‹ Saint Jean et la fin de l'age apostoliqueChapitre 10 sur 76 · INTRODUCTION XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XVII

Rome au temps d'Antonin (138-161), cherche dans l'œuvre de Jean des appuis au Gnosticisme1 et lui reconnaît une telle autorité, que son disciple Héracléon2 commente ce livre saint, de préférence à tout autre. Au milieu du second siècle, hérétiques et orthodoxes s'accordent donc, dans l'Église romaine, à recevoir notre quatrième Évangile comme parole apostolique.

Vingt à trente ans plus tard, un inconnu dressait à Rome la liste de nos écrits inspirés. Voie en quels termes il mentionne les traditions qu'il recueillait, dans ses entours : « Jean, l'un des « disciples, composa le quatrième Évangile, à la « sollicitation des autres disciples et de ses com- « pagnons d'épiscopat : « Jeûnez avec moi pen- « dant trois jours, leur dit-il, et nous nous com- « muniquerons ce qui aura été révélé à chacun « de nous. » La même nuit, il fut révélé à André,

mençait par le « Prologue » de S. Jean. Voir Evangelii concordantis expositio facta a S. Ephrem, a J.-B. Aucher; édit. Môzinger, Venetriae. Cf. le Diatessaron arabe, édité par le P. Ciasca, Rome, 1888.

1 S. Irénée, Adv. Hxr., m, {{, 15.

2 Origène, In Joan., passim. On trouvera dans S. Irénée, Adv. Hxr., i, 8, 5, le curieux commentaire qu'un autre disciple de Valenlin Ptolémée faisait du prologue de S. Jean.

XVITI INTRODUCTION

« l'un des Apôtres, que Jean devait écrire tout en « son nom, sous le contrôle de tous. Voilà pour- « quoi , bien que chacun des Évangiles commence k diversement leur enseignement, cela ne produit « aucune différence dans la foi des croyants, car « c'est au souffle d'un tout-puissant et unique « Esprit qu'a été proclamé tout ce qui concerne la « naissance, la passion, la résurrection de Jésus- « Christ, ses entretiens avec les disciples; son « double avènement : le premier dans l'humilité « et le mépris, lequel a déjà eu lieu; le second, « dans son pouvoir royal et glorieux, qui est à v.e- « nir. Qu'y a-t-il donc d'étonnant que Jean, même « dans ses Épitres, affirme si fortement chaque « chose, car il y peut dire, de lui-même : Ce « que nous avons vu de nos yeux, entendu de nos « oreilles, et ce que nos mains ont touché : c'est « là ce que nous écrivons. Il déclare ainsi qu'il a « été non seulement le témoin oculaire, mais aussi « l'auditeur et l'écrivain de toutes les merveilles « du Seianeur dont il ordonne l'histoire1. »

1 Canon de Muralori. Muralori, savant ecclésiastique italien (1672-1750), découvrit en 1740, à la Bibliothèque anihrosiennc de Milan, le manuscrit connu sous son nom, et qui faisait partie d'un Canon du Nouveau Testament, écrit à Home vers l'an 170.

INTRODUCTION xix

Bien des détails sont ù sacrifier dans ce récit, en partie légendaire. Un fait s'en dégage toutefois, et demeure incontestable : c'est que, dans la seconde moitié du deuxième siècle, un Évangile de « Jean, l'un des disciples », était connu à Rome et tenu pour authentique. A la vérité il n'est point marqué, dans le texte qu'on vient de lire, que ce disciple Jean soit l'apôtre, fils de Zébédée; mais un contemporain de cet écrit. S. Irénée de Lyon achève de tout préciser. « Jean, dit-il, le disciple du Seigneur, celui qui se pencha sur son sein, publia, lui aussi, l'Évangile, pendant qu'il habitait en Asie1. »

Ce témoignage, quoi que tente la critique rationaliste pour en diminuer l'importance, est et demeure capital. Nul mieux que l'évêque de Lyon, en effet, n'était à portée de connaître l'origine du dernier Évangile. Né en Asie, aux lieux où fut composé ce livre sacré, il y connut Polycarpe et les « Anciens » qui avaient conversé avec Jean 2. Nous le trouvons en Gaule, durant la per-

ce fragment célèbre a été l'objet d'un grand nombre de travaux. Cf. Vigouroux, Manuel biblique, 1897, t. I, p. 106.

1 S. Irénée, Adv. Hecr., m, i, 1.

2 Eusèbe, Histor. eccle s., v, 20, 5-7.— S. Irénée, op. cit., m, 3, 4:

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