‹ Saint Jean et la fin de l'age apostoliqueChapitre 38 sur 76 · LÉGLISE ET L'EMPIRE SOUS LES FLAVIENS · texte numérisé non relu

LÉGLISE ET L'EMPIRE SOUS LES FLAVIENS

statues dressées à Tibère Alexandre dans le Forum montrent en quel rang l'avait porté la reconnaissance de Vespasien1; Agrippa, de son côté, fut investi de la préture2 et reçut, aux alentours de l'Hermon, un accroissement de domaine3. Mais pour ce lointain royaume fallait-il donc quitter la ville? Il se contenta d'exercer ses droits régaliens, de battre monnaie, à Tibériade, à Panéas4, le plus souvent sans y paraître. A Rome il menait large vie, familier avec les grands, exact néanmoins aux observances de la Loi, célébrant même avec une certaine ostentation les fêtes d'Israël5. La vieille Rome murmurait de cette intrusion du judaïsme; longtemps, le sachant couvert de la faveur impériale, elle n'osa rien à. rencontre; le jour où elle vit une Juive en passe d'épouser Tilus, elle éclata. Bérénice congédiée, la fortune de sa race n'en fut pas amoindrie. Agrippa et son autre sœur Drusille, leurs entours, les petits rois de Syrie adhérents du Mosaïsme continuèrent de fréquenter le Palais et d'y faire figure. Les Juifs proûtèrent de cette sauvegarde pour affluer à Rome : nulle part, depuis la chute de Jérusalem, ils ne trouvaient pareille sûreté.

A un plus bas degré, mais non moins influent que

1 Juvénal, i, 129, 131.

2 Dion Cassius, lxvi, 15.

3 Justus de Tibériade, dans Photius, Bibliotheca, cod. 33. * Madden, Coins of the Jews, pp. J39-169.

6 Juvénal, y, 179-184.

les princes issus d'Hérode, se tenait l'historien Josèphe. Il avait été amené, captif ou transfuge, dans le camp de Vespasien, où il gagna promptement la faveur des princes. Titus l'ayant vu à ses côtés, durant le siège de Jérusalem, moins dévoué aux vaincus qu'aux vainqueurs, était entré avec lui dans la plus étroite liaison : de retour à Rome, il entretint ce commerce aussi intime que fréquent. Le prénom de Flavius, que prit alors Josèphe, témoigne qu'il se regardait comme appartenant à la « famille » impériale. C'est dans ces conditions que l'ancien défenseur de Jotapata commença d'écrire les livres qui l'ont plus illustré que ses exploits. Son œuvre est considérable et de vif intérêt, car, en dehors des faits qui parlent assez haut, elle montre l'idée que la cour impériale prit alors du judaïsme; par suite, l'influence qu'exercèrent sur les maîtres de l'Empire la Loi divine, la race élue qui venait d'enfanter le Sauveur.

Des relations erronées de la guerre juive déterminèrent Josèphe à entreprendre son premier ouvrage. Il l'écrivit, sous les yeux, avec l'aide des principaux acteurs de celte tragédie : Vespasien, Titus, Agrippa'. Les soixante-deux lettres adressées par ce dernier, pendant la composition de l'œuvre, attestent quelle attention il y donna. Les officiers qui avaient combattu en Judée furent interrogés, et complétèrent les notes

1 Josèphe, Contra Appionem, i, 9; Yita, 65.

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