‹ Saint JéromeChapitre 143 sur 387 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

d'autres où il peint la femme du monde. Il nous représente la savante qui récite ou chante des vers à tout propos, la prétentieuse qui mange la moitié des syllabes pour se donner un air enfantin, la charitable orgueilleuse et violente, qui distribue elle-même ses aumônes à la porte des églises, en tête d'une armée d'eunuques, et frappe au visage une pauvresse qui lui a tendu deux fois la main. Ces calques sont évidemment saisis sur le vif, et on devait sans peine y pouvoir attacher des noms.

Jérôme passe ensuite à la critique des hommes, (( de peur qu'on ne l'accuse cte ne s'occuper que des femmes ^ » Et d'abord il s'adresse aux moines hypocrites et débauchés.

(( 0 Eustochium, s'écrie-t-il, fuis comme un fléau ceux que tu verras porter une chaîne de fer, une longue crinière de femme, malgré la défense de l'apôtre, un mauvais manteau noir, et marcher pieds nus par toute saison. Cet attirail-là est celui du diable ^ C'est sous cette livrée que naguère Antimus et Sophronius ont fait gémir Rome par leurs scandales. Les hommes de cette espèce se glissent dans les maisons des nobles, abusent les femmes chargées de péchés, et n'ont aucun souci du bien et de la vérité, qui pour eux sont de vains mots. Ces faux moines sont tristes et moroses, en apparence du moins; mais si leurs jeûnes sont rigoureux pendant le jour, ils s'en dédommagent pendant la nuit, et mangent

1. Sed ne tantum videar disputare de feminis... Hieron., Ep. 18.

2. Viros quoque fuge, quos videris catenatos ; quibus feminei contra Apostolum crines, hircorum barba, nigrum pallium, et nudi in patientia frigons pedes. Hsc omnia argumenta sunt diaboli. Hieron., ibid.

à s'étouffer du soir jusqu'au matin, afin de mieux jeûner ensuite.

« Je dois le dire, hélas! la rougeur au front, il y a des gens qui n'aspirent au diaconat et à la prêtrise que pour être admis plus librement près des femmes ^ Chez ces prêtres et ces diacres-là , Tunique sollicitude est d'avoir des vêtements parfumés, un pied bien contenu qui ne danse pas dans le soulier, une chevelure bouclée avec le fer, des doigts étincelants de pierreries. Ils marchent sur la pointe du pied, de peur que l'humidité ne les salisse, et on aperçoit à peine la trace de leurs pas. Sont-ce de nouveaux mariés qui passent? Sontce des prêtres? Voilà ce qu'on se demande quand on les rencontre. Ces hommes savent le nom, le domicile, les habitudes, l'humeur de toutes les matrones : c'est pour eux l'étude la plus importante, et je veux, chère Eustochium, t'esquisser ici à grands traits la journée de l'un d'entre eux, prince dans l'art dont je te parle : par le maître tu reconnaîtras plus aisément les disciples.

(( Notre homme se lève avec le soleil; il règle l'ordre de ses visites, étudie les chemins les plus courts, et ce vieillard importun arrive souvent au lit des personnes qu'il visite quand elles dorment encore. Aperçoit-il quelque coussin élégant, quelque nappe délicatement ouvrée, quelque joli meuble d'usage domestique, il le loue, il le contemple, il le tourne et retourne dai^s ses doigts, et se plaint de n'en point posséder un pareil, qui lui ferait grand bien. Il l'arrache alors plutôt qu'il ne l'obtient, car quelle femme ne craindrait pas d'offenser le porteur de nouvelles, la trompette de tous les bruits

1. Sunt alii (de mci ordinis hominibus loquor) qui ideoprcsbytoratum et diaconatuin ambiant, ut mulieres licentiusvideant. Ilieroii., Ejh 18.

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