LIVRE IV
sujet du second mariage que projetait cette infidèle amie des pieuses veuves de l'Aven tin :
« Les jeunes veuves que tourmente l'idée dun second mariage et qui, pour avoir essayé du Christ, médilent un timide retour vers Satan, vous tiennent cauteleusement ce langage : <( Mon pauvre petit patrimoine périt (( tous les jours, Théritage de mes ancêtres se dissipe, « mon esclave m'a parlé insolemment, ma servante se (( rit de mes ordres. Qui comparaîtra pour moi devant « les magistrats? Qui s'occupera de payer la contribution (( de mes terres? J'ai de petits enfants : qui les instruira? (( Qui élèvera les esclaves nés dans ma maison^? »
« Voilà ce qu'elles disent, et elles nous donnent précisément pour motifs d'un second mariage ce qui devrait les en détourner. Une mère qui se remarie apporte à ses enfants non pas un nourricier, mais un ennemi; non pas un père, mais un tyran. Entraînées par le caprice du plaisir, elles oublient le fruit de leur sein : l'épouse d'hier essuie ses larmes, l'épouse d'aujourd'hui se pare et s'attife au milieu de ses petits enfants, ignorants de leur misère. Que me parles-tu de l'insolence de tes valets pour justifier ton mariage? Allons donc, sois franche : on se marie pour prendre un mari, et quand ce n'est pas l'amour qui vous y pousse, on se prostitue pour avoir du bien ^, Le but du mariage est de donner
1. Patrimoiiiolum meum quotidie périt, niajorum hsereditas dissipatur : servus contumeliose locutus est : imperium ancilla neglexit. Quis procedet ad publicum? Quis respondebit pro agrorum tributis? Paivulos meos quis erudiet, vernulas quis educabit? Hieron., Ep. 47.
2. Quid obtendis matrimouium? quid superbiam servulorum? Confitere turpitudinem. Nulla idcirco maritum ducit, ut cum niarito non dormiat. Aut si certe libido non stimulât, qute tanta insania est, in morem scortoruni prostituere castitatem, ut augeantur divitiae? Hieron., ibkl.
naissance à des enfants : ou tu en as, ou tu n'en as pas de ton premier mari; si tu en as, le but est rempli; si tu n'en as pas, il y a grandes raisons de croire que tu n'en peux pas avoir : pourquoi donc dans ce cas ne pas préférer la chasteté à un espoir incertain * ?...
« Fais-toi donc un contrat de mariage pour que bientôt le nouveau mari t'oblige à faire ton testament! Tu n'as pas d'enfants, et il veut ton bien. Le voilà qui simule une maladie grave et te' lègue tout ce qu'il possède, à la condition que tu en fasses autant; mais il revit et tu meurs ^ Si, ayant des enfants du premier mariage, tu en as aussi du second, voilà la guerre dans ton logis, où se livre un combat domestique sans paix ni trêve. Ceux que tu as mis au monde, tu ne pourras les aimer librement, également. Le second mari enviera les caresses que tu fais aux fils du premier; il détestera le mort, et si tu ne hais pas les enfants, il te reprochera d'aimer toujours le père. Au contraire, si c'est lui qui a des enfants d'une première femme, oh! tu peux être la plus douce des mères, te voilà condamnée à n'être jamais qu'une marâtre. Les comédies, les pantomimes, tous les lieux communs de la rhétorique et de la satire vont fondre sur toi. Ton beau-fils est languissant? il a mal à la tête? Te voilà perdue, tu Tas empoisonné. Refuse-lui de la nourriture pendant qu'il est malade, on criera que tu veux le faire mourir de faim ; si tu lui en donnes, c'est bien pis. Explique-moi, Furia, quelle
1. Si liabcs liberos, nuptias quid requiris? Si non habes, quare expertam non metuis sterilitatem; et rem incertam, certo prœfers pudori? Hicron., Ep. 47.
2. Simulabitur niariti infirmitas; et quod te morituram facere volet, ipse victurus laciet. llieron., ibid.