‹ Saint JéromeChapitre 144 sur 387 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

de la ville ^? Cet ecclésiastique n'a pas de plus grand ennemi que la continence, d'adversaire plus déclaré que le jeûne. Il dépiste un repas au fumet des viandes, et comme il a une passion pour les salmis de petites grues, on lui en a donné le surnom-... Les chevaux qui le voiturent aux quatre coins de Rome pour l'exercice de cet honnête métier sont beaux et d'une vigueur à toute épreuve; il lui en faut de tels, et encore les change-t-il souvent : on jurerait qu'il est le frère germain de ce roi de Thrace si connu dans la fable par la férocité de ses coursiers. »

Nous terminerons nos citations par le passage suivant d'une lettre que Jérôme écrivait vers le même temps à un moine de Marseille nommé Rusticus, passage qui complète ceux que nous venons de transcrire sur les mœurs d'une partie du clergé romain :

a Les prêtres des idoles, les mimes, les cochers du cirque, les prostituées peuveat recevoir librement des héritages et des donations, et il a fallu qu'une loi exclût de ce droit les ecclésiastiques et les moines. Qui a fait cette loi? Les empereurs persécuteurs du Christ? Non, les empereurs chrétiens. Ah! je ne m'en plains pas; je ne me plains pas de la loi, je gémis de ce que nous l'avons méritée. Un fer chaud est bon dans une plaie, le mal est d'en avoir besoin ^ Certes la sévérité pré-

1. Si pulvillum viderit, si maiitile elegans, si aliquid domesticœ supellectilis, laudat, miratur, attrectat et se liis indigere conquerens, non tam impetrat, quam extorquet, quia singulie metuunt veredarium urbis offendere. Hieron., Ep. 18.

2. Huic inimica castitas; inimica jejunia : prandium nidoribus probat; et altilis geronepopan, quœ vnlgo pappezo nominatur. Hieron., ibid.

3. Cauterium bonum est; sed quo mihi vulnus, ut indigeam cauterio? Hieron., Ep. 34.

Hrl SAINT JEROME.

voyante de la loi devait êlrc une garantie, cl pourtant notre avarice n'en est point refrénée : nous nous rions d'elle en recourant aux fidéicommis. Ah ! quand le prêtre s'approprie la ricliesse des autres pour l'appliquer à son profit, il commet une infamie. En voici un qui est né dans la dernière indigence : il a été élevé sous le chaume d'un paysan, il pouvait à peine avec du millet et du pain noir apaiser les rugissements de son ventre, et ce même homme aujourd'hui fait le dégoûté ^ ; il dédaigne la fleur de farine et le miel. Devenu expert en gourmandise, il connaît les espèces, les noms de tous les poissons; il vous dira sur quel rivage ces huîtres ont été pêchées; il distingue, à la saveur de la chair, de quelle contrée provient un oiseau ; il ne fait cas que des mets rares et souvent pernicieux. L'esclavage de cet autre n'est pas dans la gueule, sans être pour cela moins honteux ; sa manie est de pourchasser les vieillards et les femmes sans enfants. 11 assiège leur lit quand ils sont malades; il touche sans dégoût leurs plaies purulentes, il leur donne à hoire, et l'infirmière n'est pas plus humhle et plus servile que lui, dans l'assistance qu'il leur rend. Quand le médecin entre, il tremble; il demande d'une voix mal assurée comment va le malade, si on espère le sauver, s'il se rétablira bientôt. Quelque espoir reste-t-il, la fin de la maladie est-elle annoncée, le prêtre s'esquive avec un amer regret : il maudit entre ses dents cet éternel vieillard qui dépassera les jours de Mathusalem 2. »

1. Natus in paupere domo, et in tugurio rusticano; qui vix milio et cibario pane rugientem saturare ventrem poteram, nunc similam et mella fastidio. Hieron., Ep. 34.

2. Ipsi apponunt matulam, obsident lectum, purulentiam stomachi

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