‹ Saint JéromeChapitre 127 sur 387 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

gens du monde et remplit de joie les fidèles de l'Église domestique. Jérôme entonna le cantique d'allégresse, non sans y mêler l'attaque et le défi à la parenté païenne de la convertie. Il le fit dans une lettre acrimonieuse à Marcel la qui courut bientôt toutes les maisons de Rome.

« Il vient de se passer, disait-il, une chose qui offusque étrangement le monde : Blésille a pris un vêtement de couleur sombre î Quel scandale ! Comme si Jean-Baptiste le précurseur, proclamé par Jésus luimême le plus grand d'entre les enfants des femmes, avait scandalisé l'univers en portant un habit de poil de chameau et une ceinture de peau de mouton M Blésille rejette de sa table les mets succulents et recherchés : autre scandale! Comme si le précurseur ne s'était pas nourri de sauterelles!... Ah! les femmes qui scandalisent les chrétiens, moi je les signalerai : ce sont cehes qui se barbouillent de rouge et de noir les joues et les yeux, celles dont les faces de plâtre, trop blanches pour des faces humaines, nous font penser aux idoles, celles qui ne peuvent pas verser une larme sans qu'elle creuse un sillon sur leurs joues-, celles à qui le nombre des années ne peut enseigner qu'elles vieillissent, qui se construisent une tête avec les cheveux des autres et se fourbissent une tardive jeunesse par-dessus leurs rides, celles enfin qui se comportent en petites

1. At scandalizat quempiam vestis fuscior? Scandalizet et Johannes,

quo inter natos mulierum nullus major fuit quiacamelorum,vestitus

tegmine, zona pellicea cingebatur. Hieron., Ep. 19.

2. Illae christianos oculos scandalizent potius, quse purpurisso, et quibusdam fucis ora oculosque depingunt : quarum faciès gypsese, et nimio candore déformes, idola mentiuntur; quibus si forte improvidis lacrymarum stilla eruperit, sulco defluit. Hieron., ibid.

filles timides devant le troupeau de leurs arrièreneveux^ : voilà les femmes qui nous scandalisent, nous autres chrétiens, et voici celles que nous vénérons.

(( Notre chère veuve autrefois ne quittait pas son miroir, cherchant tout le jour ce qui lui manquait pour plaire; maintenant elle répète avec confiance ces mots de l'apôtre : « Relevant la face vers le Seigneur pour (( contempler sa lumière, nous sommes transformés en (( son image, de gloire en gloire, par l'esprit de Dieu. » Autrefois une armée de servantes n'était occupée qu'à disposer ses cheveux; sa tête innocente était torturée sous l'étreinte des handeaux et la houcle des mitres-: elle sait maintenant qu'un voile suffit. Autrefois elle accusait de dureté jusqu'à la mollesse des plumes, et à peine pouvait-elle dormir sur des lits hauts comme des maisons : elle couche à présent près de terre, et, la première levée pour prier, donnant aux antres de sa voix argentine le ton de V Alléluia, elle est la première à louer son Dieu ^ Ses genoux délicats pressent la terre nue, et des larmes abondantes lavent sur ses joues ce qui lui reste des anciens fards. Les vêtements de soie éclatants ont fait place sur elle à une simple tunique de couleur rousse; des brodequins communs succèdent aux chaussures dorées, dont le prix sert à nourrir les

1. Qnss prœteritam juventutem in rugis anilibus poliunt... Qnœ denique ante nepotum gregem, trementes virgunculîe coniponuntur. Hieron., Ep. 19.

2. ïunc crines ancillulae disponebant, et mitellis crispantibus vertex arctabatur iiinoxius... Hieron., ibid.

3. Illo tempore plumaruni quoque dura mollities videbatur, et in exstructis thoris jacere vix poterat; nunc ad orandum festina consurgit, et tinnula voce caeteris Alléluia prœripiens, prier incipit laudare Dominum suum. Hieron., ibid.

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