LIVRE IV
compagnon de pèlerinage \ l'avait conduite dans les monastères de Nitrie et delaThébaïde; Mélanie les avait parcourus, conversant avec les plus fameux solitaires, et laissant dans chaque cellule les marques d'une générosité presque royale ^ Ses immenses revenus, que son intendant lui faisait passer outre-mer, ne suffirent pas longtemps à ses charités, et de temps à autre elle faisait mettre en vente quelque lambeau de son patrimoine : c'est ainsi qu'on avait de ses nouvelles en Occident. Vers Tannée 365, l'empereur Valens, mécontent des solitaires d'Egypte, qui ne voulaient pas adopter ses formulaires ariens, envoya des soldats dans le désert pour en expulser ceux qui s'opiniâtreraient à rester catholiques. La plupart des moines refusèrent d'obéir; chassés alors de leurs pauvres demeures à coups d'épée ou de javeline, ils se dispersèrent dans les parties les moins accessibles de ces grandes solitudes, au risque d'y mourir de faim; l'ingénieuse charité des fidèles parvint à les y retrouver : on leur fit porter des vivres en cachette, et Mélanie dépensa pour cette sainte entreprise des sommes énormes. Les auteurs de sa Vie nous disent qu'elle nourrit jusqu'à cinq mille personnes pendant trois jours '\ L'indignation des catholiques était au comble, de même que le fanatisme du parti arien ; des troubles populaires agitèrent bientôt la ville d'Alexandrie. Arrêtée dans une émeute, Mélanie fut conduite devant le préfet, qui la relâcha ^
i. Paul., El). iO.