L'ÉPI TRB DE SAINT CLÉMENT
mont et le sens pratique qui la rendent toujours digne de gouverner le monde chrétien. Clément a un mot expressif pour rendre cet ensemble de qualités, mot qui revient constamment sous sa plume : « la modération1 ». Ce qu'il entend parla, ce qu'il souhaite inspirer aux Corinthiens, c'est le constant souci de ne jamais excéder, de rechercher en tout l'équilibre, la juste mesure, les moyens de tout concilier.
Cet esprit de tempérament, où il voyait le moyen de ramener la paix dans Gorinthe, était le principal objet de S. Clément. Sa lettre eut plein et durable effet. Cinquante ans plus tard, Hégésippe visitant cette chrétienté s'y arrêta; il eut grande consolation de se voir avec elle en communion parfaite; des dissensions qui l'avaient troublée aux jours de Domitien, il ne restait plus trace. Depuis la lettre de Clément, Corinthe demeurait ferme et paisible dans la saine doctrine2.
L'antiquité, frappée de ce premier éveil de l'autorité papale, a décerné de nombreux titres de gloire à S. Clément. Elle a salué en lui le martyr du Christ3,
1 'ETtlElXEta, XIII, XXX, L¥I, LVIII, LXII.
2 Eusèbe, Histor. eccles., IV, xxh.
3 Voir sur les Actes du martyre de S. Clément, Paul Allard, Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles, 2e édition, p. 173-180. Tout ce qui peut être dit à l'appui de la tradition qui fait de S. Clément un martyr, se trouve résumé dans la note mise par l'abbé Duchesne à ce texte du Liber Pon- Uficalis : « Obiit martyr Trajano III. » « Cette formule insolite
l'Apôtre, Thomme apostolique1, l'évêquequi sut, dès l'origine, pourvoir son Église de précieux organes. On est même allé jusqu'à lui attribuer la division de Rome chrétienne en sept quartiers, et la création des notaires chargés de consigner les actes des martyrs2. La critique ne peut accepter sans réserves toutes ces hypothèses, lesquelles n'accroissent en rien la gloire
et cette date sont empruntées à la notice de S. Clément dans le De viris de S. Jérôme : « Obiit tertio Trajani anno ». Il faut remarquer l'intercalation du mot martyr. Clément est qualifié de martyr par Rufin (S. Jérôme, Apol. adv. libros Bvflni, édit. Martianay, t. IV, part, h, p. 409); par le pape Zosime (Migne, P. L., t. XX, p. 650) et par le Concile de Vaison, en 442 (can.6). Le même titre lui est donné dans les calendriers romains, depuis celui du martyrologe hiéronymien. ... dans les sacramentaires romains, depuis le sacramenlaire léonien, et dans les autres livres liturgiques. On a retrouvé à Rome, dans la basilique qui, dès le temps de S. Jérôme [De viris, 15), conservait la mémoire de Clément, des fragments d'une grande inscription dédicatoire, où figure le mot martyr. Suivant la restitution à peu près certaine proposée par M. de Rossi {BolL, 1870, p. 148), ce qualificatif était joint au nom de Clément. L'inscription est du temps du pape Sirice (384-399). 11 est donc sûr, quoi qu'il faille penser du silence des anciens auteurs, Irénée, Eusèbe, Jérôme, que. la tradition du martyre de S. Clément était établie à Rome dès la fin du iv° siècle. » Liber Ponti/icalis, t. I, p. 123, note 9.
1 '0 àrc6<iToXo; KXtJ[Uti;. Clément d'Alexandrie, Slrom., IV, xvn. « Vir apostolicus », S. Jérôme, in ls., uï, 13.
2 La division de Rome en sept régions ecclésiastiques ne remonte vraisemblablement qu'au pape Fabien (236-250). Voir la notice sur ce pape dans le Liber PontificaUs de M«r Duchesne, et, dans le même ouvrage, sur les notaires et les Gesta martyrum, l'Introduction du t. I, p. c et ci.
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d'un homme à qui suflit sa médiation dans les troubles de Corinthe. Il consacrait à jamais, par cette intervention, le droit qu'ont Rome et ses pontifes, de faire acte d'autorité dans tout débat qui menace de diviser la chrétienté; il attestait qu'à eux appartient de parler au nom de Pierre et de Paul à l'Église entière, d'y maintenir la vigueur des règles et l'unité de la Foi.