‹ Saint Jean et la fin de l'age apostoliqueChapitre 47 sur 76 · LES SEPT COUPES · texte numérisé non relu

LES SEPT COUPES

Apoc, XV, XVI, XVII, XVIII, xix, 1-10.

« Et je vis dans le ciel un autre signe grand et merveilleux : sept anges portant sept plaies, les dernières de toutes, par lesquelles le courroux, de Dieu est consommé *. »

Ce début du récit de la quatrième vision nous montre l'attention de Jean ramenée de nouveau sur les derniers jours du monde, sur les calamités qui annonceront et rempliront ce dénouement de toutes choses. L'Apôtre n'y est plus seul à contempler ce» scènes d'épouvante. Du haut du Ciel étendu sous leurs pieds, comme une mer de cristal embrasé, les élus

1 Apoc, xv, 1.

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qui ont déjà vaincu la bête, assistent aux derniers combats de l'Église militante; les harpes de Dieu en leurs mains, ils entonnent, pour soutenir les courages, le chant de Moïse au passage de la mer Rouge 4 et le cantique de l'Agneau : « Grandes et merveilleuses sont vos œuvres, Seigneur Dieu tout-puissant; justes et véritables sont vos voies, ô roi des nations! Qui ne vous craindrait, Seigneur, et qui ne glorifierait votre nom? Toutes les nations viendront et se prosterneront devant vous, parce que vos jugements sont manifestés 2. »

Sept anges vêtus de lin et ceints, sur la poitrine, de ceintures d'or, sortent des profondeurs des conseils divins figurés par le tabernacle du témoignage. Un des quatre animaux leur remet en main sept coupes d'or, pleines de la colère du Dieu qui vit dans les siècles des siècles, et aussitôt fléaux sur fléaux fondent à travers le monde3.

Le premier ange verse sa coupe sur la terre, et aussitôt, un ulcère malin et redoutable envahit tous les hommes qui portent le caractère de la bête et adorent son image.

Le deuxième ange verse sa coupe sur la mer, et la mer est changée en sang, et tout ce qui y vit meurt.

Le troisième ange verse sa coupe sur les fleuves et

1 Exod., xv.

2 Apoc, xv, 2-4.

s Ibid., 6-8.

les sources, et il n'y coule plus que du sang. Et l'ange de ces fontaines ne peut que rendre hommage à la justice de ce châtiment : « Vous êtes juste, Seigneur, vous êtes saint lorsque vous rendez de tels jugements. C'est parce qu'ils ont répandu le sang des saints et des prophètes que vous leur donnez du sang à boire. Ils en sont dignes. »

Le quatrième ange verse sa coupe sur le soleil, et le soleil devient d'une telle ardeur qu'il dévore les hommes.

Le cinquième ange verse sa coupe là même où trône la bête, au cœur de son royaume; les ténèbres s'y répandent, tellement épouvantables que les hommes, dans leur effroi, s'en broient la langue. Néanmoins aucun d'eux ne se repent '.

Le sixième ange verse sa coupe sur l'Euphrate, qui se dessèche et ouvre un chemin aux rois d'Orient. Les Parthes étaient alors la terreur de l'empire romain. Sous cette image, familière à ses contemporains, l'Apôtre annonce les guerres, les grandes invasions qui dévasteront le monde à la fin des temps, en feront un lieu de carnage à l'égal de Mageddo, la sinistre vallée où tant de fois avait coulé le sang d'Israël2. Si soudaines paraîtront ces barbares irruptions

1 Apec, xvi, 1-11.

2 Tôv tôrcov tôv xaXoi3|Aevov 'EêpaïaTi 'ApiJ.ayEÔwv. La Vulgate conserve, sans le traduire, le préfixe « Huv » qui signifie montagne; « Annagedon : Magedon ». Meguido était célèbre en Israël

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que ce sera l'heure de se rappeler la parole du Maître : « Je viens comme un voleur1... Heureux celui qui veille et qui garde ses vêtements, de peur qu'il ne soit réduit à marcher nu, et qu'on ne voie sa honte 2. »

Le septième ange verse sa coupe : « C'en est fait », crie, du trône céleste, une grande voix, et tous les fléaux fondent ensemble, éclairs, bruits, tonnerres, grêles du poids d'un talent; la terre tremble comme elle ne l'a jamais fait; les îles s'enfuient, les montagnes disparaissent3.

Un seul débris demeure de ce monde foudroyé; mais ce débris est le cœur de l'empire satanique, la grande Babylone que Dieu tient en réserve pour lui faire boire le vin de l'indignation de sa colère : « Viens, dit à Jean l'un des anges qui tenaient les coupes; viens, et je te montrerai le jugement de la grande prostituée... avec laquelle les rois de la terre se sont corrompus, et qui a enivré les habitants de la terre du vin de sa fornication *. » Jean aperçoit cette

pour les grands carnages qui s'y étaient produits. Les rois de Canaan y avaient été taillés en pièces (Jud., iv, 7, 16; v, 19); Ochozias, Josias y avaient péri (IV Reg., ix, 27; xxiii, 29) et la perle de ce dernier avait été suivie de la grande désolation racontée par Zachaiïe (xii, 11).

1 Malth., xxiv, 43.

2 Apoc, xvi, 12-16.

3 lbid., 17-21.

* La prostitution est, dans l'Écriture, le caractère de l'idolâtrie : « Tyr se prostitue aux rois de la terre » (Is., xxm, 17). Ninive est semblablement flétrie : « une courtisane séduisante, en-

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femme assise sur une bête écarlate à sept têtes et dix cornes : cette bête, couverte de noms de blasphèmes, nous est connue par les précédentes visions; c'est le monde corrompu et corrupteur. Quant à la courtisane vêtue, comme ses pareilles, de pourpre, parée d'or, de pierres précieuses et de perles, elle tient en sa main une coupe pleine de ses abominations et de ses impiétés. Le nom, le mystère écrit sur son front, révèle ce qu'elle symbolise : « Babylone la grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre » ; en d'autres termes, comme l'explique aussitôt l'ange : « la grande ville, reine des rois de la terre », au temps de l'Antéchrist, qui sera aux mains de cet imposteur ce qu'ont été pour Israël exilé l'ancienne Babylone; pour l'Église naissante, Rome païenne; le foyer impie et corrompu, d'où partiront les dernières persécutions contre les fidèles. Aussi Jean voit-il cette femme enivrée du sang des Saints, du sang des martyrs de Jésus '.

« Et la voyant, dit-il, je fus saisi d'un grand étonnement. L'ange me dit : « Pourquoi t'étonner? Je te dirai, moi, le mystère de la femme et de la bête qui la porte, de la bête aux sept têtes et aux dix cornes. »

chuntercsse, qui vend les peuples par ses fornications » (Nahum, m, 4). Isaïe traite de môme Babylone (xlvii, 3, 8). « Bab\Ionc est une coupe d'or dans la main de l'Éternel, enivrant toute la terre. Les nations ont bu de son vin, c'est pourquoi les nations sont devenues insensées» (Jer., u, 7).

1 Apoc, xvn, 1-0.

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Cotte bote est le monde et son règne salanique. Avant la venue du Christ, l'enfer exerçait par elle sur les corps, aussi bien que sur les âmes, un immense empire ; le Verbe, en s'incarnant, l'a tellement restreint qu'il a pu dire à ses disciples : « Le prince de ce monde est jeté dehors1 », hors le bercail surtout, où s'abritent les fidèles baptisés; mais à la fin du monde, cette bête sortira de l'abîme où elle est tenue enchaînée, pour un temps court mais terrible; elle retrouvera son ancien pouvoir, et ce sera par les mains de l'Antéchrist, puis elle retombera pour toujours dans la perdition 2.

« Les sept têtes de la bête sont les sept montagnes sur lesquelles la femme », la Rome païenne, « est assise » ; « ou plutôt », poursuit l'ange, « ce sont sept rois 3 », les sept règnes d'impiété qui doivent se partager la durée des temps. Cinq d'entre eux se sont écoulés, et écroulés, depuis l'origine du monde jusqu'à la venue du Christ4. Le sixième, qui dure encore, est tout pouvoir impie qui, depuis l'établissement de l'Eglise, s'est élevé et s'élèvera contre elle,

1 Joan., xii, 31.

2 Apoc, xvii, 6-8.

s Ibid., 9-10.

* On peut distribuer diversement ces cinq règnes, mais le partage suivant nous parait le plus simple et le plus naturel : le premier, allant de la chute d'Adam au déluge; le second, du déluge à Abraham; le troisième, d'Abraham au temps de Moïse; le quatrième, de Moïse à la captivité de Babjione; le cinquième, de cette captivité aux jours du Christ.

jusqu'aux jours de l'Antéchrist. Le septième règne est celui de ce faux prophète qui « n'est pas encore venu et, quand il viendra, durera peu ». Quant à la bête, elle apparaît dans la vision comme un huitième roi, lequel entr^ en part avec les sept premiers, et à juste titre, car le monde de péché qu'elle représente pénètre et infecte les autres règnes *.

« Les dix cornes de la bête sont dix rois », ajoute l'ange; dix rois qui se partageront l'empire de la terre au temps de l'Antéchrist : comme la bête à laquelle ils feront hommage de leur puissance, « ils combattront contre l'Agneau, et l'Agneau les vaincra. » Avant de disparaître toutefois, Dieu leur mettra au cœur, à eux et à la bête elle-même, la haine de l'Antéchrist et de sa prostituée, la ville mystique dont il a fait le siège de son empire. Se jetant sur elle, bête et rois la rendront déserte et nue, mangeront ses chairs et la brûleront2. Ce sera un désastre effroyable, à l'égal des ruines les plus fameuses dans les annales d'Israël : aussi les messagers célestes n'emploient-ils, pour la décrire, que les lamentations des anciens Voyants, sur l'anéantissement de Tyr et des cités de l'Euphrale.

« Elle est tombée, elle est tombée, la grande Babylone; elle est devenue la demeure des démons, le repaire de tout esprit impur, un refuge d'oiseaux

1 Apoc, xvn, 10, 11.

2 Ibid., 12, 18.

l'apocalypse (suite) 163

immondes et exécrables, car toutes les nations ont bu du vin de la fureur de sa fornication, et les rois de la terre se sont souillés avec elle, et les marchands

de la terre se sont enrichis de son luxe'

« Sortez de Babylone, mon peuple, de peur que vous n'ayez part à ses péchés, et que vous ne soyez enveloppé dans ses plaies. Ses péchés sont montés jusqu'au ciel, et Dieu s'est souvenu de ses iniquités2. Traitez-la comme elle vous a traités : rendez-lui au double toutes ses œuvres3; dans la même coupe où elle vous a donné à boire, faites-la boire deux fois autant. Autant elle s'est glorifiée, et a été dans les délices, autant donnez-lui de tourments et de douleurs. « Je suis reine, disait-elle en son cœur; je ne suis point veuve et ne verrai jamais de deuil4. » Voilà pourquoi ses plaies viendront toutes en un jour : mort, deuil, famine; elle sera brûlée par le feu, parce que le Seigneur qui la juge est puissant. Et les rois de la terre qui se sont souillés avec elle, et avec elle ont vécu dans les délices, pleureront et se lamenteront sur elle, en voyant la fumée de son embrasement. Se tenant loin d'elle, dans la crainte de ses tourments, ils diront : « Malheur! Malheur! Babylone, grande ville, ville puissante! Ta condamnation est venue en un moment. »

1 Isaï., XXI, 9; XIII, 20, 22.

2 ld., xlviii, 20. — Jer., l, 8 ; li, 6. s Jer., l, 29.

* Is., xl?ii, 7, 8.

« Et les marchands de la terre pleureront et gémiront sur elle, parce que personne n'achètera plus pierreries, marchandises : marchandises d'or et d'argent, pierreries, perles, fin lin, pourpre, soie, écarlale, hois de thuya, meubles d'ivoire, pierres précieuses, airain, fer, marbre, cinnamome, parfums, huiles aromatiques, encens, vin, huile, fleur de farine, blé, bêtes de charge, brebis, chevaux, chars, esclaves et hommes libres

« Et les marchands de toutes choses, qui se sont enrichis d'elle, se tiendront au loin par crainte de ses tourments. Pleurant et gémissant, ils diront : « Malheur! Malheur! Cette grande ville qui était vêtue de fin lin, de pourpre et d'écarlate, chargée d'or, de pierreries et de perles, comment, en un instant, toutes ces richesses se sont-elles évanouies? »

« Et tous les pilotes, ceux qui font voyage sur mer, et les mariniers et tous ceux qui sont employés aux vaisseaux se sont arrêtés loin d'elle

« Voyant la fumée de son embrasement ils se

sont couvert la tête de poussière, et ils ont jeté des cris mêlés de larmes et de sanglots. « Malheur! Malheur! Celte grande ville, qui a enrichi de son abondance tous ceux qui avaient des vaisseaux sur mer, a été ruinée en un moment1. »

V ces lamentations de la terre répondent les chants

1 La souvenir des chapitres xxvi et xxvu d'Ezéchicl est manifeste dans cette lamentation.

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de joie des prédestinés, joie que rien ne troublerait si un doute ne demeurait au fond des cœurs, l'appréhension que la cité impie ne renaisse de ses cendres, comme tant de fois elle l'a déjà fait. Un ange, fort entre tous, dissipe ces alarmes. Levant en haut une pierre grosse comme une meule, il la jette dans la mer en disant : « Ainsi sera précipitée Babylone, la grande ville, et Ton n'en retrouvera plus la trace1. » Cette fois, c'en est fait pour toujours de Satan et du monde; de joyeuses acclamations éclatent dans les cieux : « Alléluia I Salut, gloire et puissance à notre Dieu, parce qu'il a condamné la grande prostituée ». « Alléluia! » répond la foule des élus, et la fumée de l'incendie, qui consume les derniers restes du péché, s'élève dans les siècles des siècles. Les cieux tressaillent à cette vue, et tandis que les vingtquatre vieillards, et les quatre animaux, se prosternent devant le Dieu qui a prononcé ce juste et suprême jugement, les élus entonnent l'hymne triomphal de l'éternité. « Je les entendis », dit S. Jean; c'était la voix d'une foule nombreuse, comme une voix de grandes eaux, de forts tonnerres, qui disait : « Alléluia! car le Seigneur notre Dieu, le Tout-Puissant est entré dans son règne. Réjouissons -nous, soyons à l'allégresse et donnons-lui gloire, parce que les noces de l'Agneau sont venues et son épouse s'y

1 Cf. Jérémie, u, 63, 6i.

est préparée; il lui a été donné de se vêtir de fin lin d'une éclatante blancheur. » Celte blanche robe, ce sont les vertus des Saints1.

« Écris », dit l'ange qui parlait au Voyant : « Heureux ceux qui sont conviés au festin des noces de l'Agneau! » Et comme il ajoutait : « Ces paroles de Dieu sont véritables », Jean se prosterna à ses pieds pour l'adorer : « N'en fais rien, lui dit le messager céleste, je ne suis qu'un serviteur de Dieu comme toi et comme tes frères, qui demeurent fermes à confesser Jésus : adore Dieu. » Dieu en Jésus, car si le souffle divin anime cette prophétie, c'est qu'elle est « le témoignage », la parole « de Jésus2 ».

Ve VISION

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