LIVRE III. in
Dix ans après, et quand cette scène était complètement oubliée, les ennemis de Jérôme en réveillèrent le souvenir pour l'accuser. Ce fat Rufin qui se chargea, dans un libelle, de faire connaître au monde que le compagnon de sa jeunesse, celui qui lui avait voué pendant trente ans une affection de frère, n'était qu'un faussaire infâme. Sans toutefois nommer Jérôme, il raconta l'anecdote avec des enjolivements qui en dénaturaient odieusement le caractère K Jérôme, alors retiré à Bethléem, bondit de fureur à cette lecture, puis il se calma et se contenta de verser sur le calomniateur quelques lignes d'un mépris bien mérité, u Ami très-cher, lui disait-il, quand tu auras à composer des dissertations ecclésiastiques où la sainteté de nos dogmes et le salut de nos âmes seront intéressés, abstiens-toi, je t'en supplie, d'y mêler des rêveries fantastiques, ou de ces fables absurdes qui ne semblent des vérités qu'après dîner. Tu cours plus d'un risque à ce métier; d'abord, on peut traiter ta vérité prétendue de mensonge fabriqué à plaisir, puis on peut ajouter que ton imagination , rivale de celle des Philistion, des Marcellus, des Lentulus et autres mimographes célèbres , sait inventer des coups de théâtre plus dignes d'un bateleur que d'un prêtre-. »
Au printemps, Épiphane et Paulin se mirent en route pour regagner leurs foyers en prenant par la