‹ Saint Jean et la fin de l'age apostoliqueChapitre 44 sur 76 · LES SEPT SCEAUX · texte numérisé non relu

LES SEPT SCEAUX

Apoc, vi, vu, vm, 1.

Jésus n'a point paru jusqu'ici dans la vision céleste. Jean, occupé à contempler le trône où siège, invisible, la majesté du Très-Haut, aperçoit une main tenant un livre, en forme de rouleau, écrit des deux côtés et fermé de sept sceaux : « Qui lèvera les sceaux? » crie l'un des anges; mais nul, ni sur terre ni dans le ciel, ne peut les ouvrir, ni même en soutenir, du regard, l'éblouissant éclat. L'Apôtre fond en larmes à la pensée que ce livre, qui lui révélerait sur Jésus son règne, son prochain retour, tout ce qu'il souhaite connaître, reste à jamais scellé : « Ne pleure pas», lui dit un des vieillards, et il lui montre, apparaissant au milieu de la cour céleste, un agneau égorgé 2 : c'est Jésus qui se dévoile sous cette figure,

1 Apoc, iv, 10, il.

2 Id., v, 1-6.

Jésus la victime pascale immolée sur la croix; mais ce n'est plus comme au Calvaire l'hostie sanglante broyée pour nos péchés, l'agneau de l'Apocalypse a sept cornes et sept yeux, en signe que les sept esprits forts et vigilants, que nous avons vus aux pieds de l'Éternel1, sont pour lui aussi d'actifs et puissants ministres. 11 va au trône « du Seigneur tout-puissant », prend le livre et l'ouvre2.

Aussitôt recommence en son honneur la scène d'adoration, plus majestueuse encore. Les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards, tenant en main des harpes et des coupes d'or pleines de parfum (les prières des Saints), se prosternent devant l'Agneau et lui chantent un nouveau cantique : « Vous êtes digne, Seigneur, de prendre le livre et d'en lever le sceau, car vous avez été immolé, et par votre sang, vous avez racheté, pour Dieu, des élus de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation; vous les avez faits rois et sacrificateurs à notre Dieu, et ils régneront sur la terre. » Des milliers d'anges répètent à l'envi ces louanges, et leurs chants mettent tout l'univers en religieux éveil. Des profondeurs du firmament, de la mer, de la terre et de ses abîmes, du sein de toute créature capable d'amour, tout au moins de sentiment, montent des voix

1 « II y avait devant le trône sept lampes allumées qui sont les sept esprits de Dieu. » Apoc, iv, 5.

2 Apoc, v, 6.

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qui confondent en une commune adoration le Dieu suprême et son Christ : « Bénédiction, honneur et gloire et puissance soient à celui qui est assis sur le trône, et à l'Agneau, dans les siècles des siècles. » « Amen », dit la nature entière représentée par les quatre animaux mystiques1.

Mais l'heure est venue de lever les sceaux mystérieux. A l'ouverture du premier, un cheval blanc s'élance, dont le cavalier, la couronne au front, l'arc en main, vole de victoire en victoire2. Tout le temps qui va de l'avènement du christianisme aux derniers jours du monde est ligure par ce symbole : cette période durera jusqu'au moment où le Sauveur, en dépit de l'enfer, aura porté la Bonne Nouvelle par le monde entier. Aussitôt après apparaissent les fléaux avant-coureurs des derniers jours. Du second sceau brisé s'élance un cheval roux : c'est la guerre; du troisième, un cheval noir : c'est la famine ; du quatrième sort un cheval livide comme la mort, sinistre comme la tombe; il a le pouvoir de faire périr un quart des vivants par l'épée, la famine, la peste, les bêtes féroces3. Le cinquième sceau levé met sous les yeux de l'Apôtre la terrible persécution qui précédera la fin des temps : le véritable autel des holocaustes ruisselant du sang des martyrs, et au-dessous,

1 Apoc, v, 8-14.

s Id., vi, 2.

3 lbid., 4-8.

les âmes de ceux qui, ayant donné leur vie pour Jésus, lui jettent ce grand cri : « Seigneur, vous qui êtes saint et véritable, jusqu'à quand différerezvous de faire justice et de venger notre sang? » Il leur est répondu de prendre patience jusqu'à ce que le nombre de leurs frères, qui doivent être mis à mort comme eux, soit au complet; mais en prémices de victoire, la robe blanche des triomphateurs leur est donnée et les revêt, par avance, d'une lumière glorieuse1.

La vengeance promise ne tarde guère. A l'ouverture du sixième sceau, tous les fléaux prédits par le Sauveur dans l'Évangile fondent à la fois. La terre tremble, le soleil devient aussi noir qu'un sac de crin, la lune est couleur de sang, les étoiles tombent du ciel en terre, comme lorsque le figuier, secoué par un grand vent, jette au loin ses figues vertes. Le ciel se retire comme un livre qu'on enroule; les montagnes et les îles sont ébranlées de leurs places. Rois de la terre, princes, officiers de guerre, riches et puissants, hommes esclaves ou libres, tous ceux qui se sont levés contre le Christ se cachent dans les cavernes et les rochers; ils crient aux montagnes : « Tombez sur nous 2, cachez-nous du regard de celui qui est assis sur le trône et de la colère de l'Agneau,

1 Apoc, vi, 9-n.

2 « Ces paroles sont prises d'Osée, x, 8, et Notre-Seigneur les applique à la désolation envoyée aux Juifs en vengeance de sa Passion. Luc, xxni, 3. » Bossuet, l'Apocalypse, vi, 16.

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car le grand jour de leur colère est arrivé ; devant eux, qui pourra subsister1? »

Et l'effroi n'est que trop fondé, car des anges se tiennent aux quatre coins de la terre, prêts à déchaîner les vents qui précipiteront les persécuteurs aux abîmes. Ordre est donné, toutefois, de contenir ces éléments destructeurs jusqu'à ce que les esprits célestes aient mis au front des élus le sceau de Dieu. Le nombre des fidèles ainsi marqués au sein d'Israël est précis et restreint, cent quarante-quatre mille2- Quant aux élus de la gentilité, ils apparaissent en foule innombrable, de toute race, de tout peuple, de toute langue. Vêtus de robes blanches, des palmes à la main, ils chantent la gloire de Dieu et, se prosternant, ils l'adorent3.

1 Apoc, VI, 12-17.

2 H va de soi que ce n'est là qu'un nombre symbolique. « Il faut entendre dans les nombres de l'Apocalypse une certaine raison mystique, à laquelle le Saint-Esprit nous veut rendre attentifs. Le mystère qu'il veut ici nous faire entendre, c'est que le nombre douze, sacré dans la Synagogue et dans l'Église, à cause des douze patriarches et des douze apôtres, se multiplie par lui-même jusqu'à faire douze mille dans chaque tribu, et douze fois douze mille dans toutes les tribus ensemble, afin que nous voyions la foi des patriarches et des apôtres multipliée dans leurs successeurs; et dans la solidité d'un nombre si parfaitement carré, l'éternelle immutabilité de la vérité de Dieu et de ses promesses. C'est pourquoi nous verrons (Apoc, xiv, 1, 3) ce même nombre de cent quarante-quatre mille comme un nombre consacré à représonter l'universalité des Saints. » Bossuet, l'Apocalypse, vu, 4.

3 Apoc, vu, 1-12.

Un des vieillards explique à Jean ce qu'est cette multitude : « Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation, et ils ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang de l'Agneau. C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu et le servent jour et nuit dans son temple, et celui qui est assis sur le trône dressera sur eux sa tente '. Ils n'auront plus ni faim, ni soif; le soleil ne les frappera plus et aucune chaleur ne les incommodera, parce que l'Agneau, qui est au milieu du trône, sera leur pasteur, et les conduira aux fontaines des eaux de la vie, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux 2. »

Il ne reste que de lever le septième sceau. L'Agneau l'ouvre, et aussitôt il se fait au ciel un silence d'environ une demi-heure. Tout étant consommé sur terre, l'ouverture de ce dernier sceau ne pouvait être qu'une vision du ciel. Cependant, l'heure sans fin de l'éternelle béatitude ne se découvre qu'à demi aux yeux du Voyant. Tout ce que Jésus lui en révèle dans cette première apparition, c'est que le silence, une paix ineffable, y succéderont aux troubles du monde.

1 Exqw&sti en' aikoû;; les ombragera, Tes couvrira de sa divinité comme un pavillon. L'Apôtre usera de la même image dans le prologue de son Évangile : '0 Myo; è<rxr]vco<7ev èv r^ïv. i, 14.

* Apoc, vu, 13-17.

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