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CHAPITRE IV Les Églises paroissiales et les Chapelles

La ville de Saint-Jean, réunie aujourd'hui en une seule paroisse sous le nom de Saint-Jean-Baptiste, titulaire de la cathédrale qui est en même temps église paroissiale, en formait deux autrefois, celle de Saint-Christophe et celle de Notre-Dame. La paroisse de Saint-Christophe ne comprenait que les rues Beauregard et de l'Orme, et le petit hameau du Villard, aux confins du territoire de la ville et de celui de Jarrier. Notre-Dame avait le reste de la ville et les hameaux des Rossières, des Ouïes et des Plans. Les deux paroisses, nous l'avons déjà dit, dépendaient du Chapitre de la cathédrale, curé primitif, qui se faisait représenter par deux de ses membres avec le titre de vicaire ou de curé. Des conventions déterminaient la part qui leur était attribuée dans les revenus du bénéfice, qu'ils étaient chargés de percevoir, et leurs obligations à l'égard du Chapitre.

Pour donner une idée de l'état, au xvi* siècle, de nos églises et de la chapelle de Sainte-Thècle, annexée alors à l'église de Saint-Christophe, nous devons remonter au-delà des limites dans lesquelles nous avons généralement restreint cette étude.

L'église Notre-Dame s'allongeait encore, en 1830, jusqu'au clocher. Cette grosse tour carrée a-t-elle été construite pour cette destination ou y a-t-elle Hé adaptée, d'abord au vi* siècle, puis au xi*, époque où elle aurait été en partie reconstruite? Nous laissons à de plus habiles que nous la solution de et tte question. Mais si l'on veut avoir notre avis, nous dirons que nous ne voyons rien dans l'appareil des murs ni dans le style des ouvertures, iMûme de la partie inférieure, sauf peut-être dans les premières assises, qui permette de reculer, avec quelque certitude, au-delà du xV siècle, la date de la construction de cette tour. Mais il est possible qu'on l'ait bâtie sur quelques restes d'une tour romaine détruite, ainsi que Téglise Notre-Dame, la cathédrale et la ville entière, par l'empereur Gonradle-Salique, vers l'an 1032, dans la guerre qu'amena la succession de Rodolphe III dit le Fainéant, roi de Bourgogne. La construction ou reconstruction a dû avoir lieu après Tannée 1040; car l'évêque Thibaud, faisant, cette année-là, donation au Chapitre de Sainte-Marie et •de Saint- Jean-Baptiste de plusieurs fermes situées sur les territoires de Saint- Jean de Maurienne, de Villargondran, des deux Albiez et des Arves, dit que la ville dont il a le titre d'évêque est détruite (1).

En 1247, l'évêque Aimon III de Savoie et le Chapitre se trouvant en désaccord sur plusieurs points, entre autres à propos d'une porte que l'évoque avait fait ouvrir dans le clocher, ce que le

(1) Chartes du diocèse.,, j p. 13.

Cliapître regardait comme contraire à ses droits sur Téglise Notre-Dame, une transaction intervint. Au sujet de la porte, on stipula que révoque conserverait pour son usage celle qu'il avait faite, mais que le Chapitre pourrait en ouvrir sur les trois autres côtés de la tour (1)*

Entre 1470 et 1480, le sommet du clocher fut refait et surmonté d'une flèche élancée et de quatre tourelles, de style ogival, avec les revenus de la mense épiscopale abandonnés à ci^tte fin par le cardinal d'KsLouteville. Cette flèche f tces tourelles, détruisant Tégalité entre le clocher et les maisons voisines, furent abattues parla Révolution, Pour être logique, elle aurait du abattre toutes les maisons jusqu'à la hauteur du rez-de-chaussée; mais on ne pense jamais à tout.

Le clocher faisait donc corps avec l'église paroissiale Notre-Dame, Celle-ci, maintenant amputée de la moitié de sa longueur et réduite au rang de simple chapelle, avait aussi été rebâtie au xr siècle, et cVst à cette époque qu'appartiennent, h notre avis, Fabside et le mur du côté du midi, ornés Tun et Fautre, sur la face extérieure, d*une ligne d'arcatures en relief. Le mur du nord^ parallèle à la cathédrale, a été refait à plusieurs reprises, et le portail du xr siècle qui le décore a été évidemment transporté d'ailleurs à la place qu'il occupe maintenant, (^iertains détails des motifs des chapiteaux, entre autres de celui où deux évoques tiennent la même crosse, pourraient faire douter que peut-être

(i) Cari u la ire du diocèse. t p* 78.

il a primitivement appartenu à la cathédrale. Quant à expliquer la bizarrerie mystérieuse que nous venons de signaler, il n'y a rien dans nos annales qui en donne le moyen.

Au xyV siècle, cette église était reliée à la cathédrale par une toiture couverte en ardoises et supportée au milieu par des colonnes. Plusieurs titres font mention de cette toiture qui devait être très basse, pour ne pas ôter le jour aux fenêtres delà cathédrale, surtout avant qu'elles fussent agrandies à la fin du xv' siècle. La sacristie, très petite, était placée près de l'abside.

A l'intérieur, la nef était couverte d'un lambris. La voûte en pierre et les lourds piliers saillants qui la portent datent du xviii* siècle.

Il y a dans l'intérieur un pupitre renaissance et une chaire portative ogivale, qui est de la même époque et peut-être des mêmes artistes que les stalles de la cathédrale.

Le Conseil général de la ville fit faire plusieurs fois des réparations à cette église. Celles qui furent exécutées en 1569 paraissent avoir été assez considérables ; car, pour y faire face, on mit en vente la partie du logis des Trois-Rois qui appartenait à la ville et où les syndics et leur conseil se réunissaient d'ordinaire, avant l'acquisition de l'Écu-de- France. Cette vente donna lieu à un procès assez singulier, qui montre quelle surveillance chacun exerçait sur les syndics. L'acquéreur, Joffrey ou Geoffroy Crinel, aubergiste, marchand de drap et de beaucoup d'autres choses, ayant ouï dire que les syndics, Claude Michaëlis, avocat, Pierre Lambert

et Jean Dedin, songeaient à donner une autre destination au prix de la vente, qui était de 210 florins, refusa de payer, et il fallut une sentence du juge commun, Pierre Rapin, pour Ty contraindre, après que les syndics eurent affirmé qu'ils n'avaient aucunement l'intention de s'écarter de la décision du Conseil général, au sujet de l'emploi de cet argent.

Le cimetière de la paroisse comprenait la place qui s'étend entre le palais épiscopal et la cathédrale, le cloître et l'espace couvert dont nous avons parlé.

Il y avait à Notre-Dame plusieurs chapellenies, dont les recteurs assistaient le curé dans le service de l'église et de la paroisse, tout en remplissant les fonctions de bénéficiers dans la cathédrale. Le chanoine Jean Trolliet, natif de Fontcouverte, par acte du 3 avril 1506, fonda quatre de ces chapellenies, sous les vocables de saint Maurice et de ses compagnons, des saints Cosme et Damien, de saint Gras et des saints Jean et Paul. Cette fondation porta le nom de quatre-chapelles. Les recteurs étaient nommés par le Chapitre. Ils devaient assister aux heures, messes et offices canoniaux avec les autres chapelains de la cathédrale, et ils recevaient leur part des distributions quotidiennes d'argent et de pain. Leurs absences étaient punies à V arbitraire du seigneur chantre de la cathédrale ; mais ils étaient censés présents, quand leur office les retenait à Notre-Dame. Cet office consistait à y célébrer chacun quatre messes par semaine, à assister, au moins deux personnellement, et à chanter au graduel, les dimanches et les fêtes, aux messes, vêpres et saluta-

tiom de la bienheureuse Marie, soit au Salve, Regina et au Regina cœli, selon le teinps. Le fondateur déclare qu'il fait cette fondation en thonneur de la sainte ci immaculée Vierge Marie et pour augmenter son culte dans la dite église qui lui est consacrée. Il remet au Chapitre, pour la part des distributions revenant à ces quatre chapelains, le capital de 2,400 florins d'or petit poids, le florin valant 12 deniers gros, soit 12 sous ; et, pour la dotation des chapelles, une certaine quantité de rentes et de propriétés situées la plupart à Fontcouverte, entre autres une tour et divers édifices au mas de la C6te (1).

Lorsque, après avoir gravi la rue Beauregard, on a dépassé le couvent des Sœurs de Saint-Joseph et la maison des Missionnaires, on se trouve entre deux cimetières : le nouveau, à gauche, sur la pente du Verpil ou plutôt Velpil, comme on disait au XXI' siècle, et l'ancien,' à droite. L'ancien n'est pas bien vieux, car il n'a été ouvert que vers 1820, mais il était insuffisant. L'enclos de celui-ci, avec une petite partie de la propriété du séminaire, contenait Féglise, le presbytère et le cimetière de la paroisse Saint-Christophe. De l'église et du presbytère, il ne reste rien. Seul le tableau du maître-autel, représentant le patron de l'église, a échappé à la destruction ; il orne le maître- au tel de Téglise du petit-séminaire.

Les archives communales de St-Jean possèdent un grand nombre de reconnaissances en faveur de

(i) Archivefi deVévéché,

I*église Sainl-Chnstophe. La plus ancienne dont il soît fait mention est du 3 décembre 128G, Le prêtre chargé de la desserte a le titre de chapelain. En 1309, il porte celui de recteur. Ce n'est qvCk partir du commencement de Tannée 1314 que les actes lui donnent la qualification de curé (curafits). Saint- Christophe n'était donc, dansTorigine, qu'une chapelle p qui fut érigée en église paroissiale, entre 1300 et 1314, par Tôvôque Aimon II de Miolans et unie au Cliapitrc de la cath(^^drale. « Le curé de yaint-Christophe, dit Jacques Damé, est présenté par le Chapitre et mis en possession par le chanoine chantre; il est soumis à toutes les obligations dos autres chanoines et à sa résidence dans la cathédrale. »

Indiquons quelques-unes des fondations faites en faveur de cette église. Il y a là-dedans à glaner quelques détails sur les vieilles familles etles vieux usages.

En 1303, Villred des Colonnes, de St- Pane race, lègue à Saint-Christophe une quarte de froment annuellement.

En l:i^37, Agnt's, veuve de Pierre Tal né, donne une rente de trois sous de Vienne pour que chaque jour, vers le soir, le curé sonne ou fasse sonner neuf coups de cloche pour VAre, Maria. La même année, Humbert de TOrme (de (Jlmo), damoiseau, lègue quatre deniers forts aniiuellement, hypothéqués sur une terre située derrière le château du Villard, à coté du chemin qui conduit à Salnte-Thèclc.

Ce château et ce chemin sont mentionnés dans un grand nombre d'actes- Le château était situé

mu; Couibesj vers VArgentière, hameau du Villard ( Villard-Jarrier). Le chemin de Sainte-Thècle, ou de la Balme, se raccordait tout auprès au chemin de Jarrier; il était très fréquenté par les habitants de Jarrier, de Saint-Pancrace, de Fontcouverte, nii^nic des Arves, dans leurs pèlerinages à la chaptHle de la sainte.

On trouve le nom de la famille de l'Orme, mais nans qualification nobiliaire, jusqu'à la fin du xvi* siècle.

Eu 1342, Pierre David donne une livre de cire tous les ans, pour qu'on allume un cierge pendant Télévation du Saint-Sacrement.

Au XV* et au xvr siècle, presque toutes les familles nobles de Saint- Jean signent des reconnaissances en faveur de l'église Saint-Christophe : du Pont, du Mollard, des Colonnes, des Costes, etc. Ce sont des dîmes et des rentes diverses léguées par les ancêtres. La dime, — et il en était de même de toutes celles du Chapitre, — était de deux pots ou pointefs, soit d'un huitième de coupe, par fossorée de vigne, et de deux quartes de blé par six quartellées ou srfcrie de terre (1). Il y avait sur deux ou trois proiiriétés, notamment à Sainte-Thècle, la dîme des fruits et celle des agneaux. Les rentes en nature

(U Fossorée, étendue de vigne qu'un ouvrier peut piocher {foêsorer) en un jour ; quartellée, terrain que Ton peut enj^cmeiicer avec une quarte de blé; séterie, celui que Ton peut ►Hisemencer avec un setier. Le pot de Saint-Jean est ti\m litre et demi ; la quarte, de 13 litres 3i. En supposant la moyenne du produit de 90 pots de vin par fossorée et de 8 tiuarles de blé par quartellée, on voit que la dîme était de 1/45 pour le vin et de 1/34 pour le blé.

et en argent étaient très nombreuses ; mais, comme celles du Chapitre, très difficiles à percevoir, rarement payées avec exactitude, et, pour la plupart, de très peu de valeur.

Une reconnaissance générale fut reçue on 1532 par les notaires Jean Tondut et Antoine Mollier» en faveur d'Hugonin Gohendet, curé de Saint- Christophe. Elle comprend quarante-huit déclarations, dont vingt-cinq ont pour objet des i>ropriétés situées à Jarrier, à Fontcouverte, ;\ Villarembert, dans les deux Albiez et à Montrielior ; les autres sont presque toutes sur la paroisse Saint- Christophe. Mais il y a tant de réserves, de nonvaleurs, de redevances insignifiantes, de débiteurs ou de propriétés inconnus, de procès pendatils tm à entamer, qu'il nous a été impossible de Taire une addition même approximative. Ce qu'il y a de plus clair, c'est que la propriété était alors, à Saint- Jean, presque aussi divisée qu'elle l'est aujourd'hui et que le curé de Saint-Christophe, avec son gros livre de reconnaissances, n'aurait pas eu de quoi rouler carrosse, s'il y avait eu des carrosses.

Notons encore, — et c'est à quoi l'on doit faire attention, quand on parle des anciens droits féodaux des églises et du clergé, si l'on veut faire de l'histoire vraie, — que ces dîmes et redevances n'entraient pas dans le grenier, la cave et la bourse du curé comme sa propriété personnelle et disponible. Presque tous les donateurs avaient mis des charges et conditions, à l'observation desquelles les héritiers et, au besoin, la communauté veillaient avec un soin jaloux. C'étaient non-seulement dm

messes à acquitter, des processions ou des répons à faire sur le tombeau du donateur ; mais des aumônes à distribuer, du luminaire à fournir, un autel ou une partie de Téglise à entretenir, une lampe à tenir allumée, etc. Le donateur réservait toujours à ses héritiers la faculté de payer le capital sur le taux du cinq pour cent. Mais souvent ceux-ci trouvaient leur profit à servir la rente stipulée, le pot de vin, la coupe de blé, la poule, qui peu à peu, à force de se fractionner, finissaient par disparaître. Ce qui disparaissait moins vite, c'étaient les charges ; car, pour en être exonéré par l'autorité épiscopale, sans avoir à craindre un procès, le curé devait indiquer les revenus relatifs à chapune de ces charges et prouver qu'ils étaient irrécouvrables, malgré toutes les démarches qu'il avait faites, ce qui n'était pas facile.

La visite pastorale faite par M«' de Lambert, le 5 novembre 1571, nous apprend que l'église Saint- Christophe avait deux chapelles latérales, dédiées Tune à la Sainte-Trinité, l'autre à saint Jacques; et qu'une demoiselle de Cusinens avait légué au curé une rente de cinq florins pour que, tous les dimanches, il chantât ou le Salve, Regina, en l'honneur de la Sainte Vierge, ou le Libéra me pour les défunts.

A partir de la fin du xiv" siècle, les curés joignent à leur titre celui de recteur de la chapelle de Sainte- Tigre ou Thècle de la Balme.

Ce mot de balme, dit M«' Billiet, signifie rocher ou grotte dans un rocher. Nulle part, dans les environs de Saint-Jean, la sainte de Valloires

n'aurait pu trouver un lieu plus propre que cette grotte, dominant la ville à mi-hauteur de la montagne du Rocherai, à lui donner le repos et le silence qu'elle cherchait après les fatigues et les dangers de son pèlerinage en Orient, sans perdre la vue de l'église où reposaient, où reposent encore, après treize siècles, les reliques de saint Jean- Baptiste qu'elle en avait rapportées. Les alentours de la grotte n'avaient pas, de son temps, l'aspect sauvage qu'ils ont maintenant, et, au xvi* siècle même, ils n'étaient pas dénudés et bouleversés, comme ils l'ont été depuis, par les rochers éboulés de la montagne. Les reconnaissances en faveur de la chapelle font mention de vignes situées audessus et au-dessous de la grotte. A une petite distance, s'élevaient quelques maisons. Un document des archives des Capucins de Ghambéry dit qu'en 1627 ces maisons étaient au nombre de quatorze et qu'elles furent incendiées par la foudre. A côté ou au-devant de la chapelle, un ermite, son serviteur, avait son habitation.

La grotte elle-même avait porté le nom d'église et les constructions qui la précédaient, celui de monastère, ce qui est une preuve, — il y en a d'autres que nous avons données dans un autre ouvrage (1), — que le monastère où sainte Thècle termina sa vie , avec sa sœur Pignénie et douze veuves, était bien situé à la Balme-Rochex.

Le 1"" juillet 1251, Hugues de La Combe (de Comba) reconnaît, devant le notaire Jean de Mont-

(1) Histoire hagiolog\ du diocèse de Maur., p. 25, 30, 311.

bérenger, devoir annuellement, le jour de la fête de sainte Thècle, 25 du mois de juin, à Dieu, au monastère de Sainte-Tigre et à son serviteur, c'està-dire au prêtre qui desservait cette église, onze deniers de servis, légués par Marguerite Guelisa ou de Guelis, sa femme (1). La même année et le 4 février, Pierre Guelis du Groset avait donné deux deniers de servis annuel à Dieu et à Tautel de sainte Tigre de La Balme, au-dessus de Saint-Jean.

Ici se pose une question, dont la solution nous manque. Ce Pierre de Guelis ne serait-il pas le même que Pierre de Guelis qui, dix-huit ans plus tard, occupait le siège épiscopal de Maurienne et qui, en 1270, unit la chapelle de Sainte-Thècle à la mense capitulaire, de quoi M. Angley le loue fort, et la femme d'Hugues de La Combe n'aurait-elle pas été sa sœur ou sa parente?

Quoi qu'il en soit, citons encore comme bienfaiteurs de la chapelle : Amédée de Savoie, évêque de Maurienne, qui, le 2 février 1201, donne un servis de six deniers pour le luminaire de l'autel; Vionet du Mollard, habitant de Saint-Jean, qui, dans son testament du 10 novembre 1266, veut que le serviteur de l'église de Sainte-Thècle prie pour son âme (2) ; Guillaume de La Citerne, de Genève,

(1) Lederat in suo ultimo testamento pro remedio anime sue et suorum antecessorum Deo et monasterio Sancte Tygris de Rochereto ii denarios servicii annualis ipsi monasterio et servilori ejus solvendos annuatim in festo Sancte Tygris,

(2) Legavit ecclesie Sancte Tygris de Bahna, quamdiîi ibi erit servitor, dimidiam cupam vini annualeni,,. ut dictus servitor preces effundat pro anima ipsius, La coupe de viu était de 16 pots.

habitant à Saint-Jean, qui nomme ponr héritier

le recteur de la chapelle ou église de Saiute*Thèclc, en son testament du 3 août 1285 (1); Pierre-Régis de Ginoude, testament du 3 novembre 1302.

On voit qu*après sa cession au Ghïipitrej Téglise de Sainte-Thècle continua à avoir son sen^ïfetir ou recteur- Nous trouvons avec cette ([ualité : Aimon d'Albiez, en 1253 et en 1280 ; Richard du Mollard, en 1285; Guillaume de Tigny, en 1303; Antoine SéchaU en 1330; Guillaume-le-Rouge (Rubei), en 1312 et en 1340- Ce fut le dernier ou Tun des derniers.

En 1394, Antoine des Costes est, dans une reconnaissance, qualifié de curé de Saint- Christophe et recteur de la chapelle de Sainte-Thèclc. Les deux bénéfices avaient été réunis sur la même tête et ils le demeurèrent jusquVi la Révolution, qui supprima Fun et Tautrc,

Il n'y avait donc plus au xvi' siècle de recteur en titre résidant à Sainle-Thècle, mais il y avait un ermite attiré en ce lieu par la dévotion envers la sainte qui y était honorée et par T amour de la solitude. Il ne jouissait d'aucun des revenus de la chapelle, dévolus au curé de Saint-Christophe, et ne prenait que la qualité d'ermite, Il est fait mention de lui dans deux actes que nous reproduisons textuellement. Le premier est en latin; nous le

(1) Il fait des legs aux églises Je Sainte-Marie et de Saint- Christophe, et, après avoir institué hénlÎQv redore m capelle êea ecclésiâ Sancie Tecîe de Balma, il lui ordonne d*employer ce qui restera de sa succession in aqukitionlbm ad opus dicte ecclesie Sancie Tecle,

traduisons pour la satisfaction de tous nos lecteurs (1):

L'an 1536 et le 19 janvier, devant nous Georges Truchet, notaire et vice-corrier, siégeant en notre tribunal, ont comparu et se sont personnellement constitués Arnaud Brun, Louis, fils de défunt Claude Borrel, et Pierre, fils de défunt Jean Brun, tous de Jarrier, lesquels ont promis, chacun pour un tiers, de fournir à messire Pierre Varot, ermite de Sainte-Thècle, audessus de la ville, ici présent, et k honorable François Gussod, consyndic des hommes et de la communauté de toute la ville, présent et acceptant, au nom de la ville et dudit ermite, savoir un clerc (imian cleyncum) qui le servira dans tous ses besoins, pendant qu'il vivra dans ledit ermitage et qu'il y tiendra une conduite honnête et religieuse, et de donner à ce clerc la nourriture et le vêtement. Le clerc sera choisi et élu par les promettants, qui le changeront, quand il ne fera pas exactement son service, et en désigneront un autre, avec l'agrément dudit messire Varot — Rodolphe, 'notaire.

Nous ne savons si ces braves gens tinrent longtemps leur promesse. Toujours est-il qu'en 1560, Termite et l'ermitage de Sainte-Thècle étaient dans une situation aussi misérable l'un que l'autre. Le 20 mars de cette année, les syndics Claude du Pont de Montarlot, Jean Mestrallet et Martin Ulliel, assistés de treize conseillers, s'assemblèrent dans la maison de Montarlot et prirent la délibération suivante (1) :

Sur requeste présentée par Loys Pellicier, hermite de Toratoyre Saincte-Thècle es fins d'estre recovert le dict

(1) Registre du juge-corrier de loïîi à 1543, archives de la Société d'histoire et d'archéologie, -

(2) Registre des délibérations du conseil.

iSi^k

^Êm

oratoyre et qu'il soit honestement vestu et habillé comme appertieut à hermitte. A esté résolu que le dict oratoyre sera recovert aux cîespens de la ville* Et ayant esgard à la povreté du diot oratoyre et herftiite^ que n*a ny possède aulcungïï biens de soy ny du dict oratoyre pour se veatir et alimenter, et aussi considéré les vaquations qu'il fait tous les lundis heure do minuict pour venir crier par la ville pour recordation et prières des âmes des trépassés, luy accorde pour cette foys seulement et sans le prendre et tirer eu conséquence ung habit et mantheau de drap blanc de pays sur lequeJ seront apposés et Tais en drap roge la maiu saine t Jehan qu'est les armes de la vUle, ensemble sou saye et chausses de mesmes drap^ avec ses solliers neufs et doubles, es Ons qu'il aye occasion prier Dieu pour les âmes des trépassés et de tous les citoyens dicte cité, et ce le plus brief que faire se pourra.

Ainsi la pauvre chapelle n'attendît pas la Révolution pour être dépouillée des petits revenus qu'elle devait à la dévotion à sainte Thècle, et tomber dans rétat d'abandon où nous la voyons* Il lui reste au moins le souvenir de la sainte et l'abri du rocher.

A mi-chemin entre la ville de Saint-Jean et la chapelle de Sainte-Thécle, sur une petite esplanade qui termine le vignoble de Princens, s'élève la chapelle de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle* Son origine appartient au xvr siècle* Le chanoine Damé la raconte ainsi dans un manuscrit latin de la seconde moitié du xvn' siècle, auquel nous avons déjà fait et ferons encore plusieurs emprunts (1) :

(i> Ce manuscrit a été donné aux arehiven de la Société d'histoire et d'archéologie de Maurienne par M. BulLard, curé de Saint-Julien. Il contient, entre autres notes importantes, ime analyste dos testanjonls des évéqucs Aniblnrd, Ogier de Gontlans, de VaramLon, de Gorrevoil et Amédêe de Montmayeun

Le 2 mai 1529, Révérend Antoine Polliac, chanoine des cathédrales de Saint-Jean et de Bourg, fonda la chapelle de Bonne-Nguvelle en Thonneur de l'Annonciation de la Sainte Vierge; il lui donna six fossorées de vigne situées à côté de la chapelle et six autres fossorées près de Bonrieu... Il réserva le droit de présentation et de nomination à ses consanguins et, à leur défaut, au Chapitre, avec la clause.... que le prêtre qui serait pourvu de ce bénéfice ne pourrait en posséder aucun autre. Il donna, en outre, au Chapitre quinze fossorées de vigne pour le chant du psaume Audi, Israël, mandata vitœ, pendant le carême....

Antoine Polliac était de Bourg-en-Bresse et avait suivi à Saint-Jean, en Tannée 1499, M^'de Gorrevod, dont il fut secrétaire. Il fut témoin, le 15 janvier 1513, à une transaction entre cet évoque et noble Michel Vercelot dit Brulefert, au sujet d'nine partie des forêts d'Argentine (1).

Sur la porte d'un petit cabinet du rectorat de Bonne-Nouvelle, dans un cartouche en albâtre, de style gothique, Antoine Polliac fit sculpter les armes de M«' de Gorrevod ; cet évêque accorda des indulgences aux fidèles qui visiteraient la chapelle et contribua peut-être de sa bourse à son érection.

Claude Constantin, natif d'Albiez-le-Vieux et bourgeois de Saint-Jean, dans son testament du 18 février 1561, lègue à la chapelle deux livres d'huile de noix payables chaque année le dimanche des faillies (2), moyennant quoi le recteur sera tenu aprendre la dicte lampie toutes les prùicipales (estes de Van,

(1) Archives de révéché.

(2; Premier dimanche du carême.

En 1545, le recteur de Bonne-Nouvelle s'appelait Antoine Losset. Il était de Saint-Jean d'Arves et ajoutait à son titre de recteur ceux de religieux, cénobite et ermite de Bonne-Nouvelle, Il eut, au sujet de son bénéfice, un procès dont le motif ne nous est pas connu, le dossier étant incomplet (1). Un bienfaiteur de la chapelle (le nom est déchiré) avait acheté pour elle des biens, revenus, taches (2), dans la paroisse de Saint- André. Le châtelain, Guillaume Viflfron, notaire à Saint-Jean, fit mettre sur toutes ces choses un séquestre, dont la levée fut ordonnée, le 9 janvier 1546, par jugement de François Bonnivard, docteur en droit, vicaire capitulaire, officiai et administrateur du diocèse: le siège épiscopal était vacant et les biens de Tévéché avaient été réduits sous la main du roi de France.

Viflfron s'opposa à l'exécution du jugement, mais sans donner les motifs de son opposition. Losset recourut de nouveau à messire Bonnivard, lui exposant que, par suite de ce séquestre non justifié, il était obligé, depuis qu'il avait fait profession de la vie religieuse dans l'ermitage de Bonne-Nouvelle, de mendier son pain de porte en porte, au mépris des volontés du fondateur et des bienfaiteurs de la chapelle. Un second procès commença donc, le 23 du même mois, au sujet du séquestre. Mais Michel

(1) La plupart de ces pièces se trouvent dans les archives de la mairie de Saint-Jean, avec ce titre : Acta venerabilis fratris Anthonii Losseti presbyteri cénobite cenobii Beatû Marie Annonciationis vulgariter appellati de Bonne-Nouvelle, Les autres appartiennent aux archives de St-Andrê.

(2) Taschia, redevance en grain.

Couvert (Coperti), procureur de Viflfron, réussit à obtenir des renvois d'une semaine à l'autre, ce qui n'était pas difficile en ce temps-là, sous la promesse de production de pièces qui n'arrivaient jamais et malgré les efforts d'Urbain Mact, procureur du pauvre ermite. On voit que l'art de prolonger les procès n'est pas une invention moderne.

Le 20 mars, François Bonnivard se décida à ordonner définitivement la levée du séquestre. Viffron ne se tint pas pour battu, et le cénobite fut obligé d'obtenir du roi des lettres de sauvegarde, à l'entérinement desquelles Tentété châtelain fit encore opposition, par l'intermédiaire du chanoine Henri Bollier. Cet incident fit passer la cause du juge de l'évêché au juge royal, Etienne de La Roche, conseiller du roi et juge-mage de Maurienne et cC Aiguëbelle, qui mit fin au procès en ordonnant que le séquestre, mis indûment sur les biens du bénéfice de Bonne-Nouvelle, fût levé immédiatement.

Nous trouvons encore vénérable frère Antoine Losset, ermite et recteur de Bonne-Nouvelle, mentionné, en 1561, dans le testament de Claude Constantin. Celui-ci veut que ses héritiers fassent acquitter par le prêtre reclus de la ville de Saint- Jean, — il s'agit probablement de l'ermite de Sainte- Thècle, — les messes de monseigneur sainct Grégoyré appelées le trente^mire (1). S'il n'y a pas de prêtre reclus, au moment de sa mort, ces messes seront dites par messire Antoine Losset, prêtre de Bonne- Nouvelle, sous la rétribution de cinq florins de Savoie, ce qui fait deux sous pour chaque messe.

(1) Trente messes à célébrer trente jours de suite.

En outre, Constantin le nomme son exécuteur testamentaire avec messire Antoine Sambuis^ cure de Saint-Christophe, pour ses pies causes seulement, et chacun d'eux recevra six gros (1) de Savoie pour ses peines, moyennant qu'il acquitte deux messes. Il restait ainsi pour leurs peines deux sous à chacun.

La chapelle d'Antoine PoUiac fut détruite par un incendie en 1628, et rebâtie par un capucin iiaf if de Saint-Jean (2).

Quatre autres chapelles existaient encore à Saint- Jean : celle de Saint-Antoine, celle de Notre-Damede-la-Miséricorde, celle de la Réclusière et celle de Saint-Roch; mais nous aurons ailleurs Toccasion de placer plus à propos le peu que nous avons à en dire.

(1) Le gros, denier gros ou sou valait douze deniers ; douze sous, un florin petit poids; et vingt sous, une livre.

(2^ On peut voir la suite de l'histoire de la chapelle de Bonne-Nouvelle dans les Travaux de la Société d'hiatoire et d'archéologie, t. IV, p. 191.

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