‹ Saint Jean et la fin de l'age apostoliqueChapitre 43 sur 76 · L APOCALYPSE · texte numérisé non relu

L APOCALYPSE

Jean avait écrit sa lettre aux Sept Églises, en pleine lumière d'en haut, sous la dictée de Jésus lui-même ' ; il ne semble pas néanmoins qu'en cette rencontre, l'extase fut telle que, soulevé au delà du monde sensible et tout ravi en Dieu, l'Apôtre ait perdu connaissance de ce qui l'entourait. Il note que c'est un « jour du Seigneur » que ce transport le saisit2; c'est derrière lui qu'il entend une voix éclater, comme une trompette, et que se retournant il aperçoit une figure plus divine qu'humaine, qui lui rappelle l'image du Fils de l'homme tracée par les prophètes3. Ce n'est plus avec la même lucidité qu'il entrevoit les grandes visions formant le corps de l'Apocalypse. « Je regardai, dit l'Apôtre, et je vis une porte ouverte dans le ciel; et la première voix

1 Apoc, i, 1.

2 Ibid., 10.

« lbid., 12, 1».

que j'avais entendue, et qui m'avait parlé avec un son éclatant comme la trompette, me dit : « Monte ici en haut, et je te montrerai les choses qui doivent arriver à l'avenir * . » Ainsi, c'est dans le ciel que le Voyant est transporté, et qu'il se trouve face à face avec la majesté divine. Un trône occupe le centre de l'apparition; mais Jean n'y aperçoit qu'une lumière éblouissante semblable aux feux que jettent la sardoine et le jaspe. Des éclairs sortent continûment de ce trône; des tonnerres, des voix proclament la majesté de l'Éternel, et un arc-en-ciel le couronne, où dominent les teintes de l'émeraude, le vert des célestes espérances; une mer d'azur, transparente comme le cristal, enveloppe l'Éternel et l'isole des êtres créés qui, à distance, forment sa cour2.

Au premier rang de ceux-ci, et au pied du trône, parait le monde angélique, représenté par sept principaux esprits que l'amour divin embrase, et qui sont comme sept lampes répandant leur clarté et leur cbaleur sur le reste de la création3. A l'entour, quatre

1 Apoc, iv, 1.

2 Ibid., 7. — Ains^ Moïse, Aaroa et les anciens d'Israël rirent Dieu, « et sous ses pieds comme un ouvrage de saphir, et comme le ciel quand il est serein ». Exod., xxiv, 10; dans Ézéchiel, ch. i, 26, 28, le trône de Dieu ressemble à « un saphir, et il est environné de l'a rc-en -ciel. Dans toutes les douces couleurs de ces pierreries et de l'arc-en-ciel, on voit Dieu revêtu d'une majesté bénigne et d'un éclat agréable aux yeux ». Bossuet, l'Apo' calypsc, ch. iv, 3.

* Apoc. îv, 5.

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animaux semblables aux « cherubs » assyriens d'Ézéchiel, figurent le monde sensible et corporel. Le taureau exprime les forces de la nature, dans la matière brute aussi bien que dans les corps organisés; le lion, l'action invincible de cette même nature dans ses divers phénomènes; l'aigle aux ailes déployées, ses nobles essors; la bête à face d'homme, l'intelligence qui l'a si parfaitement ordonnée, et partout s'y révèle. Bien que ces êtres prodigieux ne soient types que d'une vie inférieure à celle de l'homme, chaque parcelle de cette vie rend hommage au Créateur, par sa promptitude et sa vigilance à remplir le rôle qui lui est assigné, et c'est là ce qu'indiquent les six ailes, ainsi que les yeux répandus sur tout le corps de ces animaux mystiques. En témoignage de l'harmonie qui maintient l'univers dans un ordre et une union indissolubles, jour et nuit ils chantent, d'une seule voix, à la Trinité créatrice : « Saint, saint, saint le Seigneur Dieu tout-puissant, qui était, qui est et qui vient1. »

1 Les Assyriens adoptèrent comme 1res expressives, la forme du taureau pour signifier la force; celle de l'aigle, pour marquer l'agilité; celle du lion, pour traduire la puissance; la figure humaine, pour indiquer l'intelligence, et ils unirent, en un seul sujet, le roi des animaux domestiques, ou le roi des botes féroces, arec le roi des airs et le roi de la création. Les a Cherubs » sont donc comme les types mêmes de la vie, les êtres vivants par excellence, qui rendent hommage à l'auteur de toute existence, au nom de la création entière dont ils sont les représentants,

Ce ne sont là, toutefois, que de muets hommages; il est réservé aux créatures intelligentes et aimantes, à l'humanité, d'animer ces louanges : aussi la voyonsnous en place d'honneur. Elle est représentée par vingt-quatre vieillards : douze d'entre eux rappellent l'élite des Saints de l'antique alliance, patriarches et prophètes; les douze autres sont les apôtres, fondements de l'Église'. Pontifes et rois de la création, tous sont vêtus de blanc en marque de leur sacerdoce, et, assis sur des trônes, ils portent au front la couronne. L'adoration n'est parfaite qu'au moment où ces vingt-quatre vieillards se prosternant, jettent leur couronne en signe d'hommage devant le trône

par leur forme symbolique, dans ce qu'elle a de plus élevé. ^Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, t. IV, IV* partie, liv. III, ch. i, 1, la vision des chérubins.) C'est bien là le sens que S. Jean donne aux quatre animaux, car, après avoir mis sous nos yeux « toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre et dans la mer », nous les avoir montrées rendant gloire à Dieu, il ajoute que les quatre animaux mystiques ne font que donner leur assentiment, « dire Amen » à ce que vient de proclamer cette création dont ils sont le symbole.

1 « C'est l'universalité des Saints de l'Ancien et du Nouveau Testament, représentés par leurs chefs et leurs conducteurs. Ceux de l'Ancien paraissent dans les douze patriarches, et ceux du Nouveau dans les douze apôtres... Cette même universalité des Saints est représentée ci-dessous « dans les douze porles de la cité sainte, où sont écrits les noms des douze tribus, et dans les douze fondements de cette même cité, où sont écrits les noms des douze apôtres. » Apoc, xxi, 12, 14. — Bossuet, l'Apocalypse, ch. îv, 4.

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divin, et, au nom de toute créature, font entendre cette prière à celui qui vit dans les siècles des siècles : « Vous êtes digne, ô Seigneur notre Dieu, de recevoir gloire, honneur et puissance, parce que vous avez créé toutes choses, et c'est par votre volonté qu'elles étaient et qu'elles ont été créées *. »

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