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CHAPITRE QUATRIÈME

Titus finit-il par le poison? Rome désolée put le croire : elle avait l'expérience des morts impériales. La rumeur accusa Domitien1 son frère, héritier de l'empire après lui. On le savait d'une noire jalousie, prêt à tout pour régner : Vespasien n'en avait eu raison qu'en le tenant éloigné des affaires 2. Ne le vit-on pas, dans sa hâte indécente, quitter Titus mourant, courir au camp des Prétoriens pour s'y faire acclamer3? Tout était suspect en lui, cependant aucune preuve n'est venue avérer son forfait; les mieux informés des contemporains s'accordent à le décharger du fratricide *, dont l'accusait le peuple, toujours prompt au soupçon du crime. On -lui tint donc rigueur au début de son règne : l'esprit d'intrigue dont

1 Dion Cassius, lxvi, 2G. — Philostrate, Vila Apollonii, vi, 32.

2 Suétone, Titus, 9. — Domit-, 2. — Dion Cassius, ibid.

3 Suétone, ibid.

* Plutarque, De sanitate prxcepta,i.

il avait fait montre sous Vespasien et Titus, son ingratitude envers eux, ses perOdes machinations autorisaient les plus tristes présages '. Rome respira à le voir aussi sage qu'eux-mêmes. La réforme des mœurs, commencée par leur autorité, fut poursuivie rigoureusement; les débauches honteuses, l'inconduite des femmes, la mode naissante des eunuques, hardiment réprimées. Ses devanciers n'avaient rien osé contre les prêtresses de Vesta oublieuses de leurs vœux : à trois d'entre elles, Domitien intima de mourir; selon le barbare usage, la grande vestale Cornélie fut enterrée vivante, les complices périrent sous les verges en plein Forum2.

11 n'étala pas moins de zèle pour la justice, il la voulut impartiale : révisant lui-même les arrêts, les cassant quand ils paraissaient entachés de faveur, et dans ce cas, notant les juges d'infamie. « 11 maintint si fortement les magistrats de Rome et les gouverneurs de province, que jamais ils ne furent ni plus désintéressés ni plus justes 3. » Le témoignage de Suétone, ordinairement sévère à Domitien, montre qu'au cours du règne l'opinion lui était encore avantageuse, et explique comment le grave Quintilien put

1 Suétone, Domit., 2.

2 Id., 7, 8. — Dion Cassius, lxvii, 2, 3, 12. — Martial, Epigr., ▼i, 2; ix, 7, 8. — Stace, Silv., III, iv, 73, 78; IV, m, 14, 15. — Philostrate, Vita Apollonii, vi, 17.

1 Suétone, Domit., S.

l'appeler « le censeur très saint ' ». Martial le loue « d'avoir contraint la pudeur à rentrer dans les familles 2 ».

Même concert d'éloges chez la plupart des contemporains : Stace, Valérius Flaccus, Silius Italicus lui rendent également hommage 3. Tacite, Pline le jeune furent décorés par lui de la préture1; car Domitien, fidèle aux meilleures traditions de sa famille, affectait alors un grand zèle en faveur des Lettres et des Arts. On le voyait rétablir à grands frais les bibliothèques détruites par les derniers incendies 5; restaurer, avec magnificence, les monuments que son père et son frère n'avaient pu relever; donner aux jeux publics une splendeur qui rappelait celle de Néron 6.

Cette ostentation ruineuse était pour éloigner tout soupçon de cupidité ou d'avarice. Il se montrait au contraire aussi désintéressé que libéral : refusant les héritages des pères de famille, proscrivant sans merci les délateurs : « Qui ne les punit pas, disait-il, les encourage. » N'était-ce là vraiment que vertus de pa-

1 « Sanctissimus censor ». Quinlilien, Inst., iv, prxf. Nombre d'inscriptions et de monnaies de Domitien portent ce litre de « censor », «censor perpetuus ». Voir Willmanns, Exempta inscriptionumlalinarum, n° 925. — Orelli, a" 766, 768.

2 Martial, Epigr., vi, 2-4, 7.

3 Stace, Silv., III, iv, 74; IV, m, 213. — Valérius Flaccus, i, v. 12 et suiv. — Silius Italicus, m, 618 et suiv.

* Tacite, Annales, xi, 11. — Pline le Jeune, Ep., m, 11 ; vu, 1C. b Suétone, Domit., 20.

6 ld., 4, 5.

rade? On peut le croire, l'odieuse lin du prince les ayant toutes démenties; mais si, dans le fond, Donatien fut toujours pervers, il eut assez d'empire sur ses bas instincts pour ne leur lâcher la bride qu'aux derniers temps. Sur quinze ans que dura son règne, deux seulement décelèrent le monstre. C'est d'après ces deux années, qui effacent le reste, que la postérité l'a jugé.

« Le besoin le rendit rapace, dit Suétone ' ; la peur, cruel. » Ces deux mots expliquent le changement qui fit du dernier des Flaviens un rival en férocité de Néron et de Caligula. Les finances restaurées par Vespasien n'avaient pu tenir aux largesses de ses fils, du dernier surtout2; la solde de l'armée, accrue par lui, acheva la ruine. Il fallut faire argent de tout. Le fisc recouvra licence de pressurer; les délateurs de trahir 3.

Une révolte dans la Germanie supérieure fournit l'occasion de sévir. Elle avait été fomentée par un membre de l'aristocratie romaine, Antonius Saturninus, qui commandait en ce pays. Ses deux légions se soulevèrent d'accord avec les Germains, qui allaient franchir le Rhin glacé pour les rejoindre, quand un dégel subit les arrêtant permit à Norbanus d'accourir, et de réprimer la sédition. Antonius avait des compli-

1 « Inopia rapax, metu sœvus ». Suétone, Domit., 3.

2 Suétone, Domit-, 9.

3 Id., 5. Plutarque, Public, 15. —Pline, Hist. nat., vm, 21.

ces à Rome, dont sa correspondance contenait les noms. Par humanité Norbanus s'empressa de la détruire 1 ; mais cette précaution même mit Domitien en éveil et la réflexion l'affola. Ne sachant contre qui se défendre, il frappa à l'aveugle, dans les hautes familles surtout, qu'il sentait hostiles, dédaigneuses, tenant les Flaviens des intrus en regard du vieux patriciat. « Nombre de sénateurs, dit Suétone, dont quelques-uns avaient été consuls, furent mis à mort comme instigateurs de nouveautés 2. »

Domitien avait-il jeté le masque ou perdu l'esprit? Tout entier aux soupçons, à la manie de déjouer les conspirateurs, il se révéla perfide, jaloux, cruel de sang-froid, bassement méchant. La peur, qui lui suggérait les crimes, en devint le châtiment : tout lui semblait funeste, un bruit de pas le faisait trembler. Se renfermant dans son palais, il y vécut en défiance de tout. Des galeries avaient été revêtues par son ordre de marbres brillants, qui réfléchissant les objets lui permettaient de voir ce qui se passait derrière lui. Il s'y promenait seul, durant des heures, le cœur labouré d'angoisses, en proie à l'inquiétude, aux projets sinistres, n'ayant d'autre distraction que d'attraper les mouches, et de lire les Mémoires de Tibère, sa grammaire de cruautés3.

1 Dion Cassius, i.xvii, 11. — Suétone, Domit., 6.

2 « Complures senalorcs, in liis aliquot consularcs, interctnit.. quasi molilores novarum. » Suétone, Domit., 10.

3 Suétone, Domit., 14, 20.

Les délateurs l'y aidèrent : devenus ses favoris, ils le fournissaient de victimes, car le moindre prétexte sufûsait, à lui comme à eux. Salvius périt, pour avoir célébré le jour natal de son oncle, l'empereur Othon; Métius Pomposianus, parce qu'il était né sous une constellation qui lui promettait le trône; Lucullus, pour avoir permis qu'on donnât son nom à des lances qu'il venait d'inv3nter. Une femme s'étant déshabillée devant une statue de l'empereur, c'en fut assez pour la condamner. Les parents et les familiers du prince étaient plus que personne exposés à ses coups. Un de ses cousins, Flavius Sabinus, reçut l'ordre de mourir parce qu'un héraut, se trompant dans les co~ mices consulaires, au lieu de consul, le proclama imperalor. Domitien avait pris comme secrétaire Épaphrodite, affranchi de Néron, qui par pitié, on s'en souvient, avait aidé son maître à se tuer; s' avisant qu'un tel service pouvait être de mauvais exemple, il le fit mettre à mort1.

La surprise et l'épouvante des malheureux ainsi frappés à l'improviste , et sous de futiles prétextes , étaient devenues une jouissance pour ce barbare. Néron, tout cruel qu'il était, répugnait à être témoin des supplices, Domitien s'en fit un jeu; se plaisant surtout à voir les condamnés passer d'un excès de confiance et de joie, au plus navrant désespoir. Quiconque l'entendait parler d'indulgence, ou se voyait

1 Suétone, Domit., 10-14. — Dion Cassius, lxvii, 12

choyé par lui, devait craindre un retour de caprice : témoin ce receveur qu'il manda un jour, en le comblant d'honneurs et de prévenances; le lendemain, il le fit mettre en croix.1.

Domitien avait commencé à tuer pour se défendre; il continua par délire, par instinct féroce, par haine de toute supériorité. Tout mérite lui était odieux, l'honnêteté surtout, à ce point qu'il ne souffrait pas qu'on en fît l'éloge devant lui. Julius Rusticus fut tué pour avoir loué Thaséas et Helvidius Priscus, en les appelant « les plus vertueux des hommes2 ». La parole, la pensée même devenait un danger; pour les étouffer plus sûrement, il fit rendre par le Sénat un édit qui bannissait de Rome les philosophes : « il eût voulu, dit Tacite, qu'il n'y restât rien d'honnête 3 ». La sécurité, ramenée par les Flaviens au centre de l'empire, y avait attiré une société de nobles esprits; l'arrêt de Domitien les dispersa. Artémidore ne put rester aux environs de Rome qu'en se cachant; Epictète gagna l'Épire; Dion Ghrysostome le pays des Gètes. Il ne resta devant le tyran que le Sénat épouvanté, maintenu par les prétoriens dans une servilité

1 Suétone, DomiL, 14.

2 Id., 10.

3 « Expulsis insuper sapientiae professoribus, atque omni bona arte in exilium acta, ne quid usquam bonestum occurreret. » Tacite, Ayricola, 2. — Suétone, DomiL, 10. — Dion Cassius, lxvii, 13. — Pline, Epislol., m, 11; Paneg., 47. — Aulu-Gelle, xv, 11. — Philoslrale, Vita ApolL, vu, 1, 4.

muelte. Domitien s'était servi de lui pour proscrire: il en usa aussi pour piller, car le sang ne lui faisait pas oublier sa bourse. Au contraire, tout bannissement, tous les supplices, emportant confiscation, il les multiplia. La chasse aux héritages reprit également avec plus d'âpreté que jamais : un seul témoignage déclarant que le défunt avait eu l'intention de donner sa fortune à l'empereur suffisait pour qu'on fît main basse1. On peu!, juger, par ce trait, quelle terreur pesait sur Rome. « La délation y avait rompu toute société; on craignait de parler, on craignait d'entendre2. »

Un des nombreux impôts que le fisc avait ordre de presser, les deux drachmes payées par les Juifs au Temple, donna lieu à des violences particulièrement odieuses, et élargit le cercle des proscriptions 3. Cette offrande des Israélites à leur sanctuaire national, spontanée à l'origine, avait changé de nature après la ruine de Jérusalem. Nous avons vu que le vainqueur en avait fait un tribut levé sur toute la race, et consacré aux édifices du Capitole 4. Ceux-là seuls toutefois y étaient soumis qui se déclaraient Juifs; nombre de circoncis, afin d'esquiver le paiement, cachaient leur origine. Les collecteurs eurent bientôt fait d'éventer

1 Suétone, Domit., 12.

2 Tacite, Agricola, 2.

3 Suétone, ibid.

4 Voir chap. i, page 6.

la fraude, mais leurs recherches activement menées, et au mépris de toute décence, aboutirent à une découverte qui leur causa autant de surprise que d'embarras : quantité de gens dans Rome, sans avoir reçu la circoncision, suivaient les mœurs judaïques. Convenait-il de les assujettir à la taxe d'Israël? Un décret de Domitien trancha la difficulté en réglant que c'était non la circoncision, mais « la vie juive » qui obligeait à l'impôt1. Or, « la vie juive », tous ceux-là passaient pour la mener qui, détachés de l'idolâtrie, évitaient les temples, les fêtes profanes, les cérémonies publiques, se distinguaient du commun par l'austérité de leurs mœurs.

Les chrétiens en faisaient partie : sommés de payer la didrachme, la plupart d'entre eux refusèrent; ils ne pouvaient se laisser ainsi confondre avec les Juifs sans un mensonge, une sorte d'apostasie. Mais alors, qu'étaient-ils aux yeux de l'Empereur? De quel droit s'abstenaient-ils du culte officiel, s'ils n'étaient pas couverts par les privilèges légalement octroyés aux Israélites? Les agents du fisc ne furent pas seuls à poser cette question, les légistes et les hommes d'État durent aussi s'en occuper, car la religion de Rome faisait partie intégrante du Romain; en négliger les

1 « Prœter cœteros judaïcus fiscus acerbissime actus est ; ad quern defercbanlur qui, vel improfessi judaicam viverent vitam, vel dissirnulata origine, imposila genti tributa non pependissent. » Suélone, Domit., 12.

rites, c'était faillir au devoir, trahir le prince et la patrie. Les chrétiens n'avaient pas, comme les Juifs, l'excuse d'une religion reconnue, pour justifier leur abstention; les lieux où ils se réunissaient ne ressemblaient en rien aux autres temples : on n'y voyait ni victimes, ni sacrifices sanglants. Ils étaient donc sans Dieu, sans culte : cette présomption d'athéisme devenait crime d'Etat.

Ce fut donc la perception de la didrachme, qui donna lieu occasionnellement à l'action contre l'Église, sans qu'il y eût dessein prémédité de l'Empereur. Un grand nombre de citoyens, refusant la taxe ainsi que l'affiliation au Judaïsme, et menant cependant la « vie juive 1 », furent inculpés d'athéisme, et par là même soumis aux poursuites judiciaires. Nul besoin d'un édit nouveau, celui de l'an 64 subsistait : il suffit de l'appliquer pour rouvrir l'ère des persécutions.

Sous Néron, la tourmente avait sévi avec une confuse violence, enveloppant sans distinction tous ceux que dénonçait la rumeur populaire. Cette fois, elle semble avoir frappé de préférence les hautes classes, où l'on n'ignorait pas que l'Évangile avait trouvé des disciples. L'argent qui fut l'occasion des poursuites en devint aussi le but. Les délateurs visant la fortune des condamnés s'ingénièrent à les bien choisir. Une

1 Dion Cassius, lxvii, 14.

extravagance de Domitien servit leurs manœuvres. Il était tombé aux folies de Galigula, réclamant les honneurs divins, érigeant sa statue dans le Gapitole, et veillant à ce qu'elle ne manquât pas de sacrifices. Les lettres expédiées en son nom portaient : « Notre- Seigneur et Dieu le veut et l'ordonne ' ». Pour tout ce qui avait charge à la cour, c'était un devoir d'état de prendre part à ces adorations. On attendait là les Chrétiens. Épiés par les délateurs, tous ceux que leur conscience détournait de ces sacrilèges étaient aussitôt dénoncés, accusés de lèse- majesté, d'athéisme et de « mœurs juives ». Il n'en fallait pas tant pour les perdre.

La plus illustre victime fut un cousin de l'Empereur, Flavius Glemens, que Rome avait vu jusque-là pratiquer librement la foi nouvelle. Ni sa naissance, ni le consulat dont il était revêtu en 95, ne le sauvèrent de la mort. Sa femme Flavie Domitille partageait sa croyance : elle fut reléguée dans l'île de Pandataria2. Leur nièce, appelée aussi Flavie Domitille, fut, pour les mômes causes, exilée dans celle de Pontia3, où sa vie devint « un long marlyre 4 ». Au témoignage de Dion, ces membres de la famille impériale

1 Dominus et deus nosler hoc fieri jubet. Suétone, Domitien, 13. — Dion Cassius, lxvii, 13. — Paneg., 11. — Aurelius Victor, Cxsar., xi, 2. — Philostrate, Vita A poil., vu, 24, 32.

î Suétone, Domit., 15. — Dion Cassius, lxvii, 13.

3 Eusche, Ilistor. eccl., III, xviii, 4.

* Saint Jérôme, Ep. 108, ad Eustochivm.

étaient frappés pour crime d'athéisme. « De ce chef, ajoule-t-il, beaucoup d'autres qui avaient embrassé les mœurs juives, subirent pareille condamnation; le? uns furent punis de mort, les autres de la confiscation des biens'. » Ce nombre considérable de fidèles martyrisés sous Domilien est également attesté par un autre chroniqueur de l'époque, Brutius2. La persécution étendit donc ses ravages comme en l'an 64, elle n'eut pas toutefois la même férocité; aucune mention n'est faite des cruautés réservées aux gens de basse condition, que Néron avait prodiguées : le feu, la croix, les bêles de l'amphithéâtre. Domitien et ses délateurs paraissent avoir surtout visé à la bourse de leurs victimes. Ce sont là des traits distinctifs de cette seconde persécution, d'où l'on a conclu avec vraisemblance que les martyrs devaient, en grande partie, appartenir aux. classes élevées de la société.

En dehors de ceux que nous avons cités, leurs noms ne furent pas conservés par la tradition chrétienne: l'un d'eux, néanmoins, semble indiqué dans un passage de Dion Cassius. Après avoir parlé des personnes condamnées en 93, pour les motifs énoncés plus haut, l'historien ajoute : Domitien « fit aussi périr Glabrion, qui avait été consul avec Trajan; il

1 Dion Cassius, lxvii, 14.

2 « Scribit Brulius plurimos chrislianorum sub Domitiano fecisse martyrium, inler quos et Flaviam Domitillam Flavii démentis ex soiore nepotem, quia se christianam esse testata sit. » Eusèbe, Chron., u, ad Olympiad., 218.

l'accusait des mêmes crimes1 ». L'expression vague qu'emploie Suétone en rapportant la même condamnation, et que nous avons déjà citée, donne une impression analogue : « Domitien, dit-il, fît périr beaucoup de sénateurs, dont quelques-uns avaient été consuls, et parmi ceux-ci, comme coupables de « nouveautés », Civius Cerealis, proconsul d'Asie, Salvidianus Orfitus, Acilius Glabrio, alors en exil 2. » Qu'étaient ces « nouveautés », sinon « la superstition nouvelle 3 » dont le même historien fait le crime capital des chrétiens sous Néron?

Ces inductions ne suffiraient pas à établir que Glabrion crût à l'Évangile; mais de récentes découvertes sont venues les confirmer, laissant peu de place aux doutes. Une crypte renfermant les corps de chrétiens nommés « Acilii » a été retrouvée dans la plus ancienne partie du cimetière de Priscille, laquelle remonte au temps des Flaviens 4. A cette époque il y avait donc des chrétiens dans la famille : dès lors, rien de plus légitime que de conclure, sur les témoi-

1 Dion Cassius, lxvii, 13.

2 « Complures scnatores, in his aliquot consulares, interemit : ex quibus Civium Cerealem in ipso Asiae proconsulatu, Salvidianum Orfitum, Acilium Glabrionem in exilio, quasi molitores novarum rcrum. » Suétone, Domit., 10.

3 « Afflicti suppliciis chrisliani, genus hominum superstitionis novae et maleficaB. » Suétone, Nero, 16.

* De Rossi, Bulletl. de archeologia cristiana, 1888-1889, p. 15- 66, 103-133 et pi. I-II, v. — Cf. P. Allard, Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles, ch. u, S n, p. 113-115.

gnages de Dion et de Suétone, qu'Acilius Glabrion partageait la foi nouvelle.

Il est douteux, toutefois, que le domaine funéraire des « Acilii » ait contenu ses restes, car c'est dans l'exil que l'arrêt de Domitien le joignit1. Depuis longtemps, ce prince haïssait Glabrion, et il le lui avait témoigné de la façon la plus brutale, l'année même de son consulat (91), en le forçant à combattre sans armes contre les bêtes féroces, dans la villa d'Albano2. Dépité de sa victoire, il le bannit, mais l'exil ne le sauva pas des délateurs; on l'avait vu mener même vie que les Flaviens accusés d'athéisme; il fut dénoncé et sur ce chef sans doute condamné à mourir. A ce titre, il a droit de prendre place parmi les martyrs entre les Clemens et les Domitilles.

Que devenaient les Juifs familiers du palais au cours de ce règne persécuteur? Agrippa et Bérénice, morts à temps, n'en connurent vraisemblablement que les heureux débuts3. Quant à Josèphe, il parait

1 a Acilium Glabrionern in exilio. » Suétone, Dotnit., 10.

8 Dion Cassius, lxvii, 14. — Juvénal, iv, 99-101.

3 Josèphe (Vita, 65) marque, en termes exprès, qu'au tem;>s où il écrivait son autobiographie, Agrippa était mort. A la vérité, les dernières monnaies portant le nom de ce prince auraient été émises en 95, d'après certains calculs (Madden, Coins of the Jews, 1881, p. 148-159). Mais le point de départ des ères notées sur ces monnaies donne lieu à de telles difficultés, qu'il est difficile d'en rien conclure. Voir Eckhel, Doctrina nummorum veterum, III, 493-496. — Lenormant, Trésor de Numismatique, p. 127-130. — Cavedoni, Biblische Numismatik, I, 53 et

l'avoir traversé d'abord avec la même souplesse que les périodes agitées de sa vie. 11 avait su capter la bienveillance de l'empereur et de son épouse, Domitia, qui le protégeait ouvertement'; mais ce fut surtout l'Épaphrodite de Néron, alors secrétaire de Domitien, qui devint son meilleur appui 2. Les fortunes diverses avaient ennobli l'âme de cet affranchi; il se montrait particulièrement curieux du Mosaïsme, dont la haute doctrine l'attirait. Josèphe entreprit à sa demande une vaste composition, qu'il intitula Antiquités judaïques, où tout en faisant l'histoire du peuple juif il s'efforçait de montrer que par sa glorieuse carrière, la noblesse de ses croyances, de ses lois, de ses institutions, ce peuple injustement méprisé rivalisait avec la Grèce et Rome. Les livres sacrés d'Israël furent naturellement la principale source où il puisa, mais de nombreux documents, aujourd'hui perdus, se trouvaient à sa portée; il sut en tirer parti pour éclairer et compléter la Bible en maint endroit.

L'histoire des Juifs n'est menée, dans cet ouvrage, que jusqu'à la guerre de Judée, où elle se lie naturellement avec le récit déjà fait de la campagne3. Tou-

suiv., 61-64; II, 38 et suiv. — De Lévy, Geschichte (1er jiidischen Milnzen, p. 82. — De Saulcy, Numismatique de la Terre Sainte, p. 316; Étude chronologique de la vie et des monnaies des rois juifs Agrippa I" et Agrippa II, dans les Mémoires de la Société française de Numismatique, 1869.

1 Josèphe, Vita, 76.

2 Id., Anliq. jud., Proœm., 2;Conlr. Appion., H, 41 ; Vita, 76.

3 Josèphe, Anliq. jud., XX, xi, 1.

tefois, comme le rôle que l'auteur y avait joué était défiguré par ses concitoyens; que la facilité avec laquelle il avait passé aux Flavicns était qualifiée trahison, il crut devoir se justifier, et écrivit une apologie où il montre que, pour s'être conduit avec habileté au camp romain et dans le palais des Flaviens, il n'en a pas moins fait preuve de vaillance aux heures critiques. Il invoque surtout en sa faveur les témoignages de Titus et de Vespasien. Ceux de ses compatriotes lui étaient moins avantageux. Juste de Tibériade composa même, à cette époque, une relation de la guerre de Judée, où il lui reprochait d'avoir présenté les événements sous un faux jour1. La perte de cet écrit ne permet pas de juger à quel point la critique est fondée. Nous avons déjà dit 2 quelles réserves, mais aussi quel crédit mérite l'œuvre de Josèphe, en ce qui toucbe Israël.

La même confiance ne peut lui être accordée quand il parle du monde païen, qu'il ne connut que sur le tard. Le traité qu'il publia alors contre Appion prouve qu'il n'avait qu'une connaissance superficielle des écrivains profanes. Le savant égyptien qu'il entreprenait de réfuter avait recueilli de toutes mains, et accumulé textes sur textes, pour établir que la religion juive n'avait pas le prestige d'antiquité que lui

i Josèphe, Vila, 9, 17, 37, 65, 70, 74. 3 Voir plus haut page 53.

prêtaient ses zélateurs1. Josèphe lui oppose de nombreuses autorités, mais qui souvent ne valent guère mieux. Il les emprunte, sans discernement, à cette école juive d'Alexandrie qui ne se faisait aucun scrupule de forger ses citations, de prêter ses pensées, et même le langage de l'Écriture, à Orphée, Linus, Homère, aux poètes et aux sages de l'IIellade. Josèphe produisait trop et trop vite pour approfondir son sujet.

Tourmenté de la démangeaison d'écrire, depuis que le grec lui était devenu familier, il ne cessait de projeter de nouvelles œuvres : reprendre les Antiquités judaïques, qui s'arrêtaient à la douzième année de Néron, et les pousser jusqu'à Domilien; composer un grand ouvrage, en quatre livres, sur Dieu et son essence; un autre sur les lois mosaïques2. La mort sans doute l'en empêcha; du moins, il ne reste de ces vastes travaux ni vestige, ni mention. C'est en l'an 93 qu'il les méditait 3, et déjà les délateurs avaient

1 Le grammairien Appion, sorti d'une oasis de l'Egypte, s'acquit, au premier siècle, une grande renommée, moins par son érudition toute de surface, que par sa bruyante fatuité. Tibère l'appelait « la cymbale du monde » : « Plus justement, ajoute Pline, on l'eût nommé m le tambourin de sa propre renommée » (Histor. nalur., prxf., 25). A l'en croire, il suffisait pour immortaliser quelqu'un qu'il lui dédiât une de ses œuvres. Ses attaques contre les Juifs étaient ramassées dans les cinq livres de ses A'-Yurctiaxâ.

2 Josèplie, Antiq.jud., proœm.

8 ld., Antiq. jud., XX, XI, 2.

LA rER&ÉCUTION DE DOMITIEN 85

l'œil sur lui. Par deux fois, leurs rapports le mirent en grand danger'; un reste de faveur du maitre le sauva. Mais venait un temps où plus rien n'arrêterait cette furie de meurtre. Après ses parents, Flavius Clemens et sa femme, après leur mère Domitille, après son secrétaire Épaphrodite, il s'en prit aux Juifs de la cour, d'autant plus menacés qu'ils étaient plus en vue; probablement Josèphe fut emporté dans un de ces accès de rage aveugle.

Avait-il pressenti la catastrophe dans laquelle il devait périr? On a cru en trouver la trace dans un discours qui lui est attribué, et qu'on connaît sous le nom de quatrième livre (apocryphe) des Machabées. L'auteur est un Juif imbu d'idées stoïciennes, qui demande à la sagesse profane le courage d'affronter la mort dans les supplices. Le nom donné par lui à son œuvre : Discours sur la souveraineté de la raison 2, en indique assez l'esprit; toutefois le souffle d'Israël y demeure, et en fait une exhortation si vive au martyre que l'Église Ta conservée, bien qu'elle possédât l'histoire authentique d'Éléazar et des sept frères, dont ce discours n'est qu'une amplification philosophique.

Tout porté qu'est l'auteur à prendre sur la raison son principal appui, on voit qu'il a reçu et gardé

1 Josèphe, Vila, 96.

2 Ilepi aÙTo-xpiTopoî ),oyict(xoû. Voir le commentaire de Grimm, Exegetisches Handbuch zu dem Apokriphen, t. IV.

l'empreinte d'une éducation pharisaïque. Il tient aux minuties de la Loi, déclare que la transgresser, pour les petites choses, est aussi coupable que pour les grandes : dans les deux cas, en effet, l'autorité que lui donne la raison est également méconnue '. Avec les Pharisiens, il croit à la résurrection, à une vie future où les justes, morts pour Dieu, vivront en lui et pour lui2. Il voit dans les tourments des martyrs un sacrifice qui expie les péchés du peuple et le réconcilie au Seigneur3. Mais à travers ces doctrines juives perce l'idée maîtresse de l'auteur, que la raison est la reine des vertus, dominatrice des passions4. A elle obéit l'Israélite en s'abstenant des aliments interdits par la Loi, en gardant toutes les prescriptions du Mosaïsme : piété et raison sont une même chose 5. C'était là assurément une interprétation qu'eussent désavouée les orthodoxes de la nation juive; mais qui n'est pas pour étonner chez les Israélites romains, qu'un long commerce avec des philosophes avait rendus moins rigoureux.

Nous avons dit qu'une tradition attribue ce discours à Josèphe : Eusèbe et S. Jérôme nous la transmettent sans la contester aucunement6. Les objec-

» IV Mac, i, 5.

» Id., i, 20; cf. 13, 15, 17, 18.

s Jd., 6, 17.

* A0tgôe<77iot6ç loti tûv 7ta0u>v 6 e'j<re6/)Ç Xoyt<i|.i.6;, IV Mac, 1.

6 IV Mac, 1, 16, 18, 20.

8 Eusubo, llislor. eccles., III, i, G. — S. Jérôme, De vir. il-

tions de la critique moderne ne sont pas assez décisives pour infirmer leur témoignage. Rien de plus vraisemblable, d'ailleurs, que Josèphe, voyant tomber autour de lui les favoris du tyran, et désespérant d'obtenir meilleur sort, ait cherché dans les actes des martyrs de sa nation des encouragements contre le supplice, non seulement pour lui, mais pour ses frères.

La démence de l'empereur ne distinguait ni juifs ni chrétiens. Depuis un siècle, le bruit courait par tout l'Orient que l'empire du monde appartiendrait à un rejeton de David. Informé de cette rumeur, le tyran donna l'ordre de mettre à mort quiconque toucherait, de près ou de loin, à la race des rois de Jérusalem. Des chrétiens furent signalés comme descendants de l'antique dynastie juive : c'étaient deux petits-fils deJude,le cousin du Sauveur, qui vivaient obscurément au fond de la Batanée. Un émissaire impéiial 4 alla les quérir au delà du Jourdain, et les ramena à Rome. Interrogés par l'empereur s'ils descendaient de David : « Rien n'est plus vrai, » répondirent-ils. — « Et quels biens, quelle fortune avez-vous? » re-

lustr., 14; Contra Pelagianos, n, 6. — Sur les autres auteurs qui attribuent ce livre à Josèphe, voir Giiinm, op. cit., iv, p. 293 et suiv.

1 'Io-joxaxoî, evocatus. Les evocati étaient généralement d'anciens soldats qui, répondant à l'appel d'un chef militaire, se réengageaient et formaient autour de lui un corps d'élite auquel étaient réservées les missions et les fonctions de confiance. Voir Daremberg, Dictionnaire des Antiquités, evocati.

prit Domitien. — « A nous deux, par moitié, environ deux mille deniers, consistant non en argent, mais dans une terre de trente-neuf arpents que nous travaillons nous-mêmes, et d'où, nous tirons de quoi vivre et payer nos impôts. » Et ils montraient leurs mains rugueuses, durcies au travail. Domitien les questionna sur le Christ et son règne, sur la nature, le temps de son apparition. Ils répondirent que ce royaume était, non de la terre, mais du Ciel, et se révélerait à la fin des temps, quand le Christ viendrait dans sa gloire juger les vivants et les morts, et rendre à chacun selon ses œuvres. La naïveté de ces rustiques désarma le tyran; il les fit relâcher, méprisant de telles rêveries (.

Cette aventure profita aux chrétiens. Rassuré par l'interrogatoire des parents de Jésus, Domitien tint superflu de poursuivre des gens inoffensifs, trop occupés de visions célestes pour songer à conspirer. A partir de ce moment, les délations contre eux furent mal reçues. Au rapport d'IIégésippe et de Tertullien, le prince intervint même positivement en leur faveur, donnant l'ordre de cesser la persécution et de rappeler les proscrits2. Tertullien attribue cette mesure à un reste d'humanité. Des soucis tout politiques et personnels suffisent peut-être à expliquer cette apparence de justice. C'était la peur qui avait rendu

1 Ilégésippe, cité par Eusi:bc [Histor. eccles., III, xix, xx). s Euscbe, Histor. eccles., III, xx. — Tcrlullicn, Apoi, 5.

LA rEHSÉCLTlON DE D0MIT1EN 89

Domitien cruel ; ce fut par peur qu'il s'attaqua a Taris- , tocratie, la sachant hostile : « Noblesse, opulence, honneurs refusés ou acceptés, devinrent autant de crimes, et la vertu fut le plus irrémissible de tous'. » Cette frénésie s'exerça librement tant qu'elle ne fit de victimes que dans les classes élevées; qu'importaient à la plèbe, repue de fêtes et de banquets, des expulsions de philosophes, le meurtre ou l'exil de consulaires et de patriciennes? « Impunément, dit Juvénal, il put ravir à Rome tant de nobles et de glorieuses vies, sans que personne se levât pour les venger : il tomba le jour où il en vint à inquiéter les artisans2. Voilà ce qui le perdit, lui dont les mains dégouttaient du sang des Lamia3. »

Qu'étaient ces « artisans » que le tyran se perdit à vouloir persécuter? Avec grande vraisemblance, on a pensé aux chrétiens. Domitien, parmi eux, avait d'abord frappé les fidèles de haut rang, des membres de sa famille et de l'aristocratie. Le nombre de ces confesseurs de marque l'emporta même tellement, aux premiers jours, sur celui des martyrs plus obs-

1 Tacite, Histor., i, 2..

2 « Periit postquam cerdonibus esse tiraendus cœperat... » Juvénal, Sal., it, 15i, 155. — Cerdo, dérivé peut-être du grec Kép- 5wv (gain), se trouve, dans les auteurs et les inscriptions, tantôt comme, nom propre, tantôt comme nom commun, complété par la désignation de quelque métier. Nous ne le voyons appliqué qu'à des esclaves ou à d'humbles mercenaires. Voir Daremberg Dictionnaire des Antiquités, cerdo.

3 Illustre famille, célébrée par Horace, 1. I, od. 21.

curs, que S. Jean, parlant de leurs supplices, ne mentionne que la « décollation » réservée aux personnes de condition supérieure *. Mais l'édit de Néron, remis en vigueur, enveloppait tout ce qui était reconnu chrétien. Il atteignit bientôt le peuple qui ne cessait de former en majeure partie l'Église de Rome. L'intimité de ces petites gens avec leurs frères du patriciat paraissait suspecte au tyran. A ses yeux, ce ne pouvait être qu'une machination de complot : raison de trembler et de sévir. Dès lors, la persécution descendit jusqu'aux derniers rangs de la foule, et suscita cette haine populaire dénoncée par Juvénal. La plèbe, indifférente aux supplices des grands, s'émut quand elle vit le prince s'attaquer à elle; la même horreur qu'avaient soulevée les atrocités de Néron, se fit jour dans les âmes. Domitien sentit, aux murmures du peuple, qu'on s'ameutait contre lui. Il eut peur encore, et, rassuré d'ailleurs sur les visées des chrétiens, cessa de les poursuivre.

Politique ou pitié, c'était trop tard; la haine avait levé dans tous les cœurs. Une dernière folie de Domitien l'allait perdre : sur les tablettes de mort il ne craignit pas d'inscrire sa femme Domitia, son chambellan Parlhenius, et Petrus Secundus, préfet du prétoire. Avertis à temps, ils s'unirent et chargèrent un affranchi de Domitille, d'une vigueur peu commune,

1 Tôjv 7?E7tE).i<TjJiévuv Sià t^v (la^Tupiav 'Ir,<roù, « dccollatoruin propler tcstiinonium Jcsu ». Apoc, xx, 4.

Stephanus, de prévenir le tyran en le frappant luimême. Parthenius l'introduisit, sous couleur de remettre une liste de nouveaux conjurés. Tandis que Domitien lisait, le meurtrier se jeta sur lui et le perça maladroitement à l'aine. Une lutte furieuse s'engagea où Stephanus eut le dessous. Déjà l'empereur l'avait terrassé et, de ses doigts sanglants, tâchait à lui arracher le fer, ou à lui crever les yeux, quand Parthenius, aux écoutes, lança un renfort de gladiateurs qui le poignardèrent '.

La dynastie des Flaviens disparut avec lui, car il avait fait le vide dans sa propre lignée. Son cousin Flavius Clemens avait péri par ses ordres, témoin du Christ. L'empereur adopta les deux fils de sa victime et les fit élever par Quintilien2, les destinant à l'empire. Que devinrent-ils dans la tourmente qui emporta l'assassin de leur père? Nul ne le sait. Leurs illustres parentes, les Domitilles, étaient encore exilées. Le sceptre échappait à cette famille; mais une auréole plus pure lui est restée : d'avoir la première confessé la foi sur les marches du trône.

1 Suétone, Domit., 17. — Dion Cassius, lxvii, 15, etc. — Philostrate, Vita Apoll., vin, 25. — Orose, vu, 10-11. — Aurelius Victor, Epitome, xi, 11, 12.

8 Suétone, Domit., 15.

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