‹ Saint JéromeChapitre 156 sur 387 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Paula et Eustochium quittent Rome. — Leur séjour en Chypre chez l'évêque Épiphane. — Elles rejoignent Jérôme et ses compagnons à Antioche. — Préparatifs de leur voyage en Palestine. — Départ par la Syrie maritime et la Phénicie. — Sarepta, Ptolémaïs, Cesarée. — Joppé , ses antiquités : Andromède, Jonas. — La caravane se dirige sur Jérusalem par Arimathie et Lydda, — Savants rabbins de cette ville. — Emmaûs, lîéthoron, Gabaon. — Tombeau d'Hélène, reine des Adiabéniers. — Jérusalem juive : sa description, ses transformations. — Jérusalem chrétienne : le Sépulcre, le Golgotha, l'église de la Croix. — Visite de Paula à la basilique, son extase au Saint-Sépulcre. — Mont Sion; ruines de la cité de David. — Mont Moria; ruines du temple de Salomon. — Départ pour le midi de la Palestine. — Bethléem; visite à la grotte du Sauveur. — Ader, Bethsur, fontaine de Philippe : vallée d'Escol. — Arrivée à Mambré. — Chêne d'Abraham; tombeau des Patriarches; bassins d'Othoniel. — Vue de la mer Morte et vestiges des villes maudites. — La caravane rentre à Jérusalem par la vallée du Cédron. — Visite au mont des Oliviers.

Le départ de Jérôme, accompagné de circonstances si douloureuses, confirma plus que jamais les résolutions de Paula; elle fit avec calme ses préparatifs, distribua entre ses enfants une partie de son patrimoine, fréta un navire au port de Rome et quitta cette ville avant les gros temps de f hiver. Eustochium, qui n'avait point voulu se séparer d'elle, la suivait en appareil de voyage. Ses enfants, son frère, ses parents, ses amis, l'escortèrent jusqu'au port, essayant de la retenir par des caresses, des conseils ou de tendres remontrances.

Pailla les écoutait sans répondre ; l'œil soc et attaché sur la voûte du ciel, elle semblait y chercher la force de remplir jusqu'au bout ce qu'elle croyait la volonté de Dieu. La fermeté qu'elle avait montrée tout le long de la route ne l'abandonna point d'abord sur le navire-, mais lorsque le vent commença à gonfler les voiles, et que, les rameurs frappant la mer avec efl'ort, le vaisseau s'ébranla pour gagner le large, Paula se sentit défaillir. Elle ne put soutenir ni la vue du petit Toxotius, qui lui tendait les bras du rivage, ni celle de Rufma, qui, silencieuse et immobile, semblait lui adresser ce reproche à travers les flots : <( 0 ma mère, pourquoi n'attends-tu pas que je sois mariée M » La douleur qu'elle éprouva fut insupportable, u Son cœur se tordait, dit l'historien de cette scène, et semblait vouloir s'élancer hors d'elle, tant ses battements étaient violents-. » Elle détourna les yeux pour ne pas mourir. Eustochium, placée à son côté, la rafl'ermissait du regard et de la voix : c'était le jeune arbre qui servait de support à cette fragile plante.

Eustochium emmenait à sa suite une petite troupe de jeunes filles, recrutées à Rome dans toutes les conditions et vouées comme elle à la virginité. Elle les destinait à former le noyau d'un monastère de femmes qu'elle et sa mère voulaient fonder en Palestine. Leur vue ne parvint pointa distraire Paula, qui ne sortit de sa torpeur qu'en entendant, en face des côtes de Campanie, signaler Tarchipel des îles Pontia. La principale de ces îles était célèbre dans l'histoire de l'Église : c'est

1. raifina jam luibilis, ut suas cxpectaret nuptias, tacens, fletibus obsecrabat. Hieron., Ep. 80.

Page 1