LIVRE IV
sance et de l'envie, sans chercher pourtant à l'abréger. Elles jouissaient du veuvage, c'est le mot d'un contemporain. x\ussi l'état de veuve mondaine était-il un objet d'observations et de critiques de la part des moralistes, surtout des moralistes chrétiens. Ils y distinguaient quatre périodes qui avaient chacune son cachet particulier. La première était celle du deuil. Dès que le défunt était clos et scellé au fond du monument, la veuve, selon eux, courait à son miroir pour étudier quels fards et quelle nature de pierreries convenaient le mieux à la douleur. Peu à peu les teintes foncées disparaissaient ; la soie venait, les tresses d'or, les perles : c'était la seconde période ; le désespoir cependant reparaissait par intervalles, mais sous des formes tellement affectées, qu'on pouvait lire la joie à travers les larmes. La troisième période était celle des plaisirs bruyants, que rien ne déguisait plus ; la quatrième , celle des secondes noces. Décidée à prendre un nouveau mari, la veuve le prenait, cette fois, pour commander, non plus pour obéir : l'indépendance lui était devenue chère; ce qu'elle voulait, ce n'était plus un maître, c'était un sujet. Aussi la voyait-on souvent choisir un homme sans fortune pour le dominer plus complètement, lui imposer tous ses caprices, lui mettre à son gré un bandeau sur les yeux, sauf à le chasser de chez elle, comme un esclave, s'il osait non se révolter contre ses dérèglements, mais ouvrir seulement la bouche pour se plaindre ^ Jérôme, à qui nous devons cette peinture, a soin de nous rassurer sur le compte de Blésille : elle était légère, ardente au plaisir, amoureuse de la toiletté, elle vivait devant son miroir; mais sa conduite n'avait jamais