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— EU ! parbleu oui! répliqua celui-ci <m*r un nrofl éclal de rire, nous sommes des ambassadeurs, titre sacré! caractère inviolable 1
— Chargés, continua Rousseau, de farcir notre péroraison de truites, sardines, pâtis de Chartres, poulardes du Mans, jambons, pruneaux de Tours vin des Coteaux, de Sologne et des Janieres , sans oublier le classique, mais immortel Champagne.
— Vous êtes charmants, lui répond Saint- Jean , mais cela n'est pas possible. Vous voyez que je suis en société.
— Nous avons de pleins pouvoirs , répond Rousseau ; je prends sur moi de présenter notre cher Augustin, ce sera mon vautour!
— Encore une fois, non. Dans toute autre occasion, comptez sur nous, mais aujourd'hui, quelque forte que soit la tentation nous n'y céderons pas. Nous nous devons , pour ce jour, au vieillard qui nous tient lieu de père.
— Il n'y a rien à dire, répliqua Gédéon, qui avait la main lourde, la morale avant tout !
— Au moins , ajouta Rousseau , vous verrat-on , ce soir, au spectacle?
— Au spectacle ! ici ! s'écria Saint- Jean.
— Sans doute , dit Augustin, parlant pour la première fois, mais toujours avec sa douceur ordinaire, nous avons un théâtre au-dessus d'un café, et à côté de la cathédrale. La troupe du fameux Coleuil est ici depuis trois jours , et Ton donne aujourd'hui Lucrèce Borgia.
— Lucrèce Borgia î ce sera drôle?
— - Eh hien? demanda Rousseau.
— Laisse donc ces messieurs , interrompit Gédéon ; c'est bien la peine de les déranger 1
— Oh ! oh ! s'écria Rousseau avec une gaieté forcée; messieurs, vous saurez que notre ami
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(udéon est horriblement jaloux ; et sa femme y sera... Ali î quel farceur! il est capable de redouter le jeune et intéressant cavalier que nous présenterons ce soir.
Ceci s'adressait à Augustin , qui rougit et pâlit tour à tour en s efforçant de rire.
Gédéon s'était tourné vers Kousseau , et , avec une expression de férocité mal déguisée sous nn haineux sourire , il lui dit d'une voix sourde et contrainte :
— Qui ta parlé de cela , à toi?
— C est bien, interrompit Saint-Jean qui les observait. Pour cette fois, nous cédons à vos instances. Nous irons au spectacle. Messieurs , ajouta-t-il du ton d'un prince qui congédie ses chambellans , votre déjeuner vous attend. . .
— C'est vrail s'écria Gédéon.
— A ce soir! ajouta Housseau.
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Ils sortirent bras dessus , bras dessous . el firent beaucoup de bruit dans l'escalier : mais sur la route , ils ne cessèrent de se parler bas.
Quand ils furent partis :
— Tu vois bien ces deux hommes-là? dit Saint-Jean à Augustin; eh bien! chacun deux n a qu'un désir effréné , c'est de pouvoir déchirer l'autre avec les ongles et lui manger le cœur!
— Je le sais, répondit paisiblement Augustin , et je sais aussi pourquoi.
— Tu sais donc tout , toi?
— Daml oui.
—S... saint Tranquille , va!
On a beaucoup parlé du théâtre de province. Sous le rapport architectural et sous le point de vue monumental , il occupe une grande
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place dans l 'amour-propre de messieurs de la mairie ou du conseil municipal. Là se dirigent d'abord les réclamations des habitants, la curiosité des étrangers. — Qu'y a-l-il à voir, ici? — Bien des choses, monsieur; nous avons d'abord ta Salle de spectacle, ensuite niôtel'de-Vilte , la Préfecture et la Halle, etc. Quand la commune a pu amasser de quoi faire bâtir la moitié d'une église, elle fait élever un théâtre tout entier : c'est plus commode et plus demandé.
Autrefois on eut commencé par un château . puis on eût de suite jeté les fondements du temple gothique qui devait illustrer monseigneur, duc du évéque, aux dépens de ses architectes. Aujourd'hui, dans les imaginations départementales, le cintre a détrôné la coupole, les loges s'étagent à la place des ogives, l'orchestre s asseoit sur les ruines du lutrin, le parterre se prélasse dans la nef, les avant-scènes se forment du jubé, les amoureux des vicaires.
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les comparses des chanoines , et M. Scribe officie en premier solennel. On est fier de son théâtre comme on 1 était de son clocher; on se vante quelquefois de tous les deux ; mais on n'a créé que le moins durable. Quelquefois on ne parle que du clocher : soyez sûr alors qu'il est gothique. On n'aurait su le bâtir, puisqu on n'a pas de théâtre.
Ainsi les constructions théâtrales varient suivant les localités', depuis le grand théâtre , où Ton joue le vaudeville, jusque la grange du chef-lieu d'arrondissement , où Ion joue la tragédie.
Or, ce sont les plus petits provinciaux , les plus imperceptibles Français, ceux dessouspréfectures et plus bas , qui s'amusent le mieux au spectacle. Car. on vous Ta dit quelquefois, n est-il pas vrai? tout le monde se connaît en province ; mais ce qu'on ne vous a pas dit aussi souvent , c'est que tout le monde se voit dans la petite province, c'est que tout le monde se parle
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dans la rue , c'est que tout le monde se mêle au théâtre. Voilà qui est scandaleux! Au même rang , sur la même banquette , le comte et Ttludiant , la comtesse et la grisette , la présidente et la modiste, la femme du maire et la dame du cabinet de lecture, et les hommes, quels que soient leur rang, leurs prétentions, les convenances qui les dominent ailleurs, peuvent aller de Tune à l'autre , et se perdre dans cette cohue momentanée, comme si tout cela n'était qu'un seul et même. salon. Ici, le plaisir est où vous n'iriez jamais le soupçonner, il est dans les entr'actes ; ce qui ne l'empêche pas de se trouver aussi dans la représentation, quelle soit bonne ou mauvaise , et quelquefois parce qu elle est mauvaise. Le mérite du théâtre de province est donc , en deux mots , de présenter l'aspect du salon le plus original et le moins scrupuleux qui puisse passer par l imagination; et ce qu il y a de piquant , c est qu il suit la même marche pour se conformer au salon que pour ressembler à une >;ran};«
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Ceci nous ramène au théâtre de Vendôme.
Figurez-vous un vaste et beau grenier. . . iNous n'avons nulle envie de plaisanter : nous le disons d'un esprit pénétré, c'est véritablement un beau grenier. On aurait pu y serrer beaucoup de fourrage : on a mieux aimé y jouer le répertoire moderne. Cet immense parallélogramme est coupé, dans sa longueur, en trois compartiments : la scène, à une extrémité les premières places au milieu, les secondes à l'autre bout; de telle sorte qu'on pourrait mettre la scène à la place des secondes , et réciproquement, sans que les spectateurs des premières eussent autre chose à faire que de se retourner. On pourrait aussi jouer des deux côtés sans aucun inconvénient : car je proteste que , vu les dimensions de ce magnifique local , la moitié postérieure des premières ne saurait être troublée par le bruit du specîacle que savoure la moitié antérieure : ceci prouve à fortiori l'inutilité des secondes \ où s'entassent les soldats de
ia garnison , parce qu'on a soin de prélever sur leur masse une somme destinée à leur procurer, bon gré , mal gré, les enseignements de Fart dramatique; les infortunés ne voient ni n'entendent, mais ils jouissent de ce qu'on pourrait nommer des entrées proprement dites, etdece qu'on appelle, à Paris, des entrées d'auteur.
Huit heures sonnaient à la Trinité, lorsque Saint-Jean et Augustin arrivèrent au pied de 1 escalier extérieur en bois qui conduisait à ce théâtre. Huit heures , c'était le beau moment , l'heure de la haute société ; le vaudeville préliminaire était joue; on allait commencer Lucrèt > Borgia. Quand nos amis entrèrent dans la salle, ils trouvèrent, comme on dit, chambrée complète. Le grenier, la grange ou le salon était plein , et, le contenu faisant passer le contenant, un homme raisonnable devait se trouver satisfait du coup d'oeil qui lui était offert. La confusion démocratique dont nous avons parlé se dissi-
niulait sous la fraîcheur générale des toilettes, et l'effet superficiel n'eu pouvaitêtre qu'agréable. Les femmes, distribuées par groupes, par sociétés, par familles, sur les chaises qui garnissaient l'enceinte, causaient à demi-voix avec les cavaliers qui allaient, se penchant de cercle en cercle, riant, saluant, médisant, papillonnant. On s'occupait des merveilles de la troupe de Coleuil, directeur de spectacles justement célèbre dans la Touraine, la Beauce et la Sologne. On affirmait qu'il avait amené un nombreux personnel, que la représentalion aurait autant d'éclat qu'à la Porte-Saint-Martin , que rien n'y manquerait , ni le talent des artistes , ni l'ensemble des décors ; que les deux fioles seraient vraiment, l'une dorée, l'autre argentée ; que Don Alphonse de Ferrare ne serait pas en uniforme de garde national , ni Gennaro en habit noir , ni Lucrèce en robe d'alépiue; quil y aurait du luxe dans le festin des jeunes Vénitiens , du vin dans leurs coupes et des pages derrière eux; qu'il y aurait des moines , des cierges, des cercueils, enfin
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qu'on ne serait pas condamne pour bette lois à l'invariable salon qui servait pour la Danu- D tanche , L Ours et le Pacha, KetUf et /a Croix dor.
Nos amis se faufilèrent doucement jusqu'à l'orchestre, où Ion voyait un groupe des nouveaux officiers, dont quelques-uns essayaient déjà de lier connaissance avec les plus jolies et les moins sauvages de celles qui les entouraient. Arrivés là , Augustin et Saint-Jean se présentèrent l'un l'autre, soit aux officiers , soit aux personnes remarquables de la ville. Quand ils fuient parvenus à se placer commodément dans un lieu quelque peu en évidence, Saint-Jean dit à Augustin :
— Parbleu! puisque voilà toute la ville ramassée ici à peu de chose près, tu devrais bien me donner quelques renseignements. Quelle est cette dame un peu âgée, mise avec goût et causant familièrement aVec cette grosse mère à I œil malin , qui a la tète nue?
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— - Ah! ah! c'est la marquise de Nantau, vraie noblesse , et vraie richesse , la plus gracieuse et la plus affable de nos sommités féminines; celle qui rit avec elle d'un air de camaraderie, c'est une simple artiste, mais aussi, de son côté, un vrai talent. Ces deux dames ont assez d'esprit à elles deux pour se rapprocher , et les mauvaises langues n'ont pas beau jeu à les attaquer.
— Et cette autre dame qui a des plumes comme un tabernacle de Fêle-Dieu , avec une robe gris perle et une écharpe cerise? elle fait la grimace de quelqu'un qui a pris un citron pour une orange.
— Cela ne m'étonne pas, c'est précisément la bonne intelligence et la conversation de ses deux voisines qui la tourmentent. Elle a la prétention d'être admise dans les cercles les plus éclectiques, et madame de Nantau ne la reçoit pas. Elle a la prétention de chanter comme Grisi , et mademoiselle Duval n'a pas de préten-
ion , mais elle chante comme Malibran , tandis
que la dame empanachée chante comme une très-mauvaise épinelte. Inde irœ!
— Tu es d'une méchanceté rare ! Tu abuses del'épigramme, parole d honneur! Va toujours.
— Voici encore mademoiselle du Tremblay , vieille filleet noble débris; elle est de race royale, mon cher , c'est une cousine de Charles X. Il y a dans toutes les petites villes une cousine de Charles X et un bâtard de Napoléon. Après elle, c'est madame Baron, qui est une femme diablement savante: elle a lu Confucius et parle théologie pendant les contredanses. Nous avons ensuite madame et mademoiselle Sainte-Croix, bonnes, excellentes personnes : on ne sait qui vaut le mieux d'être le mari de la fille ou le gendre de la mère. Monsieur Cartonnet , vieux scélérat; madame le Bresle, une dévote ; madame Collard, une imbécile; madame.... ah!
L'épilogueur s'arrêta tout court, au moment de désigner une simple et louchante personne,
mise avec une grâce et une élégance toutes pari-