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CHAPITRE II La Cathédrale

En 1500, il ne restait déjà plus rien, au moins au-dessus du sol, de la cathédrale bâtie par le roi Gontram. Quant à savoir si la crypte date de cette époque, c'est difficile ; car elle est encore ensevelie sous les dalles de l'avant-chœur, toute pleine de décombres et peut-être d'alluvions du torrent de Bonrieu, et ceux qui y ont pénétré, en 1826, se sont bien gardés de l'étudier. M. Angley (1) dit : c Nous croyons que les murs d'enceinte et les gros piliers qui soutiennent les voûtes datent réellement de 580 (2). » Il ajoute quelques lignes plus bas : c Vers l'année 1170, l'évêque Lambert y fit faire de grands travaux; mais on n'en précise point la nature et l'on ne peut conjecturer qu'il l'ait reconstruite par les fondements, puisqu'elle n'avait encore à cette époque que cinq ou six siècles d'existence. » La raison nous paraît mauvaise. En ces six siècles, la ville de Saint-Jean avait été saccagée deux fois par les Sarrasins (732 et 906), et M. Angley raconte

(1) Histoire du diocèse de Maurienne, p. 419.

(2) Il est certain que la consécration de la cathédrale de • St-Jean par saint Isichius, archevêque de Vienne, eut lieu

vers l'an 565; mais la ville ayant été ruinée en 575 par les Lombards, il est possible que Téglise ait dû être rebâtie.

lui-même (1) que, vers l'année 1033, elle avait été emportée d'assaut par Gônrad-le-Salique, qui avait rasé ses murailles, détruit ses maisons et dispersé ses habitants. Il n'est pas probable que la cathédrale ait échappé à tous ces désastres. Néanmoins, il est certain que, si elle fut détruite en 1033, sa reconstruction eut lieu peu de temps après, et c'est au XI* siècle qu'appartiennent les piliers et tout le gros œuvre, le chœur excepté.

La cathédrale avait déjà, en l'année 1500, cette bigarrure de style qui la dépare au point de vue de l'art, mais qui en fait un très utile champ d'études pour l'archéologue. Le lecteur nous permettra de l'accompagner dans une visite que nous supposerons faite en 1439, avant la J terrible inondation de Bonrieu.

Nous passons sous la longue voûte de la porte Maranche, à laquelle est adossée, à gauche, la chapelle Saint-Michel du palais épiscopal. De ce palais nous ne pouvons rien dire, car il a été reconstruit plusieurs fois, et aucun document ne nous fait connaître son état à l'époque qui nous occupe, ni au x\V siècle. Traversons la place, qui servait de cimetière pour la paroisse Notre- Dame (2). Trois portes donnent entrée dans les nefs de la cathédrale; elles sont basses, étroites et à plein cintre, ornées d'archivoltes en albâtre de Saint-Jean supportées par des colonnettes, et,

(1) Histoire du diocèse de Maurienne, p. 50.

(2) Un acte du 27 avril 1196 (Chartes du diocèse de Maurienne, p. 46) est fait in cimiterio Sancti Johannis Baptiste prope portant domini episcopi.

au-dessus, de bas-reliefs représentant quelques traits de la vie de saint Jean-Baptiste (1).

La façade n'a pas d'autre ornement qu'un sarcophage de marbre blanc placé par le Chapitre sur le tombeau des comtes Humbert ?', Amédée P' et Boniface, près de la porte du milieu, et surmonté de leurs armes et d'une inscription que M. Angley nous a conservée (2),

Les trois nefs sont couvertes par un lambris et percées dQ fenêtres à plein cintre, étroites au dehors, très ébrasées en dedans. A l'extérieur, audessus de celles de la grande nef, court une ligne d'arcatures. Les nefs collatérales communiquent avec la grande nef par neuf arcades de chaque côté. A une arcade plus bas que l'escalier actuel de l'avant-chœur, la grande nef est fermée parl'ambon. Elle se termine par une abside, à l'endroit où finissent maintenant les deux rangées de stalles. Autour de l'abside règne le déambulatoire, formé par le prolongement des nefs collatérales.

Voilà ce qu'était la cathédrale lorsque, au mois de février 1440, le torrent de Bonrieu se précipita dans la ville. Le chanoine Jacques Damé nous racontera tout-à-l'heure les ravages qu'il exerça.

D'après M. Angley (3), « la cathédrale elle-même

(1) Les portes actuelles et le péristyle d'ordre ionique, qui les précède, ont été faits en 1771 par le roi Charles-Emmanuel III. Le péristyle n'est là que pour abriter le tombeau des princes de Savoie. — On trouve encore dans le cloître un fragment des bas-reliefs qui décoraient les anciennes portes.

(2) Histoire du diocèse de Maurienne, p. 443.

(3) md., p. 225.

fut si gravement endommagée, qu'il fallut la rebâtir presque entièrement et abandonner sa partie inférieure, qui parait être demeurée depuis lors ensevelie sous des décombres. » Nous ne savons où le bon chanoine a pris cette assertion évidemment inexacte. Que les eaux fangeuses de Bonrieu aient roulé jusque dans la cathédrale et y aient causé des dégradations et des pertes considérables, qu'elles aient pénétré dans la crypte, si celle-ci était encore ouverte après le désastre de 1033, cela est certain, puisque les maisons du Chapitre, qui l'entouraient, furent renversées. Mais, répétons-le, les lourds piliers , les grandes arcades à plein cintre, les fenêtres romanes et les arcatures qui décorent les deux faces extérieures des murs de la grande nef, prouvent que la cathédrale n'a pas été rebâtie au xv" siècle. Il est visible que les murs ont seulement été exhaussés lors de la construction des voûtes.

Une autre preuve, c'est que la cathédrale fut promptement rendue au culte et que les réparations dont elle eut besoin, pour que le service divin put y être célébré, furent terminées avant l'année 1447, malgré la détresse à laquelle le clergé et les fidèles avaient été réduits. Nous avons deux pièces importantes datées de cette année 1447(1). La première, du 28 mars, est une bulle par laquelle, à la sollicitation du cardinal de Varambon,ranti-pape Félix V

(1) Ces deux documents ont été publiés par M^' Billiet dans sa Notice sur quelques inondations qui ont eu lieu en Savoie^ et dans les Chartes du diocèse de Maurienne, p. 224.

accorde des indulgences à ceux qui, par leur travail ou leurs aumônes, contribueront à réparer les désastres de l'inondation de Bonrieu. La seconde, du 7 novembre, est une attestation délivrée par le Chapitre à noble Pierre du Boursier (de Borserio), clerc de l'église de Maurienne, et à ses compagnons, qui, portant les reliques de saint Jean- Baptiste et de plusieurs autres saints, s'en vont dans diverses contrées de l'Europe solliciter la charité des fidèles. Or, ces chartes ne parlent ni de la reconstruction, ni même de la réparation de la cathédrale, mais seulement de la construction et de l'entretien des digues nécessaires pour mettre, à l'avenir, la ville à l'abri de pareils ravages.

Le 20 avril 1453, le cardinal Guillaume d'Estouteville fit prendre possession de l'évéché de Maurienne, que le pape Nicolas V lui avait donné en commende ; le mercredi 12 juin de l'année suivante, il s'arrêta lui-même à Saint-Jean , se rendant à Rouen, dont le siège archiépiscopal lui était aussi confié (1). « Cet évêque, dit Jacques Damé, sembla envoyé de Dieu pour rétablir notre église tombant en ruines et relever notre pays abattu par l'inondation de Bonrieu Il abandonna tous les revenus de l'évéché pour réparer la ville, le clocher, la cathédrale, et pourvoir celle-ci d'ornements. Par son testament, fait à Rome au mois de janvier 1483, il céda de nouveau au Chapitre les revenus passés, présents et futurs de l'évéché, pendant sa vie, pour terminer la construction du cloître, de la

(1) Chronique manuscrite de Jacques Damé, chap. xv.

salle des archivés et des digues de l'Arc. Il mourut vers la fin du même mois. >

Dans un autre manuscrit, le même chroniqueur dit que les sommes données par le cardinal d'Estouteville s'élèvent à seize mille florins. D'après le testament du cardinal (1), ce chiffre ne comprend que les sommes qu'il avait déjà données précédemment.

Le style ogival était alors à sa troisième et dernière transformation, avant le retour aux formes grecques et romanes, que l'on a appelé, peut-être d'une manière trop absolue, la Renaissance, Aux colonnettes et aux quatre-feuilles des siècles précédents avaient été substituées les formes prismatiques> tordues, entre-croisées, à vives arêtes, du style flamboyant. C'était la mode ; le Chapitre s'y conforma, sans se préoccuper de l'unité de style, et, ne pouvant transformer ni les piliers, ni les arcades, il voulut au moins refaire selon le goût de l'époque les parties supérieures de l'édifice. Aux vieux lambris plats on substitua des voûtes ogivales en bois, la prudence ne permettant pas de les faire en pierre. Les fenêtres romanes de la grande nef furent bouchées et on en ouvrit d'autres plus larges, plus hautes, mais dont les sculptures de l'ogive auraient demandé un peu plus de délié et de finesse. A cause de l'insuffisance des ressources peut-être, on ne toucha ni aux fenêtres des basses nefs, ni aux portes.

La salle des Archives, appelée aussi la salle du

(1) Chartes du diocèse de Maurienne, p. 300.

Trésor, parce que le Chapitre y tenait renfermés^ dans des armoires creusées dans le mur et solidement fermées, les reliquaires, les vases sacrés les plus précieux et les chartes les plus importantes, est située au-dessus de l'ancienne chapelle de sainte Thècle, derrière l'autel du Sacré-Cœur. La voûte qui sépare les deux étages est de la même époque et beaucoup trop basse pour la chapelle, qui fut probablement transformée alors en sacristie ; c'est pourquoi on l'appelle encore communément la vieille sacristie. On arrivait à la salle par un escalier à jours placé dans le chœur, là où sont maintenant les premières stalles. La statue de sainte Thècle, qui terminait l'ornementation de la porte, existe encore à la même place.

Signalons dans cette salle des peintures du xv' siècle, qui couvrent les deux faces des volets d'une petite armoire, où étaient déposées les nombreuses reliques que possédait la cathédrale : elles représentent, d'un côté, saint Jean-Baptiste et sainte Thècle ; de l'autre, l'Annonciation.

Depuis la suppression de l'ambon et le transport des premières stalles au sommet du chœur, ce qui malheureusement nécessita la destruction de l'escalier dont nous avons parlé, il n'y avait, pour monter à la salle des archives, qu'un escalier très étroit, pris dans l'intérieur de la muraille et s'ouvrant dans l'ancienne sacristie. On vient de lui créer un accès derrière l'autel du Sacré-Cœur.

Ce fut encore avec les largesses du cardinal d'Estouteville que le Chapitre fit construire le cloître qui avoisine la cathédrale du côté du nord, ou plutôt le péristyle qui le décore.

Le rez-de-chaussée de la maison, qui fait face à la cathédrale, au fond du cloître, portait le nom de réfectoire ou de maison du réfectoire, parce que les chanoines y prenaient des repas en commun, à certains jours déterminés par des fondations. Avant la construction de la chapelle Saint-Barthélemi, le réfectoire servait de salle capitulaire. On le trouve mentionné dans les premières années du xiii* siècle (1) ; mais on y voit des portes à plein cintre, qui accusent une origine plus ancienne. Des maisons appartenant au Chapitre le reliaient à la cathédrale ; celle de droite était appelée la maison de la sacristie^ parce qu'elle dépendait du bénéfice de la sacristie ; celle de gauche a été rebâtie en 1623.

Vers l'année 1450, le cardinal de Varambon fit construire les appartements situés au-dessus du réfectoire pour loger la maîtrise, qu'il venait de fonder. Elle se composait de six enfants de chœur qui, sous la direction de deux chapelains, se formaient au chant et aux sciences ecclésiastiques ; on les appela les Innocents, Tout auprès et attenant à la cathédrale, il fit bâtir pour eux une chapelle sous le vocable de saint Barthélemi.

A la même époque, on commença la construction, en albâtre des Mmdins, de l'élégant péristyle qui relie les constructions du cloître à la cathédrale. Les voûtes à arêtes sont, ou plutôt étaient, ornées de clefs armoiriées, et tout à Fentour, du

(1) Actum in claustra sub eccîesia Sancti Johannis^ 12 février 1211. — Actum est hoc ante portant refectorii, 3 mars 1217. — Hoc actum fuit apud Sanctum Johannem in domo refectorii^ 11 juillet 1285. (Chartes du diocèse de Maurienne.)

côté du préau, s'ouvrent, à hauteur d'appui, des baies séparées par des trumeaux et des meneaux à ogives. L'entrée de l'escalier de la maîtrise et le dessus des portes de sortie sont ornées de pinacles et de clochetons. Des écussons et des inscriptions enchâssées dans les murs marquent les tombeaux des principales familles nobles de la ville : Salière d'Arves, des Gostes, Mareschal, Ducol, Rapin.

Ces constructions et réparations, dit le chanoine Damé (1), furent faites sous la direction du chanoine Amédée Gavit, vicaire général du cardinal d'Estouteville. On voit, par une lettre que lui écrivit le duc Charles V% le i'' décembre 1482(2), qu'elles n'étaient pas achevées à cette date. Le cardinal ne résidait pas et le prince avait défendu d'envoyer les revenus de l'évêché hors des États. Par cette lettre, il permet d'en prendre une partie € pour les construction et perfection de claustre de Saint-Jehan et deffenses faites à rencontre de la rivière passant auprès, aussi pour mander au dict seigneur cardinal. i>

Pendant et après la Révolution, le cloître a subi d'irréparables dégradations : les inscriptions sont en partie effacées ; les clés de voûte, enlevées ; les ogives, les clochetons et les blasons, brisés.

Le successeur du cardinal d'Estouteville, Etienne de Morel, continua avec non moins de générosité l'œuvre de transformation de la cathédrale. « Il fit construire le chœur à ses frais, dit le même chroniqueur du Chapitre, et en posa solennellement

(1) Notes.

(2) Chartes du diocèse, p. 298.

la première pierre le 28 avril 1494. Il fit aussi faire le ciborium de marbre et le trône de l'évêque en

bois de noyer; ce trône coûta 200 florins Les

stalles du chœur, sculptées par Pierre Mochet, de Genève, furent achevées le 14 mai 1498; la dépense s'éleva à la somme de 2,086 florins petit poids, fournie en majeure partie par Tévêque, le reste par les chanoines (1). Le bois avec lequel on les fit fut apporté d'Argentine, où M«' de Morel avait acheté un grand nombre de noyers énormes (2). »

Le chœur de la cathédrale de Saint-Jean, avec ses nervures et ses cinq grandes fenêtres, avec son ciborium tout couvert de statues, de clochetons et de fleurons capricieusement découpés, avec ses stalles aux bas-reliefs gracieux ou sévères, tout noircis par le temps et surmontés d'une galerie aux fines ciselures, est un des plus beaux monuments de Tart au xv" siècle dans notre Savoie. Malheureusement, il a subi des modifications et mutilations qu'il nous faut indiquer.

Les antiques vitraux ont été brisés pendant la Révolution. Ceux qui garnissent maintenant les fenêtres ne datent que de quelques années.

Le ciborium était entouré d'une élégante balustrade en fer sur laquelle sept lampes étaient suspendues. C'est dans le ciborium qu'était déposé le Saint-Sacrement (3). La balustrade fut supprimée

(1) M. Angley {Histoire du diocèse, p. 265) donne les noms tlo ces chanoines.

(2) M. Damé écrit en marge ; € Le tal)leau da maîtreatitcl (saint Jean-Baptiste), par A. David, a coûté 150 écus d'or aol. >

(3) Ce n'est qu'en 1757 que le Saint Sacrement a été transféré â l'autel de Sainte-Anne, au fond de la nef latérale de gaïuhc. {Travaux de la Société d'histoire et d'archéologie rfe laMaurienne, t. II, p. 2C0.)

et le pied du monument, mutilé en 1826, pour faire place au trône de l'évêque. Jusqu'en 1793, ce trône était placé du côté de l'épitre ; avant la construction du tombeau de Pierre de Lambert, il faisait face à l'escalier de la salle du Trésor ; il fut alors transporté plus près de l'autel.

Nous avons déjà dit que l'ambon était situé à une arcade plus bas que la montée actuelle de l'avant-chœur. C'est là qu'étaient placées les premières stalles : du côté de l'évangile, celle du duc de Savoie , chanoine de Maurienne , surmontée d'une couronne ducale; du côté de l'épitre, celle de l'évêque, terminée par une petite pyramide ogivale (1). La couronne et la pyramide n'existent plus. En 1836, on transporta ces stalles et quelques-unes de celles qui les suivaient au sommet du chœur ; c'est ce qui explique le disgracieux défaut de raccord qui choque l'œil, surtout dans la galerie du couronnement, entre les stalles transférées et les autres.

Dans les bas-reliefs qui décorent les stalles hautes, on trouve, avec les saints particuliers à l-i Maurienne, les patrons des chanoines qui contribuèrent aux frais de l'œuvre et ceux des principaux bénéfices unis au Chapitre. Suivons l'ordre dans lequel les stalles sont maintenant disposées, eu commençant vers l'autel.

Du côté de l'Évangile : V Saint Jean-Baptiste; 2' saint Gontram, roi de Bourgogne, fondateur de

(1) GoMBET, Histoire chronologique des évêques de Maurienne, manuscrit.

la cathédrale et de l'évéché ; 3' sainte Thècle, de Valloires, qui apporta à Saint-Jean les reliques de saint Jean-Baptiste ; 4" saint Felmase, premier évoque de Maurienne ; 5' saint Georges ; 6" le prophète Isaïe; 7" sainte Anne; 8* saint Christophe; 9* le prophète Jérémie ; 10' le prophète Daniel ; H* saint Mathieu; 12* saint Jacques le Mineur; 13" saint Bénézet, d'Hermillon ; 14' saint Barthélemi ; 15** saint Etienne; 16" saint Mathias; 17" le roi David (1); 18" saint Philippe; 19" sainte Barbe; 20" saint Michel, archange; 21" saint Sébastien.

Du côté de TEpltre : 1" la Sainte Vierge ; 2" sainte Marie-Magdeleine; 3" sainte Catherine ; 4" saint Antoine ; 5" mainte Lucie ; 6" saint Maurice ; 7" saint Lazare ; 8" saint Pierre; 9" saint Nicodème ; 10" saint Paul ; 11" saint Thomas ; 12" saint André ; 13" saint Simon; 14" saint Jacques-le-Majeur; 15* saint Jude; 16" saint Jean ; 17" saint Roch ; 18" saint Joseph d'Arimathie ; 19" saint Bernard de Menthon ; 20" saint Claude (2) ; 21" saint Martin de Tours ; 22" saint François d'Assise.

On voit que les saints sont disposés sans ordre

(1) Ce saint porte la couronne impériale, ce qui nous avait d'abord fait supposer que le sculpteur avait voulu représenter l'empereur saint Henri, patron du chanoine Henri Dupuis ; mais le psalterion placé derrière le saint est l'attribut distinctif du roi David.

(2) Évoque bénissant. C'est bien ainsi qu'est représenté saint Claude. Ce saint était le patron de l'un des principaux membres du Chapitre, Claude de Noblanc ou de Noblens (et non de Montblanc, comme dit M. Angley). Cependant il est possible que l'on ait voulu représenter le B. Ayrald, évoque de Maurienne, au tombeau duquel cette stalle est adossée.

aucun. Gela vient de ce que les chanoines eurent naturellement le droit de choisir le sujet du basrelief dont ils faisaient les frais.

Nous signalons aux touristes les curieuses sculptures placées sous les miséricordes et aux accoudoirs inférieurs des quatre-vingt-deux sièges. Ce sont des ustensiles de ménage, des outils d'artisan, des animaux réels ou fantastiques. L'habileté de Pierre Mochet se montre peut-être mieux encore dans l'exécution de ces petits objets que dans les bas-reliefs, quelquefois un peu raides, des grandes stalles. Un autre défaut de ceux-ci, c'est que les attributs des saints ne sont pas toujours exactement ceux qui leur sont donnés par les traditions iconographiques.

Les stalles hautes étaient réservées aux chanoines et aux bénéficiers ; les basses étaient occupées par les ministres inférieurs ;de l'Église et par les Innocents.

Au sommet de la nef latérale de droite, dans le mur qui la sépare de l'avant-chœur, est creusé le tombeau du B. Ayrald, évoque de Maurienne. Les reliques, transportées dans la chapelle du palais épiscopal par M^ de Martiniana, au xviii* siècle, y sont encore déposées. Sous l'arc qui forme la niche du tombeau est une admirable peinture à l'encaustique, de l'école italienne (1), représentant la Lamentation sur le tombeau de Jésus-Christ. Nous y retrouvons, autour de la Sainte Vierge agenouillée et contemplant, avec une ineffable expression de douleur et d'amour, le Christ mort et nu, plusieurs

(1) M. le marquis de Costa, dans un rapport adressé à M'J' Vibert, en 1859, attribue cette peinture au Giotto.

des saints que nous avons vus dans les stalles du môme côté : saint Jean, sainte Marie-Magdeleine, Nicodème et saint Joseph d'Arimathie.

Le mur supérieur est couvert d'une représentation du Jugement dernier, peinte à la détrempe et appartenant à l'école allemande. Aux deux côtés, les prophètes Nahum, Johel, Michée, Baruch, Jérémie et Isaïe tiennent des cartels avec des textes tirés de leurs livres.

Ces peintures sont de la seconde moitié du xv* siècle. Ce n'est qu'en 1858 qu'elles ont été débarrassées de la couche de chaux dont elles avaient été recouvertes, on ne sait à quelle époque. Malheureusement, ceux qui l'ont mise ont voulu rendre leur travail plus durable, en piquant à coups de marteau le tableau de la Lamentation.

Les piliers de la même nef, dans les endroits où la couche de chaux est tombée, laissent aussi paraître des têtes et des nimbes d'or de la même époque ; mais ces peintures sont trop insuffisamment visibles pour qu'il soit possible d'en reconnaître les sujets. Il est permis de supposer que les piliers des autres nefs sont décorés de la même manière sous les couches de badigeon qui les recouvrent (1).

Nous ne pensons pas que la face intérieure des murs d'enceinte ait reçu la même décoration. A ces murs étaient encore adossées, au milieu du xvii' siècle, la plupart des chapelles unies au Chapitre (2). On voit encore, le long des murs des

(1) Voir, dans le !¥• volume des Travaux de la Société, „y p. 115, une lettre de M. G. Vallier sur ces peintures.

(2) M. Angley, Histoire du diocèse. .,, p. 421, suppose à tort que ces chapelles furent supprimées à l'époque de la construction des voûtes.

nefs latérales, plusieurs petits sacraires qui datent de la fin du xV siècle, comme ceux, beaucoup plus grands et plus richement décorés, qui sont placés à côté du maitre-autel et de l'ancien autel de saint Pierre. L'enlèvement de ces autels doit avoir coïncidé avec la construction des trois chapelles extérieures ouvertes dans la nef de droite, qui eut lieu dans la seconde moitié du xvii* siècle (1). Le cloître ne permit pas d'en construire de même dans la nef de gauche.

Nous arrivons enfin au xvr siècle. Le chemin a été un peu long; nous ne le regrettons point, s'il a présenté quelque intérêt.

La cathédrale a subi peu de modifications pendant ce siècle.

Le successeur d'Etienne de Morel, le cardinal Louis de Gorrevod (1499-1539), dans les dernières années de sa vie, fit reconstruire, sur de plus vastes proportions, la chapelle de Saint-Barthélemi, située à l'entrée de la nef collatérale de gauche, et lui donna ouverture dans l'église. Elle fut appelée chapelle de Jésus : elle est maintenant sous le vocable de saint Joseph. Ce fut là qu'il fit préparer son tombeau. On voit que la Renaissance va opérer

(1) Damé raconte ainsi la construction de la chaiielle de Notre-Dame des Carmes: Anno 1670 conxlruclum fuit a fundamentis sacellum Beatœ Mariœ Carmeruarum in cathedrali, ope et soïlicitationibus R, It, Jacobi Dame^ canonici hujus eccîesiœ, quod brevi in suhliuie claium est plurium largitionibus, et sequenti anno 1671 sua effigie suisque tabulis inauratis et variis coloribus dhcriminatis ornât um atque instnictum fuit, expensi^ ad id circiier 1400 /lorenis. L'autel actuel est de date beaucoup plus récente.

une révolution complète dans Tarchitecture. Les arcs se rapprochent du plein-cintre. Cependant, Tensemble est encore ogival. L'entrée, entourée de moulures avec festons et crochets, s'ouvre entre deux pilastres ornés de sculptures, des armes du fondateur (1), de niches, vides depuis la Révolution, de culs-de-lampe et de dais, et surmontés de clochetons. L'écusson de M«' de Gorrevod est encore ]>lacé sur les chapiteaux des colonnes engagées dans les angles de la chapelle et sur les lourdes clés pendantes aux intersections des nervures de la voûte. Les fenêtres, aux flammes entre-croisées, sont coupées par le toit du cloître et garnies tout simplement, à l'heure présente, de châssis semblables à ceux des étables de nos pères ; mais on les remplacera plus tard, dit-on. En attendant, la chapelle vient d'être, comme l'ancienne sacristie, victime d'un commencement de restauration, aux frais de l'Etat. Chapiteaux, colonnes et nervures ont été enduits d'une belle couche d'ocre jaune à Ihuile I

En 1576, M^ Pierre de Lambert fit revêtir le bas des murs du sanctuaire d'une boiserie en mélèze. Elle se compose d'un siège continu, de panneaux à losanges et d'une corniche avec arabesques plates et découpures. La frise porte une longue inscription qui nous apprend que ce travail est très élégant (2). Nous le voulons bien. Seulement, il n'aurait pas fallu qu'il fût placé sous ces voûtes et

(1) D'azur au chevron d'or.

(2) Nudos parietes ligneis subselliis aptissimè cinœit elC' gantissimàque tÇLbuTarum constrvçHone,

ces fenêtres, près de ce ciborium et de ces stalles, de style ogival; il n'aurait pas fallu surtout, pour poser la boiserie, taillader les nerv ures du sacraire. Mais on était eu pleine renaissance et le gothique avait été déclaré barbare, La boiserie elle-même est maintenant incomplète : il en manque le commencement du côté de Tévangile et, derrière Tautcl, la partie centrale où se trouvaient les sièges inégalement élevés du célébrant, du diacre et du sousdiacre.

Nous ne faisons que mentionner, pour terminer ce chapitre, le tombeau de cet évêque, de style grec, avec caryatides, sarcophage, pyramide, arabesques et inscriptions dans le goût païen de Tépoque. Ce tombeau fut construit en face de Fescalier monumental de la salle du trésor. On dutTenlever et on le transporta au-delà de la porte de la sacristie, lorsqu'en 1826, on plaça les premières stalles du côté de TauteL Mais on laissa où ils étaient, sous les stalles, les ossements du grand évêque et la pierre qui ferme son tombeau. Sur cette pierre est gravée Tinscription suivante, rapportée par M. Angley, qui l'avait lue ;

Qulesco do7iea.-* Vtator,

Bcne 2^reaare^ Hoc eineri &a(is,

MDLXXXXI (1).

(1) Je tne ri^posc jusqu'à ce que,.»

Voyageur.

PrifiK pour moi,

C'est tout ce quUl faut à la cendr^.

On aurait bien pu ne pas priver M«' de Lambert du droit de solliciter à perpétuité les prières du voyageur. Il l'avait bien mérité, et il était aussi facile de transporter les ossements et la pierre sépulcrale, que le sarcophage et la pyramide.

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