‹ Saint Jean et la fin de l'age apostoliqueChapitre 51 sur 76 · L EPITRE DE SAINT CLÉ M EXT · texte numérisé non relu

L EPITRE DE SAINT CLÉ M EXT

Les hauteurs mystiques où les révélations de S. Jean transportaient les chrétientés d'Asie n'étaient pas l'humble niveau, le sol de large et facile abord, où Jésus avait établi son Église. Ce qui importait à ce domaine terrestre du Sauveur, autant et plus que les sublimes éclairs de Patmos, c'était une direction ferme, pratique, docilement acceptée, qui maintînt tout dans l'ordre. Cette parole de commandement ne lui fit pas défaut; dès la première heure elle partit, comme il convenait, de Rome, devenue, sous l'autorité de Pierre, la métropole du monde chrétien.

L'Église romaine, plus que toute autre, venait de porter le fardeau de la persécution : placée sous la main du tyran, c'était assez pour elle d'échapper à ses poursuites, ou, quand elle ne le pouvait, de mourir vaillamment; aussi demeurait-elle, tout le temps de l'épreuve, se resserrant en elle-même, sans regard

ni relations au dehors. Mais rien ne met plus en relief l'importance qu'elle avait déjà prise que de la voir, à peine sortie de la tempête, reprendre aussitôt commerce avec le monde chrétien, et y exercer l'ascendant que Pierre et Paul lui avaient acquis.

Gorinthe devint l'objet du premier acte, que nous connaissions, de la juridiction romaine. Rien n'était changé dans les fraternités d'Achaïe, depuis le temps où Paul leur écrivait ses Épîtres : mêmes dissensions entre les fidèles; mêmes disputes sur la Résurrection, les agapes, les grâces surnaturelles '. Ces débats troublaient jusqu'aux assemblées religieuses, car déjeunes hommes, des femmes même y prenaient hardiment la parole, avec la frivolité de l'esprit grec, l'ardeur de leur âge ou de leur sexe -.

Plus dangereux encore pour la paix étaient les membres qui prétendaient aux lumières surnaturelles. Ces dons particuliers étaient, sans nul doute, départis à plusieurs, en raison de leur piété et de leur foi ; les distinguant du commun, ils attiraient sur eux les regards, en faisaient comme un foyer de vie supérieure, où, de préférence, on venait s'éclairer. L'orgueil et l'illusion avaient aisément prise sur des hommes ainsi en vue : à Corinthe, un grand nombre y succombèrent 3. A se sentir favorisés d'en haut , plus

1 I Cor., xv, 35, 3C; xi, 20-34; xn, XIII, xiv. - S. Clément, Ad Cor., I, xxi.

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