne pouvaient pas prouver qu'ils ne venaient d'aucun lieu atteint de quelque épidémie, interdiction absolue de séjour aux pauvres étrangers, séquestration immédiate des personnes dont la maladie pouvait affecter un caractère contagieux, etc.
Au printemps, recommencèrent les passages de nombreuses troupes espagnoles venant de contrées où la peste semblait avoir élu domicile. On défendit aux habitants, sous les peines les plus sévères, d'acheter quoi que ce fût des soldats.
Le 4 septembre 1587, le corrier Baptendier, nommé commissaire pour la santé, adressa un mémoire aux syndics et à leur Conseil. « La contagion de peste, disait-il, faysoit progrès en divers lieux de la Savoye es aproches de la Maurienne et pour obvier, avec la grâce de Dieu, premièrement qu'elle ne s'avance et print cours de par deçà, par faulte de tenir main que ceulx venants des lieux contagieux et soupçonnés ne conversent ny pratiquent avec les aultres et spécialement de ce quartier, il seroit donc très expédient et requis qu'au lieu de
mettre les gardes à tour de roolle des maysons de la cité pour assister aux gardes ordinaires establyes au pont d'Hermillon, que par le moyen de ce qu'il y en a beaucoup et la pluspart de ceulx de la ville qui vont faire la garde au dict pont, pour ne savoir cognoistre les boUettes falcifiés et venants des lieux infects et soupçonnés et iceulx passants interroger de leurs passages, pour ne savoir en grande partie lire, aultres pour estre mal exercés et experts en tel fait, peuvent par ce moyen permettre l'entrée en la présente cité ausdicts soupçonnés passagers, sans les scavoir découvrir, dont pourroit survenir grand danger, perte et dommaige ; pour à quoy obvier seroyt requis et nécessayre establyr et constituer le nombre de trois vingts personnes des plus notables et capables de la cité, indifféremment bien entendu, et expérimentés pour faire la dicte garde au pont d'Hermillon avec les gardes ordinayres, lesquels par le moyen de leur intelligence et expérience pourront obvier et destourner le passage des passagiers venants des lieux soupçonnés et infectés. »
Cette garde extraordinaire, adjointe à la garde ordinaire, se composerait de deux notables, remplacés toutes les vingt -quatre heures, d'après un rôle dressé par le Conseil et sur l'ordre transmis par le valet de la ville. Quiconque ne se rendrait pas à son poste serait passible d'une amende de 50 livres, dont le produit servirait à payer la garde ordinaire. Les notables enrôlés pour ce service seraient dispensés de celui de la patrouille, qui se faisait dans l'intérieur de la ville, pour veiller à l'observation
des règlements concernant la salubrité publique.
Le Conseil adopta les propositions du seigneurcorrier et dressa sur-le-champ le rôle des notables appelés à faire ce service.
Nous avons ce rôle. Il comprend soixante-dixsept noms, dont douze ecclésiastiques, douze nobles, quarante-deux avocats, médecins, procureurs, notaires, apothicaires, praticiens, tous désignés par la qualification de maistres, et onze simples citoyens, peut-être les principaux marchands. Mes lecteurs de Saint-Jean sont peut-être curieux de connaître ces noms aujourd'hui disparus. Ceux que ce détail n'intéresse pas n'ont qu'à tourner le feuillet.
Rue Beauregard : noble Jean-Amé du MoUard, noble Balthazard Baptendier, M* Jacques d' Avrieux, docteur en droit, M* Pierre Lambert, noble Michel Truchet, M* Jean-Louis Gollombet, M* Laurent Fay , le seigneur corrier Baptendier.
Rue de l'Orme : noble Urbain du Pont, noble Georges Sauvage, M* Catherin Gallice, François Sébastien, M' François Boisson.
Grande Rue, comprenant les rues de la Granaterie et des Bourses, la place de l'Officialité et la rue d'Arvan : noble Boname Cueur, juge du marquisat de La Chambre et lieutenant du corrier, M* François Fay, docteur en droit, M* Pierre de Beaumont , chirurgien , M • François Martin , M* Antoine Filliol, noble Claude de Châteaumartin. M* Pétremand Mact, M* Jean Potel, Amé Rey, Pollemard Heustache, André Chapel, M' Amblard Ghex, Pétremand Ponce, Jean Borjon, Jean Mol-
lard, Thibaud de Gapella, M* Baptiste Bertrand, M' Jacques Arthod, M* André Roi, M* Etienne Excoffon, M* Barthélémy Gornuti, M* Claude Gallice, M* Michel Martin, M* Jean Vachet.
Rue Bonrieu, y compris la rue des Fours et le Pointet-du- Bourg : M* Jean Faure, M* Baptiste Savoie, M* Humbert Rolaz, M* François Gaurre, M* Pétremand Bertrand, Jean Jenner, M' Glande Guitardent, M* Louis Fontaine, M* André Rossât, M* Glande Verdon, M* Henry Rolaz, M. le juge Lathod, M* Glaude Bertrand, noble Pierre des Gostes, M* François-Gaspard Ganal, M* Jean Reymond, M* Antoine Boudrey, M* Humbert Gollombet, M' Jacques Sibué, M* Jacques Boudrey, procureur fiscal. M* Jean Bertrand, noble Amé des Gostes, noble Gasbamel de La Balme, noble Jacques Ducol.
Rue Saint- Antoine : Jacques Gostaz larbroz, M' Jean Bruend, M* Glaude Bruend.
Ecclésiastiques : R**' Guillaume Mareschal, Sibelloz, Pierre Trabichet, Jean -Antoine Lathoud, Jean Brunet, Glaude Bérard, Antoine Magnin , TAle, Dufour, Louis Varcin, Humbert de Jorcin et Pierre Robert.
Le dimanche 13 du même mois, le Gonseil décide qu'en conformité du règlement pour la santé, envoyé par le comte Martinengo, gouverneur de la Savoie, les syndics Pierre Rambaud, Jean Gollomb et Aimon Rostaing visiteront la grange du Paradis, pour voir si elle est assez vaste pour que Ton puisse, si cela devient nécessaire, y établir des logements pour les pestiférés.
Le fléau parait avoir épargné la ville cette annéelà; et cependant il décima la commune limitrophe de Fontcouverte depuis le mois de septembre jusque dans le courant du mois de janvier. Les cabanes furent dressées aux Rafforts, soit pour les malades, soit pour ceux qui étaient en quarantaine, et les syndics leur envoyaient les vivres nécessaires. Le 8 octobre, la dépense était déjà de 120 florins; de ce jour au 13 décembre elle s'éleva à 272 florins 16 gros. L'ensevelisseur, qui était d'Albiez-le-Vieux, reçut 2 florins par jour, plus sa nourriture, évaluée à 1 florin par jour, et un habillement neuf : chapel, robe, haut et bas de chausses, solliers. Il devait aller faire les sépultures en quelque lieu que ce fût de la commune.
Le Conseil de Saint-Jean avait décidé que, pendant la durée de la maladie, le marché du samedi se tiendrait le long du torrent de Bonrieu (1). Le 2 décembre de cette même année 1587, ayant reçu un nouveau règlement fait par le Conseil d'État à cause de la contagion, il ordonna : que le pont de rÉchaillon fût abattu; que les syndics chargeassent deux commissaires, dans chaque rue, d'expulser les étrangers ; que toutes les nuits une patrouille de quatre hommes, commandés par un caporal, parcourût les rues; que Ton construisit immédiatement, aux entrées de la ville, des cabanes où les gardes pussent se mettre à l'abri.
Le 28 février 1588, le Conseil, priant M»' de Lambert de distribuer l'aumône au temps et de la ma-
(1) Archives de l*église de Fontcouverte*
nière accoutumée, dit que la contagion a disparu dans toute la Maurienne.
Dans les derniers mois de cette année, on eut de nouveau des inquiétudes, à cause des mouvements de troupes qu'allait amener la guerre pour le marquisat de Saluées ; le tiers-état, de concert avec révoque et la noblesse, rétablit la garde ou patrouille de nuit, et nomma capitaine de la ville Pierre de La Balme, lieutenant du défunt capitaine Louis du Pont, et lieutenant Pierre Delacombe.
Il y eut alors un répit de dix ans. En 1598, la peste se joignit à la guerre pour désoler notre malheureux pays. Mais les procès-verbaux des délibérations des Conseils, pour les dernières années du xvr siècle, n'existent -pas dans les archives de la ville, et celles de Tévêché et de la cure ne possèdent pas de registres de décès antérieurs à 1629. Nous n'avons donc que quelques notes éparses, dont les principales sont la mention de Jean Lazard et de Michel Fécémaz,de Beaune, nettoyeurs de la cité en la contagion de 1598; et le vote d'une taille pour payer les frais de cette contagion, dont le compte a été arrêté le 20 juin 1599. Les deux plus fortes dettes, de ce chef, sont 83 florins dus à Jacques de La Balme, et 40 florins dus à Laurent Brun-Bonnefoy pour dégâts en sa propriété du Glapey, faits pour les pestiférés, sans doute pour la construction des cabanes.
Ces cabanes existaient encore le 17 novembre 1599. Elles étaient au nombre de trente : 11 étaient occupées par 23 malades; 16, par 34 soupçonnés de peste; et 3 par les hospitaliers et les buyandières (lessiveuses).
Autour de ce triste village, de petits monticuh^s rappelaient les victimes des pestes de 1564, 1505, 1586 et de l'invasion actuelle; et, tout à côté, des fosses toujours béantes semblaient inviter les malades des cabanes à se hâter de les rejoindre.
Le 10 avril 1600, Vincent Bizel, sergent épiscopal, signifia à Claude Ghappelle, apothicaire, qu'il ei\L à se rendre aux arrêts dans les carces du palais, puisqu'il ne pouvait payer la somme de 45 florins 6 sols, qu'il devait pour le faict de la contagion de tannée 1599.
Pendant cette peste, la ville fit vœu d'aller pn procession à Notre-Dame du Charmaix. Le vœu Tut accompli l'année suivante, et les frais, à la chargB de la communauté, furent de 34 florins 6 sols pour le porte-bannière, le porte-croix, les deux enftmls portant les clochettes devant la procession, et trois mulets chargés des bagages. Le clergé, composé de trois chanoines et de sept autres ecclésiastiquee^, et les deux enfants furent nourris par les syndics, Antoine Borjon et Jean Viffray-Virot. Le registre fait remarquer que ce fut le curé de Sainte-Marie, Jean Jobert, qui présida la procession.
La peste de 1598-99 sévit dans toute la Maurienne, Un fait donnera une idée des ravages qu'elle exerça. Le 1" décembre 1598, la commune de Saint-Allian d'Hurtières souscrivit une obligation de 65 écus d'or sol, l'écu valant 7 florins 10 sols, en faveur d'un maître nettoyeur de contagion, qui était du Monétier de Briançon. Cette somme vaudrait, aujourd'hui, environ 2,000 francs.
Nous avons vu que les règlements sur la salu-
brité ou la santé publique furent faits, les uns par le Conseil d'État de Savoie, les autres par un Magistrat du tribunal de la mfité, siégeant à Chambéry. Ce Magistrat avait d'abord été institué par le duc Emmanuel-Philibert. Supprimé par Tédit du 7 août 1583, qui en confia les attributions au Conseil d'État, il fut rétabli le 26 avril IfïSS, et composé de Charles de Rochette, président au Sénat, président; d'André de Bienvenu, conseiller d'État; de Nicolas Davise, conseiller et sénateur; de Tavocat ou procureur général, du juge-mage de Savoie, de Tiin des syndics et du capitaine de la ville de Chambéry (1). Il était chargé de faire les règlements qu'il jugerait nécessaires dans Tintérêt de la sauté publique et de trancher les difficultés que ces règlements pourraient faire naître. Il avait nu lieutenant ou délégué dans chaque province, pour veiller à Tcxécntion des règlements et prendre les mesures de détail qu'elle comportait. A Saint-Jean, ce fut Bon-Amé Baptendier, corrier et j nge commun*
(1) Compilalion des anciens édiis.^.t V^ 90.