XXXVIII INTRODUCTION
Si l'on en excepte les Aloges, dont nous avons déjà parlé, il est donc parfaitement établi qu'au cours des deux premiers siècles, l'Apocalypse était reçue, dans toute l'Église, comme l'œuvre authentique de Jean, « le disciple que Jésus aimait ». Il importe dès lors assez peu que dans l'âg-e suivant, sous l'empire de préventions dogmatiques, une nouvelle école se soit formée pour combattre la croyance unanimement reçue jusque-là. C'est dans Alexandrie, patrie de l'abstraction et de la chimère, que naquit le Millénarisme. Ses partisans se fondaient sur un passage de l'Apocalypse pour soutenir que les justes régneraient mille ans avec le Christ1. L'évêque de cette ville, S. Denys, n'imagina rien de mieux, pour ruiner l'erreur, que de lui ôter l'appui d'un texte apostolique. Il entreprit donc de retirer à S. Jean la paternité de son œuvre, et de l'attribuer à un autre personnage, vénérable également, mais qui ne fût point un apôtre. Cette solution, fâcheuse quoique inspirée par un louable dessein, eut pour résultat de créer, dans l'opinion, deux courants absolument contraires qui, peu à peu, se fondirent, à mesure que
1 Apoc, xx, 4-7.