LIVRE IV
nourriture de ses chers prisonniers, s'introduisant chaque jour auprès d'eux sous le déguisement d'une esclave ^ Ses fréquentes visites et les sommes considérables qu'elle distribuait éveillèrent l'attention des officiers de la geôle; ils la dénoncèrent au gouverneur comme un agent des ennemis du prince, en état de révolte contre ses ordres. Mélanie fut jetée à son tour dans un cachot, et on fit main basse sur son argent. La courageuse femme ne faiblit pas. Du fond de sa prison, elle adressa au magistrat une lettre qui était conçue à peu près en ces termes : « Prends bien garde, clarissime président, de te laisser abuser; ne juge pas de la réalité par l'apparence. Tu me prends pour une pauvre femme, parce que mes habits sont ceux d'une esclave; mais je puis, s'il me plaît, revêtir ceux d'une matrone -. Servante du Christ devant l'Église, je reprends mon rang devant les hommes : sache donc que je suis noble et patricienne. » Elle détaillait alors complaisamment sa généalogie et celle de son mari, remplies toutes deux de consuls, de préfets du prfïtoire, de préfets de Rome, et elle ajoutait : « J'ai voulu, homme très-illustre, te faire passer cet avis charitable, afin que tu apprécies par toi-même si les menaces peuvent m'effrayer, et si tu n'aurais pas plus tard à te repentir d'avoir touché à ma personne ou à mon bien ^ »
Le gouverneur profita de l'avis : la famille de Mélanie était puissante et connue dans tout le monde romain. Alarmé déjà de ce qu'il avait fait, non-seulement il