‹ Saint-Jean de Maurienne au XVIe siècleChapitre 7 sur 36 · CHAPITRE VI Les Hôpitaux · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI Les Hôpitaux

A Tépoque où se place ce fragment d'histoire locale, la ville de Saint-Jean pos5(îdait depuis plusieurs siècles trois hôpitaux; Notre-Dame-dela-Miséricorde , Saint-Antoine^ et la Maladière, Maladrerie ou Léproserie,

L'hôpital de la Miséricorde occupait, dans la rue Bonrieu, le bâtiment où est installée Técole communale de garçons. Il était destiné à loger pendant une nuit et, s'ils étaient malades, à soigner les voyageurs pauvres.

C'est peut-être cet établissement qui, au xiir siècle, était désigné sous le nom de Maison de rAufnône et appartenait à nos évêques, sans doute parce qu'ils Tavaient fondée. En 1217, Auiédée II, évoque de Maurienne, lui fît une donation en ces termes (1) :

Nous donnons à notre Maison âe V Aumône, de Saint- Jean, les quarante sous de cens annuel qu'elle nous doit pour réglise de Villarerabertj en sorte qu'elle ne sera plus obligée de les payer ni à nous ni à nos successeurs

(1) Chartes du diocèse..., p.. 61. M^^ Bitliât attribue cette donation à Amédée IV de Miribel; mais, d*aprèa M. Angley, cet évoque n'a pu occuper le siège de Maurienne que vers

mais elle les emploiera pour l'usage des pauvres et de nos autres frères qui servent dans cette maison. Elle demeurera seulement chargée de fournir Thuile nécessaire pour l'entretien de la lampe de notre chapelle Saint-Michel (1).

L'église de Villarembert dépendait donc alors de la Maison de l'Aumône. Nous avons vu que plus tard elle fut cédée au Chapitre.

En 1400, noble Jean Sibué et noble Gabriel Vallin, procureurs et administrateurs de Notre- Dame-de-la-Miséricorde, passent un acensement perpétuel des biens que cet hôpital possédait à Jarrier (2), En 1497, le même Sibué, administrateur et recteur de la Miséricorde, et Amédée de Gerdil, procureur des pies causes, obtiennent du juge temporel de Tévêché une sentence qui condamne Georges Palavel à relâcher à l'hôpital une terre située sons Rochenoire (3).

Voilà les seuls renseignements que nous ayons trouvés sur l'hôpital de la Miséricorde antérieurement au commencement du xvi* siècle. Seulement, de deux actes de 1554 et de 1570, il résulte qu'à cette époque, et depuis longtemps, les nobles Salière d'Arves possédaient le droit de patronage de la chapelle et d'administration de l'hôpital (4). M. de Jussieu (5) conclut de ce fait que l'hôpital avait été fondé par cette famille. Nous ne le pensons pas.

(1) Chapelle du palais èpiscopal, à côté de la porte Maranche.

{2) Archives de Thôpital. .

(3) Archives d'Arves.

(4) Arehivos de Thôpital.

(5) Annuaire de la Savoie, p. 327.

Les actes cités de 14G0 et de 1497 prouvent qvCk cette date elle n'en avait pas Tadministration, car ils ne contiennent pas un mot d'oii Ton puisse inférer que Sibué fut son mandataire. Ce ne fut donc f|ue plus tard que les Salière d'Arves acquirent les droits de patronage et d'administration, probablement en construisant la chapelle et en faisant une donation importante h Thôpital; et aest ce que donne clairement à entendre une supplique que la confrérie de la Miséricorde adressa au pape en 1G24.

D'après les actes de 1554 et de 1570, au commencement du xvr siècle^ cet hôpital n'avait ni revenus ni mobilier ; il était même en partie tombé en ruine, sans doute, comme tonte la rue Bonrieu, par suite de rinondatiou de 1440. Pour le relever, la Providence se servit de quelques enfants qui mendiaient leur pain dans les rues de la ville. Voici comment raconte le fait un document que nous avons trouvé plié dans un gros livre de comptes de la confrérie de la Miséricorde (1). Nous le traduisons aussi littéralement que possible, afin de lui conserver sa naïve et touchante simplicité :

Livre de la Confrérie de la Bienheureuse Marie de la Miséricorde de la cité de Maurienne,

Il faut remarquer que cette confrérie est un don de Dieu et de la Vierge Marie^ sa Mère, parce qu'elle a été commencée, vers Tannée 1520, par de pauvres enfants qui mendiaient et qui déposèrent, comme de vrais enfants, des morceaux de pain sur une ardoise.

(1) Archives de riiôpital.

L'année suivante ils placèrent cette ardoise dans la rue, derrière la maison de noble Jacques des Colonnes (1), qui appartenait alors à Marie, veuve d^Antoine Champlong.

Dans Tannée qui suivit, ils firent célébrer une messe et dressèrent dans cette rue une hutte de branchages, où ils préparèrent leur repas avec du blé mendié, de la viande bouillie, des rôties et du vin en abondance.

Enfin, la quatrième année, après avoir fait célébrer une grand'messe, suivie d'un grand repas, ils firent rédiger par écrit les statuts suivants :

1" A chaque fête de la Bienheureuse Vierge Marie, on fera célébrer une grand'messe par le vicaire de la cité de Maurienne (2), assisté d'un diacre.

2" Chaque confrère paiera pour droit AHntroge (3) un gros (un sou) ; pour chaque confrère défunt on donnera un quart (trois deniers).

3" La confrérie aura deux cierges de cire pour le luminaire.

4' La sépulture des confrères sera faite dans l'église Ste-Marie, et l'on fera dire des messes avec les Exaudi.,.y en proportion de l'argent que l'on aura ; on paiera les mêmes honoraires que les autres confréries.

5* Les prêtres qui seront membres de la confrérie seront préférés aux autres pour la célébration de ces messes.

6* Les confrères verseront chaque année une cotisation pour les messes à célébrer dans l'église de Notre- Dame-de-la-Miséricorde (4) à toutes les fêtes de la Sainte Vierge, et pour les cierges, soit le luminaire. Ces cierges seront, comme dans les autres confréries, réparés et renouvelés chaque année.

(1) Cette maison était située dans la rue Neuve actuelle,

(2) Le curé de Sainte-Marie.

(3) Droit d'entrée dans la confrérie.

(4) La chapelle de l'hôpital de la Miséricorde.

7* Il y aura deux prieurs, dont l'un sera chargé de la garde de l'argent, et l'autre de celle des papiers. Le tout sera déposé dans une caisse à deux clés ; chaque prieur en aura une et l'on dressera inventaire en la leur remettant. Ils ne dépenseront rien de l'argent qu'ils auront recueiUi, excepté pour un repas qu'ils prendront avec le vicaire et le diacre le jour de la Visitation de la Sainte Vierge, fête de la confrérie.

8* S'il reste de l'argent, on le placera en rentes, et ces rentes seront distribuées en aumônes aux pauvres de Jésus-Christ. S'il plaît aux prieurs de donner quelque chose pour l'augmentation de cette aumône, qu'ils le donnent; s'ils font cela, Notre-Seigneur Jésus-Christ priera pour eux avec la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Miséricorde. Qu'il accomplisse leurs vœux! Amen!

Le procès-verbal de la visite de la chapelle ethospital de Nostre- Dame-de-la- Miséricorde , faite par M^ de Rosignan, le 8 juillet 1754, résume ainsi rhistoire de la création de la confrérie, d'après des documents dont plusieurs ont disparu :

La confrérie commença, en 1525, par des petits morceaux de pain que des pauvres, qui les avaient mendiés, étalèrent dans la rue Saint-Antoine sur une pierre pour en faire part aux autres. En 1526, ils y ajoutèrent un agneau ; en 1527, un dîner dans la dite rue, sous un pavillon de fleurage, et ils firent célébrer une messe. En 1528, ce fut une grande messe, un grand repas et des règlements qui portaient de faire tous les ans de même.

Les petits mendiants ne disent pas où ils prendront ces capitaux dont les intérêts seront distribués aux plus pauvres qu'eux, qui ontleur jeunesse et leurs bonnes jambes. C'est qu'ils n'en savent rien ; ils mendieront davantage et se priveront un

peu plus, pour pouvoir mettre dans la caisse une plus large part de ce qu'on leur aura donné. Quant à l'administration et au mode de distribution, ils n'en parlent pas non plus. A quoi bon ? Pbur quelques confrères et si peu d'argent, il sera toujours facile de s'assembler. Les petits mendiants ne prévoyaient pas que bientôt les prêtres, les nobles, les riches bourgeois, les dames à devantiers et à coiffes de drap d'or solliciteraient l'honneur d'être leurs confrères et leurs consœurs; qu'un hôpital leur serait confié; et qu'avec le temps, la confrérie deviendrait si nombreuse qu'il serait difficile de la réunir souvent ; en sorte qu'en 1681, le Sénat serait obligé, à la requête de la confrérie et du procureur général, d'instituer un conseil d'administration composés des deux prieurs, de quatre confrères, du juge-mage, de deux chanoines, membres de la confrérie, et du gardien du couvent des Capucins (1). Le règlement de la confrérie est suivi de la liste des prieurs de l'année 1529 à l'année 1560. Citonsen quelques-uns, les premiers :

1529. Antoine Fusier et Richard Séclial.

1530. Jacques Buchin et Nicolas Villar.

1531. Barthélemi TroUiet et Laurent Tornier.

1532. Jacques Bertier et Jean Brun-Bonnefoy.

1533. Sébastien Vincent et Pierre de Champlong, notaire, propriétaire de la maison derrière laquelle l'œuvre avait commencé.

1534. Jean-Pierre Fournier et Jean Picton-Longet.

1535. Egrège Claude Oppinel, notaire, et Barthélemi Porte.

1536. Pierre Grange et Antoine Clair.

(1) Archives de l'hôpital.

« En cette année-là, dit le manuscrit, la ville de Saint-Jean fut saccagée par les Italiens au service de la France. La confrérie fut comme perdue et morte, à cause aussi de la défense de tenir des confréries et des assemblées, dans la crainte de quelque émeute populaire. Mais elle ressuscita en 1539, et Ton élut prieurs Nicolas Villar et Claude Richerme. »

Les chiffres suivants donnent une idée du développement que prit la confrérie des petits mendiants. Dans l'assemblée générale tenue, sous la présidence des prieurs M* Pierre Brunet et M* Claude Sestier, le samedi 14 juillet 1570, jour auquel on célébrait alors la fête de la Visitation, on fit un recensement des membres de la confrérie et Ton trouva six chanoines, vingt-cinq autres prêtres, parmi lesquels Termite de Sainte- Thècle , Louis Pellissier, dix nobles, quinze égrèges (avocats, notaires, procureurs, praticiens), cent bourgeois et soixante-onze femmes, dont plusieurs appartenaient à la noblesse.

Six ans auparavant, la confrérie avait été associée à Tadministrcition de Thôpital de Notre-Dame-dela-Miséricorde et avait acquis le droit éventuel de l'administrer seule. L'acte est du 12 mai 1570, devant le notaire Humbert Collombet (1). Il commence ainsi:

A Thonneur et louange de lagloyredelaVierge Marie et salut des parties. Amen. A tous et chescungs présents et advenir soit notoire et manifeste comme d'ancienneté la ministration et gouvernement de l'hospital de la My-

* (1) Archives de Thôpital.

sericorde fondé en la présente cité de Sainct-Jehan de Maurienne en la rue de Bonrieu avec la présentation et droict de patronage de la chappelle d'ycellui hospital fondé en l'honneur et révérence de Nostre Dame de Mysericorde ayent appertenu et appertiennent encour de présent aux nobles Sallière d'Arve et que du dempuys quelques années plusieurs dévoies personnes de la présente cité émeus de singulière dévotion auroint érigé et introduyt une assemblée de confrères de Nostre Dame de Mysericorde, auquel hospital et chappelle les dicts confrères auroint pour Taccroissement et entretenement d'yceulx fondé une messe à haulte voye à chescune feste Nostre Dame et une aultre messe basse tous les vendredis, auroint aussy donné plusieurs beaux cierges de cyre, ornements et accoustrements de l'autel, une cloche, en oultre auroint encores.... faict faire quelques réparations à la dicte chappelle et hospital, comme encores ils sont en volunté et délibération en faire à celle fin que les povres de Dieu que logeront céans soint mieulx receups et logés qu'ils ne sont de présent, estant le dict hospital presque en ruynes. Mais iceulx prieurs et confrères pour eulx et leurs successeurs desiroint estre adjoincts, unys et associés au droict de la dicte ministration, governement et patronage d'yceulx hospital et chappelle et ce qui en dépend avec les dicts nobles d'Arve. De quoy ils ont prié et requis nobles Pierre fils à feu noble Barjact d'Arves, Gaspard et Pierre enfants à feu noble Pierre d'Arves, modernes recteurs et patrons....

Les nobles d'Arves consentent à cette association sous les conditions suivantes, acceptées par la confrérie : 1" la nomination du recteur de la chapelle appartiendra uniquement aux nobles d'Arves et à leurs descendants mâles ; 2* la con-

frérie administrera convenablement et secourra les pauvres de Dieu ; 3" si la confrérie vient à disparaître, à ne pas remplir ses obligations, ou à vouloir transporter ses droits à d'autres, le droit de patronage et d'administration retournera tout entier aux nobles d'Arves ; 4° si la lignée masculine des Salière d'Arves vient à s'éteindre , ce droit appartiendra exclusivement à la confrérie ; 5* dans le cas où les nobles d'Arves nommeraient pour recteur quelqu'un qui ne serait pas prêtre disant messe, homme suffisant, apprové, de bonne et honneste vie et conversation, celui-là sera tenu de se faire représenter par un autre ; à défaut de quoi, la confrérie nommera un autre recteur ; 6" le recteur sera tenu d'acquitter les messes fondées dans la chapelle, et de consoller, visiter et confesser sy besoing est les povres malades qui seront au dict hospital. Les parties prient M«' de Lambert d'homologuer cet acte et d'accorder des indulgences aux bienfaiteurs de l'hôpital.

Les Salière d'Arves s'étant éteints, vers 1595, par la mort de Pierre, qui ne laissa que deux filles, le patronage de la chapelle et l'administration de rhôpital passèrent entièrement à la confrérie.

L'établissement avait bien besoin d'être remis entre les mains de la pieuse association, car, dans la visite qu'ils en firent, les nobles d'Arves et les prieurs constatèrent « que les povres illec affluants couchent mal en ung galletas ou périssent de froid, car c'est sus terre sans feu ny fenestres serrans. > La confrérie se mit aussitôt à l'œuvre, et, dans la môme année, on put construire deux chambres bien

closes et munies de cheminées. Le reste du bâtiment fut réparé les années suivantes, et, en 1580, riiôpital était entièrement restauré et considérablement agrandi. En même temps, on renouvelait et on augmentait le mobilier. En 1554, il n'y avait que deux lits; en 1571, il y en avait quatre; cinq eu 1574, six en 1581. Les meubles étaient confiés à un hospitalier, qui recevait et soignait les pauvres voyageurs, sous la surveillance du recteur de la chapelle.

En 1581, la dépense pour le souper de chaque pauvre est évaluée à deux sous (1). L'hôpital envoyait aussi des secours à des malades, à domicile. Un état des dépenses faites par l'hospitalier, du 8 février 1594 au 18 mars 1595, porte à cent quatrevingt-quatorze le nombre des pauvres logés ou assistés. Il y a une vingtaine de pauvres secourus chez eux ; les voyageurs sont : des soldats de passage, arrêtés là pendant plusieurs jours par la maladie ; des pèlerins allant à Rome ou en revenant, au nombre de soixante-six ; des écoliers pauvres allant étudier dans la Métropole de la religion et des arts, où les papes avaient bâti des hospices pour les recevoir ; des voyageurs de toutes sortes et de toutes nations, espagnols, anglais, allemands, français, flamands, etc.

La confrérie exigeait que l'hospitalier traitât les pauvres avec les égards et les soins que permettaient les ressources dont elle disposait. En 1571, elle en congédia un parce qu'il était rustique

{i) Environ 70 centimes de notre monnaie en valeur actuelle.

et agissait grossièrement avec les pauvres de Dieu. Les prieurs, estimant insuffisante la surveillance du recteur, allaient fréquemment s'assurer par euxmêmes que les intentions de la confrérie étaient remplies, et quand il y avait des malades, les confrères se faisaient un devoir de leur porter quelques douceurs et ces bonnes paroles du cœur qui font tant de bien à ceux qui souffrent.

Aussi rhôpital de la Miséricorde se substitua-t-il peu à peu à celui de Saint-Antoine dans la réception des malades de la ville. En 1571, Jacques Brunet, couturier, y fait son testament, dans lequel il déclare que, n'ayant pas trouvé de secours ailleurs, il a été contraint de se retirer à la Miséricorde, où il est nourri et soigné du revenu de Thôpital. C'est pourquoi il le fait héritier du peu qu'il possède.

En 1582, une veuve Garcin, qui s'est réfugiée dans l'hospice des pauvres voyageurs, « considérant les agréables services, subventions et suffrages qu'elle reçoit journellement des prieurs et confrères de la confrérie, » donne à l'hôpital ses petits avoirs, « pour du revenu estre alimentés les pauvres de Dieu. » Elle ne met qu'une condition, c'est qu'on la gardera sa vie durant, ce que la confrérie lui promet.

Les legs et donations affluaient à l'hôpital et à la confrérie, la plupart de valeur minime : quelques florins, une paire de quartes de blé, un lit avec sa pondère et son coussin de poules, des couvertures, des draps de lit, quelques pots de vin pour réconforter les pauvres de Dieu. Il ne faut pas songer à détailler par le menu toutes ces liasses de testaments, codi-

cilles et donations. Il y eut aussi des dons plus considérables. La confrérie, tout en ne refusant aucun voyageur, aucun malade, tant qu'il y avait de la place, savait être économe et administrer sagement, de sorte que, en améliorant tout doucement le bâtiment et le mobilier, elle pouvait acheter de temps en temps un morceau de terre au Glapey, un lopin de*vigne au-delà de Bonrieu, une petite addition au jardin et au verger de l'hôpital. Tout cela, acceptation de legs, réparations et achats, se faisaient en toute liberté, après délibération et sous le contrôle de la confrérie, sans qu'il fût besoin de recourir ni à M^'l'Évêque, co-souverain, ni à S. A. le duc de Savoie, ni au souverain Sénat. Quant aux frais d'administration , ils n'existaient pas. Les prieurs, élus chaque année et très reconnaissants de l'honneur qu'on leur faisait, surveillaient, négociaient, tenaient les comptes, sans autre rémunération que celle que Dieu a promise à la charité.

Citons quelques-uns des bienfaiteurs pendant le xvr siècle.

En 1535, la confrérie ayant rappelé à noble et puissant seigneur Jean-François du Pont, fils de Pierre, docteur en droit et seigneur du Villaret, que noble et spectable François du Pont, chevalier, son oncle, dont il était héritier, avait fait à la Miséricorde un legs qui n'était pas encore acquitté, celuici chargea, par son testament, son fils Louis t de distribuer pour l'honneur de Dieu annuellement aux paouvres où auroyt plus grande indigence la somme de trente florins de Savoye, tant en vestements, chausseures que vivres... jusques la somme

de 600 florins fust payée à l'usage et appliqué pour l'augmentation de Thospital de Nostre-Dame-de- Miséricorde. > Louis du Pont ajouta dix florins de rente en 1574, et autant en 1580, hypothéquant pour le tout sa vigne de la Tomaz jouxte le Piœ au levant. Dans l'acte du 18 avril 1574, l'acceptation au nom de la confrérie est faite par les prieurs François Truchet, prêtre, recteur de l'hôpital, et Claude Sestier, et parles confrères Antoine Gornuti, Hugoiiin Mollar et Guillaume Dubois, chanoines; Mathieu Davrieux et Jean-Antoine Canal, notaires, et sept autres bourgeois.

En 1565, noble Jean-Louis des Costes, donne six florins de revenu, sous la charge d'une messe tous les vendredis de l'année, en l'honneur de Notre- Dame-des-Sept-Douleurs.

Depuis 1571 surtout, après que la confrérie eût été associée à l'administration de l'hôpital, il y a peu de testaments qui ne fassent quelques dons à Nostre-Setgneur Jésus-Christ et à la sacrée Vierge Marie en la personne des pauvres passants qui vont loger à l'hôpital.

En 1575, Michel Ratel lègue dix écus à la chapelle, afin que la confrérie soit obligée de prier pour le salut du testateur. La même année, Jacques Reymond fonde une messe tous les samedis et donne cinq florins chaque année.

En 1583, noble Jacques Paquelletdit du Mollard donne cinquante florins, un lit avec sa paillasse, ses draps et ses couvertures.

En 1585, messire Claude Sambuis, curé de Saint- Christophe, lègue à la Miséricorde trois quarlellées

de pré situées au Glapey, et autant à l'hôpital Saint- Antoine.

En 1593, Jeanne Giroud, veuve de M* Jean Gollomb, lègue deux cents écus petits, soit mille florins, pour aider à nourrir les pauvres, sur quoi elle fonde une messe à acquitter tous les vendredis de l'année.

En 1600, messire Antoine Magnin, chanoine, fait rhôpital héritier de tous les biens qu'il possède en Maurienne, à la seule condition de faire acquitter une messe chaque année le jour de l'Annonciation.

Les bienfaiteurs sont encore plus nombreux au xvii* siècle. Nous ne citerons que M^ Paul Millet, évoque de Maurienne (1656), dont le portrait est appendu dans une des salles de l'hôpital actuel. Ce prélat, dit M. Angley (1), donna en mourant à la Miséricorde et aux pauvres tout ce qu'il possédait, s'élevant à trois mille pistoles, soit S6,000 livres. C'est le plus grand bienfaiteur de notre hôpital et des pauvres de Saint-Jean.

Les recteurs de la chapelle de la Miséricorde, dont nous trouvons les noms dans les inventaires faits à leur entrée en charge, sont : Jean-François Truchet, 19 décembre 1570; Guillaume Truchet, sans date; Jean de Paraz, 26 juillet 1574; Jean Darve, de Villarembert, 15 octobre 1576. On a vu que les recteurs n'étaient pas de simples aumôniers, mais qu'ils étaient chargés de la surveillance et de la direction de l'hôpital, sous l'autorité de la confrérie, et que quelquefois ils joignaient la qualité de prieur à celle de recteur. En ce temps-là on ne

(1) Histoire du diocèse de Maurienne, p. 357.

voyait aucun inconvénient à l'ingérence du clergé dans les œuvres et les institutions de charité, et le lecteur a déjà pu remarquer que l'hôpital et les pauvres de Saint-Jean ne s'en sont point mal trouvés.

En 1580, la confrérie étant devenue trop nombreuse pour qu'il fut possible de convoquer ses membres à domicile pour l'assistance aux sépultures, on établit, avec l'autorisation de M®' de Lambert, l'usage de les faire annoncer par un confrère qui parcourait les rues de la ville, portant l'habit de la confrérie et agitant une clochette. Cet habit se composait d'une tunique bleue avec l'image de la Sainte Vierge sur la poitrine. Il était le même pour tous, prêtres, nobles, dames et bourgeois, et nous lisons dans les mémoires du temps que chacun se faisait un devoir de se rendre à l'appel de la clochette, le défunt ne fût-il qu'un ouvrier ou une mendiante. Les confrères se considéraient comme les serviteurs des pauvres, les successeurs des petits mendiants de 1525. Aussi les riches semblent n'avoir été admis à la confrérie que par faveur et jamais, au xvi* siècle, aucun noble n'en fut élu prieur.

La confrérie de Notre-Dame-de-la-Miséricorde fut canoniquement érigée par un bref du pape Paul V, en date du 7 août 1615. La Révolution l'a emportée avec tant d'autres institutions. Par quelle œuvre aussi fraternelle, aussi utile aux pauvres et aux malades, l'a-t-elle remplacée?

Nous avons déjà dit que les bâtiments de l'hôpital de la Miséricorde servent aujourd'hui d'école

primaire pour les garçons. Ajoutons qu'il ne reste à peu près rien des constructions qui existaient au XVI* siècle. La chapelle, au fond de la cour, divisée maintenant en salles à deux étages, fut construite en 1640, et Ton tira les pierres des ruines du château de Saint-Marcellin. Dix ans après, on fit le portail d'entrée et le mur de façade. En 1671, Thôpital et la chapelle furent en grande partie dévorés par un incendie ; la reconstruction eut lieu la même année.

L'hôpital de la Miséricorde se continue dans l'hôpital actuel, doublé d'un bureau de bienfaisance ; et il y a, ce qui n'existait pas à la Miséricorde, le dévouement, la charité, la douce prudence des Sœurs de Saint-Joseph. C'est dans ses archives que nous avons puisé la plupart des éléments de cette notice.

Ainsi Dieu a conservé et fécondé l'œuvre des petits pauvres, et les morceaux de pain, déposés à l'entrée de la rue Saint-Antoine par ces humbles dévots à la Mère de Miséricorde, ont été la semence bénie dont vivent encore, après plus de trois siècles, les voyageurs pauvres, les indigents et les malades de la ville. Il est bon qu'ils le sachent et qu'ils s'en souviennent.

Nous sommes moins riches de renseignements sur les hôpitaux, depuis longtemps disparus, de la Maladière et de Saint-Antoine, et nous devons nous contenter de quelques notes.

La Maladière, ou Léproserie, était située dans les Plans, près de la route et des confins de Villargondran. Il n'en reste aucun vestige. Nous ne savons rien de sa fondation ni de son histoire,

jusqu'à Tannée 1454, où Gaspard de La Chambre lui fit un legs (1). A la date du 16 octobre 1515, nous trouvons deux actes qui le concernent dans les minutes du notaire Jean Marquet. Gruet Sybaud, du Dauphiné, atteint de la lèpre, fut reçu dans la Maladière de Saint-Jean ; il paya soixante florins petit poids de douze deniers gros, que les syndics, Gabriel des Gostes et Jacques Porte, employèrent à acheter une rente perpétuelle de deux setiers de froment, t pour le service des lépreux de la cité de Maurienne, qui sont maintenant dans la Maladière et de ceux qui y seront dans Tavenir. »

Le 2 avril de Tannée suivante, les syndics, noble Jean Falcon et Jean Prévôt, achetèrent de même de noble Jean Vernier le jeune, de Saint-Pancrace, pour la Maladière, la rente d'un setier de froment, pour le prix de trente florins, payés par Catherine Tronel, d'Avrieux, lépreuse, admise dans Thôpital.

Le système de placer en rentes perpétuelles les sommes payées par les lépreux, offrait de graves inconvénients.; car lorsque Thoirie du débiteur avait subi un ou deux partages, le recouvrement des fractions de la rente devenait difficile. Aussi, le 1*' mars 1545, un lépreux ayant été admis dans Thôpital, le conseil, assemblé dans Téglise Sainte- Marie, statua que les vingt florins, qu'il avait payés, seraient employés à acheter une terre. Ce conseil se composait du vicaire général, messire François Bonnivard ; des deux syndics , noble Antoine Chaudet et Guillaume Moulin, et de treize conseil-

(1) Armoriai et Nobiliaire..., art. La Chambre.

1ers, parmi lesquels nobles Jean des Gostes et Georges Truchet.

On voit que la somme à payer pour l'admission dans la Maladière, toujours peu considérable, variait encore beaucoup, probablement selon la fortune du lépreux; et que la léproserie avait la même administration que la commune. Il en était de même de l'hôpital Saint-Antoine. Un procureur des causes pies, élu tous les trois ans par le conseil général, était chargé des détails de l'administration journalière et de la comptabilité; mais les actes, acquisitions, quittances, etc.. étaient signés par les syndics.

Dans cette même séance, le conseil prit un arrêté qui est à signaler. Il défendit toute espèce de jeux, tant en public qu'en secret (1). Quels abus avaient motivé cette mesure qui sent le calvinisme genevois? Il ne le dit pas.

Puisque nous avons fait une digression, permettons-nous en une seconde. Le 8 du même mois, le conseil statua que l'on demanderait à l'autorité ecclésiastique des prières et des processions pour obtenir de Dieu la destruction des vers qui rongeaient la vigne. Le phylloxéra aurait-il déjà été inventé ?

Le 10 mai 1563, François et Jean Dompnier, de Fontcouverte, s'engagent à payer à la Maladière, représentée par les syndics, noble Jacques Sauvage et Jean Gharrière,etpar Nicolas Jugliar, procureur des pies causes, un setier de froment tous les ans

(1) Ne ampîius quisquam ludere possit publiée vel occulte. — Minutes du notaire Jomar.

ou nn capital de quarante florins pour la pension de Gabrielle de Verdou, leur mèrej détenue dans l'hôpital.

Eu 1573, uu autre lépreux de Fontcouverte s'oblige à payer un capital de 120 florins ou une rente de 0 florins et demi. L'année suivante, Jean Sarabuis, d'Albiez-le-Vieux, promet 100 florins : Tacte dit qu'il est reçu avec les autres lépreux de la Maladière.

D'après un inventaire fait à cette date, les rentes en grain appartenant à la Maladière se composaient d'environ soixante-dix quartes de froment et cinquaute-quatre quartes de seigle.

Le 25 mars 1583, les syndics et le procureur des pies causes accusent à Antoine de Bourgia, de Villargondran, pour soixante-seize florins eiun quarteron de louzes (ardoises) de grmid escaîTc, une vigne et un pré appartenant à la Maladière^OK^r^e le chemin tendant à Saint-Jullien et le maisonnement du dict hospital. Il n'y a point de lépreux en ce moment. Néanmoins, les administrateurs se réservent la jouissance de la maison pour la retraite de quelque malade si acivenoit le cas.

La maison était encore inoccupée le 9 août 1587, Le 2 octobre 1588, le conseil, à la demande des syndics de Fontcouverte, cousent à Tadmission du lépreux Georges Mollaret, natif d'Albiez-le-Vieux et habitant à Fontcouverte, aux conditions suivantes : < Le dict Mollaret ou bien ceulx qui pour luy agissent seront tenus bailler et deslivrer réellement entre les mains du procureur dycelle maUdière la somme de cent florins, moyennant laquelle

somme sera loysible au dict Mollaret d'habiter en icelle maladière et faire la queste une foys la sepmainne comme de coustume, de laquelle queste il se pourra alimenter, et ou ycelle queste ne pourroyt suffire à sa nourriture sera Thors tenu icelluy Mollaret ou vrayementles scindics de la parroesse de Fontcouverte poursuyvant la réception du dict Mollaret en icelle maladière fournir au dict Mollaret le surplus que sera de besoingt pour la dicte nourriture, à la charge aussy qu'il Mollaret ou pour luy agissants seront tenus porter linges et draps en icelle maladière requis pour le dict Mollaret ainsy que par cy devant a été observé. >

Cette délibération nous fait connaître que les lépreux n'étaient pas séquestrés dans la Maladière, et à quelles conditions les malades étrangers à la ville y étaient reçus. Le payement de la somme convenue avec les administrateurs ne leur donnait droit qu'au logement et à l'usage des meubles de l'hôpital. Ils devaient se procurer eux-mêmes le linge nécessaire et pourvoira leur nourriture, qu'ils étaient autorisés à mendier dans la ville. Quant à ceux de Saint-Jean, s'il y en eut à cette époque, ce que nous ignorons , puisque l'hôpital avait des revenus, tout porte à croire qu'ils en jouissaient.

Quelques titres du xvii* siècle (1) donnent à entendre qu'il y avait dans la Maladière une chambrière, chargée du service des lépreux et du soin du mobilier de l'établissement.

Rentrons dans la ville. Au milieu de la rue Saint-Antoine, en face de la rue, récemment ou-

(1) Archives de l'hôpital.

verte, qui la met en communication avec la route et à laquelle on a donné le nom de l'un des principaux bienfaiteurs de Saint- Jean, M*' Pierre de Lambert, est une chapelle très pauvre, très délaissée, très abandonnée. C'est une construction, ou plutôt une reconstruction, du xviii* siècle. Elle possède pour toute fortune appréciable un tableau de saint Antoine peint par Gabriel Dufour. Sur la façade est une antique statue du même saint, que nous ne recommandons nullement à l'admiration des touristes ; mais au-dessous, sur le socle, il y a les armes des nobles d'Albiez. Faut-il en conclure que la chapelle a été d'abord bâtie par un membre de cette famille, peut-être par l'un des quatre chanoines que mentionne M. de Foras dans son Armoriai et Nobiliaire de Savoie : Âimon (1378- 1390), Martin (1409), Antoine (1414) et Jacques (1453) ; et que l'on a voulu conserver ce souvenir du fondateur ? Ce serait fort probable, et le vocable de la chapelle semblerait indiquer de préférence le chanoine Antoine d'Albiez, si nous ne trouvions à Tannée 1347 le décès d'Henri Bertrand, chanoine et recteur de l'hôpital Saint-Antoine, qui donna à Dieu et aux serviteurs de V église Saint-Jean-Baptiste, pour une distribution, vingt sols tournois soit douze deniers tournois de revenu (1).

C'était un prieuré sous les noms de saint Antoine et de saint Clair. Le chanoine Damé nous apprend qu'en l'année 1450, il fut uni à la chapelle des Innocents, ou à la maîtrise de la cathédrale, et, par conséquent, au Chapitre; que Tofficial de Ta-

(1) Obituaire du Chapitre.

rentaise reçut commission de constater la vérité des motifs allégués pour cette union, et qu'ensuite, le pape Nicolas V l'approuva par une bulle qui existait dans les archives du Chapitre. Le dernier prieur se nommait Pierre Méliard, et il avait donné sa démission sur les instances du cardinal de Varambon. Pour les avoirs du prieuré, nous voyons mentionnée, à l'année 1493, une vigne située aux Côtes sous Sainte-Thècle (1). C'est tout ce que nous connaissons.

Au prieuré était annexé l'hôpital, bâti à côté de la chapelle. Il avait donné son nom à la rue; car, au XV* et au xvr siècle, on disait communément rue de V Hôpital ou rue tendant à Vhôpital Saint- Antoine. Avait-il des revenus distincts de ceux du prieuré ? Nous l'ignorons. C'est de cet hôpital sans doute qu'il est question dans le testament de Pierre de La Chambre, qui, en 1261, donna dix sols viennois à chacun des hôpitaux de Saint-Jean, de Pont- Renaud et de la Chambre (2).

Le 26 février 1269, Anthelme de Clermont, évoque de Maurienne, écrivait dans son testament (3) : € Nous léguons à l'hôpital de Sainte-Catherine

d'Aiguebelle notre couverture de couleur d'or

et à celui de Saint-Jean les tapis de notre lit et quatre draps. »

Que la cession du prieuré aux Innocents ait été avantageuse à cette institution, nous n'en doutons point, puisque Damé en parle comme de l'une des

(1) Archives de l'hôtel-de-ville.

(2) Armoriai et Nobiliaire, ibid.

(3) Chartes du diocèse. ,,y p. 95.

bonnes œuvres du cardinal de Varambon ; mais il est hors de doute qu'elle ne le fut ni à Thôpital, ni à la chapelle. La charité des bonnes âmes paraît s'en être éloignée dès ce moment. Dans le siècle suivant, elle se tourna vers Thôpital de la Miséricorde. Cependant, celui de Saint-Antoine recevait encore des malades à la fin du xvi* siècle. M"*' de Lambert lui fit un legs en ces termes : « Je donne et lègue à l'hospital de Saint-Antoine, et non point aux e^ifants de cueur, et aussi à Thospital de la Miséricorde, à chascun cent escus petits, pour du revenu qui en proviendra à censé honneste en achepter des lits et couvertures ou autres choses nécessaires pour les dicts hospitaux, ou bien pour la nourriture des paouvres, et les dictes sommes seront deslivrées entre les mains de ceulx qui en ont ou auront Tadministralion. »

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