‹ Saint Jean et la fin de l'age apostoliqueChapitre 49 sur 76 · LE RÈGNE DE MILLE ANS · texte numérisé non relu

LE RÈGNE DE MILLE ANS

Apoc, xx, xxi, 1-8.

La précédente vision nous a montré Jésus combattant à notre tête dans nos luttes contre l'enfer; celle qui suit est plus consolante encore, car elle nous révèle que notre plus redoutable ennemi, Satan, est enchaîné et que, dès lors, aux plus faibles appuyés sur le Christ le triomphe est possible, aisé même.

C'est depuis l'avènement de ce divin Sauveur que le dragon infernal est ainsi maîtrisé. En ce jour-là, l'ange, qui avait la clé de l'abîme, est descendu du ciel, une grande chaîne à la main. « Il a saisi le dragon, l'ancien serpent qui est le diable et Satan, et l'a lié pour mille ans » : nombre mystique par lequel il faut entendre le temps qui s'est écoulé et

1 Apoc, xix, 19-21.

s'écoulera, depuis la naissance du Christ jusqu'à la venue de l'Antéchrist. Pendant toute cette période, Satan, précipité dans l'abîme, y demeurera enfermé, car l'ange « a mis le sceau sur lui afin qu'il ne séduise plus les nations jusqu'à ce que les mille ans soient accomplis * », Et de fait, sur les baptisés fidèles à la grâce, Satan n'a plus le pouvoir qu'il avait sur le monde entier, avant la venue du Christ; il ne garde un pareil empire que sur les hommes qui se donnent à lui par le péché.

Sur ceux-là même, nous l'avons vu, il n'exerce son ascendant que par l'entremise du monde, influence redoutable encore à la vérité, mais combattue par l'aide continuelle que donne à l'Église militante celle des cieux. S. Jean aperçoit cette dernière formant, au-dessus des fidèles qui luttent ici-bas, la nuée imposante de témoins dont parle S. Paul2. 11 nous la montre uniquement composée d'âmes d'élus3; les corps de ces bienheureux, en effet, demeurent dans la poussière et ne reprendront vie qu'à la fin du monde, à la seconde résurrection4. Leur âme seule,

1 Apoc, xx, 1-3.

2 Hcbr., xn, 1.

3 Ta; ty\>yjx.<; xûv 7i£neXExiffu.évwv. Apoc, xx, 4.

4 « La première résurrection est celle où les Saints, mourant sur la terre, revivent en quelque façon et vont commencer une nouvelle vie dans le Ciel, et la seconde résurrection est celle où ils seront glorifiés dans le corps comme dans lame. » Bossuet, l'Apocalypse, xi, 5.

l'apocalypse (suite) 173

à l'instant où elle s'est séparée de son enveloppe mortelle, a connu une première résurrection et est entrée en possession immédiate de la gloire et de la béatitude céleste. L'Apôtre les voit majestueuses et puissantes à l'égal des rois, ces âmes béatiûées : « âmes des martyrs » tout d'abord, de ceux « qui ont eu la tête coupée pour avoir rendu témoignage à Jésus et pour la parole de Dieu »; puis, âmes des élus qui, sans verser leur sang, « n'ont pas adoré la bête ou son image, ni reçu son caractère sur leurs fronts ou dans leurs mains1 ». Assises sur des trônes autour du Christ, leur Sauveur, elles régnent avec lui sur l'Église de la terre, et sur le monde qui l'enveloppe de sa corruption. Elles ont part à son pouvoir de tou^ juger et jugent avec lui. Elles ont part à son sacerdoce2, et c'est par là surtout qu'elles aident et secourent l'Église militante; leurs prières faites sous l'autel qui est Jésus-Christ, se mêlant à la voix de celui qui est toujours exaucé, ont une puissance divine. « Heureux donc et saints ceux qui ont part à cette première résurrection; la seconde mort n'aura pas de pouvoir sur eux, mais ils seront sacrificateurs de Dieu et de Jésus-Christ, et ils régneront avec lui pendant mille ans. »

Un jour viendra cependant, redoutable entre tous, où ces mille ans réservés par Dieu à la libre action

1 Apoc, xx, 4.

2 Ibid., 4, 6.

de l'Église étant écoulés, Satan verra ses chaînes tomber et sa prison s'ouvrir. Dans un suprême effort, où ses deux suppôts, le monde et l'Antéchrist, déploieront tous leurs prestiges, il parviendra à séduire les nations, les rassemblera des quatre coins du monde, et les mènera au combat. Si violente sera la lutte que l'Israël de Dieu se croira revenu aux heures d'épouvante où Gog et Magog', inondant la Judée, la noyaient dans un flot de sang. Le camp des saints, la cité mystique où seront réfugiés les amis de Jésus 2 subira un assaut terrible, mais de courte durée. Dieu intervenant fera descendre du ciel un feu qui dévorera ses ennemis. Satan, la bête, le faux prophète (l'Antéchrist), précipités dans l'étang de feu et de soufre, y seront tourmentés jour et nuit, dans les siècles des siècles3.

1 « Gog et Magog », dans Ézéchiel, sont des nations ennemies qui « couvriront la terre, sur lesquelles Dieu fera pleuvoir du leu et du soufre, et les consumera par ce feu dévorant » (Ézéchiel, xxxviii, 14, et xxxix, 1, 6). Ces noms, déjà fameux parcelle prophétie, sont ici rappelés par S. Jean pour représenter ces nations séduites et séductrices dont Satan se servira contre l'Église à la fin des siècles. » Cossuet, l'Apocalypse, xx, 7.

2 « Ils environnèrent le camp des Saints et la ville bien-aimée. » Apoc, xx, 8. « Il faut entendre ici une ville spirituelle, telle qu'est l'Eglise, un camp spirituel qui est la société des enfants de Dieu encore revêtus d'une chair mortelle et dans le lieu de la tentation; par conséquent aussi une guerre et un comhat spirituel, tel qu'est celui que les hérétiques ne cessent de nous livrer et qui se redoublera à la fin des siècles avec un nouvel acharnement. » Hossuet, l'Apocalypse, xx, 7.

3 Ibid., 7-10.

l'apocalypse (suite) 175

La majestueuse révélation du jugement dernier termine celte vision. Un grand trône apparaît au Voyant, et sur ce trône, le Christ, juge suprême, en de telles splendeurs que la terre et le ciel épouvantés s'enfuient; il n'en reste plus trace. Dans ce vide effroyable de toutes choses, la mer rendant ceux qu'elle a engloutis, la mort et l'enfer lâchant également leurs proies ; les morts, grands et petits, se lèvent de tous côtés pour être jugés, ou plutôt pour se juger eux-mêmes, car les consciences s'ouvrent à tous les regards comme autant de livres, où la vie de chacun, dépeinte dans ses moindres actes, forme sentence de mort pour les damnés, d'éternelle félicité pour les élus. Mais plus rassurante encore est pour ceux-ci l'apparition du Livre de vie : les prédestinés y lisent avec joie leurs noms. Quiconque n'est pas écrit dans ce Livre est jeté dans l'étang de feu, où en même temps l'enfer et la mort sont précipités. Pour les réprouvés, c'est « la seconde mort », la mort en corps et en âme, pour toujours '.

Mais voici qu'en place de la terre et du ciel évanouis, apparaissent un nouveau ciel et une nouvelle terre, où il n'y a plus de mer, plus d'agitations ni de tempêtes. Une ville sainte, nouvelle elle aussi, descend du ciel, parée comme une épouse pour son époux, et une grande voix, sortant du trône où sié-

1 Apoc, xx, 11-15.

geait le juge suprême, dit au Voyant : « Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il habitera avec eux. Ils seront son peuple, et Dieu au milieu d'eux sera leur Dieu. Et il essuiera toute larme de leurs yeux, et il n'y aura ni deuil, ni cri, ni douleur, parce que les premières choses sont passées. « Et celui qui était assis sur le trône dit : « Voici que je vais tout renouveler. »

C'est Jésus manifestement qui fait ici entendre sa voix. Il donne l'ordre à Jean d'écrire toutes ces choses : « C'en est fait », ajoute-t-il; toute l'œuvre de Dieu est accomplie ; il ne reste plus rien à faire, à attendre, à désirer ici-bas; le ciel seul maintenant, et pour l'éternité '.

VIIe VISION

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