‹ Saint JéromeChapitre 103 sur 387 · LIVRE IIJ · texte numérisé non relu

LIVRE IIJ

moine pour construire un monastère qu'il dirigea luimême pendant trente ans ^ Son dévouement généreux aux idées monastiques dépassait malheureusement l'étendue de sa fortune, et tout son bien se trouvait dissipé quand les habitants de Chypre vinrent l'enlever aux moines d'Hébron pour le faire évêque de Salamine, leur métropole, ville très-opulente à cause de son commerce. Épiphane agit avec les revenus de son église comme il avait fait avec son patrimoine : il les dépensa en fondations pieuses dont l'île fat bientôt couverte ^ A cette passion de la vie cénobitique, le nouvel évêque en joignait une autre, celle de la science : soit dans ses voyages, soit dans sa retraite, il avait appris à fond quatre langues : l'hébreu, le syriaque, l'égyptien et le grec, et il parlait passablement le latin, ce qui l'avait fait surnommer Pentaglôtlos, c'est-à-dire le docteur aux cinq langues '.

La simple étude des idiomes n'était pourtant pas son objet; il en avait un plus élevé, celui de rechercher dans tous les pays de l'Orient les altérations qu'avait subies le christianisme ou môme le judaïsme. Par les voyages et par les livres, il avait appris à connaître toutes les hérésies ; il savait en discerner l'origine et les dérivations; il les classait, il les suivait dans leurs moindres rameaux comme des stemmes généalogiques. Peu d'hérésiarques contemporains pouvaient se flatter d'avoir échappé à son argumentation; peu de sectes clandestines de lui avoir caché leurs mystères ou dissimulé leurs pratiques; mais ce métier n'était point sans peine. Épi-

i. Sozom., VI, 32.

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