‹ Saint JéromeChapitre 141 sur 387 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

parasites de comédie ; chasse-les de ta présence comme des pestiférées, car le poëte comique a raison : « les (( mauvais entretiens corrompent les bonnes mœurs ^ » Celles-là n'ont souci que de leur corps; elles répètent perpétuellement aux femmes : « Ma petite chatte, usez (( donc de ce qui est à vous, et vivez tant que vous avez (( encore à vivre. Est-ce pour vos enfants que vous gardez ((tout cela? » Ces vierges-là sont adonnées au vin, et l'ivrognerie est encore le moindre de leurs vices; elles ne savent qu'insinuer, conseiller, faire le mal-.

(( Je ne saurais dire sans rougir, tant la chose est criminelle et honteuse, si vraie qu'elle soit pourtant, comment s'est introduite dans l'Église la peste des Agapètes^ d'où est venu cet étrange nom d'épouse sans mariage, ce nouveau genre de concubines, ou, pour parler plus nettement encore, cette classe de prostituées d'un seul homme ^ Elles cohabitent avec des clercs, et n'ont à deux qu'une seule maison, une seule chambre à

1. Eas autem virgines et viduas, quoe otiosae et curiosse domos circumeunt matronarum ; qute rubore frontis abstrito, parasites vincunt niimorum, quasi quasdam pestes abjice. Corrmnpunt mores bonos confabulationes pessimœ. Hieron., Ep. 18.

2. Mi catella (ma petite chienne), rébus tuis utere et vive dum vivis : et numquid liliis tuis servas?... Hae sunt vinosae atque lascivae. Hieron., ihid.

3. J'ai déjà parlé de ces vierges ou sœurs agapètes, qu'on appelait en Occident sous -introduites , dans plusieurs de mes Récits de l'histoire romaine au v^ siècle, voir notamment les volumes intitulés Alaric et Saint Jean Chrysostome et l'impératrice Eudoxie. Jérôme les qualifie ici de peste, et en effet elles n'étaient pas un moindre fléau en Occident qu'en Orient, où elles bravaient également les lois civiles et les décrets de l'Église.

4. Unde sine nuptiis aliud nomen uxorum? imo unde novum concubinarum genus? Plus inferam : unde meretrices univirse ? Hieron., Ep. 18.

coucher, souvent même un seul lit, et si nous y trouvons à redire, on nous accuse d'être soupçonneux K Le frère ecclésiastique se sépare de sa sœur qui fait vœu de virginité; la sœur vierge dédaigne son frère, qui vit dans le célibat, et cherche ailleurs un autre frère. Ils jouent ce jeu sciemment, et, feignant de suivre la même vocation, ils vont demander à des étrangers ce qu'ils appellent u les consolations spirituelles. » C'est de ces gens-là que Salomon a dit avec mépris : u Un homme attacheraa t-il sur son sein un tison enflammé sans consumer ses « vêtements ?Marchera-t-il sur des charbons ardents sans « que la plante de ses pieds en soit brûlée- ?... »

(( Je ne veux pas non plus pour toi, chère Eustochium, trop de fréquentations avec les matrones; je ne veux pas que tu visites trop assidûment les maisons des nobles; je ne veux pas enfin que tu voies trop souvent ce que tu as méprisé, quand tu as choisi d'être vierge. Laisse là ces femmes de hauts fonctionnaires, qui ne cherchent que des courtisans de leur dignité. L'épouse de l'empereur voit s'humilier à ses pieds toutes les ambitions de ce monde : toi, sache garder aussi la dignité de ton époux, qui n'est pas un homme, mais un Dieu. Cet orgueil honorable, conserve-le, toi qui as renoncé à l'autre. — Laisse donc de côté ces matrones qu'enfle l'autorité de leurs maris, qu'entourent des troupes d'eunuques, et qui ne se montrent que sous des vêtements tissus d'or; fuis avec plus de soin encore celles qui restent veuves plutôt par goût du monde que par incli-

1. Eadoni doino, uiio cubiculo, sœpe uuo teiK.'utiir et Icctulo, et îjuspiciosos nos vocant, si aliquid existimamus. Uieron., Ej). 18.

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