L'ÉGLISE APKKS LA MOUT DE SAINT JEAN
feux soudains qui brillent dans le ciel, à travers la naissante clarté de l'aurore, et s'éteignent au grand jour, ainsi les lueurs passagères qui avaient illuminé le matin de l'Église s'évanouirent quand la pleine lumière de l'Esprit eut achevé de l'éclairer.
Ce n'est pas ici le lieu d'étudier les intéressants travaux qu'a suscités la question des Sacrements dans la primitive Église, en particulier, l'un des plus nécessaires : la Pénitence '. Bornons-nous à remarquer que, sur ce sujet comme en maint autre, le témoignage des auteurs ecclésiastiques ne permet pas de douter que l'Église romaine, en communion avec ses sœurs d'Asie et d'Afrique, n'eût déjà pris ascendant, et qu'on ne recourût à elle dans les circonstances où quelque point de discipline ou de croyance était en jeu. On verra bientôt cette tutélaire autorité invoquée en dernier ressort, lors de la fameuse controverse qui divisa les Églises sur la date de la célébration de la Pâque.
Mais de plus graves objets allaient appeler la sollicitude, puis la suprême intervention de Rome. Afin de les mieux étudier, nous devrons ici anticiper sur les temps. Si les persécutions annoncées par Jésus, et qui restaient toujours imminentes, assombris-
1 Sur la Pénitence, en particulier, cf. M. l'abbé Vacandard, La Confession sacramentelle, la Pénitence publique. — Msr Batiffol, op. cit. — M. l'abbé Boudinhon, le P. Harent, M. l'abbé Pelle, La Pénitence devant la théologie et l'histoire.
saient l'horizon du christianisme, d'autres tempêtes, aussi prédites, mais bien plus redoutables, assaillaient déjà la barque de Pierre. Il n'y allait pas moins que de toute la Foi! C'était, de divers points, un nuage obscur, que ni les fortes abjurations de Paul, en ses Épitres. ni la tendre mysticité de Jean n'avaient pu dissiper, et qui menaçait d'envahir l'Orient. Pour en bien comprendre le péril, il est nécessaire de considérer en quel état la disparition des Apôtres laissait les principales communautés fondées par eux. D'abord, l'Église de Jérusalem, tige et mère de toutes. La première, elle avait possédé un pasteur unique, un évêque, S. Jacques le Mineur, dont la mémoire subsistait comme un monument de justice et de piété. Nous avons vu1 le petit troupeau des fidèles, contraints par les désordres qui précédèrent le siège, à se réfugier dans Pella, y donner pour successeur à S. Jacques, Siméon, fils de Cléophas, comme lui l'un des « proches » de Jésus2. La communauté de Pella ne tarda pas à se diviser : les uns avec la famille du Sauveur, remontèrent vers le Nord, pour gagner Kokaba, dans la Batanée; d'autres, les yeux toujours fixés vers la Cité coupable et sainte, s'ingérèrent d'y rentrer. Les Romains, voyant la ville pacifiée, c'est-à-dire déserte3, s'attachaient moins à
1 Voir le chapitre second.
- On U'S appelait ainsi « Atanôvvvoi », les « proches ». Eusèbe, Hist. ecdcs., 1. I, vu, 14, 3 « Vbi solitudinem faciunt, pacem appellant ». Tacite.
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en surveiller les ruines. D'ailleurs, c'était surtout le Mont Moriah, emplacement du Temple détruit, que la 10e légion avait ordre de garder, car on savait toutes les espérances des Juifs attachées à ce lieu. Il n'en allait pas ainsi des Chrétiens. Si vénérahle que le sommet du Moriah parût à tout fils d'Israël, ce n'était plus leur attrait de cœur. De plus chers souvenirs les portaient au Mont de Sion, au sanctuaire où Jésus avait institué l'Eucharistie. Le Cénacle, tout imprégné de cet auguste mystère; à l'entour, quelques bâtiments échappés au ravage, restaient debout dans la ville désolée, et offraient encore un abri1. Ce fut là que Siméon dut conduire et fixer le groupe de fidèles dont l'âme adhérait au sol2 inondé du sang divin. L'histoire ne nous apprend rien de plus surce touchant retour qui méritait d'être rappelé. L'Église ainsi restaurée vécut modeste jusqu'au temps d'Hadrien, où de nouvelles fondations et de nouveaux troubles vinrent bouleverser ce champ de mort.
Il est probable que Siméon lui-même n'y resta pas longtemps, car les fraternités de Batanée offraient une plus vaste carrière à son zèle. Nous les avons peintes gardant, sous le nom de Nazaréens, une égale fidélité à la Loi et à l'Évangile, mais souvent trop infatuées de leur sens propre pour ne pas ou\rir
1 On y voyait, en particulier, sept synagogues plus ou moins intactes. Cf. S. Cyrille de Jer., Catech., xvi, 4.
2 Ps. 118, 25.
la voie à l'erreur. Si les premiers Pères, Hégésippe, Jules Africain, en parlent toujours avec estime, le temps n'est pas loin où nous verrons S. Irénée se déclarer contre elles, leur reprochant d'altérer, d'enfreindre l'Évangile, et mêlant, dans un commun anathùme, les noms d'Ébionites et de Nazaréens. Rien de plus laborieux que de discerner au juste quelles différences les séparaient. C'était, par delà le Jourdain, un fourmillement de sectes non pas occupées, comme les écoles de Jabné ou de Lydda, d'arides études sur la Loi, mais toutes aux rêveries mystiques d'où devait sortir la Cabale. Nous connaissions déjà les Esséniens1, « peuple étrange où personne ne naissait », et qui s'éteignit peu de temps après la ruine de Jérusalem, au moins dans sa forme primitive. Mais il laissait, après soi, des traditions ranimées par les Ébionites2 qui y joignirent les plus folles chimères. Hégésippe, qui fit le dénombrement des hérésies, en compte sept principales, issues du judaïsme ; mais il mentionne, à l'honneur de l'Église de Jérusalem, qu'elle gardait encore à cette époque l'intégrité de sa Foi3.
Le penchant commun à toutes ces sectes était de
1 Voir le premier chapitre de la Vie de Notrc-Seignexir.
2 Cf. plus haut, L'exil de l'Église de Jérusalem, au chapitre second.
3 Hégésippe ajoute que l'Église de Jérusalem fut plus tard infectée de l'hérésie par un certain Thcbutis, dépité de ne pouvoir parvenir à l'épiscopat. Eusèbe, Ilisl. eccles., iv, 22.
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chercher, dans des ablutions perpétuelles', la purification de l'âme. Dans cette tourbe, un nom a percé : celui d'Elkasaï*, qui se vantait d'un baptême plus eilicace que tout autre, capable d'effacer les pires forfaits. Quelques fragments du livre où il consignait ses rêves, nous sont parvenus; on n'y voit que le plus bizarre mélange d'exorcismes, d'incantations, de présages astrologiques3. Cette doctrine est révélée par un ange qui mesure trente-deux lieues de haut, lequel se donne pour le Fils de Dieu, et a une compagne de même taille, qui est le Saint Esprit. On rougit d'exposer de telles absurdités ; mais l'Orient est le pays des songes, et ceux-là y peignent bien l'état d'une âme dévoyée. C'était le cœur, en effet, plus encore que l'esprit, qu'égaraient ces chimères. Si nombre de détails dans la croyance sont empruntés par les Elkasaïtes, aux Esséniens, il s'en faut que leur morale ait gardé même rigueur. Le livre d'Elkasaï, peu connu des Églises grecques et latines, prit grand ascendant en Asie4 et contribua peut-être à inspirer Ménandre.
1 Récognition, r, 54-60.
- Origène, dans Eusèbe {flist. eccl., vi, 38). — Philosophoumena, ix, 4, 13-7; x, 29. — S. Épiph., Hxr., xix, 1. xxx, 3, 17. — Théodoret, Hxr. fab., h, 7.
3 Hilgenfeld, Xovum Testament, extra canon., fasc. m.
4 Ces diverses sectes de baptistes se perpétuent de nos jours, dans les marais de Bassora, entre le Tigre et l'Euphrate, sous le nom de Sabiens (Sabiin est le mot syriaque qui signifie baptiseurs). Renan, Les Évangiles, p. 462. Il est probable que c'est là
Ce dernier personnage, au jugement de S. Irénée et de S. Ëpiphane, doit être tenu pour le père de tous les gnostiques * qui commençaient alors de pulluler dans la Syrie. Qu'entendre exactement par le Gnosticisme, qui a joué un rôle si important, engendré mille hérésies, et corrompu tant d'ames aux débuts de l'Église? Rien de plus malaisé que d'en concevoir une idée nette, au point de vue dogmatique, car autant de foyers, autant de systèmes d'erreurs. Avant d'en faire une étude sommaire, resserrons en quelques mots les traits communs aux différentes écoles, par rapport à la conduite de la vie : indifférence aux règles de la morale, mépris de la Loi mosaïque, aversion du mariage, négation du jugement divin. La chair et la matière sont mauvaises : mais il n'y a qu'à les mépriser en esprit, tout en y cédant de fait. Ces excès suffisent à justifier la guerre implacable faite au Gnosticisme par ur e Église déjà dans la ferme main de l'Épiscopat, répugnant d'instinct à tout désordre, et qui avait pour mission de mener les hommes au salut.
Quant à la théorie doctrinale, on peut dire, à quelque degré, qu'elle a devancé le Christianisme, en ce sens que l'état d'esprit qu'elle suppose préexistait à
l'origine des ablutions tant multipliées dans la religion musulmane.
1 S. Irénée, I, xxm, 2; xxiv, 1; XXVII, 1. — S. Ei>i[ib., xxin, 1 ; XXIV, 1.
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son apparition. Nous avons vu S. Paul et S. Jean entrer en lutte contre des fermentations, et même des éclosions d'hérésies. L'Apocalypse tonne sur la tête des Nicolaïtes. Le quatrième Évangile vise aux illusions de Cérinthe. Combien de fois la bonne semence est-elle tombée en sol déjà labouré pour l'ivraie 1 Chez les Païens, c'était la métaphysique dégénérée de Platon, plus flatteuse au génie oriental que la rigueur d'Aristote; chez les Juifs, les fantaisies de l'exégèse allégorique, sans parler des religions bizarres de la Chaldée, de la Perse, de l'Egypte, importées par un continuel trafic. Tous ces éléments s'amalgamèrent avec les rêveries nazaréennes, et les apports doctrinaux du Christianisme, pour former d'innombrables combinaisons qui échappent à l'analyse, mais où presque toujours le mythe a dominé. Par des voies diverses, mysticisme ou philosophie, on aboutit à reléguer Dieu dans un empyrée si haut que toute relation avec l'univers lui devient interdite. Il s'ensuit que, pour expliquer la formation du monde, force est de recourir à des êtres inférieurs appelés « éons », émanés de Dieu dans le principe; mais de plus en plus imparfaits, à mesure qu'ils s'éloignent de cette source. La matière, qui est leur œuvre, se trouve donc, dès l'origine, infectée et vicieuse. De là, toutes les conséquences pratiques que nous avons énoncées et qui vont à dissoudre toute morale, sous couleur de l'épurer.
Tel est, à larges traits, un crayon de la Gnose i . 11 ne saurait être question d'entrer dans le détail inflni des sectes qui en sont nées, ni des pernicieuses rêveries que leurs auteurs ont produites : en retour, on trouvera de l'intérêt à connaître les principaux foyers de la première grande hérésie qui ait battu le berceau de l'Église, Ce furent Antioche et Alexandrie. Nous avons déjà nommé Ménandre, à qui plusieurs Pères attribuent la paternité de tout le Gnosticisme. Peut-être est-ce grossir, outre mesure, le rôle d'un personnage uniquement connu par leurs réfutations. Il paraît avoir séjourné longtemps à Antioche, bien qu'il fût originaire de Samarie comme son maître, Simon le Magicien, que nous avons vu s'opposer à S. Pierre2. L'impiété de Simon avait été jusqu'à se faire adorer en compagnie d'une femme, nommée Hélène, qu'il appelait « sa première pensée3 ». Ménandre ressuscitait toutes ses prétentions, s'arrogeant une révélation supérieure, qu'il appuyait d'illusoires prestiges, et ne craignant pas de baptiser en son propre nom, sans invoquer celui du Christ.
1 On emploie, à peu près indifféremment, les termes de « gnose » et de « gnosticisme » pour désigner l'ensemble des erreurs mythiques, qui ont joué un si grand rôle à cette époque. Le mot yvôiffi;, « science », est employé par S. Paul dans un sens peu favorable. I Timolh., vi, 20.
2 Act., vm, 9-25.
3 S. Justin, Apol., i, 26, 5G. — S. Irénée, i, 23. — Philosophoumena, vu
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Un autre Samaritain, Dosithée leur disciple, se donnait pour le grand prophète annoncé par Moïse. Si nous joignons à ces noms celui de Saturnin, qui enseignait également dans Antioche, au rapport de S. Irénée, nous connaîtrons les plus dangereux artisans de l'erreur en Syrie, au temps qui nous occupe. Tous fondent leurs aberrations théologiques sur les légions d'anges déjà multipliées à l'infini par les Esséniens. Entre ces êtres fantastiques, et à leur tête, ils placent un Jésus plus ou moins réel, qui sert avec eux d'intermédiaire entre le monde et l'inaccessible divinité.
Ces chimères ne laissent pas d'attester, par leur extravagance même, la foi au mystère de l'Incarnation, sans laquelle jamais homme n'eût inventé de se dire Dieu. Combattues à Antioche, à Smyrne, avec autant d'autorité que de vigueur par des évêques comme Ignace ' et Polycarpe, fils spirituels de S. Jean, qui consommèrent leurs vertus par le martyre, elles débordèrent néanmoins à travers toute l'Asie, et trouvèrent, dans l'école alexandrine, un terrain plus propice qu'aucun autre à leur épanouissement.
L'Egypte passe pour avoir été évangélisée par S. Marc2; mais cette tradition est contestée. Il est
1 S. Ignace, Philadelph., vu. — Ephes., ix. — Trall.,ix-x. — Magn., vm.
2 Eusèbe, Hist. eccles., h, 16. — S. Épiphan., Hxr., n, 6. — S. Jérôme, De vir. ill., 8.
certain qu'au dire de l'Alexandrin Philorï1, elle possédait, depuis longtemps, des communautés de « Thérapeutes2 », vivant sur les bords du lac Maréotis, et menant une vie austère assez conforme à celle des vieux Esséniens. Était-ce des Juifs convertis par la prédication de lÉvangile, et élevés à la pratique des plus hautes vertus chrétiennes? Plusieurs Pères l'ont cru3; mais, comme les Thérapeutes s'astreignaient à mainte observance purement judaïque, notamment les fréquentes ablutions, l'opinion contraire est plus souvent admise. De même, pour les poésies appelées « Sibyllines », qui se multiplièrent alors dans ce pays, en manière d'oracles, et qui renferment, avec de magnifiques prières, des prophéties menaçantes touchant les derniers jours : faut-il croire qu'en particulier, dans le quatrième livre, où règne si souvent un souffle chrétien, la main d'un disciple de Jésus est reconnaissable? Nous en douions; mais il n'est pas excessif d'en conclure que l'Évangile avait pénétré dans ces régions vers la fin du premier siècle; que son influence s'y faisait sentir, partant, que la liste des successeurs de S. Marc, donnée par la tradition : Ànnia-
1 Pliilon est un philosophie juif, né à Alexandrie l'an 30 avant J.-C. Bien qu'il ait vécu fort âgé, il devait être mort avant le temps probable de la prédication de S. Marc.
2 0cpa7teuTr,i;, « serviteur » de Dieu.
3 Voir, pour les références, la note 2 de la page précédente.
L'ÉGLISE APltï:> LA MORT Dr: SAINT JEAN .'{-2!»
nus, Avilius, Cerdon, Primus1, n'est pas dépourvue d'une certaine authenticité. La chrétienté d'Egypte
témoigna, dès l'abord, l'esprit le plus contraire au judaïsme. Cette opposition apparaît dans un écrit appelé VÉpltre de Barnabe où la séparation de l'Église et de la Synagogue est nettement indiquée. La voie est ouverte au Gnosticisme chrétien qui trouvera, dans Alexandrie, un terrain propice.
Trois noms en resserrent l'histoire comme ils en représentent l'essentielle doctrine : Basilide2, Yalentin, Carpocrate. Basilide, venu de Syrie, où il paraît avoir subi l'influence de Ménandre, professe au moins clans son enseignement intime, une métaphysique désolée qui prélude, par plus d'un trait, au scepticisme de l'école Kantienne. Tout, dans l'uni- "ers, est un perpétuel devenir, une évolution où le monde matériel tend à se transformer peu à peu en un monde idéal. Cet épanouissement s'est consommé dans la personne de Jésus, d'une façon si parfaite qu'en lui rien n'est demeuré qui donnât prise à la mort. L'Évangile qu'il a apporté au monde est la « Bonne Nouvelle », l'annonce de ce progrès auquel, suivant son exemple, chaque homme peut participer, et qui va à perdre en Dieu toute créature. Basilide
1 Eusèbe, Hist. eccles., u, 24; m, 14, 21; iv, 1, 4. — Constit. apost., vu, 46.
2 Cf. S. Irénée, i, 26. — Philosophoiimena, vu. — Clément d'Alexandrie. — Eusèbe, Hist. eccl., iv, 7. — Acta Archelai, dans Migne, Pair, gr., t. X, p. 1523.
allègue fidèlement les Évangiles, et nous devons remarquer qu'il cite celui de S. Jean sur le môme pied que les trois autres. Il entreprit plus tard d'en faire le commentaire pour les rattacher au système des « Filiations » multiples, par lequel il expliquait la genèse du monde.
Valentin1, d'après S. Épiphane, naquit en Egypte, s'instruisit à Alexandrie, et, après avoir séjourné dans l'île de Chypre, brigua vainement l'Ëpiscopat. Il insinua d'abord ses doctrines en secret avant de rompre ouvertement avec l'Église. Le système de Basilide, tout obscur et compliqué qu'il est, parait une merveille de clarté au prix des chimères Valentiniennes. Toutefois, on y retrouve un fond commun de scepticisme, et une conception analogue à l'Être suprême : « l'Abîme », déclinant peu à peu de sa perfection jusqu'à la créature matérielle dont il devient père. Même mission attribuée au Christ de régénérer, de spiritualiser cet élément inférieur et de le reporter en Dieu. Perdus dans leur métaphysique, Basilide, Yalentin et leurs adeptes accordaient aussi peu d'attention que d'importance à la règle des mœurs. C'était chose secondaire à leurs yeux pleins d'inûnies visions. De la morale négligée à la morale détruite, le pas était glissant. Beaucoup en vinrent à tenir indifférents pour l'illuminé, pour le vrai « gnostique », les actes extérieurs même les plus cou-
1 S. Épiphane, Hivrcs., 31.