‹ Saint JéromeChapitre 132 sur 387 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Christ une atteinte portée à sa divinité, il céda aux prières de ses amis et prit la plume pour répondre.

L'ancien moine Jovinien semblait s'être donné systématiquement la tâche de contraster avec lui-même. Longtemps on Tavait vu courir la ville de Rome, pieds nus dans la plus froide saison, la chevelure hérissée et sale, à peine couvert d'un sayon en guenilles, le teint livide, les joues caves, et tellement exténué par les jeûnes qu'il tombait d'inanition au coin des rues^ Il était alors l'idéal des austérités monastiques. Tout à coup son teint refleurit; il devint gras et dispos, ne porta plus que des habits élégants, abattit son énorme crinière, se fit peigner, friser, parfumer, et se nourrit avec abondance des mets les plus recherchés, car il possédait un riche patrimoine; on le vit aussi hanter assidûment les maisons des dames. Ce changement de vie répondait à un changement de doctrine. Jovinien avait découvert que le mérite des actions humaines est dans l'intention vis-à-vis de Dieu, et que le reste est indifférent ; ainsi on pouvait manger de la viande de telle espèce et en telle quantité qu'on voulait, à condition toutefois de rendre grâce à Dieu, qui avait créé les animaux pour la nourriture de l'homme . Le môme raisonnement s'appliquait à des questions plus délicates. Jovinien mettait par exemple le mariage de pair avec la virginité ^ : les mérites, disait-il, étaient égaux en tout, si les intentions étaient bonnes. Il accusait en revanche les partisans de l'abstinence et du célibat d'être des impies, de vrais manichéens, qui condamnaient Dieu dans les biens

Page 1