DES CHRÉTIENS
glorieuses et vénérables règles de vie qui nous ont été transmises... Attachons nos regards sur le sang du Christ,' et comprenons de quel prix il est devant Dieu; répandu pour notre salut, il a obtenu au monde entier la grâce du repentir 4. »
L'effet de ce repentir sera de ramener dans les cœurs l'humilité, la douceur, la miséricorde, par suite, de rendre à l'Église de Corinthe la paix, que Dieu met et veut en toutes ses œuvres. Partout en effet y règne un ordre admirable, au ciel, sur terre et sur mer; les nuits et les jours se succèdent régulièrement; les saisons viennent à leur heure; toute créature remplit en paix sa mission 2.
Clément aimait à appuyer ses arguments par l'harmonie des phénomènes naturels. Il y recourt encore pour démontrer qu'un des points de foi sur lesquels, depuis S. Paul 3, Corinthe n'avait cessé de disputer, la résurrection des morts, n'a rien qui choque la raison, rien que nous ne voyions communément se produire sous nos yeux. Chaque jour, l'aube ne sort-elle pas des ombres de la nuit; les plantes et les arbres, de la semence jetée en terre; le phénix, ce merveilleux oiseau de l'Arabie, ne renait-il pas de ses cendres4? Dieu n'a donc rien annoncé que de conforme
1 S. Clément, Ad Cor., v-vn.
2 Id., vm-xxir.
* I, Cor., xv.
* La fable du phénix était en grand honneur dans l'antiquité.
L'lTITRE de saint clément 199
à l'économie du monde, tel qu'il est sorti de ses mains, en proclamant dans l'Écriture que nos corps ressusciteront. Il y a engagé sa parole; il est puissant pour la tenir et il la tiendra 1 .
Autant que la résurrection, un autre enseignement de S. Paul, la justiûcation par la foi, demeurait, pour Corinthe, matière à controverse. S. Jacques, de son côté, n'avait-il pas parlé de ce dogme autrement que le grand apôtre? Le pape Clément, pour en déterminer exactement la portée, n'eut, comme l'ont fait depuis les pontifes romains, qu'à rapprocher, à éclaircir l'une par l'autre, les traditions apostoliques, à en former une seule voix 2.
« Appelés par la volonté de Dieu dans le Christ Jésus, ce n'est pas par nous-mêmes que nous sommes justifiés, ni par notre sagesse, ni par notre intelligence, ni par notre piété, ou par les œuvres que nous
Hésiode (Fragm. 50, édit. Gaesf.) et Hérodote (II, 73) sont les premiers écrivains qui en fassent mention, mais après eux, Grecs et Latins se complaisent à y revenir (Pline, Histor. nal., x, 2. — Tacite, Annal., vi, 28. — Sénèque, Ep. Mor., 42. — Lucien, Hermot., 53, etc.). Voir les nombreuses allusions à cet oiseau fabuleux, recueillies par Henrichsen, de Phœnicis fabula. Des auteurs païens, ce récit légendaire avait passé chez les Juifs, et nous l'y trouvons en crédit, avant l'ère chrétienne. Voir le passage d'un poème alexandrin, du second siècle avant J.-C, cilé par Eusèbe, Prxp. Evang., ix, 29. — Buxtorf, Lexic. Rab., s. h. v. — Henrichsen, l. c, u, p. 19.
1 S. Clément, Ad Cor., xxm, xxvm.
2 ld., xxxi.
accomplissons dans la sainteté de notre cœur, mais par notre foi, cette foi par laquelle Dieu a justifié
tous les hommes Que ferons-nous donc, mes
frères? Abandonnerons-nous les bonnes œuvres et la charité? A Dieu ne plaise! Empressons-nous au contraire à toute bonne œuvre en toute ferveur et diligence '. »
« C'est en marchant dans ces voies, que nous trouverons le salut, salut qui n'est autre que Jésus-Christ, le grand prêtre de nos sacrifices, notre protecteur et notre aide en nos faiblesses. Par lui, nos regards pénètrent les profondeurs des cieux; par lui, s'ouvrent les yeux de nos cœurs, et notre esprit égaré et obscurci repousse2 en pleine lumière; par lui, le Seigneur a voulu que nous goûtions la science immortelle3. »
La lettre n'avait touché jusqu'ici que les causes générales des désordres de Corinthe; elle vient au vif du mal, en rappelant quel exemple d'admirable discipline donnent par tout l'empire les armées romaines :
« Considérons les soldats qui servent sous nos souverains : quel ordre parmi eux, quelle obéissance, avec quelle soumission ils exécutent les instructions
1 S. Clément, Ad Cor., xxxii, xxxm.
2 'Ava6â).).Ei. L'ame, par cette expression imagée, est comparée à la [liante qui, étiolée dans l'ombre, reprend vie et jette des pousses vigoureuses, dès qu'on la remet au jour.
S. Clément, Ad Cor., xxxvi.
l'épitre de: saint clément 201
données. Tous ne sont pas préfets ou tribuns, ne commandent pas cent ou cinquante hommes, mais chacun en son rang exécute les ordres de l'empereur et des chefs. Les grands ne peuvent exister sans les petits, ni les petits sans les grands; tous mêlés ensemble ont leur utilité. Prenons par exemple notre corps. La tête n'est rien sans les pieds, ni les pieds sans la tête; les moindres membres sont nécessaires ou utiles au corps entier; tous cherchent à s'unir en juste subordination pour le salut du tout ' . Nous aussi gardons notre corps mystique uni dans le Christ Jésus, et que chacun demeure soumis à son prochain dans l'ordre que la grâce lui a assigné. Que le fort protège le faible, que le faible respecte le fort; que le riche soit large pour le pauvre, et que le pauvre loue Dieu de lui avoir donné quelqu'un pour subvenir à ses besoins 2. »
Ainsi sera maintenu l'ordre, chose si importante aux yeux du Seigneur que, pour y former Israël, son peuple d'élection, il l'a chargé de pratiques minutieuses, réglant dans le moindre détail tout ce qui le touchait, culte, fêtes, sacrifices, sacerdoce, vie publique et privée 3. Accomplissant ce que présageait et figurait le code lévitique, les apôtres ont donné à la hiérarchie ecclésiastique une ferme constitution.
1 I Cor., xu, 12-27.
2 S. Clément, Ad Cor., xxxyii, xxxviii.
3 Id., XL, xu.
« Prêchant à travers les pays et les villes, ils choisirent ceux qui avaient été les prémices de leur apostolat, et, après les avoir éprouvés par l'Esprit, ils les établirent évêques ' et diacres de ceux qui devaient croire Ils savaient, nos apôtres éclairés par Jésus- Christ Notre-Seigneur, qu'on se disputerait les titres. C'est pourquoi ils désignèrent dans leur parfaite prescience ceux que nous avons dits, et de plus ils posèrent cette règle, qu'après leur mort d'autres hommes éprouvés prendraient leur ministère. Par conséquent, ceux qui ont été constitués en dignité par les apôtres, et d'autres hommes éminents, du consentement de toute l'Église, et qui ont servi sans reproche le troupeau du Christ, en toute humilité, pacifiquement, généreusement, et à qui depuis longtemps tous ont rendu bon témoignage, ceux-là, nous croyons injuste de les priver de leur emploi, car nous ne pouvons, sans faute grave, rejeter des hommes qui ont offert dignement et pieusement les oblations saintes. Heureux les anciens qui, avant nous, ayant parcouru la carrière, ont eu en partage une mort sainte et pleine de mérites; ceux-là n'ont pas à craindre qu'on les renvoie du poste qui leur avait été assigné 2. »
« N'avons-nous pas un seul et même Dieu, un
\ ' « 'Emaxôno-j;. » Ce mot doit être pris comme synonyme de TtpeaêvTepou;, car ici, comme partout ailleurs, dans sa lettre, S. Clément ne parait avoir en vue qu'un corps de pasleurs gouvernant les communautés chrétiennes : i, xxi, xliv, xlvii, liv, lvii. 1 S. Clément, Ad Cor., iui, xliv.
l'épitrb de saint clément 203
môme Christ, un même esprit de grâce répandu sur nous, la même vocation dans le Christ? Pourquoi déchirer et mettre en pièces les membres du Christ, faire la guerre à notre propre corps, oublier que nous sommes les membres »
« Votre schisme a perverti nombre de frères,
en a découragé, ébranlé beaucoup d'autres; il nous a jetés tous dans la tristesse, nous a désolés, et néanmoins votre sédition persiste '. »
« Prenez en main l'Épitre du bienheureux Paul2, Que vous écrivait-il aux premiers jours de la prédication évangélique? Assurément Dieu lui inspirait la lettre qu'il vous écrivit au sujet de lui-même, de Céphas et d'Apollon; car déjà parmi vous il y avait des factions et des cabales; cabales plus excusables alors, car vos préférences se partageaient entre des apôtres hautement, autorisés, et un homme qu'ils avaient approuvé. Et maintenant, qui sont ceux qui vous ont pervertis, et qui ont terni l'honneur de votre amour fraternel, amour qui vous rendait si célèbres? Car ce que nous entendons dire de vous, mes frères, est une honte, indigne d'un chrétien, que l'Église de Corinthe, si ferme, si ancienne, à cause d'une ou deux personnes, est en révolte contre ses pasteurs. Et ce bruit est venu non seulement à nous, mais à ceux-là mêmes qui nous sont peu favorables, de telle
1 S. Clément, Ad Cor., xlvi.
« I Cor., i, 10-17; m, 1-8; iv, 14-21.
sorte que par vos folies vous faites blasphémer le nom de Dieu, et vous-mêmes vous mettez en péril '. »
« Extirpons donc promptement ce désordre, jetonsnous aux pieds du Seigneur, supplions-le avec larmes de nous être propice, et de nous réconcilier avec lui. Qu'il nous rende cette noble et pure vie que maintenait parmi nous l'amour fraternel Qui dira quels
liens cet amour forme entre Dieu et nous? Qui décrira la splendeur de ses beautés? Nulle parole ne saurait exprimer à quelles hauteurs il nous élève. L'amour nous unit à Dieu; l'amour couvre la multitude des péchés; l'amour supporte tout, endure tout patiemment; rien de bas dans l'amour, mais aussi rien de superbe; l'amour ne fait point de schisme; l'amour ne cause pas de sédition; l'amour n'agit qu'en parfaite concorde; c'est par l'amour que les élus de Dieu deviennent parfaits; sans l'amour rien n'est agréé de Dieu 2. Dieu ne nous a accueillis que grâce à l'amour, car c'est par un effet de son amour pour nous que Notre -Seigneur Jésus-Christ, se conformant aux volontés divines, a donné son sang pour nous, sa chair pour notre chair, sa vie pour notre vie 3. »
S. Clément ne donne de telles louanges à la charité qu'aûn d'enflammer les cœurs, et de les disposer
1 S. Clément, Ad Cor., xlvii.
2 Le saint pape a évidemment ici en pensée les louanges données par S. Paul a la charité divine, I Cor., xm.
3 S. Clément, Ad Cor., xlviii, xlix.
l'épitre de saint clément 205
aux plus nobles sacrifices; son but est de couper le mal dans sa racine, en décidant les fauteurs du désordre à s'expatrier :
« Est-il parmi vous quelqu'un de généreux, de compatissant, de charitable? qu'il dise : si je suis cause de la sédition, de la discorde, des schismes qui nous désolent, je me retire, je m'en vais où vous le voudrez. Ce que décidera la voix commune des frères, je le fais : mon seul désir est que le troupeau du Christ vive en paix avec ses pasteurs légitimement constitués. Qui se conduira ainsi s'acquerra une grande gloire dans le Christ, et partout il trouvera bon accueil. Car « la terre et tout ce qu'elle contient est au Seigneur1 ». Voilà ce qu'ont fait et ce que doivent faire ceux qu'anime cette vie divine qui jamais ne donne lieu au repentir'2. »
Ils ne feront en cela du reste qu'imiter tant de nobles personnages qui n'ont pas hésité à se sacrifier pour leurs concitoyens : Moïse suppliant le Seigneur de l'effacer du livre de vie, et à ce prix, d'épargner Israël3; des rois païens pareillement s'immolant au bien public; des femmes mêmes, Judith, Eslher, risquant leur vie pour sauver leur peuple. Et qu'on ne regarde pas comme une humiliation de s'immoler
1 Ps. XXIV, 1.
2 S. Clément, Ad Cor., lit.
5 Exode, xxxn, 3C-32.
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ainsi, car, dans cet humble dévouement, ce n'est pas à nous, c'est à Dieu que l'on cède '.
« Vous tous donc, auteurs de la sédition, soumettez-vous aux anciens, et recevez la correction en esprit de pénitence, fléchissant les genoux de vos cœurs. Apprenez à vous soumettre, renonçant à l'arrogante et orgueilleuse opiniâtreté de votre langue, car il vaut mieux être petits et honorables dans le troupeau du Christ que de se voir au faite des honneurs, et privés des espérances du Christ 2. »
« Nous avons averti les coupables et déchargé ainsi notre conscience; que nous reste-t-il que de prier le Seigneur d'avoir en sa garde le troupeau de ses élus? » Et Clément termine sa lettre par une touchante prière, où tous ont leur part, les princes et chefs de l'empire eux-mêmes qui venaient de persécuter si cruellement l'Église. Au sortir des sanglantes orgies de Néron, Pierre et Paul demandaient à leurs fidèles de respecter le pouvoir commis aux mains du monstre 3. Clément, à leur exemple, prie pour Domitien et les préfets de l'empire, ministres de ses cruautés. C'était l'ordre du divin Maître d'honorer les puissances établies dans le légitime domaine de leur autorité, « de rendre à César ce qui est à César 4 ». Dès lors,
1 S. Clément, Ad Cor., r.ni, lv.
2 Id., LVII.
3 1 Petr., ii, 13, 15. Rom., xi», 1-7. ïit., m, 1. * Malth., xxu, 21.
l'épitrb de saint clément 207
les pontifes romains s'y montraient fidèles, et par là formaient à ce respect toute la chrétienté. Mais plus haut que les princes, dans l'estime comme dans l'amour de l'Église, sont placés les pauvres et les affligés. C'est pour eux que s'élève d'abord la prière de Clément.
« Seigneur, nous vous en prions, soyez notre aide et notre secours. Délivrez ceux d'entre nous qui sont dans la tribulation, ayez pitié des humbles, relevez ceux qui sont tombés, secourez les pauvres, guérissez les malades, convertissez les égarés de votre peuple, nourrissez ceux qui ont faim,' délivrez nos captifs, relevez les faibles, consolez les pusillanimes; que toutes les nations reconnaissent que vous seul êtes Dieu, et Jésus-Christ votre fils, et nous votre peuple et les brebis de votre bercail »
Il passe ensuite à ceux qui exercent le pouvoir et l'on sait quels ils étaient alors : « Donnez-nous la concorde et la paix, à nous et à tous les habitants de la terre, comme vous l'avez accordée à nos pères qui pieusement vous invoquaient en foi et vérité; donnezles-nous parce que nous vous obéissons, à vous, dont le nom est toute -puissance et majesté; et nous obéissons de même à ceux qui sont sur terre nos princes et nos maîtres. C'est vous, Seigneur, qui, par votre grande et ineffable puissance , leur avez donné le pouvoir de régner afin que, reconnaissant la gloire et l'honneur dont vous les avez investis, nous leur soyons soumis, évitant ainsi toute opposition à vos
volontés. Donnez-leur, Seigneur, la santé, la paix, la concorde, la fermeté, afin qu'ils exercent sans achoppement la souveraineté que vous leur avez confiée. Car c'est vous, Seigneur, céleste roi des siècles, qui donnez aux fils des hommes la gloire, l'honneur et l'autorité sur tout ce qui est sur la terre. Dirigez, Seigneur, leur volonté selon ce qui est bon et agréable à vos yeux, afin que, usant en paix et douceur du pouvoir que vous leur avez confié , ils vous trouvent propice. O vous seul qui pouvez répandre sur nous ces grâces, et d'autres plus excellentes encore, à vous, nous rendons hommage par Jésus-Christ, le pontife et le gardien de nos âmes, en qui soient à vous gloire, majesté, et maintenant, et de générations en générations, et dans les siècles des siècles. Amen. »
Nous avons fait de longues citations de cette Épitre : volontiers, nous les aurions étendues, et mis l'œuvre entière sous les yeux, tant elle nous semble propre à faire connaître non seulement le pontife qui l'a écrite, mais l'Église de Rome vers la fin des temps apostoliques. Nous avons vu comment dès lors s'y manifeste l'autorité de cette métropole sur les autres Églises; il est également possible d'en dégager quelques traits de sa vie intime, les formes que prenaient chez elle la prière, l'objet habituel de ses méditations, par suite de ses pensées.
Les nombreux emprunts faits par Clément à nos saints Livres fournissent là-dessus de précieux renseignements, car fidèles et pasteurs puisaient aux
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marnes sources. Le Psautier est mis par lui à contribution, il n'y recourt pas moins de quarante fois, et souvent l'hymne sainte est redite en entier; parmi les prophètes, Isaïe est le plus souvent allégué, puis Ézéchiel et Jérémie. Quant au Nouveau Testament, de fréquents rapprochements de pensées et d'expressions témoignent que l'écrivain s'y rapporte, mais les citations sont rares; elles se bornent à quelques paroles empruntées aux trois premiers Êvangélistes et à S. Paul'. Sous le regard des successeurs de Pierre, le canon des écrits apostoliques se formait, sans prévaloir encore sur les livres sacrés d'Israël.
La liturgie des synagogues gardait même empire; de curieuses comparaisons ont été faites entre la plus usitée des prières juives, « les dix-huit bénédictions » (Shemoné Esré) 2 et le texte de S. Clément; similitudes tout extérieures du reste, et très faciles à expliquer. Chaque pasteur improvisant alors la prière publique, l'appropriait aux circonstances. Les mêmes besoins justifiant les mêmes demandes, les devoirs d'adoration et d'actions de grâces variant moins encore, il s'ensuivait que les mêmes pensées se présentaient à l'esprit de l'officiant, et que pour les
1 Voir l'indication de ces emprunts dans les listes de Lightfoot et de Fùnk auxquelles nous avons renvoyé plus haut nos lecteurs.
2 Sur celte prière, consulter Saint Paul, ses Missions, ch. vin, et Schiirer, Geschichte des Jiidischen Yolkes, II, p. 377 sq. ; 384 sq.
exprimer les mêmes mots revenaient sur ses lèvres. Peu à peu, la prière, dans le service divin surtout, prit une forme précise qu'on s'accordera à reproduire, et bientôt à consacrer. Le respect pour ces formules était d'autant plus fort qu'elles venaient de pasteurs, ou d'Églises plus autorisés. Rome, à ce titre, l'emportant sur toute autre chrétienté, on se modela d'après elle : de là résulte probablement la conformité qu'offrent les prières des plus anciennes liturgies avec la dernière invocation de S. Clément1. Rome, si notre conjecture est juste, aurait commencé dès lors à exercer sa mission providentielle sur le culte chrétien, à en être l'exemplaire pour les autres Églises, à en déterminer les formes. Nulle part, mieux que dans cette ville, les esprits n'étaient disposés à estimer justement l'importance d'une liturgie, car on sait avec quel scrupule le paganisme romain avait, de tout temps, maintenu les moindres rites; un rigorisme vigilant était son trait distinctif.
Quoi qu'il en soit de l'influence exercée à cet égard par le formalisme des vieux Romains, d'autres instincts de leur race passèrent manifestement dans le sang de la Rome chrétienne : le génie de l'autorité, l'esprit d'ordre et de discipline, nécessaires à la métropole d'un monde nouveau. L'expérience, entée sur ces dons naturels, a produit la rectitude de juge-
1 Cf. la curieuse et savante élude de Lightfoot, S. Clément of Rome, i, p. 382-400.