‹ Saint-Jean de Maurienne au XVIe siècleChapitre 6 sur 36 · CHAPITRE Y Los Écolos · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y Los Écolos

Dans un petit livre destiné à l'instruction civique de la jeunesse, l'auteur, un savant, dit-on, un important du moins, pour le temps présent, voulant inspirer Tamour delà patrie aux jeunes Français, ne trouve pas de meilleur moyen que de dénigrer le bon vieux temps. Or, le bon vieux temps c'est tout ce qui, hommes et institutions, a précédé la Révolution de 1789. Entre autres choses singulières, employons les termes doux, on lit ceci :

Le paysan n'était pas bon à grand'chose, tout engourdi de misère et sans nulle instruction ; car il n'y avait pas d'écoles ici (?), ni aux alentours, sauf que M. le Curé.... apprenait à quelques garçons à signer leur nom et à lire le psautier....

Il y avait quelques hôpitaux dans les grandes villes...

Ces assertions, peu patriotiques, sont-elles au moins historiquement exactes pour le pays qui a l'honneur d'avoir vu naître le savant important? Nous l'ignorons. Mais il eût été bon de préciser et de donner quelque bout de preuve. Ce qui est certain, c'est que, si on les appliquait à la Savoie, à la ville de St-Jean en particulier, chaque mot de ces deux phrases serait un mensonge, disons mieux, une calomnie ; et nous ne comprenons pas que l'on

oblige lés enfants à les étudier. Le lecteur va en juger- Disons-lui d'abord, pour le cas où il ne le saurait pas, que Saint-Jean n'a jamais été qu'une toute petite ville qui, au xvr siècle, comptait à peine 2,500 habitants, dont le plus grand nombre étaient des paysans. Or, à cette époque, il y avait bien des siècles qu'elle possédait des écoles publiques et des hôpitaux.

Commençons par les écoles.

Le 28 janvier 1325, Tévêque Aimon de Miolans, dans un accord fait avec ses sujets, entre autres franchises et libertés, leur reconnaît celle-ci: â Le dit seigneur. évêque accorde et décide qu'il devra choisir lui-même des maîtres capables pour former les enfants aux bonnes mœurs et à la science (1). » Remarquons qu'il ne s'agit pas, dans celle charte, de la ville de Saint- Jean seulement, mais de tout le peuple de la Terre de VEvèché, c'està-dire des vingt communes dont l'évêque était souverain. Il ne s'agit pas non plus de la création proprement dite d'écoles, mais seulement du choix des m ni très, qui est réservé à l'évêque. Le but de cette charte n'est pas d'établir des lois nouvelles ; c'est, comme il est dit dans le préambule, de prendre des mesures pour que « les droits des sujets soient conservés fermes et inviolables, et que r imprévoyance des officiers épiscopaux ne détruise pas en une heure le fruit du travail des

(1) Concedit dictiis dominus episcopus et ordinat quod per ip^tfïH eligere et eligi dedeant magisiriidoneiin ariibus ad insf.ruv7idiim puerosin moribus et doctrina, (Travaux de la Socie'téd-hist. et d'aréchéol., t. II, p. 213.;

siècles. i> On peut conclure de là que des écoles étaient depuis longtemps établies dans toutes les paroisses de la Terre épiscopale.

Qu'enseignait-on dans ces écoles? Nous n'avons pas leur programme, et peut-être, le système de mettre tous les enfuii^LS dans un même moule, sous prétexte d'égalité, n'étant pas encore inventé, n'y avait-il pas un programme uniforme pour toutes ces écoles? Mais nous avons lu, dans les archives du presbytère de Mon! rond, un extrait du testament de maître Pierre Melin dit de Oluny, rertenr des écoles de grarnTnaire de la cité de Mmtriemie (l)j reçu, le 5 avril 1410, par Guillaume Favre, notaire, dans la maison du testateur, située rue du Mollardd'Ars^an, C'était probablement là que se tenaient les écoles, et c'est pourquoi la rue portait aussi le nom de ^^e des Ecoles. Il faut noter ce pluriel : il indique qu'il y avait plusieurs écoles, plusieurs classes, dont Pierre Melin était recteur ou, comme Ton dirait aujourdMiui, directeur. On y apprenait la grammaire, et non pas seulement à signer et h lire le psautier,

Pierre Melin lègue à Téglise de Moutrond, ce qui fait supposer qu'il était né dans cette paroisse, dix fossorées de vigne situées au-delà de Bonrieu et aclietées par lui des héritiers de Richard de Guincs, chevalier, à la condition que le curé donnera chaque année à la confrérie du Saint-Esprit^ qui se fait à Montrond le jour de la Pentecôte, deux setiers de vin pur provenant de ladite vigne-

(1) Magister Pelrus Melinl alias Cîugniaci recior schola^ rum grammatices Mauriannen^is ciciiatk.

Huit ans auparavant, le 13 février 1402, était mort maître Pierre Pistor, aussi recteur des écoles de la ville de Maurienne, qui avait fait don de ses livres au Chapitre (1).

En 1480 et en 1521,1e recteur des écoles de la ville se nommait maître Pierre Fusier. En 1554, c'était messire Claude du Frêne, prêtre, natif de Pontamafrey.

II eut pour sujccesseur François Monier, qui, en 1569, obtint du Sénat un arrêt l'autorisant à faire représenter publiquement par ses élèves un mystère intitulé : Le sacrifice d'Abraham, en l'honneur de la naissance du duc Charles-Emmanuel P' (2). Ceci nous éloigne de plus en plus de la signature et de lu lecture du psautier. Du reste, la représentation des iru/slèrcK était alors une des dévotions en vogue, et il y en eut non-seulement à Saint-Jean de Maurienne, mais à Saint-Martin-la-Porte, à Saint- Micliel, à Modane, à Lanslevillard, à Bessans...., dans des communes dont la population ne se composait guèn^ que de paysans. Ces pièces dénotent chez les actturs, toujours très nombreux, un degré (le culture intellectuelle fort remarquable et par conséquent Texistence d'écoles publiques très fréquentées (3),

François Monier étant mort, messire Charles Uapin déclara au Conseil général de la ville, nssemblé dans l'église Sainte-Marie, le 14 no-

(1) OLitiiaire du Chapitre.

(2) Notecojamuniquée par M. le docteur Mottard.

(3) Voir le Mystère de Saint-Martin. (Travaux de la Société...,., t. V,p. 195.;

vembre 1565, qu'en sa qualité de vicaire général et au nom du cardinal d'Est et du Chapitre, il cédait à la ville le droit de nomination du recteur, qui, de tout temps, avait appartenu à l'évéque.

Il parait que la ville ne se pressa pas d'user du droit qui lui était bénévolement concédé, car voici ce que nous lisons dans le procès-verbal d'une séance du Conseil général, en date du 20 juillet 1567 :

Pour ce que par cy devant en vertu des lettre^ du souverain Sénat de Savoye, obtenues à la requeste du procureur fiscal de Son Altesse, commandement auroit esté faict aux précédents syndics de pourvoyr d*ung pédagogue et maistre d'escoUe pour enseigner et instruyre la jeunesse à bonnes meurs et vertu, à quoy encores n'auroist esté aucunement satisfaict, icelluy commandement et injonction auroist été réitéré aux

sindics modernes à bonne peynne Résolu que les

sindics tant de la noblesse que du tiers estât feront perquisition d*homme ydoine et de bonne et seure doctrine auquel seront payés ses gaiges par les dicts deux estats^ ensemble le louage de maison où Ton tiendra TescoUe.

On fit choix de Claude Clappier, qui fut agréé par le Conseil général le 17 août suivant, à la condition qu'il subirait un examen pour constater sou aptitude et qu'il prendrait un adjoint à ses frais. On convint que, pour la première année, il recevrait de la ville trente écus de cinq florins, plus vingtquatre deniers gros de chaque écolier de Saint- Jean et trente-deux deniers gros de chaque écolier étranger, et qu'il jouirait des autres profits et privilèges attachés à sa charge, selon la coutume ancienne.

De la rue d'Arvan, les écoles avaient été transférées ou furent transférées vers cette époque dans la rue Bonrieu. Le 17 janvier 1571, Antoine et Jacques Rollet, habitant à Villargondran, fils de feu maître Jacques Rollet, de Saint-Jean, acensèrent à Jean Baptendier, syndic des nobles, à maître Claude Perret et à Claude Rostaing, syndics des bourgeois, leur maison paternelle, où l'on tenait déjà l'école et située dans cette rue, avec le jardin conjtigu, jusqu'au 1*' janvier suivant. Le prix du bail est de cinquante florins de Savoie, garanti sur la ferme des boucheries, et le bail sera censé continué tant que les clés de la maison n'auront pas été rendues (1). Cette maison est près de celle de l'école actuelle de garçons, mais de l'autre côt^ de la rue. On y voit encore des traces de peintures et des inscriptions qui rappellent son ancienne destination, à laquelle il paraît qu'elle demeura définitivement affectée, même après la construction du collège de Lambert, et qui montrent qu'il y a eu là plus qu'une école primaire.

En effet, les documents que possèdent les archives du couvent des Capucins de Chambéry sur Pierre Bizel, d'Albiez-le-Vieux, si connu et si vénéré dans cet ordre sous le nom de P. Jean de Maurienne, nous fournissent, relativement aux écoles de Saint-Jean au xvr siècle, un renseignement précieux. Une école secondaire ou collège y avait été annexée, nous ne savons à quelle époque, et ce fut là que ce saint religieux fit ses études de latin, d'humanités et de philosophie, qu'il doit

(1) -Minutes du notaire Jean Marquet.

avoir terminées avant Tannée 1570 et par conséquent avant la création du collège lambertin. Du reste, un de ses biographes dit positivement que ce collège était situé dans la rue Bonrieu. C'est de là que sortirent ces nombreux avocats, procureurs, notaires et praticiens que nous trouvons à Saint- Jean longtemps avant le développement donné par M'' de Lambert aux études classiques. D'après les documents que nous avons cités, cette école possédait un internat et une cliapelle dans rintérieur de la maison*

Mais au moment où le successeur du cardinal d'Est prit possession de son siège, les écoles de Saint-Jean étaient bien déchues, les classes étaient désertes et les exercices littéraires, si utiles et si usités jadis, étaient complètement négligés (1). Cet état de choses lui inspira la pensée de créer, conformémetit aux prescriptions du Concile de Trente, un collège ou séminaire dajis lequel, aux professeurs chargés de renseignement des langues française et latine, des belles-lettres et de la philosophie, serait adjoint un ecclésiastique, pour donner aux élèves qui aspireraient an ministère des autels l'instruction spéciale qui leur est nécessaire. C'est ce que dit ce grand évéque dans l'ordonnance du samedi 7 janvier 1570, par laquelle il unit aux écoles et au séminaire la chapelle de

(1) Ad nmtram inier cetera quœ prompta mamt rûparalione indigent devênit noticiam scholarum hujnscë nosi^-e ci citai h pulpita Jamdiu s itère e^erc iliaque licterarum quibiis jugent tu ad virtntesi vnaUas innorari ejusqite provehi fa^iigium débet penitus neglecta Jacere, Décret cité plus bas.

Saint-Roch, située hors de la ville, là où fut construit, quelques années plus tard, le couvent des Capucins. Ce bénéfice était alors vacant par le décès du chanoine François Rapin, vicaire général (1). Hugues Exartier, prêtre, était recteur des écoles.

M*" de Lambert songea d'abord à établir le collège dans la maison de la sacristie, attenante au cloître et précédemment occupée par le chanoine Rapin. Il demanda à Tacheter. Gomme le Chapitre faisait difficulté de la vendre, il lui écrivit, le 30 juillet 1572, une lettre qui est un modèle de simplicité et de désintéressement (2).

Des deux séminayres, disait le prélat, à scavoyr du général et du pai-ticulier des enfants de nostre esglise (3), nous n'en ferions qu'ung. Des deniers vous rachèterez vos possessions aliénées à vil pris, que vous rendront beaucopt plus que la dicte maison, laquelle (ainsy que toutes les autres) vous scavez coster beaucopt

de maintenir Les six enfants et aultres jeunes cha-

pellains de nostre église, sans se discommoder, tout auprès de leur logis, aux heures ordonnées, iroint aux leçons de bonnes lettres, puis en ung pas retorneroint

au logis pour l'heure et leçon de la musique Si mon

entreprise se faict plus loing, le petit séminayre ne se porroit bonnement unir avec le grand, et moy aussy ne porrois satisfaire à l'ung et à l'autre separatim, ni aussi le Chapitre justement se porroit descharger d'un maistre de grammaire, car elle est aultant et plus necessayre que la musique, mesme pour mon desseing. Car ung

(1) Archives de Tévêché.

(2) Archives de la Société d*hisi, et d'archéol,

(3) Les Innocents établis dans le cloître.

bon grammerien avec un peu de plein chant servira mieulx en une cure qu'un bon muâicien ignare et idiot.

La lettre se termine ainsi :

Je vous prie de ne vous arrester point â ceulx qui avec peu de révérence se gaussent de raoy et rient de mes entreprises comme si j'entrepreiiois chose de laquelle je n eusse considéré la fin avant que la commencer. Car j'atteste Dieu que ce que je délibère est à bon essien, et qu'en le délibérant je scay où se trouvera le nioien d*y satisfaire, voyre quant bien Dieu accourciroyt mes jours plustost que je ne pence. Mais j'espère qu'il me lairra vivre pour accomplir cette bonne oeuvre, laquelle tend, plus oultre, à meilleure lin et plus de proufict tfue peult cstro ne pencez. Car si je ne puis pas faire beaucopt de biens eu ce monde, au moins j'espère que cestny cy efifacera une partie de mes péchés de devant Dieu,

On ne put s'entendre, et U^' de Lambert construisit son collège Iiors de la porte d^Arvan. Le bâtiment existe encore en grande partie; le portail est orné du nom et des armes du fondateur. Les innocents restèrent dans le cloître, aux frais du Chapitre. Quant à Técole primaire, elle continua à être tenue dans la maison de la rue Bonrieu.

Ainsi» M^' de Lambert s'était vu dans la nécessité de modifier son premier projet. Car son dessein avait été d'abord, non de créer un collège entièrement nouveau, mais de transformer les écoles existantes en un vaste établissement comprenant tous les degrés de T instruction publique, depuis Técole primaire jusqu'à la classe de philosophie, avec une annexe pour les aspirants à Totat ecclésiastique, germe d'un grand séminaire proprement

dit, qui ne fut établi que dans le siècle suivant. Evidemment, ce plan ne pouvait être exécuté d'une seule pièce, mais seulement par parties, à mesure que Ton trouverait les ressources nécessaires pour la création de nouvelles chaires. Voici comment il s'exprime dans l'ordonnance relative à la chapelle de Saint-Roch.

Après avoir déploré la situation présente des écoles et montré les graves inconvénients qui en résulteraient pour toutes les classes de ses diocésains et particulièrement pour le clergé, dont le recrutement deviendrait de plus en plus insuffisant, il parle du zèle que partout les évêques déploient pour mettre à exécution les décrets du Concile de Trente sur la création des séminaires, et il conclut ainsi : « C'est pourquoi, ne voulant rester en arrière d'aucun d'eux en bonne volonté et en énergie dans la culture de la portion de la vigne du Seigneur qui nous est confiée, nous avons érigé et érigeons maintenant ces mêmes écoles de notre ville (1) en forme de séminaire, selon la teneur du décret du saint Concile, voulant employer prochainement, pour la restauration de ces écoles et pour la constitution du séminaire, des sommes importantes, prises sur les biens et revenus que Dieu nous a donnés, et leur unir, en vertu des

(1) Easdem hujusce nostre civitatis scholas in modum et formam setninarii juœta predicti sacri Concilii Tridentini decretum ereximus prout per présentes erigimiis et stahilimus, voîenies de proventihics et facuUatihus a Deo nobis collai is aliquas egregias pecuniarum summas pro restauratione dictarum scholarum et constitutione dicti seminarii sponte prope diem impendere,,,.

mêmes décrets, quelques bénéfices simples qui viendront à vaquer, pour l'entretien de quelques élèves pauvres et le traitement des recteurs, entre lesquels un ou deux, selon que les ressources le permettront, seront chargés de l'enseignement des éléments des langues et des belles-lettres; et particulièrement, un professeur ecclésiastique sera établi pour instruire et diriger ceux que Dieu appellera à se consacrer au ministère ecclésiastique, dans le plain-chant, la récitation de l'office divin tel qu'il est réglé dans le bréviaire, l'exercice et les rites de l'administration des sacrements. »

Ainsi, cet établissement ne devait pas être un séminaire proprement dit, dans le sens que l'on attache aujourd'hui à ce mot; mais un collège ouvert, selon l'expression du fondateur, à tous les jeunes gens d'élite : Dieu choisirait ceux qu'il appellerait aux fonctions ecclésiastiques, et il y aurait pour eux, dans le même établissement, des leçons particulières (1).

Pierre de Lambert aimait à chercher ces jeunes gens d'élite, au cours de ses visites pastorales, et, s'ils étaient pauvres, il n'y avait pas de sacrifice qu'il ne fit pour leur ouvrir le chemin des études, quelle que fût la carrière vers laquelle ils paraissaient devoir se tourner. « Partout, disait-il, ils seront utiles au pays. » Nous le verrons lutter

(1) Omnibus quitus presentium rerum status pariter et futurarum eventum demonstrat satis apertum est specialiter universo eccîesiastico ordini„.quod selectorum homU num eœ quibus nonnulli divino spiritu af fiante sacris ministeriis servir ef or sanpercuper en t panlatim imminueretur numerus,

vingt ans pour obtenir de consacrer à la fondation de bourses dans son collège des sommes qu'on le forçait de dissiper misérablement, et échouer contre l'attachement opiniâtre aux vieilles coutumes.

M*" Pierre de Lambert fit son testament le 17 avril 1591, dix-neuf jours avant sa mort. Détachons de ce monument de la piété et de la bonté du plus généreux et du plus aimé des évêques de Maurienne ce qui concerne son cher collège, ainsi que le recteur et les professeurs qu'il y avait établis.

Je donne et lègue à mon collège érigé auprès des Pères Gapuchins la somme de mille escus de cinq florins pièce pour les mettre à vallue honneste ou les employer à la fabrique du dict collège, ainsi que sera advisé par le R"* evesque mon successeur et aultres à venir et son vicaire gênerai et deux des plus anciens chanoynes et aux scindiez de la noblesse et bourgeoisie, lesquels tous je nomme pour protecteurs du dict collège et exéquuteurs de mon présent testament, principalement le dict seigneur evesque mon successeur (1) lequel je prie humblement d'estre le père du dict collège comme j'en suis le fondateur et de faire, si luy plaict, que la pension de cent escus d'or soit réservée et assignée au dict collège in perpetuum sur le prioré d'Eyton ainsi que la chose est ja commencée à Rome et que le dict seigneur esleu y a preste consentement, et tout cela viendra à son honneur et prouffict de la diocèse, car au dict collège il n'y a encore rien de fondé que l'union de la chapelle de Saint-Etienne sus Saint-André, dont j'ay l'expédition

de Rome

Item je donne et lègue à M» Jacques Bertrand recteur du dict collège cinquante escus petits, oultre ce que luy

(1) Philibert Millet, son neveu.

est deub de ses gaiges, à M' Mottard et à M* Rembaud, précepteurs du dict collège, à chacun d'eulx vingt cinq escus aussi petits, oultre ce qui est de leurs gaiges, du payement desquels gaiges restants à payer je charge mes héritiers universels jusques au jour de mon trespas.

Jacques Bertrand était médecin et latiniste distingué. Pendant roccupation de Saint-Jean par Lesdiguières, le collège fut fermé et Bertrand se retira à Moûtiers. Il revint ensuite, à la prière de M^ Philibert Millet, et il dirigeait encore le collège en 1623, lorsqu'il publia son livre sur Notre-Dame du Charmaix (1). C'est de là qu'il date, le 1" décembre 1622, sa charmante épître au Lecteur pressé, mise en tête du volume.

Il y a dans les archives de l'évêché de nombreux documents sur la construction et les premières années du collège de Lambert. Mais ces faits ont plus naturellement leur place dans l'histoire de cet établissement, que publie un des professeurs du Petit-Séminaire de Saint-Jean.

(1) Diva T irgo Charmensis — Nova ejus bénéficia et mira, cula. Ad Serenissiynum Principem Mauricium a Sabaudia, S. R, E. Cardinalem. Lugduni apud Jacobum Roussin.

Page 1